Cathédrale Saint-Trophime d'Arles

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Cathédrale Saint-Trophime d'Arles
Image illustrative de l'article Cathédrale Saint-Trophime d'Arles
Présentation
Nom local Primatiale Saint Trophime
Culte Catholique romain
Type Ancienne cathédrale
Basilique mineure depuis 1882
Rattachement Archidiocèse d'Aix-en-Provence
Début de la construction XIIe siècle
Fin des travaux XVe siècle
Style dominant Roman
Gothique (chevet du XVe siècle)
Protection Logo monument historique Classée MH (1840)
 Patrimoine mondial (1981)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Blason région fr Provence-Alpes-Côte d'Azur.svg Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département
Blason département fr Bouches-du-Rhône.svg
Bouches-du-Rhône
Commune Blason Arles 13.svg Arles
Coordonnées 43° 40′ 36″ N 4° 37′ 41″ E / 43.67666, 4.628056 ()43° 40′ 36″ Nord 4° 37′ 41″ Est / 43.67666, 4.628056 ()  

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Cathédrale Saint-Trophime d'Arles

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Cathédrale Saint-Trophime d'Arles

La cathédrale Saint-Trophime d'Arles est une église romane de la ville d'Arles située place de la République.

C’est une des plus intéressantes réalisations de l’art roman. Elle présente une nef et des bas-côtés voûtés datant du milieu du XIIe siècle. Un magnifique portail sculpté est réalisé vers 1180-1190 et rivalise avec celui de Saint-Gilles. L’ancien clocher est remplacé au début du XIIIe siècle par la tour carrée actuelle dont le dernier étage a été refait au XVIIe siècle. Le chœur et le déambulatoire datent du XVe siècle.

Annexé à cette église se trouve le fameux cloître de Saint-Trophime, le plus célèbre de Provence ; l’accès se fait par la cour du bâtiment situé à côté de l'église. Il date de la seconde moitié du XIIe siècle pour deux galeries et du XIVe siècle pour les deux autres.

Elle fut le siège de l'ancien archidiocèse d'Arles jusqu'en 1801, après sa fusion avec l'archidiocèse d'Aix-en-Provence. Les titres de basilique, primatiale et cathédrale restent cependant maintenus même si la cathédrale n'est plus le siège effectif de l'évêque.

Histoire[modifier | modifier le code]

Tableau daté de 1914 réalisé par l'artiste Pascal Dagnan-Bouveret exposé au Musée Georges-Garret de Vesoul

Construite au XIIe siècle, elle est bâtie sur l'emplacement d'une basilique initiale du Ve siècle, appelée « Saint-Étienne »[1]; un chœur gothique a été ajouté au XVe siècle[N 1].

Au cours de son histoire, elle est le cadre de plusieurs événements :

Cette ancienne cathédrale de l'archevêché d'Arles, transformée en temple de Être suprême sous la Révolution puis déclassée en simple église paroissiale en 1801[N 2], est érigée en basilique mineure en 1882 par le pape Léon XIII.

Grâce à Prosper Mérimée, alors deuxième inspecteur général des Monuments Historiques de l'Histoire, elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[4]. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des monuments romains et romans d'Arles depuis 1981.

Plan de l'église[modifier | modifier le code]

Plan de Saint-Trophime

Légende

A- Nef, B- Collatéral droit (sud), C- Collatéral gauche (nord), P- Chaire à prêcher

Chapelles :

D- de Saint Antoine de Padoue, E- des âmes du purgatoire, F- de Saint Genès, G- de la Croix, H- de Saint Antoine du Désert, I-des reliques, J- du Sacré-cœur, K- de la Vierge, L- du Saint-sépulcre, M- de Saint Roch, N- de Saint Étienne, O- des Rois mages

Tapisseries du cycle de la Vierge :

1- Conception et Couronnement de la Vierge, 2- Dormition, 3- Déploration ou Stabat Mater, 4- Noces de Cana, 5- Jésus au milieu des docteurs de la Loi, 6- Présentation de Jésus au Temple, 7- Adoration des rois-mages, 8- Naissance de Jésus, 9- Annonciation et Visitation.

Tableaux :

10- Lapidation de Saint Étienne (Finson), 11- Annociation (Finson), 12- Adoration des mages (Finson), 13- Pieta, 14- Martyre de Saint Étienne, 15- Concile d'évêques présidé par la Vierge.

