Amos Gitaï

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Amos Gitaï

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Amos Gitaï en 2011

Naissance 11 octobre 1950 (64 ans)
Haïfa
Drapeau d’Israël Israël
Nationalité Drapeau d’Israël israélienne
Profession Réalisateur
Films notables Kadosh,
Kippour,
Kedma

Amos Gitaï est un cinéaste israélien né le 11 octobre 1950 à Haïfa.

Son œuvre, faisant fréquemment l'objet de rétrospectives, comprend à ce jour plus de quatre-vingt films sur tous supports. Entre 1999 et 2011, sept de ses films ont été présentés en compétition officielle au Festival de Cannes et à la Mostra de Venise.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Amos Gitaï et Jeanne Moreau, tournage de Plus Tard tu comprendras, 2008

Né d'un père architecte du Bauhaus, il commence des études d'architecture au Technion de Haïfa. Lorsque la guerre du Kippour éclate, il doit interrompre ses études pour participer au conflit au sein d'une unité de secours par hélicoptère. Au cours de ses missions, il utilise une caméra Super-8. À l'issue de la guerre, il s'engage dans une carrière de cinéaste et commence à réaliser des documentaires[1].

En 2014, l’œuvre du cinéaste Amos Gitaï compte près de quatre-vingt titres, réalisés sur environ quarante ans[2]. Il faut y ajouter installations vidéo, mises en scène de théâtre et livres. Ses films sont de formats et de natures très variés (longs et courts métrages, fictions et documentaires, travaux expérimentaux, réalisations pour la télévision, tournés dans son pays, Israël, ou partout dans le monde…). Mais à la diversité de ses œuvres répond une extrême cohérence. Au fil des années, des voyages, des combats, des exils, des rencontres, Amos Gitaï articule et réarticule entre elles des œuvres qui, dans leur miroitement, ne cessent de se répondre, de se faire écho[réf. nécessaire].

Il est né en Israël, fils d’un architecte du Bauhaus, Munio Weinraub, ayant fui le nazisme en 1933, et d’une intellectuelle et enseignante, Efratia Gitai, spécialiste non religieuse des textes bibliques, née en Israël au début du XXe siècle. Héritage du sionisme des origines et de l’intelligentsia Mitteleuropa, toile de fond marquée par les idées socialistes des pionniers de l’État juif et par la quête savante et esthétique. Il est né en 1950, soit la première génération des enfants d’après la fondation de l’État d’Israël, une génération qui sera aussi formée par les grands mouvements de la jeunesse contestataire des années soixante et, en tant qu’Israélien, en étant confronté à deux guerres, celle des Six Jours (juin 1967) et celle de Kippour (octobre 1973) et à la montée en puissance de la résistance palestinienne à l’occupation israélienne. Étudiant sur ce haut lieu de la contre-culture que fut le campus de Berkeley en Californie à la fin des années soixante-dix, adolescent engagé et critique contre la politique de son pays, jeune soldat envoyé sur le théâtre des opérations dans le Golan en 1973, Amos Gitaï aura vécu personnellement ces expériences décisives. Auxquelles il faut ajouter sa formation et sa vocation première d’architecte, formation et vocation dont les traces ne cesseront de se retrouver dans ses films.

