Amadou Koné

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Amadou Koné, né en est un écrivain et universitaire ivoirien, professeur de littérature francophone et de culture africaine (en) à l'université de Georgetown aux États-Unis.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Dénbiè Soma (dit Mamadou Koné) et de Kahou Sirima (dite Karidia Koulibali), Amadou Koné est né en mai 1953 dans le petit village de Tangora dans le cercle de Banfora, au Burkina Faso actuel. Petit-fils de Kalmô Dan dont le grand frère, le légendaire chef de guerre Fanhikroi, un opposant au pouvoir colonial, fut assassiné sur la route conduisant de Banfora à Bobo Dioulasso (épisode raconté dans Jusqu'au seuil de l'irréel), Amadou Koné apprendra très tôt le sens de l’honneur par son père qui, excédé par les abus des colons français et des nouveaux chefs à leur solde, choisit d’immigrer dans la région d’Ayamé en Basse Côte d’Ivoire où il crée des plantations de café et de cacao avec sa famille.

Enfance[modifier | modifier le code]

C’est à Kongodjan, la plantation près d’Ayamé, qu’Amadou Koné grandit en compagnie de ses frères et sœurs. Dans son article intitulé « L'enfance : c'était le temps des rêves et de l'espoir », il décrit cette enfance en ces termes : « Les années [de mon enfance ] étaient celles du rêve et du bonheur, un bonheur intense que même les enfants ressentaient, je crois. L'Afrique était victorieuse. Elle avançait inéluctablement vers les indépendances. Le travail forcé était aboli, les brutalités coloniales avaient cessé dans la plupart des pays[1].

Rapidement, l’imagination du jeune Amadou est forgée par les histoires des héros ancestraux mythiques que lui racontait son père et celles des héros de l'Afrique moderne qui lui parvenaient : « Mon père me racontait l'histoire de mon aïeul Fanhikroi, […] ; il me racontait l'épopée des hommes d'honneurs de l'histoire africaine, l'épopée des grands cultivateurs[2].

Grâce à la TSF qui avait envahi les villages africains, et avec l’aide de son grand frère instituteur Tiémoko Koné, Amadou Koné découvre l’actualité politique de l’Afrique et ses nouveaux héros : « Le soir, après le repas, nous écoutions la TSF et mon frère traduisait et commentait l'actualité. Pour moi, cette actualité était un autre conte, une autre épopée peuplée de héros vivants dont j'entendais la voix sur la TSF. Ces personnages promettaient un avenir lumineux à l'Afrique et il n'y avait aucune raison de douter de leur parole[1]»

Parcours scolaire et universitaire[modifier | modifier le code]

Amadou Koné a connu un parcours scolaire et universitaire exceptionnel. Dès l’âge de sept ans, et sur les insistances de son frère Tiémoko instituteur (qui tenait à ce que ses frères et demi-frères soient scolarisés), il quitte le cadre idyllique de Kongodjan pour suivre ce dernier dans tous ses postes. Ainsi, entre 1958 et 1963, Amadou fréquente successivement les écoles primaires publiques d’Assouba, d’Aboisso, de Yassap, de Katiola et enfin d’Akounougbé. Après l'école primaire, il s'inscrit au collège moderne de Grand-Bassam entre 1963 et 1968 puis en classe de seconde au lycée classique d'Abidjan d'où il prépare et réussit brillamment le baccalauréat A, série philosophie en 1971.

Le département des Lettres modernes de l’Université nationale de Côte d'Ivoire, aujourd'hui université de Cocody qui l’accueille en septembre 1971 se souvient encore de lui comme d’un étudiant travailleur et particulièrement doué. En juin 1974, il décroche une licence de lettres modernes option études africaines et une bourse pour la préparation d’un doctorat troisième cycle en France. Son choix se porte sur la ville de Limoges à cause du professeur Jean-Marie Grassin qu'il avait eu comme professeur de littérature africaine comparée en mission à Abidjan dans son année de licence quelques années auparavant.