Sarcophages :

16- Sarcophage à deux registres ayant servi de fonts baptismaux, 17- Sarcophage de la Traversée de la Mer Rouge et bas-relief en pierre de l'Assomption de la Vierge, 18- Sarcophage de Paulus Geminus et groupe sculpté de la Mise au tombeau.

Sculptures et tombeaux :

19- Vierge à l'Enfant du génois Leonardo Mirano, 20- Vierge à l'enfant en calcaire peint entourée d'un cadre en bois polychrome, 21- Gisant du cardinal Pierre de Foix, 22- Tombeau de Robert de Montcalm de Saint-Véran, 23- Tombeau de Gaspard du Laurens, 24- Chaire en marbre polychrome du lisbonnais Emmanuel Carvalho.

Vitraux :

25- Saint Étienne et Saint Virgile, 26- Sainte Vierge et Saint Trophime, 27- Saint Honorat et Saint Genès.

Description de l'église[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Archevêché d'Arles.

La basilique primitive d’Arles était probablement située dans un quartier appelé aujourd’hui l’Auture et était dédiée à saint Étienne. Le transfert de la cathédrale à son emplacement actuel longtemps attribué à Hilaire ou à son prédécesseur Patrocle, n’a pu avoir lieu qu’après l’épiscopat de Césaire[5].En effet cette église primitive disparaît dans la tourmente des invasions du VIIe siècle puis est reconstruite à son emplacement actuel à l’époque carolingienne. Elle est à nouveau reconstruite à la fin du XIe siècle avec la construction d’un chœur et du transept puis de la nef. Le chœur sera reconstruit au XVe siècle avec la création d’un déambulatoire. Sa période de construction est incertaine : entre le XIIe siècle et le XVe siècle

Époque romane[modifier | modifier le code]

Le transept et le clocher[modifier | modifier le code]

Église Saint-Trophime : le clocher roman.

Le transept, partie la plus ancienne, est réalisé en appareils grossiers, à joints épais, sans marque de tâcherons. À la croisée du transept s’élève une coupole surmontée d’un robuste clocher roman, haut de 42 m et de section carrée. Cette tour comprend trois étages en retrait les sur les autres et un quatrième étage très court. Les deux premiers étages sont ornés de bandes lombardes, le troisième de pilastres à chapiteaux corinthiens. Ce clocher ressemble à ceux de Moustiers-Sainte-Marie et de Castellane[6].

La nef et ses bas-côtés[modifier | modifier le code]

Église Saint-Trophime : nef et collatéral romans.

La nef centrale est une des plus imposante de la Provence romane avec ses 40 m de long, 15 m de large et 20 m de haut[7]. Elle est divisée en cinq travées. Cette nef se caractérise par des appareils admirables de régularité sur lesquels sont gravées de nombreuses marques de tâcherons. Elle est couverte d’une voûte en berceau brisé dont l’insertion sur les murs latéraux est décorée d’une imposte ornée de feuilles d'acanthe. Cette voûte repose sur des doubleaux à ressaut dont les piédroits sont décorés de colonnettes cannelées ou torses, terminés par des chapiteaux corinthiens. Le chantier de la nef s’effectue durant le second quart du XIIe siècle, époque où plusieurs églises sont édifiées ou réédifiées. Il faut faire abstraction des anciennes hypothèses qui ont voulu identifier à tort les murs d’un édifice antérieur réutilisé dans la nef, la façade et la sacristie à partir d’une interprétation erronée des maçonneries[8].

La nef est éclairée par des fenêtres hautes ouvertes au-dessus des grandes arcades qui la font communiquer avec les bas-côtés.

En 1835 sont découverts sous les deux premières travées de la nef, des vestiges consistant en trois espaces parallèles d’axe est-ouest, voûtés en berceaux, communicant entre eux. Cet ensemble rectangulaire de 15 m de long et 9 m de large a fait l’objet d’interprétations diverses : vestiges de l’église primitive, substruction d’un monument du Bas-Empire[9]. Pour Marc Heijmans la meilleure hypothèse serait celle d’un entrepôt datant de la fin de l’antiquité ou du début du haut Moyen Âge[10].

De même, des fouilles de 1870 ont mis au jour quelques vestiges d’une crypte dont les rares observations ont été consignées par Revoil[11]. Cette crypte débutait au début de la quatrième travée et se prolongeait jusqu’au carré du transept, voire sous l'abside. Au même niveau que celui de l’ancienne nef (bien plus bas que le niveau actuel) qu’elle prolongeait, elle supportait le chœur et les absides auxquels on accédait par un escalier de 18 marches (environ 4 m). D’après l’historien Jacques Thirion, cette crypte, probablement d’origine carolingienne, aurait été l’élément structurant de la reconstruction générale de la seconde église romane au XIIe siècle. Quoi qu’il en soit, elle fut détruite au milieu du XVe siècle, lors de la reconstruction du chœur gothique dont elle bouchait la perspective[12].

