Anarchisme aux États-Unis

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Manifestation anti-guerre devant le Sénat des États-Unis le 29 septembre 2001.

L'anarchisme est un courant de philosophie politique développé depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et pratiques anti-autoritaires[1]. Fondé sur la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et le refus de toutes contraintes découlant des institutions basées sur ce principe[2], l'anarchisme a pour but de développer une société sans domination, où les individus coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion[3].

Aux États-Unis, les idées anarchistes se diffusent par la défense de la liberté individuelle, les attaques contre l'État et la religion, les critiques du libéralisme et du socialisme[4]. Certains penseurs libertaires américains comme Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Walt Whitman, préfigurent l'anarchisme contemporain de la contre-culture, de l'écologie, ou de la désobéissance civile[5].

Amour libre[modifier | modifier le code]

The Firebrand, 1895-1897.
Free Society, 1897-1904.

À la fin du XIXe siècle siècle, le mouvement en faveur de l'amour libre fut un courant majeur de l'anarchisme individualiste aux États-Unis[6]. Josiah Warren et les communautés expérimentales en sont les précurseurs. Ils voient la liberté sexuelle comme une expression claire et directe de l'auto-détermination des individus. L'engagement en faveur de l'amour libre se conjugue avec la lutte pour les droits des femmes dans la mesure où ce sont elles qui sont les premières victimes des discriminations inscrites dans les lois, comme celles sur le mariage ou sur l'interdiction des moyens de contraception[6].

Parmi les journaux qui défendent l'amour libre, le plus important est Lucifer, The Light-Bearer ((Lucifer, Le Porteur de Lumière 1883-1907), édité par Moses Harman et Lois Waisbrooker[7]. Mais il y eut aussi The Word (1872-1890 et 1892-1893) de Ezra Heywood et Angela Heywood[6]. M. E. Lazarus est également une figure importants de l'anarchiste individualiste américain, défenseur de l'amour libre[6].

Autre journal libertaire majeur aux États-Unis de la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle : Free Society[8] (1895-1897 sous le titre The Firebrand et 1897-1904 sous Free Society) défend farouchement l'amour libre et les droits des femmes, et critiquait la « Comstockerie (en) » - la censure de l'information sexuelle. En 1897, afin de provoquer délibérément les défenseurs des lois Comstock, dans un acte de désobéissance civile, The Firebrand publie « A Woman Waits for Me » (Une femme m’attend), un poème de Walt Whitman. Tous les rédacteurs et éditeurs du journal sont arrêtés et accusés d'avoir publié des écrits « obscènes » pour le poème de Whitman et une lettre intitulée « It Depends on the Women » signée AEK. La lettre de AEK présentait différentes situations hypothétiques dans lesquelles des femmes refusaient de consentir à des relations sexuelles avec leurs maris ou leurs amants, et défendait la position selon laquelle la véritable libération nécessite une éducation des deux sexes et celle des femmes en particulier[9].

À New-York, dans le Greenwich Village, des féministes et des socialistes « bohèmes » défendent l'auto-réalisation et le plaisir, ici et maintenant, pour les femmes (ainsi que les hommes), tout en militant contre la Première Guerre mondiale et dans d'autres mouvements libertaires et socialistes. Ils encouragent le fait de jouer avec les rôles sexuels conventionnels et la sexualité[10]. Edna St. Vincent Millay, ouvertement et radicalement bisexuelle, ainsi que la lesbienne anarchiste Margaret Anderson, n'y sont pas étrangères. Le habitants du Village sont inspirés par les travailleuses immigrées (souvent anarchistes) des années 1905-1915[11] et de New Life Socialism d'Edward Carpenter, Havelock Ellis et Olive Schreiner. Quant à Emma Goldman, entre autres, elle fréquente des groupes de discussion organisés sur le sujet. Magnus Hirschfeld écrit, en 1923, que Goldman « milita résolument et énergiquement pour les droits individuels, en particulier pour ceux qui en étaient privés. Il s'avéra donc qu'elle fut la première et seule femme, c'est-à-dire la première américaine, à prendre la défense de l'amour homosexuel devant le grand public »[12]. En fait, avant Emma Goldman, l'anarchiste hétérosexuel Robert Reitzel (1849-1898) a déjà abordé l'homosexualité en termes élogieux dès le début des années 1890 dans son journal en langue allemande Der arme Teufel (Le pauvre Diable)[13].

