Amédée Maingard

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Amédée Maingard (1918-1981) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret mauricien du Special Operations Executive en France. Comme opérateur radio principal du réseau STATIONER de Maurice Southgate « Hector », entre avril 1943 et avril 1944, il envoya 248 messages radio, qui contribuèrent dans une large mesure aux succès du réseau ; puis comme chef du réseau SHIPWRIGHT entre mai et septembre 1944 dans la région du Poitou, il organisa 125 opérations aériennes et de nombreux sabotages. Après la guerre, comme homme d’affaires, il développa l’industrie touristique et hôtelière de Maurice.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

1918. Naissance d’Amédée Maingard le 21 octobre à Mont Roches[1], à l'île Maurice.

Il fait ses études secondaires au collège Saint-Joseph et au Collège Royal de Curepipe.

1938. Il quitte l’Île Maurice pour étudier la comptabilité à Londres. Il reçoit son diplôme. À l'été, il réside à Londres[2]

Début de la guerre[modifier | modifier le code]

1939. Le 15 février, il est employé comme comptable par Falk, Keeping & Co. La Seconde Guerre mondiale éclate. À l’aube de ses 21 ans, il se porte volontaire et rejoint l’armée britannique en novembre, au sein du 2nd Battalion Queen Victoria (QVR)[3].

1941. Amédée Maingard, qui se sent inactif alors que la guerre fait rage, essaye d’obtenir une formation d’officier. Son vœu est exaucé grâce à l’aide de son compatriote et ami Jean Larcher. Le 26 décembre 1941, le sergeant Maingard lit les souhaits de Noël pour les Mauriciens à la BBC à Londres.

Agent du SOE[modifier | modifier le code]

1942. Grâce à ses aptitudes bilingues, Amédée Maingard est recruté par le Special Operations Executive (SOE). En avril, il commence l'entraînement.

1943

  • Mars. Amédée Maingard est promu Captain.
  • Avril. Dans la nuit du 14/15 (opération Stationer 2/Stockbroker/Shipwright)[4], en même temps qu'Harry Rée, il est parachuté en France, sur les collines de Sarrouilles (dans la région de Tarbes), pour devenir l'opérateur radio du réseau STATIONER de Maurice Southgate, dont les auxiliaires principaux sont Auguste Chantraine dans le Nord-Indre, la famille Hirsch à Montluçon et à Toulouse, la famille Néraud à Clermont-Ferrand, Charles Rechenmann à Tarbes et Jacques Dufour dans le sud-ouest, en Dordogne. Alors que les parachutages d’agents et de matériel se multiplient, la pression du travail et les dangers de se faire prendre ne cessent d’augmenter.
  • Septembre. Le 2, la famille Néraud est arrêtée à Clermont Ferrand[5]. Dans la nuit du 22 au 23, Pearl Witherington « Marie » est parachutée (près de Tendu) pour devenir courrier de STATIONER. Pierre Hirsch « Popaul », qui a été formé par Amédée Maingard depuis juillet comme opérateur radio, est accepté par Londres. Il opère à Montluçon.
  • Octobre. Amédée Maingard change de papiers et devient Amédée Maigrot. Cette précaution lui sauve la vie lors d’un contrôle d’identité mené par la Gestapo. Dans la nuit du 16/17, Maurice Southgate rentre à Londres pour consultation.
  • Décembre. Le 26, Auguste Chantraine et ses collaborateurs sont arrêtés à leur tour, obligeant Amédée Maingard et ses adjoints à redoubler de prudence.

