Anastasio Somoza García

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Anastasio Somoza García
Anastasio Somoza García et Juan Perón à l'aeroparque de Buenos Aires, en 1953.
Anastasio Somoza García et Juan Perón à l'aeroparque de Buenos Aires, en 1953.
Fonctions
52e et 56e président du Nicaragua
Prédécesseur Carlos Brenes Jarquin
Successeur Leonardo Argüello Barreto
Prédécesseur Víctor Manuel Román y Reyes
Successeur Luis Somoza Debayle
1er directeur de la Garde nationale (es)
Successeur Anastasio Somoza Debayle
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance San Marcos, Carazo (Nicaragua)
Date de décès (à 60 ans)
Lieu de décès Ancón, zone du canal de Panama
Nationalité Nicaraguayenne
Parti politique Partido Liberal Nacionalista (PLN)
Conjoint Salvadora Debayle
Enfant(s) Lillian Somoza Debayle
Luis Somoza Debayle
Anastasio Somoza Debayle

Anastasio Somoza García
Président de la République du Nicaragua

Anastasio Somoza García (1896-1956) a été officiellement le président du Nicaragua de 1937 à 1947, puis de 1950 à 1956, mais a de facto exercé un pouvoir dictatorial de 1936 jusqu'à son assassinat. Il a été le premier des Somoza à diriger le pays. La famille a gardé le contrôle du pays presque continuellement jusqu'à la chute d'Anastasio Somoza Debayle en 1979.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Somoza nait le 1er février 1896, à San Marcos, dans le département de Carazo au Nicaragua. Il est le fils d'Anastasio Somoza Reyes, un riche planteur de café. Adolescent, il est envoyé vivre chez des parents à Philadelphie, où il poursuit des études supérieures à la Peirce School of Business Administration. Durant son séjour à Philadelphie, il rencontre sa future épouse, Salvadora Debayle Sacasa, membre d'une des familles les plus riches du Nicaragua, fille du Dr Luis Henri Pallais Debayle et de Casimira Sacasa Sacasa, elle-même fille de Roberto Sacasa Sarria, 44e et 46e président du Nicaragua. À son retour au Nicaragua, il tente sans succès d'entamer une carrière d'homme d'affaires.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1926, il rejoint la rébellion des libéraux qui soutiennent les aspirations présidentielles de Juan Bautista Sacasa, l'oncle de sa femme. Ce conflit entre conservateurs au pouvoir et libéraux est connu au Nicaragua sous le nom de « Guerre constitutionnelle », et aboutit à la création d'un gouvernement d'union nationale et au retour des Marines américains qui avaient déjà précédemment occupé le pays. Bien que Somoza n'a pas réussi à se distinguer dans la bataille, menant une attaque infructueuse sur la garnison de San Marcos, son anglais sans accent lui a permis de servir d'interprète pendant les négociations entre les partis belligérants dirigées par les Américains.

Le gouvernement du président José María Moncada (1929-1933), à qui il est vaguement apparenté, le nomme gouverneur du département de León, puis consul du Nicaragua au Costa Rica et enfin ministre des Affaires étrangères. Malgré son expérience militaire limitée, Somoza a parallèlement été capable de s'élever en grade dans la Garde nationale nicaraguayenne (Guardia Nacional), force de police organisée par l'US Marine Corps.

Après avoir mené six années de lutte acharnée contre les forces rebelles anti-américaines et opposées à l'oligarchie libérale du général Augusto Sandino, les Marines évacuent le pays en janvier 1933, après l'élection à la présidence de Juan Bautista Sacasa. À la demande pressante de l'ambassadeur américain Matthew E. Hanna, Somoza García est alors nommé directeur de la Garde nationale.

Au cours de pourparlers de paix, Somoza ordonne l'assassinat du général Sandino le 21 février 1934, violant ainsi d'un accord de sauf-conduit. L'assassinat de Sandino est suivi de l'assassinat de ses plus anciens partisans par la Garde nationale. En juin 1936, Somoza contraint Sacasa à la démission.

Présidences et dictature[modifier | modifier le code]

Une série de présidents fantoches gouverne le pays pendant le reste de l'année, et, en décembre 1936, Somoza est élu président par 107 201 voix contre 100[1]. Il prend ses fonctions le jour du Nouvel An 1937. Somoza, surnommé « Tacho » par le peuple, modifie la Constitution afin de centraliser tout le pouvoir entre ses mains. Les membres de sa familles et ses principaux partisans monopolisent les postes clés dans le gouvernement et l'armée.

Les partis d'opposition continuent d'exister sur le papier, mais en pratique, le système électoral est fortement truqué en faveur des du Parti libéral nationaliste de Somoza. Tout au long des années 1930 et 1940, il acquiert d'immenses richesses personnelles, principalement grâce à des investissements dans les exportations agricoles, notamment le café, le coton et le bétail. Après le massacre des partisans de Sandino, il acquiert la plupart des terres qui avaient été accordés par Sacasa aux paysans pauvres.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement confisque les propriétés de la petite mais influente communauté allemande du Nicaragua, et les revend à la famille Somoza à des prix dérisoires. En 1944, Somoza est le plus grand propriétaire foncier du Nicaragua, détenant 51 ranchs et 46 plantations de café, ainsi que plusieurs usines de sucre et distilleries de rhum. Somoza s'est lui-même nommé directeur de la ligne de chemin de fer du Pacifique, reliant la capitale Managua au principal port du pays, Corinto, et qui transporte ses marchandises et ses productions agricoles gratuitement, tout en maintenant son approvisionnement en véhicules et matériel agricole.

