Amé de Remiremont

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La chapelle du Saint-Mont

Amé de Remiremont ou saint Amé ou saint Aimé ou saint Ame, né vers 560 à Grenoble et mort vers 628 à Remiremont, était un moine de l'abbaye d'Agaune, fondateur du monastère de Remiremont dans les Vosges.

Il ne faut pas le confondre avec saint Aimé, évêque de Sion. Les deux saints ont débuté au monastère d'Agaune et sont fêtés le 13 septembre[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Acteur essentiel dans la fondation du monastère féminin du Mt Habend, archétype de l'époque du "chercheur de Dieu", passionné de solitude radicale au cœur de l'élément naturel (forêts, grandes contrées sauvages et retirées), mystique intransigeant, prédicateur itinérant à la parole efficace... Ce personnage fut aussi le premier abbé du monastère fondé par Romaric (dont Amé était le père spirituel), vivant d'une humilité profonde et vraie, reconnaissant ses erreurs et ses égarements jusqu'aux dernières heures de son existence... En dépit des difficultés des récits hagiographiques qui alourdissent le merveilleux et altèrent la réalité historique par des schémas et des standards codés, on peut se laisser séduire par le récit de sa vie[2].

Né vers 560, dans un des faubourgs de Grenoble, son père, Heliodore, homme pieux d'origine latine, fit vœux de donner son fils à Dieu[3].

Première vie monastique[modifier | modifier le code]

Il entra alors en 580 à l'Abbaye St Maurice d' Angaume, très célèbre dans la région, où il s'initia à la vie religieuse studieuse et s'y fit remarquer par sa vive intelligence. Cependant, à 30 ans, il voulut vivre en solitude totale, et affronter la vie d'anachorète pure et dure. On consentit alors à lui bâtir un ermitage, où il vécut ainsi du travail de ses mains pendant trois ans en véritable "père du désert"(se nourrissant peu, affrontant les démons, vivant dans la plus extrême simplicité)[4],[5]

Insertion à Luxeuil[modifier | modifier le code]

En revenant de sa dernière visite à saint Colomban, à Bobio en Italie, saint Eustaise fit halte à Saint-Maurice d'Agaume et fit connaissance avec l'ermite Amé déjà connut pour sa piété et son amour de la solitude. Il le convainquit de venir au monastère colombaniste de Luxeuil -dont Eustaise était abbé, succédant à saint Colomban.

Arrivé au monastère il semble qu'Amé ne partagea que quelques années la vie de la communauté de Luxeuil, puisqu'il fut envoyé par Eustaise pour une mission d'évangelisation suite à un appel roya [6] demandant des missionnaires afin de pacifier et contrôler les territoires conquis [7]

Un historien récent et local, en reprenant la tradition hagiographique, prétend que " au monastère de Luxeuil, Amé se distingua notamment par ses dons d'orateur, sa prudence dans les conseils qu'il dispensait et la fermeté de ses actions, sa grande modestie dans la prospérité et sa grande charité envers son prochain"[8].
Il semble cependant que ce charisme de la prédication édifiante fut altéré par son attirance toujours très forte pour la solitude totale, comme le montre la suite de son histoire...

Le saint prédicateur convertit Romaic[modifier | modifier le code]

C' est au cours d'une de ces "missions d'évangelisation" qu'Amé est introduit à la Cour de Metz -situé par certains historiens vers 615 - où se trouve le pieux Romaric, intrigué par sa prédication et sans doute par sa réputation [9] Il fut subjugué par l'éloquence du saint homme, qui le convertit en profondeur à la vie religieuse qui l'attirait déjà secrètement, et cette conversion si éclatante a impressionné les biographes qui ont pu en rajouter sur l' événement (la fameuse parabole du plat d'argent, judicieusement prononcée par saint Amé...)[10] Les dernières résistances intérieures de Romaric fondirent et St Amé le marqua au point qu'il décida sur le champ de tout quitter et suivre le Saint Prédicateur au monastère de Luxeuil.
Cet événement décisif est d'une plus haute importance, puisqu'il décida de toute l'aventure des saints fondateurs du monastère du Mont Habend, qui produira ensuite l'abbaye des Chanoinesses, une fois descendue dans la vallée[11].