Époque gothique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Architecture gothique.
Déambulatoire

La décision de reconstruire le chœur roman a peut-être été prise sous l'archiépiscopat de Louis Aleman (1423-1450), mais la réalisation effective des travaux ne se fera qu’après sa mort car les pèlerinages dus aux miracles qui se seraient produits sur sa tombe, nécessitèrent la transformation de l’église. L’abside et le chœur romans sont détruits pour faire place à un très vaste chœur gothique avec déambulatoire pour permettre la circulation des pèlerins et chapelles rayonnantes[13].

Le chœur gothique commencé en 1454 par le cardinal archevêque Pierre de Foix est terminé en 1464. Il comprend deux travées droites, une abside à cinq pans et un déambulatoire ouvrant sur huit chapelles dont cinq latérales (trois au nord et deux au sud) et trois rayonnantes, ces dernières à cinq pans[14].

Au XIVe siècle une petite chapelle dédiée à saint André, aujourd’hui chapelle des âmes du purgatoire, est ajoutée au bas-côté nord contre la quatrième travée. De même au XVe siècle une autre chapelle dédiée à saint Pierre, aujourd’hui à saint Antoine de Padoue, est construite contre la troisième travée au nord. En 1620 la chapelle des rois comprenant deux travées couvertes de voûtes d’ogives avec liernes et tiercerons est ajoutée au sud, à hauteur de la quatrième et cinquième travée de la nef, par l'archevêque Gaspard du Laurens qui finança également sa décoration.

Le mobilier[modifier | modifier le code]

Bien que le mobilier d’origine de Saint-Trophime ait été en grande partie dispersé à la Révolution, des pièces très intéressantes sont présentées dans cette église; en effet, à la suite de la restauration effectuée au XIXe siècle sous l'égide d'Henri-Antoine Révoil et Auguste Véran, l’église est décorée par des œuvres provenant de différentes églises, tant paroissiales que conventuelles, supprimées à la Révolution.

Tapisserie d’Aubusson[modifier | modifier le code]

Des tapisseries d’Aubusson du XVIIe siècle au décor d'inspiration flamande, classées au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 6 juin 1902[15] et illustrant le cycle des Scènes de la vie de la Vierge Marie, sont exposées sur les murs nord et sud de la nef. Du côté droit en se dirigeant vers le chœur on trouve successivement une tapisserie composée qui représente à gauche l'Immaculée Conception et à droite le Couronnement, puis la Dormition, la Déploration du Christ ou Stabat Mater, les Noces de Cana et enfin Jésus au milieu des docteurs de la Loi. Du côté gauche sont placées l’Annonciation et la Visitation, la Nativité, l’Adoration des rois mages et la Présentation au temple[16].

Une dixième tapisserie de ce cycle représentant la naissance de la Vierge est placée dans la salle capitulaire du cloître attenant.

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Tableaux[modifier | modifier le code]

L'édifice est orné de nombreux tableaux, dont les plus remarquables sont trois toiles peintes en 1614 par Louis Finson (ou Ludovicus Finsonius), peintre flamand de passage en Provence au XVIIe siècle:

  • La première représente la Lapidation de Saint Étienne et se trouve sur l’arc triomphal séparant la nef du chœur. Cette œuvre, restaurée en 1877, comporte deux parties. Au sommet Dieu le père est représenté vêtu d’une robe pourpre, assis sur un nuage avec auprès de lui Jésus-Christ, la Vierge et deux groupes d’anges. En bas saint Étienne est à genoux au milieu de ses bourreaux ; une femme en bas à droite du tableau apporte des pierres dans son tablier[17]. Elle est classée au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 6 juin 1902[18].
  • La deuxième se trouve dans le retable de la chapelle des Rois, ainsi appelée car cette peinture représente l'Adoration des Rois Mages. Elle a été commandée par l’archevêque Gaspard du Laurens pour être placée dans cette chapelle qu’il venait de faire construire. L’archevêque prêterait ses traits au roi Gaspard, le plus proche de la Vierge, avec sur sa poitrine les armoiries de sa famille[19]. Le tableau est inspiré de l’évangile selon saint Mathieu[20] et rappelle que le Christ est venu pour toutes les nations. Pour André Villard ce tableau a des reflets véritables de l'éclat de Rubens[21]. Il est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 6 juin 1902[22].
  • Enfin le troisième tableau, placé à l’ouest du transept nord, représente l’Annonciation ou, selon l'abbé Louis Paulet, la Salutation Angélique[23]; il est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 6 juin 1902[24].
Tableaux de Finson
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Dans le collatéral sud se trouve un tableau montrant Saint-Trophime devant Arles, du XIXe siècle, et attribué par l’abbé Louis Paulet au peintre Jean Baptiste Marie Fouque[25]. Il est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 10 juin 1998[26].