C’est d’ailleurs par un film consacré à la reconstruction d’une maison que débute l’œuvre de cinéaste professionnel d’Amos Gitaï : House (1980) est un documentaire qui parvient, sur le lieu unique d’un chantier dans une petite rue de Jérusalem, à mettre à jour avec vigueur et sensibilité un très grand nombre de ce qui fait vivre, rêver et souffrir Israéliens et Palestiniens. Il est aussi significatif que ce film sera aussitôt interdit en Israël, marquant durablement la relation conflictuelle du cinéaste avec les autorités de son pays, relation bientôt envenimée par la controverse suscitée par son film Journal de campagne réalisé avant et pendant l’invasion du Liban en 1982, et se traduisant par un long exil en France (1983-1993). House est encore exemplaire en ce que le film est le point de départ d’un schéma qui lui deviendra habituel, celui de la conception d’ensemble de réalisations en trilogies poursuivant et reformulant les mêmes recherches et interrogations. House (1980), Une maison à Jérusalem (1998) et News from Home, News from House (2006) constitueront les trois volets de cette trilogie documentaire, genre dont relèvent aussi les trois Wadi (1981, 1991, 2001), la trilogie sur les pratiques politico-militaires israéliennes (Journal de campagne, 1982 ; Donnons une chance à la paix, 1994 ; L’Arène du meurtre, 1996), celle sur les procédures du capitalisme mondial (Ananas, 1984 ; Bangkok-Bahreïn/Travail à vendre, 1984 ; Orange, 1998) ou celle sur les résurgences de l’extrême-droite européenne (Dans la vallée de la Wupper, 1993 ; Au nom du Duce/Naples-Rome, 1994 ; Queen Mary ‘87, 1995). Mais aussi les trilogies de fiction, trilogie de l’exil (Esther, 1985 ; Berlin-Jérusalem, 1989 ; Golem, l’esprit de l’exil, 1991), trilogie des villes (Devarim, 1995 ; Yom Yom, 1998 ; Kadosh, 1999), trilogie des événements historiques décisifs pour Israël (Kippour, 2000 ; Eden, 2001 ; Kedma, 2002), trilogie des frontières (Terre promise, 2004 ; Free Zone, 2005 ; Désengagement, 2007). Cette énumération n’est pas exhaustive : l’œuvre de Gitai s’appuie aussi sur des réalisations plus brèves, esquisses et carnets de notes filmés, ou sur des digressions ou approfondissements. Elle peut aussi procéder par reconfigurations : avant de devenir le troisième volet de la trilogie de l’exil, Golem, l'esprit de l’exil a d’abord été une composante de la trilogie du Golem, avec Naissance d’un Golem : carnet de notes (1990) et Le Jardin pétrifié (1993). Mais de manière générale, ce parcours traduit à la fois l’importance du sens de la construction, des structures dramatiques, thématiques et formelles, et la constance dans les interrogations – il arrive que dix ans séparent deux volets d’une trilogie.

Il faut y ajouter une recherche inlassable sur les moyens esthétiques, recherche qui s’ancre dans les usages expérimentaux de la caméra dès l’adolescence, passera par la stylisation affirmée des premières fictions sous l’influence revendiquée de Brecht et de l’expressionnisme, comme par la recherche de dispositifs de filmage adaptés à des projets particuliers. Une des figures de style les plus volontiers employées par Amos Gitaï est le plan séquence, la durée longue de l’enregistrement servant à de multiples usages jamais limités à la séduction visuelle, mais toujours en recherche d’effets de sens. Artiste engagé, Gitai est, dans le même mouvement un grand styliste, inventeur de structures dramatiques inattendues, exemplairement le dédoublement asymétrique de Berlin-Jérusalem, les blocs spatiaux d’Alila ou temporels de Plus tard tu comprendras (2008), la fluidité déstabilisante de Terre promise, les surimpressions critiques de L’Arène du meurtre et de Free Zone, jusqu’au récit brusquement cassé en deux de Désengagement (2007).

House est sans conteste un tournant dans l’histoire de Gitaï. C’est pour faire exister ce film malgré la censure et pour poursuivre dans cette voie qu’il venait de commencer, qu’il dit qu’à ce moment « j’ai décidé de devenir cinéaste » (in Exils et territoires, le cinéma d’Amos Gitaï, entretiens avec Serge Toubiana). À ces éléments biographiques (les origines familiales, la génération à laquelle il appartient, les études d’architecture, la réalisation de House et ses effets), il faut encore en ajouter un autre : l’expérience vécue durant la guerre de Kippour, lorsque l’hélicoptère d’évacuation sanitaire dans lequel il se trouvait a été frappé par un missile syrien et qu’il a frôlé la mort le jour de ses 23 ans.