Somoza réalise également des bénéfices substantiels en accordant des concessions à des entreprises étrangères (principalement américaines) pour exploiter l'or, le caoutchouc et le bois, pour lesquelles il reçoit des « prélèvements exécutifs » et des « commissions présidentielles. » Il adopte des lois restreignant les importations et organise des opérations de contrebande, qui lui permettent de vendre des marchandises dans ses propres magasins. Il reçoit des pots de vin avec les jeux clandestins, la prostitution et le trafic d'alcool. À la fin dans années 1940, il avait acquis une fortune estimée à 400 millions de dollars[2]. Bien que le Nicaragua, qui a officiellement déclaré la guerre au Japon le 8 décembre 1941, était concerné par la loi Lend-Lease, la réticence du gouvernement à combattre réellement s'explique par les équipements obsolètes de son armée (la plupart étant achetés à la Russie, à l'Espagne, au Portugal, ou constitués de matériels allemands capturés), laquelle n'était pas entraînée comme l'étaient les armées occidentales.

En 1944, sous la pression des États-Unis, Somoza accepte de ne se représenter à l'élection présidentielle, et désigne, comme candidat du Parti libéral nationaliste, un médecin âgé, Leonardo Argüello, qui peut compter sur l'aide de Somoza et de la Garde nationale pour assurer son élection. Après avoir pris ses fonctions en mai 1947, Argüello affiche une indépendance inattendue, en essayant de réduire la puissance de la Garde nationale et le contrôle de Somoza et de ses associés sur l'économie. Moins d'un mois plus tard, Somoza orchestre un nouveau coup d'État, en nommant président l'un des oncles de sa femme, Benjamín Lacayo Sacasa.

Lorsque l'administration du président américain, Harry Truman, refuse de reconnaître le nouveau gouvernement, une Assemblée constituante est convoquée, et nomme l'oncle de Somoza, Víctor Manuel Roman y Reyes, président. À la suite d'une autre élection largement truquée, Somoza redevient président en 1950. Dans les années 1950, il réorganise et rationalise son empire commercial, en créant une entreprise de marine marchande, plusieurs usines de textile, une compagnie aérienne nationale (Líneas Aéreas de Nicaragua, ou LANICA), et un nouveau port à conteneurs sur la côte Pacifique, près de Managua, qu'il nomma Porto Somoza (après l'arrivée des sandinistes au pouvoir en 1979, il est rebaptisé Puerto Sandino). Il a acquiert également des propriétés aux États-Unis et au Canada.

Assassinat et héritage[modifier | modifier le code]

En 1955, la Constitution est modifiée pour lui permettre de briguer un nouveau mandat. Le 21 septembre 1956, lors d'un bal organisé en son honneur dans la ville de León, il est atteint par plusieurs balles tirées par un poète de 27 ans, Rigoberto López Pérez, qui est aussitôt abattu. Anastasio Somoza García meurt huit jours plus tard après avoir été envoyé à un hôpital à Balboa, dans la zone américaine du Canal de Panama.

Son fils aîné, Luis Somoza, lui succède. Les fils de Somoza, Luis Somoza, né en 1922, et Anastasio Somoza Debayle, né en 1925, gouvernent le pays, directement ou par l'entremise d'hommes de paille lors des 23 années suivantes. Malgré la corruption généralisée et une répression violente de la dissidence, ils réussissent à s'accrocher au pouvoir parce que les États-Unis les considèrent comme des anti-communistes inconditionnels et une source de stabilité.

Somoza est inhumé avec son fils aîné au Cimetière occidental de Managua, dans le mausolée de la Garde nationale.

« Notre fils de pute »[modifier | modifier le code]

Bien que les Somoza soient généralement considérés comme des dictateurs impitoyables, les États-Unis ont continué à les soutenir en tant que bastion anti-communiste. Le président américain Franklin D. Roosevelt aurait fait remarquer en 1939 que « Somoza est peut être un fils de pute, mais c'est notre fils de pute »[3].

Cependant, selon l'historien américain David Schmitz, les chercheurs et les archivistes qui ont fouillé les archives de la Bibliothèque présidentielle de Franklin Roosevelt n'ont trouvé aucune preuve que Roosevelt ait jamais fait cette déclaration. Cette déclaration est pour la première fois apparue dans le numéro de Time Magazine du 15 novembre 1948, et a plus tard été mentionnée dans un reportage diffusé sur CBS le 17 mars 1960 intitulé Trujillo : Portrait d'un dictateur. Dans cette émission, cependant, il est affirmé que Roosevelt a fait la déclaration en référence à Rafael Trujillo, président de la République dominicaine. Il convient encore de noter que cette déclaration a été attribuée à différentes administrations présidentielles des États-Unis à l'égard de dictateurs étrangers. Ainsi, au stade actuel, cette déclaration est apocryphe, bien que Roosevelt et ses successeurs ont certainement appuyé la famille Somoza et leur domination sur le Nicaragua[4]. Un autre historien, Andrew Crawley, affirme que la déclaration de Roosevelt est un mythe créé par Somoza lui-même[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. The End and the Beginning. The Nicaraguan Revolution, par John A. Booth, p. 66–68.
  2. « The Somoza Era, 1936-74 », extrait du site du Library of Congress Country Studies. (en)
  3. Blood on the border. A memoir of the Contra war, par Roxanne Dunbar-Ortiz, 2005.(en)
  4. Thank God They're On Our Side: The United States & Right-Wing Dictatorships, par David Schmitz, University of North Carolina Press, 1999, pages 3, 313.
  5. Somoza and Roosevelt : good neighbour diplomacy in Nicaragua, 1933-1945, par Andrew Crawley.(en)