Dans le croisillon sud, côté ouest, une peinture sur bois exécutée à la fin du XVIe siècle par un artiste anonyme représente probablement un concile provincial d’évêques[N 3] placé sous le patronage de la Vierge Marie avec l’enfant Jésus et de saint Étienne placés au centre pour juger l’évêque de Riez, le sixième à partir de la gauche, qui avait dilapidé l’argent de l’église[27]. Ce panneau est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 6 juin 1902[28].

Toujours dans le croisillon sud, très haut placée côté est, est une Immaculée Conception du peintre avignonnais Philippe Sauvan (XVIIIe siècle). En pendant de ce dernier, on trouve dans le croisillon nord une Assomption par le peintre arlésien Trophime Bigot, signée et datée de 1635.

Tableaux du transept
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Les chapelles ouvrant sur le déambulatoire sont ornées de plusieurs tableaux remarquables du XVIIe siècle, malheureusement tous anonymes :

  • Franciscain faisant l'aumône, dans le goût de Pierre Parrocel,
  • La lapidation de Saint Etienne,
  • Le baptême de Clovis (?),
  • La Transfiguration, copie du thème central du célèbre tableau de Raphaël.
Tableaux des chapelles rayonnantes du déambulatoire
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Sarcophages paléochrétiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sarcophages d'Arles.

Trois sarcophages paléochrétiens sont apportés dans l’église au XIXe siècle.

Le premier date du IVe siècle et a été encastré dans le mur latéral nord, à hauteur de la deuxième travée, où il servit autrefois de fonts baptismaux. Il est composé de deux registres superposés décorés de sept arcades à frontons cintrés et triangulaires, ses faces latérales comportant également deux registres[29]. Il est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 4 juillet 1903[30].

Le deuxième sarcophage en marbre de Carrare datant également du IVe siècle est placé en 1832 dans la chapelle saint Genès, côté nord du transept. Il représente la Traversée de la mer Rouge par les Hébreux et est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 4 juillet 1903[31]. Au-dessus de ce sarcophage servant d’autel, se trouve un bas-relief en marbre représentant l’Assomption[32].

Le troisième sarcophage décore l’autel de la chapelle du Saint-Sépulcre où il a été apporté en 1804. C’est le sarcophage de Paulus Geminus (début Ve siècle), administrateur du Trésor des cinq provinces de Gaule[33], ayant exercé ses fonctions à Vienne puis à Arles lorsque y fut transférée vers 395 la préfecture du Prétoire. En marbre de Carrare, ce sarcophage a une composition unique à Arles: il est divisé en trois niches par des pilastres cannelés, dans celle du centre est représenté le Christ barbu avec au-dessus se sa tête une croix, dans celle de droite saint Pierre et celle de gauche saint Paul[34] ; une autre interprétation est possible : le Christ serait entouré de deux représentations du défunt Geminus soumis à l’Évangile (à gauche) et à la Croix (à droite)[35]. Il est classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 24 juin 1964[36].

Sarcophages paléochrétiens
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Sculptures[modifier | modifier le code]

Mise au tombeau

Dans la chapelle du Saint-Sépulcre se trouve, au-dessus du sarcophage de Geminus, un groupe sculpté dans la pierre du XVIe siècle représentant la Mise au tombeau, provenant de l’église des frères prêcheurs (Dominicains) et classé au titre immeuble par destination par les Monuments Historiques dans la liste de 1840 [37]. Il est composé de dix personnages : au premier plan, le cadavre du Christ étendu sur un linceul est entouré par Joseph d’Arimathie et Nicomède; derrière eux la vierge Marie entourée de Marie Salomé et Marie épouse de Cléophas; à droite sainte Marie Madeleine porte un vase à parfum et à gauche saint Jean tient la couronne d’épines; deux anges portant les instruments de la passion encadrent le groupe.