1944

  • Janvier. Le 28, Maurice Southgate revient de Londres avec pour instructions de commencer à organiser et à armer les maquisards.
  • Avril. Le 19, Southgate demande à Londres qu'Amédée Maingard soit remplacé comme opérateur radio en titre du réseau STATIONER, pour devenir son second. Londres accepte : c'est René Mathieu, arrivé le 12 avril, qui devient l'opérateur radio de STATIONER.
  • Mai : Maurice Southgate est arrêté par la Gestapo, ainsi que René Mathieu. Amédée Maingard prend alors les choses en main : il prend la responsabilité d'un réseau (SHIPWRIGHT) dans une zone couvrant une partie de l’Indre et de la Vienne, avec Jacques Hirsch comme assistant et son frère Pierre Hirsch « Popaul » comme opérateur radio ; il confie la responsabilité du Nord Indre à Pearl Witherington, qui change son nom de guerre en « Pauline » pour diriger le réseau WRESTLER ; il confie la Dordogne à Jacques Dufour.
  • Juin. Dans la soirée du 5, Amédée Maingard reçoit la confirmation du parachutage de John Tonkin, SAS, chef de la mission Bulbasket. Il le rejoint et apprend que les directives viendront désormais de l’État Major des Forces françaises de l'intérieur (EMFFI), sous les ordres du général Kœnig ; il lui est demandé de se rapprocher du commandement FFI de la Vienne. Une étroite collaboration s'établit entre le Général Félix Chêne, chef des FFI dans la Vienne et Amédée Maingard. Celui-ci coordonne les approvisionnements en armes des différents maquis et veille à leur formation. La guerre pour les Résistants n’est alors plus clandestine mais ouverte. Amédée Maingard fomente des embuscades et des attaques qui bloquent les lignes ferroviaires et les routes principales.
  • Août. Le 6, Maingard retourne à Londres par Lysander[6] et rend compte à ses chefs du SOE qu'il a en disponibilité des hommes prêts à recevoir des armes : 5 000 dans la Vienne, 3 000 dans la Haute-Vienne, 2 000 dans les Deux-Sèvres et 2 000 en Vendée. Le 12, Maingard reçoit la croix de guerre avec palmes des mains du général Kœnig. Le 13, il est parachuté en France, cette fois en uniforme et en plein jour. Le débarquement des Alliés en Provence le 15 août et leur avancée dans le Nord prennent les Allemands en étau.
  • Septembre. Le 4, retraite des troupes allemandes de Poitiers. Sa mission accomplie, Amédée Maingard regagne l’Angleterre le 14.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

1944 (suite). Il achève ses études de comptabilité.

1945. Il demande sa démobilisation, qui prend effet le 20 décembre.

1946. De retour au pays, Amédée Maingard rejoint Rogers & Co., que dirigeait alors son père.

Après la mort d’Eric Rogers et une passe difficile pour l’entreprise, de nouveaux partenaires font leur entrée. Amédée Maingard et son frère Colo, forts de leurs expériences à l’étranger, apportent de nouvelles idées pour la diversification de Rogers dans des secteurs tels que la logistique, l’aviation et le tourisme.

Grâce à leurs contacts à l’étranger, les deux frères Maingard obtiennent un contrat pour que Rogers représente la RALF (Réseau des lignes aériennes françaises, plus tard Air France).

1948. En mars, Rogers & Co. accède au statut de compagnie limitée et Amédée Maingard en devient un des principaux actionnaires. Chargé de créer un département d’aviation, il ouvre une agence à Port-Louis et œuvre par la même occasion à la création d’un service de manutention à l’aéroport de Plaisance.

1949. Il se marie le 8 octobre à la cathédrale de Westminster, Londres. Il négocie et obtient la représentation des compagnies aériennes telles que la British National Airline, la South African Airways, l’Australian National Airways et la Qantas.

1952. Il transforme une grande maison coloniale de Curepipe en Le Park Hotel afin d'accueillir des étrangers de passage et des membres d’équipage. Cette initiative d’Amédée Maingard permet à Rogers d’inscrire son premier investissement dans l’industrie hôtelière.

1953. Il lance l’agence MTTB (The Mauritius Travel and Tourism Bureau) pour la promotion de Maurice en tant que destination touristique ainsi que Mautourco, une compagnie subsidiaire pour la prise en charge des touristes à leur arrivée à Maurice.

1954. Amédée Maingard construit Le Morne Plage, un complexe de petits bungalows familiaux, auquel succédera Le Chaland en 1960 et le Trou aux Biches Hotel. Il fonde ainsi la compagnie Mauritius Hotels Ltd, qui deviendra plus tard New Mauritius Hotels, propriétaire des hôtels Beachcomber.

1967. Il joue un rôle prépondérant dans la création d’Air Mauritius. Grâce à ses relations, il trouve des partenaires tels qu’Air France et la BOAC qui s’allient au gouvernement et à Rogers & Co. Ltd pour lancer la compagnie nationale d’aviation, en juin. La première réunion du Board de Air Mauritius est tenue dans les locaux de Rogers et Amédée Maingard est nommé président, fonction qu’il assumera jusqu’en 1981.