Ce traumatisme violent et ce sentiment de vie victorieuse inspireront plus ou moins explicitement toute son œuvre à venir. L’événement lui-même est au centre d’une série de courts métrages expérimentaux et de documentaires, avant de trouver la grande forme du film Kippour qui, en 2000, consacre définitivement la stature du cinéaste Amos Gitaï après son accueil triomphal au Festival de Cannes.

Radicale et bouleversante, l’évocation de cette expérience intime et commune servie par un sens plastique impressionnant est exemplaire de l’art d’Amos Gitaï. Le film marque aussi le début de la collaboration, ininterrompue depuis, du cinéaste avec la scénariste Marie-José Sanselme. Cinéaste israélien et citoyen du monde, Amos Gitaï réside à Haïfa et à Paris mais vit et travaille dans le monde entier. Son œuvre, aujourd’hui celle d’un des cinéastes les plus respectés sur la scène internationale, ne cesse d’explorer de nouvelles voies narratives et stylistiques, toujours en relation avec la réalité contemporaine, même lorsque le récit fait détour par le passé historique ou mythologique.

En 2014, après l'arrivée sur les écrans de son dernier film "Ana Arabia," il affirme qu'Israël est "un projet politique, non un projet religieux."

Œuvre[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Alila, réalisé par Amos Gitaï, 2003
Amos Gitaï avec Hanna Laslo et Natalie Portman sur l'ensemble des Free Zone, 2005

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • 1980 : Bayit (House)
  • 1980 : In Search of Identity
  • 1981 : American Mythologies
  • 1981 : Wadi
  • 1981 : Journal de campagne
  • 1984 : Ananas
  • 1984 : Bankok Bahrain
  • 1984 : Regan: Image for Sale
  • 1984 : Yoman Sadeh (Journal de campagne)
  • 1987 : Brand New Day
  • 1991 : Wadi
  • 1994 : Te'atron Hahaim (Théâtre pour la vie)
  • 1994 : The Neo-Fascist Trilogy: I. In the Valley of the Wupper (Dans la vallée de la Wupper )
  • 1994 : The Neo-Fascist Trilogy: II. In the Name of the Duce
  • 1994 : The Neo-Fascist Trilogy: III. Queen Mary
  • 1996 : Zirat Ha'Rezach
  • 1996 : Milim
  • 1997 : War and Peace in Vesoul
  • 1998 : A House in Jerusalem
  • 1998 : Tapuz
  • 1998 : Zion, Auto-Emancipation
  • 2001 : Wadi Grand Canyon 2001
  • 2005 : News from Home / News from House
  • 2012 : Lullaby to my Father

Expositions, performances[modifier | modifier le code]

  • Correspondence, Efrati Gitai – Letters, Museum of Art, Ein Harod, Israel, 2011
  • Traces - Munio Gitai – Weinraub, Museum of Art, Ein Harod, Israel, 2011
  • Traces, an installation at the Palais de Tokyo, Paris, 2011[3]
  • Lullaby for my father, a video presentation in Kibbutz Kfar Masaryk, Israel, 2010
  • The War of the Sons of Light Against the Sons of Darkness, (with Jeanne Moreau), Festival d'Avignon, France, 2009
  • Traces - Evento, Bordeaux, 2009
  • Munio Weinraub / Amos Gitai - Architecture und Film in Israel, Pinakothek der Moderne, ArchitekturMuseum, Munich, 2008-2009[4]
  • Munio Weinraub / Amos Gitai - Architecture and Film in Israel, Tel Aviv Museum, Tel Aviv Museum of Art 2008-2009
  • Amos Gitai: Non-Fiction, MoMA (Museum of Modern Art) New York, 2008[5]
  • Exhibition in memory of his father Munia Gitai – Weinraub - Amos Gitai, Olivier Cinqualbre and Lionel Richard, Centre Pompidou, Paris 2006
  • Public Housing - long video presentation screens, Ein Harod Museum, Herzliya Museum, Saitama Museum of Modern Art, Saitama, Japan, 2000
  • Open Shen Zen - Performance, Helena Rubinstein Pavilion, Tel - Aviv 1998
  • Exhibition in memory to his father - Munio Gitai – Weinraub, Jerusalem Museum, Israel, 1994