Vierge à l'enfant

Dans la chapelle Saint-Genès, au nord du transept, se trouve au-dessus du sarcophage représentant le passage de la mer rouge, un bas-relief en marbre blanc représentant l’Assomption de la Vierge provenant de l’église des Grands Carmes et classé au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 30 septembre 1911[38]. Douze apôtres sont représentés autour du tombeau ouvert. Ils sont vêtus de grandes tuniques, certains désignent le tombeau vide, d’autres montrent du doigt le ciel. Au-dessus la vierge est entourée d’anges qui lui posent une couronne sur la tête.

Une magnifique statue en marbre blanc de la Vierge, classée au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 10 juin 1998[39] et commandée en 1619 au sculpteur génois Leonardo Mirano, orne la chapelle qui lui est dédiée à l’extrémité est du chœur. Elle était primitivement placée dans l’église Saint-Honorat-des-Alyscamps. Elle est vénérée sous le nom de Notre Dame des Grâces[40].

On peut enfin signaler dans la chapelle des rois, la présence d’une chaire à prêcher en marbre polychrome commandée par le dernier archevêque d'Arles, Mgr Jean-Marie Du Lau, au sculpteur lisbonnais Emmanuel Carvalho en 1780[41], inscrite au titre objet par les Monuments Historiques depuis le 30 mars 1981[42], qui se trouvait autrefois dans la nef et qui fut remplacée en 1897 par celle visible de nos jours, dessinée par Henri Révoil et sculptée par Jules Cantini[43].

Tombeaux[modifier | modifier le code]

Tombeau de Gaspard du Laurens

Dans la chapelle du Saint-Sépulcre se trouvent à gauche un tombeau avec un gisant du cardinal Pierre de Foix (1386-1464) et à droite celui de Robert de Montcalm de Saint-Véran (1542-1585), président du Parlement de Provence, avec la devise « L’innocence est ma forteresse » et quatre niches dans lesquelles se trouvaient de jolies statuettes représentant la foi, l’espérance, la charité et la justice.

Dans la chapelle des rois est placé le tombeau de l’archevêque Gaspard du Laurens réalisé par le sculpteur arlésien Jean Dedieu et classé au titre immeuble par destination par les Monuments Historiques dans la liste de 1840[44].

Vitraux[modifier | modifier le code]

Les neuf fenêtres du chœur, murées à la Révolution, ont fait l’objet à la fin du XIXe siècle d’un ambitieux programme sous la conduite de Révoil qui envisageait la mise en place de vitraux dans toutes ces fenêtres. Pour en dessiner le programme iconographique, l’architecte s’adresse à Édouard Didron (1836-1902) peintre verrier et restaurateur déjà réputé pour ses œuvres à Marseille et Montpellier. Faute de moyens financiers, seuls trois vitraux seront réalisés en 1877 par Maréchal ; ils représentent au centre la Vierge et saint Trophime, à gauche saint Étienne et saint Virgile et à droite saint Honorat et saint Genés[45].

Vitraux du chœur
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Le portail[modifier | modifier le code]

Église de Saint-Trophime (Arles) : le portail

Ce portail magnifiquement sculpté est ajouté à l’église entre 1180 et 1190. Avec la somptueuse façade de l’abbaye de Saint-Gilles qui lui est très légèrement antérieure, il constitue un des deux plus grands ensembles sculptés de l’art roman en Provence[46]. Pour accentuer son caractère majestueux, le portail est placé en haut d’un escalier ce qui a nécessité le remblaiement de la nef sur une hauteur d’environ 1 5 m. Ce portail, de style roman provençal, est conservé dans un état exceptionnel qui ressort d’autant plus qu’il a fait l’objet dans les années 1990 d’une minutieuse restauration grâce à de nouvelles techniques de nettoiement de la pierre.

Le porche comprend divers éléments décoratifs : pilastres cannelés, chapiteaux à feuilles d'acanthe, frises de grecques, frises de feuilles d'acanthe, frises de palmettes, frises de rinceaux, bas-reliefs ornés de rinceaux. L’ordonnance du portail est inspirée de l’art antique ; le portail ne peut qu’évoquer un véritable arc de triomphe romain s’ouvrant sur l’abbatiale et rappelant celui de Saint-Rémy-de-Provence. L’influence de l’art antique, notamment celui des sarcophages paléochrétiens, se retrouve dans le style des figures et des motifs végétaux du décor. Les motifs de décoration retenus concernent les thèmes de l’ancien testament, ainsi que des fauves et monstres maléfiques auxquels sont associés les deux titulaires de la cathédrale saint Trophime et saint Étienne.

