Anagnorèse

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L’anagnorèse (en grec ancien : ἀναγνώρισις) est le moment dans une pièce de théâtre où un personnage fait une découverte cruciale. L'agnorèse signifiait à l'origine le souvenir dans son contexte grec, non seulement d'une personne mais aussi de ce que cette personne représentait. C'est le héros de la prise de conscience d'une situation réelle, la réalisation des choses telles qu'elles étaient, et enfin, la perspicacité du héros dans une relation avec un personnage de fiction souvent antagoniste dans une tragédie aristotélicienne[1].

Tragédie[modifier | modifier le code]

Lear et Cordelia.
Lear et Cordelia, peint par Ford Madox Brown entre 1848 et 1849. Lear, chassé par sa fille aînée et sauvé par sa fille cadette, réalisent leurs vrais personnages.

Les Choéphores d'Eschyle est un exemple frappant d'anagnorèse de la tragédie aristotélicienne, lorsqu'Électre reconnaît son frère, Oreste, après qu'il est revenu de son exil à Argos, sur la tombe de son père, Agamemnon, qui avait été assassiné des mains de Clytemnestre, leur mère. Électre se convainc qu'Oreste est son frère à la suite de trois preuves : la mèche de cheveux de ce dernier sur la tombe, ses empreintes à côté, et un morceau de tissage qu'elle a brodé. Les empreintes et les cheveux sont identiques avec les siens. Lors de la présence de son frère, la conscience d'Électre est la seule personne qui peut l'aider à venger la mort de leur père[2].

Comédie[modifier | modifier le code]

Littérature policière[modifier | modifier le code]

La première utilisation d'anagnorèse dans un roman policier était dans The Three Apples (en), un classique des contes des Mille et Une Nuits, où le dispositif est employé à bon escient dans son retournement final[3]. Le protagoniste de l'histoire, Jafar ben Yahya, est commandé par Hâroun ar-Rachîd de trouver le coupable derrière le mystère d'un meurtre, sous peine d'être exécuté dans les trois jours qui suivent. C'est seulement après que la date limite est dépassée qu'ils préparent à l'exécuter, qu'il découvre que le coupable était son propre esclave[4],[5].

Usage moderne[modifier | modifier le code]

Cependant, l'anagnorèse ne se limite pas à des sources classiques ou élisabéthaines. L'auteur et conférencier Ivan Pintor Iranzo souligne que M. Night Shyamalan utilise des révélations similaires dans Le sixième sens, dans lequel l'enfant psychologue Malcolm Crowe traite avec succès un enfant qui a des visions de personnes décédées, pour se rendre compte à la fin du film que Crowe lui-même est mort, ainsi que dans Incassable, où le personnage de David se rend compte qu'il a survécu à un accident de train qui a tué les autres passagers, en raison d'un pouvoir surnaturel[6].

Dans la culture populaire, le moment où Dark Vador annonce à Luke Skywalker qu'il est son père dans L'Empire contre-attaque, est un autre exemple bien connu d'anagnorèse.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Northrop Frye, Fables of identity : studies in poetic mythology, Harcourt, Brace & World,‎ 1963, 264 p. (ISBN 0-15-629730-2), p. 25.
  2. (en) Eschyle et Robert Lowell, The Oresteia of Aeschylus, New York, CUP Archive,‎ 1978, 129 p.
  3. (en) « The Three Apples », sur Wikisource (consulté le 3 septembre 2013).
  4. (en) David Pinault, Story-Telling Techniques in the Arabian Nights, Brill,‎ 1992 (ISBN 90-04-09530-6), p. 95-96.
  5. (en) Ulrich Marzolph, The Arabian Nights Reader, Wayne State University Press,‎ 2006 (ISBN 0-8143-3259-5), p. 241-242.
  6. (en) Ivan Pintor Iranzo, « The Representation of the dead and the construction of the other in contemporary cinema : The case of M. Night Shyamalan », revue de l'université Pompeu Fabra, no 4,‎ 2005 (lire en ligne).