Par ailleurs, Emma Goldman formule une critique radicale des relations hommes-femmes (voir Philosophie politique de Emma Goldman). Elle met en évidence la persistance de « l'instinct de propriété du mâle », même parmi les révolutionnaires : « dans son égocentrisme, l'homme ne supportait pas qu'il y eut d'autres divinités que lui »[14], une analyse qu'elle développe dans La Tragédie de l'émancipation féminine publié dans Mother Earth en mars 1906[15].

Elle s'oppose aux conceptions traditionnelles de la famille, de l'éducation et des rapports de genre[16]. Elle s'attaque à l'institution du mariage[17] dont elle dit que « c'est premièrement un arrangement économique... [la femme] le paie avec son nom, sa vie privée, son estime de soi, toute sa vie »[18].

Liste d’anarchistes américains[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

  • Joel Sucher, Steven Fischler, Anarchism in America, The National Endowment for the Humanities, Pacific Stree Film Projects, 1981, voir en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992
  2. Sébastien Faure, Encyclopédie anarchiste, Paris, La Librairie Internationale
  3. Emmanuel de Waresquiel, Le siècle rebelle, dictionnaire de la contestation au XXe siècle, Larousse, coll. « In Extenso », 1999
  4. Sylvie Arend, Christiane Rabier, Le Processus Politique : Environnements, Prise de Decision et Pouvoir, Ottawa, University of Ottawa Press, 2000 (ISBN 2760305031)
  5. (en) Peter Marshall, Demanding the Impossible: A History of Anarchism, Fontana Press, 2008 (ISBN 0006862454)
  6. a, b, c et d The Free Love Movement and Radical Individualism By Wendy McElroy.
  7. Joanne E. Passet, "Power through Print: Lois Waisbrooker and Grassroots Feminism, " in: Women in Print: Essays on the Print Culture of American Women from the Nineteenth and Twentieth Centuries, James Philip Danky and Wayne A. Wiegand, eds., Madison, WI, University of Wisconsin Press, 2006; p. 229-50.
  8. "Free Society was the principal English-language forum for anarchist ideas in the United States at the beginning of the twentieth century." Emma Goldman: Making Speech Free, 1902-1909, p. 551.
  9. Moran, 2004.
  10. Sochen, June. 1972. The New Woman : Feminism in Greenwich Village 1910-1920. New York: Quadrangle.
  11. Cott, Nancy. 1987. The Grounding of Modern Feminism, New Haven/London.
  12. Katz, Jonathan Ned. Gay American History: Lesbians and Gay Men in the U.S.A. (New York: Thomas Y. Crowell, 1976)
  13. L'Éphéméride anarchiste : Der arme Teufel.
  14. L'Épopée d'une anarchiste. New York 1886 - Moscou 1920, Hachette, 1979, page 91.
  15. Nicole Beaurain, Christiane Passevant, Femmes et anarchistes : De Mujeres libres aux anarchaféministes, L'Homme et la société, no 123-124, 1997, Actualité de l'anarchisme, page 76.
  16. Emma Goldman, Marriage and Love, dans Alix Kates Shulman, Red Emma Speaks : An Emma Goldman Reader, Schocken Books, N.Y., 1982, p. 204-13.
  17. Emma Goldman, Marriage and Love, Éditions Syros, 1978, notice.
  18. Emma Goldman, Marriage and Love, Red Emma Speaks, p. 205.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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