La structure générale est voisine de celle de Saint-Gilles mais ici réduite à une porte unique. Malgré l’homogénéité de l’ensemble qui prouve un achèvement rapide, toutes les statues ne sont pas de la même qualité.

En mars 1888, Van Gogh qui vient d'arriver à Arles décrit ainsi le portique de Saint-Trophime :

« Il y a ici un portique gothique que je commence à trouver admirable, le porche de Saint-Trophime. Mais il est si cruel, si monstreux, comme un cauchemar chinois, que même ce magnifique exemple d'un style si grandiose me semble appartenir à un autre monde… »

[47].

Tympan et archivolte[modifier | modifier le code]

Portail de Saint-Trophime (Arles) : tympan à tétramorphe.
Portail de Saint-Trophime (Arles) : anges de l'archivolte.

Le tympan et l’archivolte sont réalisés en calcaire oolithique.

Le tympan de Saint-Trophime reprend le thème biblique du tétramorphe évoquant la vision d'Ézéchiel ou l'Apocalypse de saint Jean, symbole ensuite des quatre Évangélistes ; il montre un Christ triomphant et justicier, assis, tenant sur ses genoux la bible et bénissant avec ses deux doigts de sa main droite levée. Il est entouré par les symboles classiques des quatre évangélistes : un lion ailé pour saint Marc, un ange (ou un homme ailé) pour saint Mathieu, un aigle pour saint Jean et un taureau ailé pour saint Luc. Les deux évangélistes figurant au bas du tympan Marc et Luc, qui à la différence de Mathieu et Jean n'ont pas connu le Christ, ne regardent pas le fils de Dieu.

Ce motif est fréquent dans l'art Roman comme on peut le voir par exemple sur les tympans de l'abbaye de Charlieu, de Saint-Gilles, de Notre-Dame d'Embrun ou de Saint-Benoît-sur-Loire.

Exemples de tympans à tétramorphe

Sur l’archivolte sont figurés les anges du jugement dernier et des anges en adoration.

Frise de l’entablement[modifier | modifier le code]

Sur cette frise également en calcaire oolithique sont figurés sous le tympan les douze apôtres assis et tenant un livre sur les genoux : ils sont les témoins de la résurrection du Christ. Au nord, donc à la droite du Christ, on trouve sur le retour de la frise la représentation de la faute originelle avec une sculpture d’Adam et Eve, puis, se dirigeant vers le Christ, le cortège des bienheureux rangés suivant un ordre hiérarchique : des hommes représentés des trois quarts la main posée sur l’épaule de celui qui le précède, deux femmes voilées, des prêtres et des prélats mitrés. En tête du cortège un ange aux ailes déployées présente l’âme des justes représentée sous la forme d’un enfant aux trois patriarches : Abraham, Isaac et Jacob. Au sud, donc à gauche du Christ, le triomphe de la générosité sur l’avarice, l’archange saint Michel refusant l’entrée aux réprouvés, le cortège des damnés et enfin sur le retour de la frise la barque des damnés.

Frise sous l’entablement[modifier | modifier le code]

Cette seconde frise, d’une plus faible hauteur, est consacrée à l’enfance du Christ. Elle se situe en arrière plan des colonnes du portail, au-dessus des panneaux verticaux. La première représentation sur le pilastre cannelé qui flanque la grande porte du côté nord, est l’Annonciation faite à Marie et le songe de Joseph voyant l’ange lui révélant la maternité de Marie. En continuant vers le nord on découvre les mages devant Hérode, la chevauchée des mages, le massacre des innocents et la fuite en Égypte. Symétriquement on trouve sur la partie sud le bain de l’enfant Jésus, la nativité, l’adoration des mages, les mages réveillés par l’ange et l’annonce aux bergers.

Au centre, le trumeau en granit, possède un chapiteau où sont figurés quatre anges, un par face : au sud ange indiquant l’entrée de la porte du paradis, à l’ouest ange gardien de la porte, à l’est ange au phylactère et au nord ange au rotulus.