Télévision[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Installation[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète • WorldCat
  • Amos Gitai, Correspondance, Paris, Éditions Gallimard,‎ 2010 (ISBN 978-2070776795)
  • Jean-Michel Frodon, Amos Gitai et Marie-José Sanselme, Amos Gitai : Genèses, Paris, Éditions Gallimard,‎ 2009 (ISBN 978-2070771417), p. 396
  • Ariel Schweitzer, « Terre maintes fois promise », in Trafic, no 53, Paris, printemps 2005.
  • Ariel Schweitzer, « Une maison déconstruite à Jérusalem », in VertigO (n° hors série : La maison au cinéma), octobre 2003.
  • Ariel Schweitzer, « Esther ou le Pourim-Shpil d’Amos Gitaï », in Trafic, no 40, 2001.
  • Efratia Gitai – letters, Yediot books, Israel, 2011
  • Efratia Gitai, Correspondanc (1929–1994), Gallimard, Paris, 2010
  • Genèses, Jean-Michel Frodon, Amos Gitai, Marie-José Sanselme, Gallimard, Paris, 2009
  • Monte Carmelo, Amos Gitai, Bompiani, Milano, 2004
  • Parcours, Amos Gitai, Centre Pompidou, Paris, 2003
  • Mont Carmel, Amos Gitai, Gallimard, 2003
  • Munio Gitai Weinraub, Bauhaus architect in Israel, Richard Ingersoll, Electa, Milano, 1994
  • The War of the Sons of Light Against the Sons of Darkness, Amos Gitai, Mazzotta, Milano, 1993
  • Cinema di Amos Gitai: Frontiere e territori (Il), Serge Toubiana, Bruno Mondadori, Torino, 2006
  • Amos Gitai: News from Home, Walther König, Köln, 2006
  • The Cinema of Amos Gitai, Serge Toubiana, Baptiste Piégay, Lincoln Center / Cahiers du cinéma, Paris, 2005
  • Amos Gitai, Serge Toubiana, Mostra internacional de cinema / Cosac Naify, São Paulo, 2004
  • Exilios y territories, el cine de Amos Gitai, Serge Toubiana, Baptiste Piégay, Semana Internacional de Cine, Valladolid, 2004
  • Exils et territoires: le cinéma d'Amos Gitai, Serge Toubiana, Baptiste Piégay, Arte Éditions / Cahiers du cinéma, Paris, 2003
  • Amos Gitai, Cinema, Politics, Aesthetics, Irma Klein, KM, Tel Aviv, 2003
  • Amos Gitai, Cinema forza di pace, Edited by Daniela Turco, Le Mani, Genova, 2002
  • The Films of Amos Gitai, a Montage, Edited by Paul Willemen, , BFI Publishing, London, 1993
  • Amos Gitai, Edited by Alberto Farassino, Mostra Internazionale Riminicinema, Rimini, 1989

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie d'Amos Gitaï sur son site officiel. Consulté le 15 février 2014.
  2. Amos Gitaï, architecte de la mémoire, présentation de l'exposition du 26 février 2014 au 6 juillet 2014 sur le site de la Cinémathèque française.
  3. (en) Nirit Anderman, « Amos Gitai exhibit on father opens in Paris - Haaretz Daily Newspaper | Israel News », Haaretz.com (consulté le 2011-08-01)
  4. (en) « Architekturmuseum der TU München [Exhibitions] », Architekturmuseum.de (consulté le 2011-08-01)
  5. (en) « MoMA | MoMA Presents: Amos Gitai's News from Home/News from House », Google.co.il (consulté le 2011-08-01)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]