De retour au monastère de Luxeuil avec Romaric, Amé n'y reste qu'un certain temps - quelques années peut être - comme pour faire effectuer à Romaric un temps de "formation" , sorte de "noviciat" à la vie religieuse et l'initier au éléments fondamentaux de la vie monastique. Le temps de Luxeuil fut sûrement très formateur pour celui ci, et pour Amé ce fut un temps de patience et de préparation intérieure. On ne sait pas grand chose cependant sur cette période d'attente et de maturation.

Ensuite Romaric et Amé quittent Luxeuil pour fonder un nouveau monastère original non loin de Luxeuil sur une propriété de Romaric : un couvent de femmes (Luxeuil étant masculin) avec donc une certaine adaptation de la Régle et des us et coutumes colombaniens. C'est le moment venu pour plus de solitude pour Amé, et pour Romaric une expérience unique et nouvelle.

La fondation d'un nouveau monastère[modifier | modifier le code]

Amé fut le premier abbé du monastère du Mont d'Habend - devenant par la suite le "Saint Mont" - directeur spirituel des moniales, maître et "gourou", initiant des jeunes femmes issues de milieux aisés et nobles au goût de la louange fréquente, de la prière, de la solitude pour Dieu. Il institua dans ce jeune monastère la tradition de la LAUS PERENIS, importée de St Maurice d' Angaume, un élément liturgique très important et original pour cette région. Elle consistait à faire chanter l'office sans interruption de jour et de nuit par de petits groupes de religieuses et nécessitait donc une organisation particulière et un grand nombre de moniales. On estime à plus de 84 religieuses vivant en permanence en ce lieu, accompagné de moines en nombre moins importants (ce qui a pu faire dire qu'il s'agissait d'un "monastère double")[12]

Amé l'ermite[modifier | modifier le code]

Désigné comme abbé, Amé continua cependant à vivre en ermite, à l'écart, dès son arrivée dans la montagne - pour certains historiens, il ne reprit son ermitage que progressivement ayant confié la responsabilité du monastère à Romaric - et ainsi il réalise son aspiration la plus profonde, cet appel si absolu vers une solitude totale. Il se retira dans un creux de rocher et vivant dans le dénuement comme les Pères du Désert - à l'instar d'Antoine, le père des ermites, qui au IVe siècle ap. J.-C., vécut dans un grotte, sans cesse attiré vers plus de solitude plus radicale -[13].
Il restait néanmoins le père spirituel des moniales qu'il rejoignait une fois par semaine le dimanche, pour l'office et la prédication au monastère. C'est surtout cet aspect qu'a retenu l'attention de ses biographes - selon le mot de Moniuqe Goullet, St Amé était gagné d'une "frénésie d'érémitisme"[14] faisant de St Amé l'archétype de l' Ermite Vosgien... Cette symbolique du moine-ascète-solitaire reste une image très forte de la perfection évangélique depuis les père d'Orient, en passant par saint Martin de Tours, si populaire à l'époque d'Amé[15].

Agrestius et le péché de saint Amé[modifier | modifier le code]

Jonas de Bobbio, dans sa vie de saint Eustaise [16] rapporte un épisode très particulier de la vie du monastère fondé par saint Amé et saint Romaric, dès les premiers temps de leur installation au Mont Habend.
Un certain Agrestius, moine de Luxeuil excommunié par sa communauté du fait de son adhésion à un courant schismatique (les "trois chapitres"- rejetant la communion au siège de Rome) vint au Mt Habend et par son discours pervertit Amé et Romaric alors à ce moment un peu en froid avec Eustaise (qui leur avait adressé des reproches, peut être sur certains points de leur pratique monastique ?). Amé, supérieur reconnu du monastère, entraina donc la communauté du Mt Habend dans une folle dérive, risquant à son tour de devenir schismatique (et entrer ainsi dans une dissidence face à l'autorité de Clotaire II. Des événements extraordinaires, véritables catastrophes, s'abattirent alors sur la montagne, comme un punition divine[17] épargnant toutefois Amé et Romaric. Ceux-ci demandèrent pardon à Eustaise, après avoir remis de l'ordre dans la communauté. Cette grave erreur pourtant tortura longtemps la conscience de l'ermite Amé... Une variante dans la tradition hagiographique prétendit que c'est suite à ces incidents qu'Amé se retira complètement dans son ermitage tout à l'écart du monastère[18],[19],[20].