Panneaux verticaux[modifier | modifier le code]

Sous la frise, de grandes figures en pied séparées par des pilastres ornés de magnifiques rinceaux représentant les saints majeurs de l’Église et tout particulièrement les deux patrons de l’église d’Arles : saint Étienne et saint Trophime. C’est la partie la plus spectaculaire du portail. En partant de la partie centrale on trouve

La statue de saint Paul est particulièrement remarquable avec des plis de la robe profondément creusés retombant raides sur les jambes ; elle s’inspire des apôtres du portail de Saint-Gilles[48].

Statues des panneaux verticaux
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Le cloître[modifier | modifier le code]

Cloître de Saint-Trophime.
Article détaillé : cloître Saint-Trophime.

Le cloître Saint-Trophime de l’ancienne cathédrale d’Arles date du XIIe et XIVe siècle. L’emplacement de ce cloître est inhabituel car il n’est accolé ni à la nef ni au transept. Il communique avec le chœur au moyen d’un escalier de vingt-cinq marches. Ce cloître présente une forme approximativement rectangulaire de 28 m de long sur 25 m de large. Des dimensions comparables ne se retrouvent dans la région Provence que dans les cloîtres du Thoronet, de Sénanque ou de Montmajour.

L’édification du cloître débute peu après 1150 avec la construction de la galerie nord qui sera suivie de peu par celle de la galerie orientale. Il faudra attendre la fin du XIVe siècle pour voir l’achèvement du cloître avec les constructions de la galerie ouest puis de la galerie sud qui sera terminée sous l’épiscopat de Jean de Rochechouart (1390-1398). Il résulte de ces différentes périodes de construction, deux styles différents pour les galeries : le roman pour les galeries nord et est, et le gothique pour les galeries ouest et sud.

Le cloître traduit une recherche de la perfection plastique avec un remarquable équilibre des volumes et une grande qualité de la décoration sculptée.

  • En 1935, la Poste française émet un timbre représentant le cloître de Saint-Trophime d'Arles[49].


Galeries[modifier | modifier le code]

Saint-Trophime[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'abside romane de Saint-Trophime est remplacée par un chevet gothique lors de travaux exécutés entre 1454 et 1465.
  2. À la suite du concordat de 1801
  3. . Il s'agit certainement de la déposition d'un certain Contumeliosus évêque de Riez (524-534) condamné par l’archevêque d’Arles, saint Césaire, le 26 mai 533, lors d'un concile à Marseille. Cet épisode est évoqué par Malnory Lire en ligne

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thirion 1979, p. 360 :

    « Cette nouvelle cathédrale (note : Saint-Trophime), bâtie en exploitant les monuments romains tout proches, fut placée, comme l'atteste la Vie de saint Hilaire écrite après 461, sous un vocable dont la vogue était toute récente, celui de saint Etienne, dont les reliques avaient été découvertes en 415. »