Amadou Koné consacre sa première année à Limoges à la préparation d'une maîtrise sur la question de l’authenticité dans les littératures et le théâtre négro-africain. L’année suivante, il s'inscrit en DEA à l’université François-Rabelais de Tours et à l'université de Limoges (France). À sa troisième année, il soutient une thèse de doctorat de troisième cycle sur l’influence du récit héroïque sur le roman africain en langues française et anglaise sous la direction de Jean-Marie Grassin.

Pendant qu’il étudie à Limoges, Amadou Koné fait la connaissance de Mary Lee Martin, étudiante américaine qu’il épousera en 1978.

Dès son retour en Côte d’Ivoire en octobre 1977, Amadou Koné est recruté au département des Lettres modernes de l’université nationale de Côte d’Ivoire comme maître-assistant. Il y enseigne la littérature africaine et les rapports entre la littérature orale et la littérature africaine écrite et le roman français du XIXe siècle. En 1980, il est inscrit sur la liste d’aptitude des maîtres-assistants professeurs du Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (CAMES). Après la soutenance de sa thèse de doctorat d’État à Limoges toujours sous la direction de Jean-Marie Grassin, il est inscrit sur la liste des maîtres de conférence du CAMES en 1988.

En 1990, il quitte l’université d’Abidjan pour l’Allemagne, grâce à une bourse de recherche de la Fondation Alexander-Humboldt. En 1992, il arrive aux États-Unis et commence une nouvelle carrière comme associate professor puis de full professor of French and Francophone African Studies à l’université Tulane à La Nouvelle-Orléans (Louisiane).

Depuis 1997, Amadou Koné enseigne la littérature, la culture et l’histoire africaines à l’université de Georgetown à Washington.

Recherche et publications universitaires[modifier | modifier le code]

L’enseignement et la recherche d’Amadou Koné s’intéressent à tous les domaines de la littérature et de la culture africaine (roman, théâtre, cinéma). Il a étudié le style de certains romanciers tels que Ahmadou Kourouma[3], Saïdou Bokoum, Cheikh Hamidou Kane. Ses recherches les plus approfondies sont consacrées aux genres de la littérature orale africaine, les récits héroïques, épiques et initiatiques, et leur influence sur le roman moderne. Ses travaux sur l’influence de la tradition orale sur le roman continuent à influencer les chercheurs des études littéraires africaines.

Ouvrages de recherche[modifier | modifier le code]

  • Anthologie de la littérature ivoirienne, éditée avec la collaboration de Gérard D. Lezou et Joseph Mlanhoro, Abidjan, Ceda, 1983.
  • Du récit oral au roman, étude sur les avatars de la tradition héroïque dans le roman africain, Abidjan, Ceda, 1985.
  • Des textes oraux au roman moderne en Afrique de l’Ouest, Francfort, Verlag für Interkulturelle Kommunikation, 1993.
  • Lumières africaines, nouveaux propos sur la littérature et le cinéma africains, New Orleans, University Press of the South, Inc., 1997.
  • Perspectives créoles. Louisiane, Antilles et Haïti, avec le prof. Jean-Max Guieu, New Orleans, Presses universitaires du Nouveau Monde, 2007.

Œuvre de création[modifier | modifier le code]

En dehors de sa carrière de professeur et de chercheur, Amadou Koné a eu une longue carrière d’écrivain. L’écriture d’Amadou Koné est fortement marquée par le cadre de son enfance.

Écrivain précoce et très prolixe, Amadou Koné commence une longue et productive carrière dès l’adolescence. Déjà au collège moderne de Bassam, il produit et met en scène une pièce de théâtre : Samory de Bissandougou et un roman : Kamelefata ou les ennemis de la Traite publié beaucoup plus tard sous le pseudonyme de Gbanfou. Au lycée classique de Cocody (Abidjan), il achève Les Frasques d’Ebinto commencé au collège de Grand Bassam et écrit Jusqu’au seuil de l’irréel. Alors qu’il était étudiant à l’université d’Abidjan, Amadou Koné écrit Le Respect des morts et De la Chaire au trône. Les autres œuvres, les deux volumes du Pouvoir des Blakoros, ont été écrits alors qu’il enseignait à Abidjan. Commencé à Abidjan, le roman Les Coupeurs de têtes est achevés aux États-Unis. Sa dernière œuvre publiée, Sigui, Siguila, Siguiya, a été écrite aux États-Unis et mise en scène par Roger Bensky (avec la participation des étudiants du département de français de l’université de Georgetown). Un récit allégorique, L’œuf du monde, terminé depuis de longues années, a été publié en août 2010 aux Éditions NEI CEDA.