1981. Le 12 janvier, après un long combat contre une leucémie, Amédée Maingard s’éteint à l’âge de 62 ans, à La Mivoie, Rivière Noire (Maurice).

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

1944. À la suite des éloges du Général Chêne, Amédée Maingard est décoré de la Croix de Guerre avec Palme, par le Général Koenig, le 12 août.

1945. Amédée Maingard reçoit des mains du Roi George VI, la décoration du Distinguished Service Order (DSO). Il recevra également les médailles 1939-1945 Star et France and Germany Star.

1969. Amédée Maingard obtient le titre de Ordinary Commander of the Civil Division of the Most Excellent Order of the British Empire pour ses services dans l’industrie hôtelière et touristique.

1972. Amédée Maingard est fait Chevalier de la Légion d’honneur pour les services rendus à la cause française durant la Seconde Guerre mondiale.

1980. Amédée Maingard obtient la médaille de l’aéronautique pour son long partenariat avec Air France.

1981. Amédée Maingard passe au grade d’Officier de la légion d’honneur.

Utilisation de son nom[modifier | modifier le code]

1992. Création du fonds « Amédée Maingard » pour financer et soutenir des formations dans les domaines de l’aviation et du tourisme.

2000. Les salons première classe à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam sont rénovés et baptisés « Les salons de Amédée Maingard ».

2001. Un buste à l’honneur d’Amédée Maingard est dévoilé devant la Rogers House.

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : René Amédée Louis Pierre Maingard de la Ville-ès-Offrans.
  • Comme agent du SOE, section F :
    • Nom de guerre (field name) : « Samuel », dit Sam
    • Nom de code opérationnel : SHIPWRIGHT (en français CONSTRUCTEUR DE NAVIRES)
    • Papiers d’identité : Guy Marguery, né à Amiens, représentant en produits chimiques ; Amédée Maigrot, comptable.

Parcours militaire :

  • 29 octobre 1939 : 2nd Battalion Queen Victoria's Rifles (QVR) (TA), rifleman 6847249.
  • Mars 1941 : l'unité est réorganisée et change de nom, devenant le 8th Battalion King's Royal Rifle Corps (KRRC) ; Maingard est enregistré sous le nom d'Amédée Hugnin ; grade : Lance Corporal
  • 30 mai 1942 : SOE, section F ; nom : R.A.L.P. Maingard ; grade : L/Cpl (plus tard : Second Lieutenant, General List, le 18 juillet 1942 ; lieutenant (A/Captain) en janvier 1943 ; et T/Captain en mars 1943) ; matricule : P/241290.

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Louis Joseph René Maingard de la Ville-ès-Offrans
  • Sa mère : Véronique Hugnin.
  • Sa femme : Jacqueline Raffray, fille de Sir Philippe Raffray, Q.C.[7] et de Margot Kvern. Mariage le 8 octobre 1949.
  • Ses enfants (3) : Jan, Didier et Véronique

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mont Roches, ville absorbée en 1963 par Beau-Bassin Rose-Hill.
  2. Adresse : 48 Lexham Gardens, Earl's Court [Source : SFRoH].
  3. Il est enrôlé en même temps que deux autres Mauriciens, Jean Larcher et Joseph Rousset. Ils seront ensuite rejoints par un quatrième, Marcel Rousset.
  4. Source: Tempsford Daily Summaries of Special Operations 1942-1945, National Archives britanniques AIR 20/8252.
  5. La maison des Néraud a été utilisée comme maison sûre, ainsi que pour des réunions générales du réseau STATIONER. Le nom des Néraud avait été souvent donné comme premier contact aux agents qui venaient pour la première fois en France. Parmi ceux-ci : Sydney Hudson, George Jones, Maurice Southgate, Jacqueline Nearne, John Starr « Bob » et Brian Rafferty. Pendant ses recherches, la Gestapo aurait trouvé une valise appartenant à John Starr et contenant 200 000 francs et des pièces en or. Néraud fut déporté à Buchenwald, où il mourut le 23 mars 1945. Mlle Colette Néraud et sa mère furent internées à Ravensbrück, où la mère mourut le 31 janvier 1945. Seule Colette Néraud survécut et fut rapatriée via la Suède en 1945. [Source : Boxshall]
  6. La date du pick up varie selon les sources : L'acheminement de Maingard par Lysander est mentionné par Paturau, mais ne figure pas dans la liste de Hugh Verity.
  7. Conseil de la Reine

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]