Alvare Ier du Kongo

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Alvare Ier, ou Nimi a Lukeni lua Mvemba en kikongo et D. Alvaro Ier en portugais, septième roi chrétien du Kongo, son long règne de 20 ans fut une époque de calamité et le commencement de la décadence du christianisme dans le pays.

Orgine[modifier | modifier le code]

Alvare est un fils de Dona Isabel Lukeni lua Mvemba seconde fille du roi Alphonse Ier et d'un noble inconnu il succède à son cousin et beau-père Henri Ier, en 1567.

Début du règne[modifier | modifier le code]

À son avènement il écrivit d'abord au roi de Portugal pour renouveler l'ancienne alliance religieuse et politique. Il s'adressa ensuite à l'évêque de Saint-Thomas (Sao Tomé) que les troubles avaient empêché de paraître au Kongo, et l'autorité de ce prélat portugais rétablit heureusement la tranquillité dans le royaume et le bon ordre dans le clergé. Celui-ci avait déjà été obligé sous le règne de Jacques Ier de prendre quelques mesures de rigueur dans l'intérêt de la discipline ecclésiastique.

Alvare donnait toute sa confiance à des jeunes gens qu'emportait la fougue des passions. François Bullamatare, son parent, déclama ouvertement contre la religion parce qu'elle défend d'avoir plus d'une femme. Il produisit une impression sur un peuple qui de tous ses anciens usages regrettait surtout la polygamie. Ce courtisan mourut dans un âge peu avancé, et malgré son apostasie, le roi le fit enterrer dans la cathédrale Sainte-Croix.

On dit que pendant la nuit on entendit un grand bruit, et que le lendemain on s'aperçut avec horreur que le cadavre du Chrétien scandaleux en avait été arraché. Cet événement si extraordinaire ne convertit point le roi.

Invasion des Jagas[modifier | modifier le code]

Les « Jagas », peuple féroce de l'intérieur, identifié habituellement aux Yakas de la région de Mbata après avoir ruiné par leurs pillages la plupart des pays voisins, envahissent le Kongo par la province de Batta. Après avoir battu l'armée d'Alvare, ils atteignent la capitale ; le roi en sort avec quelques troupes peu nombreuses pour résister à un ennemi nombreux. Il est contraint de se retirer avec la noblesse dans une île du fleuve Congo. Les habitants de Mbanza-Kongo sont obligés de fuir dans les montagnes : l'ennemi entre dans la ville sans résistance et la brûle. Les Jagas se divisent ensuite en plusieurs armées pour se répandre dans différentes provinces générant ainsi une affreuse misère. La plus grande partie des habitants errent dans les lieux déserts pour éviter le fer de ces cruels ennemis, et périssent de faim et de maladie. La noblesse elle-même, retirée avec le roi, est en butte à la famine et à la peste : on donnait un esclave pour un morceau de viande ; les pères vendaient leurs enfants pour se procurer la subsistance d'un jour, et se trouvaient le lendemain dans la nécessité d'en vendre un autre. Ces malheureuses victimes étaient achetées par les Portugais de l'île Saint-Thomas, qui les troquaient contre des provisions. Ils acceptaient volontiers l'esclavage dans la seule vue d'obtenir de quoi soulager leur faim.

Le roi Alvare Ier implore le secours du roi Sébastien Ier de Portugal, en reçoit en 1573 un corps auxiliaire de 600 soldats commandés par Francisco de Gouveia qui bat les Jagas en plusieurs rencontres, et le rétablit dans sa capitale après un an et demi de combats. Une interprétation de Joseph C. Miller, remet en cause cette présentation « classique » des faits [1] et récuse cette pseudo invasion des « Jagas » qui ne serait qu'une invention destinée à justifier l'intervention directe des portugais dans une guerre de succession afin de placer Alvare Ier leur candidat sur le trône du Kongo[2]

Rétablissement[modifier | modifier le code]

Alvare aurait d'abord voulu, par « gratitude », faire hommage de son royaume à son bienfaiteur et le reconnaître pour son suzerain. Sébastien refusa généreusement cette offre, et se contenta d'être le protecteur de celui qui demandait à être son vassal. Alvare Ier, dans une circonstance moins importante, se comporte ensuite envers son bienfaiteur d'une manière au moins inconsidérée. Le roi de Portugal, informé qu'il existait au Congo des mines d'or et d'argent, envoya deux personnes pour les découvrir et étudier le moyen d'en tirer parti ; mais Alvare donna aux explorateurs de fausses indications, qui les déroutèrent.