Le dernier acte de foi[modifier | modifier le code]

Amé rend son âme à Dieu vers 630 - 627 ou 629 selon certains historiens - couché sur un lit de cendres - à l'instar de saint Martin de Tours, le modèle des moines en Gaule. Il demanda à ce moment qu'on lui lise la Lettre du pape Léon le Grand à saint Flavien, acte de foi et d'adhésion à la vraie doctrine catholique sur l'incarnation et la Trinité, afin de démontrer qu'il reniait toute autre pensée considérée comme schismatique et par la même pour se racheter de la faute passée et exprimer de vifs remords[21],[22].
Son corps fut inhumé à l'entrée de l'église du monastère en signe de totale humilité, en demandant à ceux qui y entrent de prier pour le repos de son âme. Mais devant l'influence des visiteurs, on dut déplacer sa dépouille mortelle à l'intérieur de l'église.

Le saint personnage[modifier | modifier le code]

Dès la fin de sa vie, Amé connut une réputation de sainteté importante[23]. On vénéra au sommet de la montagne les ossements des deux fondateurs -car Amé est lié indissociablement à Romaric- pendant près de 200 ans... Lors de la descente dans la vallée (vers 870)[24] les religieuses quittèrent la montagne pour fonder un nouveau monastère (qui deviendra Remiremont), en emportant avec elles les reliques des "corps saints" de leurs fondateurs... Après plusieurs péripéties et aventures, celles-ci furent préservées, et demeurent encore de nos jours en châsse dorée, placée dans le grand retable de marbre de l'église abbatiale de Remiremont (à gauche de l' autel, au-dessus de la châsse de sainte Claire).

On conservera sa grotte, sur le flanc de la montagne sacrée, qui devint un haut lieu de pèlerinage et une chapelle y fut édifiée. La paroisse de "SAINT AME", plus tard, fut établie non loin, dans la vallée. Son pèlerinage et sa vénération qui a perduré à travers les siècles, subsiste encore aujourd'hui (une manifestation a lieu le 13 septembre chaque année à la chapelle "du vieux saint amé")[25],[26]...

Iconographie[modifier | modifier le code]