Résumé des œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

  • Jusqu’au seuil de l’irréel (roman) Abidjan, Dakar, NEA, 1976, ressemble à première lecture la narration de la vie de Karfa, un homme poursuivi par une sorte de malédiction qui quitte son Macina natal pour s’installer dans un village au nom étrange : Soubakagnandoudou (village de sorciers en dyula). En fait le roman offre une des rares descriptions des croyances traditionnelles africaines que beaucoup d’étrangers caractérisent de superstitions. Le récit qui pourrait être pris pour une histoire fantastique montre bien le poids de la sorcellerie sur les Africains, comment leurs comportements sont déterminés par les forces occultes auxquels ils croient profondément. Ce roman fait aussi une part importante à l’histoire, ce qui explique que l’auteur l’ait appelé « chronique ». Il décrit en effet le contexte colonial avec des thèmes déjà traités comme les travaux forcés mais également des thèmes qui ont été moins traités comme les problèmes posés par l’imposition des cultures d’exportation (ici, arachide) au détriment des cultures vivrières (mil, maïs). Il pose enfin le problème de l’utilisation d’une ethnie africaine par les colons pour asservir d’autres ethnies, ce qui a posé à l’époque les bases des conflits ethniques qui se sont amplifiés aujourd’hui et conduisent dans les cas extrêmes aux guerres dites tribales et aux génocides.
  • La Force de vouloir (livre pour enfant écrit en collaboration avec Mary Lee Martin Koné), Abidjan, Ceda, 1978. Un jeune garçon aide son père aveugle à reprendre goût à la vie et à devenir productif dans la vie.
  • Les Frasques d’Ebinto (roman), Paris, Abidjan, Hatier et Ceda, 1979. Ce roman, l’un des plus célébrés en Afrique et dans le monde, constitue en fait le second roman d’Amadou Koné. Commencé en 1967 au collège moderne de Grand Bassam, il est achevé pendant que l’auteur termine le lycée classique d’Abidjan. Roman d’adolescence, roman d’apprentissage, Les Frasques d’Ebinto est l’histoire d’un garçon doué d’une grande intelligence et aussi d’une grande sensibilité. Ebinto qui rêve d’une réussite éclatante dans la vie voit son rêve brisé après une aventure avec une jeune fille très douce mais qu’il croit ne pas aimer. Obligé d’abandonner ses études pour s’occuper d’une famille qu’il n’avait pas prévue sitôt, Ebinto se transforme en une espèce de monstre. Ce roman a obtenu un très grand succès. Il est au programme des lycées et collèges de la plupart des pays africains francophones. (Version annotée en allemand par Norbert Becker, Verlag Moritz Diesterweg, Francfort, 1989.)
  • Les Liens (nouvelles), Abidjan, Ceda 1980. Un recueil de cinq nouvelles brèves qui traitent des relations entre les hommes.
  • Le Respect des morts suivi de De la chaire au trône (théâtre), Paris, Hatier, 1980. (Le Respect des morts traduit en allemand for WDR as Der Staudamm, Cologne, 1991. De la chaire au trône en italien : La vita provisoria, Rome : Grin srl, 1996).
  • De la chaire au trône est la première pièce de théâtre publiée. Primée au concours théâtral interafricain en 1980, cette pièce raconte le dernier jour d’un prince que la tradition a condamné à mourir. En effet, dans ce royaume, le prince accepte la mort en même temps qu’il accepte le pouvoir. Il doit régner pendant sept ans, sept mois et sept jours. Pourquoi donc ce prince refuse-t-il de mourir ? Quelles étaient ces intentions quand il a accepté le pouvoir ? Pièce jouée partout en Afrique, en Europe, aux Antilles.