Il avait été conseillé ainsi par un prêtre portugais, nommé François Barbuto, qui lui avait fait comprendre qu'il était contraire à ses intérêts de faire connaître les mines aux Portugais. Les commerçants de cette nation ayant perdu cette espérance de gain rapide, négligèrent le Kongo et tournèrent leur commerce sur d'autres régions ; alors les occasions manquèrent pour le passage des missionnaires, la mission se trouva presque déserte et la foi mal cultivée.

Les ambassadeurs d'Alvare Ier faisaient des instance en Portugal pour obtenir de nouveaux prêtres; on répondait par des promesses qu'on ne se hâtait point de réaliser. Les mêmes envoyés étaient chargés de racheter les nègres chrétiens qu'on avait vendus dans le moment de la famine. Mais plusieurs de ces esclaves aimèrent mieux demeurer dans leur condition, au milieu d'un pays chrétien où abondaient les moyens de salut. D'autres, surtout ceux qui étaient d'une naissance distinguée, retournèrent dans leur patrie, et contribuèrent à y soutenir le christianisme. Trois ans se passèrent encore ; enfin on envoya un évêque à l'Île de Saint-Thomas, dont le siège était depuis longtemps vacant ; c'était André de Gliova, Espagnol.

Il avait commission de visiter l'Église du Kongo : c'était vers l'an 1560. Le gouverneur de l'île, prévenu contre ce prélat, le reçut mal, et lorsque Gliova fit voile vers le Congo, il le dépeignit à Alvare comme un ambitieux, d'un caractère superbe et opiniâtre, de sorte que l'entrée de la capitale fut interdite au pontife, qui fut tenu pendant quelques mois dans cet éloignement. Cependant on reconnut la calomnie. Les nuages dissipés, Alvaro envoya le prince héréditaire au-devant de Gliova, qu'il reçut avec honneur. Le prélat consacra huit mois à sa visite pasotrale. Il partit ensuite pour le Portugal, laissant au Congo six prêtres, dont quatre séculiers, et deux religieux. Ce secours ne suffisait pas à la centième partie des besoins.

Alvare, apprenant l'avènement du roi-cardinal Henri Ier de Portugal, en 1578, écrivit à ce prince pour lui demander des missionnaires ; la mort de Henri prévint sa réponse ; mais Philippe II d'Espagne, qui deux ans après, réunit aussi le Portugal sous son sceptre, promit au roi de Kongo les secours spirituels qu'il réclamait.

Alvare fit aussitôt partir un ambassadeur, Sébastien da Costa, qui périt sur les côtes du Portugal. Il fut remplacé par Edouard Lopez, nommé ambassadeur du Congo à Madrid et à Rome ; ses vues étaient chrétiennes, car il fit vœu de consacrer toutes les richesses qu'il possédait en Afrique à entretenir les prêtres qui se destineraient à l'instruction de la jeunesse du Congo, à bâtir une maison pour cet objet, et un hôpital pour le soulagement et la guérison de tous les pauvres malades chrétiens. Sixte V lui fit le plus grand accueil, mais il ne put terminer son affaire, et fut obligé de le renvoyer au roi d'Espagne de qui il dépendait principalement d'en hâter la solution. Lopez, après avoir fait rédiger la relation de son voyage, retourna, en 1589, au Congo, où il parait qu'il périt. Dans les dernières années d'Alvare Ier, le royaume, privé de missionnaires, puisqu'il n'y avait qu'une douzaine de prêtres au plus pour desservir trente mille localités, reçut quelques secours des Jésuites établis à Saint-Paul. L'incursion des Jagas qui y causa de si terribles ravages, a dû extrêmement diminuer le nombre des Chrétiens, des missionnaires, des églises.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le roi Alvare Ier mourut en mars 1587, et eût pour successeur un de ses fils Alvare II.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. issue du récit de Filippo Pigafetta Relatione del Reame di Congo et delle ciconvicine contrade qui avait résidé au Kongo entre 1578 et 1583 et qui date de 1591
  2. François Bontinck. Un mausolée pour les Jaga. Dans: Cahiers d'études africaines. Vol. 20 N°79. 1980. p. 387-389.