Dans sa série consacrée aux saints et aux fêtes mobiles, Jacques Callot a réalisé une gravure avec la mention « S. Amatus Abbas. 13. Sept. » exécutée vers 1630[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nominis : Saint Aimé
  2. on pourra se reporter à la p. 35 et 36 de l'ouvrage de la société d histoire locale de Remiremont numéro 15 "le Pays de Remiremont des origines à nos jours", un pertinent article signé de Monique GOullet, CNRS Paris, sur la problématique des sources hagiographiques
  3. MH COLIN, Les Saints Lorrains Edt Stanislas 2010 page 21 - voir aussi JC BAMMERT "Histoire du chapitre des Nobles Dames de Remiremont" 1971 Lalloz Perrin
  4. p 21/71 Les Saints Lorrains op cité, p 36 Le Pays de Remiremont op cité, p 187/188 Histoire de Luxeuil à travers ses abbés , G Cunier, Les amis de St Colomban 2003.
  5. sur St Maurice d' Angaume on peut consulter Wapedia-wiki :"abbaye territoriale de st Maurice d Angaume"
  6. p 188 Histoire de Luxeuil à travers ses abbés, op cité
  7. cf sur ce thème p 126/127 S Joyce, "l'Europe barbare", ed Armand Colin 2010
  8. JC BAMMERT, "HISTOIRE DU CHAPITRE DES NOBLES DAMES DE REMIREMONT" imp Lalloz Perrin, 1971)
  9. cf p 171 "Le Mariage de St Romaric" p 171 abbé DidierLaurent, Bulletin de la sté Philomatique vosgienne 1902, voir aussi JC BAMMER p 8 Histoire du Chapitre...op cité
  10. cf JC BAMMERT Histoire des Nobles Dames... op cité)
  11. cf pour ce paragraphe : p 164/167 et 186 in "Le mariage de Romaric"...op cité, p 188 Histoire de Luxeuil à travers ses abbés, op cité, p 80 D'une Réforme à l'autre- le Liber Memorialis- M Gaillard, La Sorbonne 2006, p 170 "Hommes de Dieu et fonctionnaires du Roi" Jean Euclin Septentrion 1998
  12. cf Histoire de Luxeuil à travers ses abbés, op cité, p 84, 188, 225... ainsi que D une réforme à l'autre, op cité, p 82, 216/217, p 189 "le Mariage de Romaric" op cité. on pourra consulter aussi REMIREMONT, Histoire de la ville et de son abbaye, 1985, sté d'histoire de Remiremont
  13. p 16/17 "la spiritualité orthodoxe, Placide Deseille, Bayard 1997
  14. p36/37 Le Pays de Remiremont Numéro 15, op cité
  15. p 112, p 236 et 392 Montagnes Sacrées d' Europe ouvrage collectif La Sorbonne 2005, p 36 Le Pays de Remiremont, numéro 15 (Monique Gallet), p 79/245 "Les Saints Lorrains" op cité)
  16. ch 9 p 193 dans l'editon d'A de Vogue, edit de Bellefontaine, op cité
  17. cf Jonas, § 15 du chapitre 9
  18. cf JC BAMMERT Histoire des Nobles Dames, op cité, p 19
  19. on pourra se reporter, sur "l'affaire Agrestius", à l'analyse brillante de B DUMEZIL dans "médiévale" numéro 52, 2007 ainsi que dans son ouvrage "la Reine Brunehaut" Fayard 2009 p 340. Pour les l'hérésie dite des " Trois chapitres" cf "La France avant la France,Belin 2010, p 207)
  20. p 138/139 Histoire de Luxeuil...op cité, p 82/172/173 Hommes de Dieu et fonctionnaires du Roi, op cité,
  21. cf à ce sujet l'avis de l'historien B Dumezil, op cité
  22. cf p128 Histoire de Luxeuil à travers ses abbés (op cité) et p 48 Les moines d' Occident : la mort de St Martin , Bayard 1996, et p 199 "Le mariage de Romaric, op cité
  23. p 71 Les Saints Lorrains MH Collin ed Stanislas 2010
  24. cf M Gaillard d' Une réforme à l'autre...op cité, p 176 à 180 sur la date de la translation des reliques dans la vallée)
  25. p 117 Montagnes sacrées d' Europe, op cité, p 33 à 38 du Pays de Remiremont numéro 7 op cité. cf le fascicule touristique "REMIREMONT, L 'EGLISE ABBATIALE"
  26. sur la vénération des corps saints dans la liturgie des chanoinesses et le folklore de Remiremont, cf p 250/253 Les Saints Lorrains, op cité
  27. Auckland Art Gallery

Source[modifier | modifier le code]

  • Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexikon

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Heili, « Saint Amé » in Albert Ronsin (dir.), Les Vosgiens célèbres. Dictionnaire biographique illustré, Éditions Gérard Louis, Vagney, 1990, p. 17 (ISBN 2-907016-09-1)
  • André Laurent (chanoine), Ils sont nos aïeux... les saints de chez nous, Saint-Dié, 1979, p. 41-50
  • Jean-Baptiste-Edmond L'Hôte (abbé), La Vie des saints, bienheureux, vénérables et autres pieux personnages du diocèse de Saint-Dié, impr. de Humbert, Saint-Dié, 1897, p. 227-248
  • Georges Poull, « Vies de Saint Amé et de Saint Romaric », in Le Pays de Remiremont, no 2, 1979, p. 51-59
  • Le Pays de Remiremont : le Saint Mont, lieu sacré de la montagne vosgienne -sté histoire locale numéro 7-1985
  • Le Pays de Remiremont : des origines à nos jours - sté d'histoire locale numéro 15-2001
  • Histoire du monastère de Luxeuil à travers ses abbés 590/1790 -tome 1, Gilles Cugnier édité par D.Guéniot 2003 (Les Amis de St Colomban)