  2. Patrimoine de la ville d’Arles : la cité épiscopale
  3. Émile FassinBulletin archéologique d’Arles, 1889 n° 9, pages 132-135.
  4. « Notice no PA00081139 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. Rothé et Heijmans 2008, p. 213
  6. Paul Masson (sous la direction de), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome IV p. 188
  7. Rouquette et Chastel 1966, p. D18
  8. Rouquette et al. 2008, p. 346
  9. Rouquette 1980, p. 283-284
  10. Rothé et Heijmans 2008, p. 409
  11. Henri Antoine Révoil, Architecture romane du Midi de la France, 1873.
  12. Thirion 1979, p. 379, 382
  13. Édouard Baratier, Georges Duby, Ernest Hildesheimer, Atlas historique, Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco, éd. Armand Colin, Paris, 1969, p. 99
  14. Paul Masson (dir.), Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille, 17 volumes parus de 1913 à 1937, tome IV p. 186
  15. « Notice no PM13000292 », base Palissy, ministère français de la Culture
  16. Hari 2002, p. 20
  17. Charles-Roux 1914, p. 102
  18. « Notice no PM13000291 », base Palissy, ministère français de la Culture
  19. Charles-Roux 1914, p. 103
  20. Évangile selon saint Mathieu, chapitre 2 versets 1 à 11
  21. André Villard, Art de Provence, éd. Arthaud, 1957, p. 161
  22. « Notice no PM13000290 », base Palissy, ministère français de la Culture
  23. Abbé Louis Paulet, La Primatiale ou Monographie historique et descriptive de la Basilique Saint-Trophime d'Arles, Bergerac, 1910, p. 114
  24. « Notice no PM13000289 », base Palissy, ministère français de la Culture
  25. Rouquette et al. 2008, p. 897
  26. « Notice no PM13001497 », base Palissy, ministère français de la Culture
  27. Hari 2002, p. 16
  28. « Notice no PM13000288 », base Palissy, ministère français de la Culture
  29. Fernand Benoit, Sarcophages paléochrétiens d’Arles et de Marseille, supplément à Gallia, C.N.R.S., Paris, 1954, p. 47-48
  30. « Notice no PM13000293 », base Palissy, ministère français de la Culture
  31. « Notice no PM13000294 », base Palissy, ministère français de la Culture
  32. Fernand Benoit, Sarcophages paléochrétiens d’Arles et de Marseille, supplément à Gallia, C.N.R.S., Paris, 1954, p.55
  33. Michel Baudat, Arles,le Guide, Monum, éditions du Patrimoine, p.48
  34. Fernand Benoit, Sarcophages paléochrétiens d’Arles et de Marseille, supplément à Gallia, C.N.R.S., Paris, 1954, p. 44
  35. Hari 2002, p. 17
  36. « Notice no PM13000300 », base Palissy, ministère français de la Culture
  37. « Notice no PM13000284 », base Palissy, ministère français de la Culture
  38. « Notice no PM13000296 », base Palissy, ministère français de la Culture
  39. « Notice no PM13001495 », base Palissy, ministère français de la Culture
  40. Estrangin 1838, p. 176-177
  41. Michel Baudat, Arles, ville sainte, p.29, Actes Sud, 2002
  42. « Notice no PM13001908 », base Palissy, ministère français de la Culture
  43. Caylux 2001, p. 48
  44. « Notice no PM13001061 », base Palissy, ministère français de la Culture
  45. Rouquette et al. 2008, p. 901
  46. Rouquette 1980, p. 275
  47. Vincent van Gogh, lettre 470, 18 mars 1888 :
    There is a Gothic portico here, which I am beginning to think admirable, the porch of St. Trophime. But it is so cruel, so monstrous, like a Chinese nightmare, that even this beautiful example of so grand a style seems to me to belong to another world,…
  48. Altet, Avril et Gaborit-Chopin 1982, p. 103
  49. [ http://www.wikitimbres.fr/timbres/3467/saint-trophime-darles Voir la fiche technique du timbre-poste]]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Julien Estrangin, Études archéologiques, historiques et statistiques sur Arles, Aix-en-Provence, Aubin,‎ 1838
  • Jules Charles-Roux, Arles, son histoire, ses monuments, ses musées, Paris, Bloud et Cie,‎ 1914
  • Jean-Maurice Rouquette et André Chastel (dir.), « Arles », Histoire générale des Églises de France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Paris, Robert Laffont,‎ 1966
  • Jean-Maurice Rouquette, Provence romane. La Provence rhodanienne, t. 1, La Pierre-qui-Vire, Éditions Zodiaque, coll. « la nuit des temps »,‎ 1980 (ISBN 978-2736901387), p. 265-346
  • Jacques Thirion, « Saint-Trophime d’Arles », Congrès archéologique de France, 134e session, Paris, Société française d’archéologie,‎ 1979
  • Xavier Altet, François Avril et Danielle Gaborit-Chopin, Le temps des Croisades, Paris, Gallimard, coll. « L’univers des formes »,‎ 1982 (ISBN 2-07-011027-3)
  • Jean-Pierre Dufois, Yacine Azzoug, Dominique Rigaux et Andréas Hartmann-Virnich, Le portail de Saint-Trophime d’Arles : Naissance et renaissance d’un chef d’œuvre, Arles, Actes Sud,‎ 1999 (ISBN 2-7427-1574-6)
  • Odile Caylux, Le guide d’Arles, musées, monuments, promenades, Paris, éd. du patrimoine,‎ 2001 (ISBN 2-858-22-643-1)
  • Albert Hari, Petit guide de la primatiale Saint-Trophime d’Arles, Strasbourg, éd. du signe,‎ 2002 (ISBN 2-746-80-713-0)
  • Marie-Pierre Rothé et Marc Heijmans, Carte archéologique de la Gaule : Arles, Crau, Camargue, Paris, Académie des Inscriptions et Belles Lettres : Ministère de l’Éducation Nationale, Ministère de la Recherche,‎ 2008 (ISBN 2-879-54-204-9)
  • Jean-Maurice Rouquette, Paul Allard, Régis Bertrand et Marc Heijmans, Arles : histoire, territoires et cultures, Arles, Actes Sud,‎ 2008 (ISBN 978-2-7427-5176-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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