  • Le Respect des morts est une pièce qui a été écrite à la même époque que De la chaire au trône, à l’université nationale de Côte d’Ivoire à Abidjan Cocody. Le gouvernement a décidé de la construction d’un barrage hydroélectrique dans une région du pays. Les eaux du lacs vont engloutir les villages de la région. Les villageois refusent de quitter leurs villages et surtout leurs morts pour aller dans les nouveaux villages qui ont été construits pour eux.
  • Traites, sous le pouvoir des Blakoros, I (récit), Abidjan Dakar, NEA, 1980, est une description des paysans africains, confrontés aux multiples problèmes de la vie quotidienne. Une institutrice et un jeune homme essaient de mener une lutte plus grande qu’eux-mêmes.
  • Courses, sous le pouvoir des Blakoros, II (récit), Abidjan, Dakar, NEA, 1982 (prix de la Fondation Léopold Sédar Senghor) Abou revient de France après ses études. Il retrouve une Afrique qui semble mener une course effrénée « pour rattraper l’Occident ». Pour Abou, les choix de l’Afrique constituent une grave erreur parce qu’inutile et inadaptée. Son action va donc consister à démontrer les limites du mimétisme de l’Occident.
  • Les Canaris sont vides (théâtre), Abidjan, NEA, 1983, est une réinterprétation de la légende de Ouagadou. Bida en privilégiant les thèmes de l’amour, de la culpabilité mais aussi de la lutte sociopolitique.
  • Terre ivoirienne (livre pour enfant), Abidjan, Ceda, 1985, roman sur la Côte d’Ivoire, son histoire, ses paysages, sa culture, écrit pour les enfants des écoles ivoiriennes.
  • Kaméléfata, l'ennemi de la traite, sous le pseudonyme de Gbanfou, Paris, Hatier, 1987. Le vrai premier roman d’Amadou Koné, écrit au collège moderne de Grand Bassam en 1967 mais publié beaucoup plus tard sur les insistances de son éditeur. De jeunes Africains s’organisent pour lutter contre la traite négrière.
  • Les Coupeurs de têtes (roman), Paris, Éditions Ceda Sepia, 1999 (Grand Prix littéraire de la Côte d'Ivoire, 1999) Dans un pays africain, à la veille du multipartisme, les rumeurs sur les libertés politiques se mêlent à celles qui sont propagées sur les coupeurs de têtes. Qui sont les coupeurs de têtes ? Pour quelles raisons coupent-ils les têtes ? Tout le roman est une ample métaphore filée sur la situation de la Côte d’Ivoire.
  • Sigui, Siguila, Siguiya (théâtre) Ottawa, Éditions Malaïka, 2006, réitère la question des choix politiques, culturels et spirituels de l’Afrique, elle traite aussi de la question de l’exil, la condition des intellectuels africains, et de la responsabilité des puissances occidentales dans les déboires du continent africain. Avec cette pièce, Amadou Koné offre le contexte d’une autre réflexion sur l’état politique et mentale de l’Afrique du XXIe siècle. Prenant pour cadre le territoire de Tchiranelé, un pays fictif dans l’Afrique francophone, Sigui, Siguila, Siguiya met en scène les tribulations d’un peuple à la recherche de sa mémoire et son âme politiques perdues[4]”.
  • L'Œuf du monde, Abidjan, NEI CEDA, 2010, « appartient à la famille des récits typiques de la tradition orale banalanh’ng récit qui dans la langue cerma relève à la fois de la devinette, de l'énigme, du conte et du mythe… » (préface du roman par Kandioura Dramé).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Fandio, Amadou Koné : l'écriture ivoirienne entre narration et traditions, L'Harmattan, 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Amadou Koné, « L'enfance : c'était le temps des rêves et de l'espoir » in Mots pluriels, no 22, septembre 2002 http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP2202ak.html
  2. ibid.
  3. [lire en ligne]
  4. Boubakary Diakité "Amadou Koné dans Afrikauteurafrikibouge.com/index2.php?option=com_content&do_pdf=1&id=358

Liens externes[modifier | modifier le code]