Alternative pour l'Allemagne

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Alternative für Deutschland
Image illustrative de l'article Alternative pour l'Allemagne
Logo officiel
Présentation
Les porte-parole Bernd Lucke
Frauke Petry
Konrad Adam
Fondation 6 février 2013
Siège Schillstraße 9
10785 Berlin
Idéologie Euroscepticisme
National-conservatisme
Souverainisme
Affiliation européenne Conservateurs et réformistes européens
Adhérents 17 522 (28 février 2014)[1]
Couleurs Rouge et Bleu
Site web www.alternativefuer.de
Présidents de groupe
Parlement européen Syed Kamall (ECR)
Représentation
Députés
0 / 631
Députés européens
7 / 96

Alternative pour l'Allemagne (en allemand : Alternative für Deutschland, initiales AfD) est un parti politique eurosceptique allemand, créé le 6 février 2013 et lancé officiellement le 14 avril suivant à Berlin[2].

Créé suite aux politiques présentées comme sans alternatives menées lors de la crise de la dette dans la zone euro, il est surnommé le « parti des professeurs » car comptant parmi ses membres fondateurs de très nombreux professeurs d'économie, de finances publiques et de droit[3].

Se présentant comme anti-euro[4] mais pas anti-Europe[5], sa proposition phare est la dissolution progressive de la zone euro pour aboutir à de petits blocs d'unions monétaires plus homogènes afin de soutenir les économies moins compétitives, de réduire les risques d'une nouvelle crise de la dette et d'éviter d'autres plans de sauvetage contreproductifs[6].

Il crée la surprise en ne ratant que de peu l'entrée au Bundestag lors des élections législatives de septembre 2013, 6 mois seulement après sa création, en obtenant plus de 2 millions de voix soit 4,7 % des suffrages[7].

Considéré comme un parti « anti-establishment » et classé plutôt du côté de la droite conservatrice, son appartenance à la tendance populiste est discutée — l'AfD rejette cette classification, tout en déclarant n'être « ni de gauche ni de droite ». Il adhère en juin 2014 au groupe des Conservateurs et réformistes européens.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Konrad Adam, Frauke Petry et Bernd Lucke au premier congrès de l'AfD, le 14 avril 2013.

En 2012, plusieurs personnalités conservatrices font savoir qu'elles se lancent dans la création d'un parti démocrate et résolument anti-euro. Les principaux instigateurs de cette initiative sont Bernd Lucke[8], un économiste de l'université de Hambourg qui a claqué la porte de la CDU en 2011 en raison de la politique européenne de la chancelière Angela Merkel, Konrad Adam, ancien journaliste à la FAZ, et Alexander Gauland[9], ex-responsable politique de la Hesse[10]. L'AfD est issue des classes aisées et a pour créateurs des essayistes, des professeurs d'économie et des hauts fonctionnaires à la retraite ; elle a clairement pris ses distances avec les mouvances d'extrême droite[11].

Cette alliance collective, issue de l'Association pour soutenir l'alternative électorale (Verein zur Unterstützung der Wahlalternative 2013), est fondée à la mi-septembre 2012, puis se transforme dès le 6 février 2013 en un parti politique. Le 11 mars suivant, l'AfD se lance dans la politique à Oberursel, près de Francfort[2]. Le congrès fondateur se tient le 14 avril à Berlin afin d'élire ses dirigeants et ses candidats pour les législatives de septembre. Bernd Lucke est élu comme l'un des trois porte-parole du nouveau parti[12],[13]. Parmi leurs soutiens, Joachim Starbatty, un juriste qui attaque régulièrement la politique européenne du gouvernement devant le Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe et, surtout, Hans-Olaf Henkel, ancien président de la BDI (Bundesverband der Deutschen Industrie), la fédération allemande des industries et d'IBM, de 2000 à 2005[14], s'affirment comme les plus médiatiques.

Les membres du parti sont unis par le sentiment que l'Allemagne a trop payé pour les autres, notamment dans les fonds de secours pour la zone euro, et réclament le retour du Deutsche Mark, qui était jusqu'à l'adoption de l'euro la seule expression de fierté nationale ou de patriotisme acceptée en Allemagne. Le parti affirme en avril 2013 compter dans ses rangs quelque 7 500 adhérents[réf. nécessaire]. Il ne demande pas tant que l'Allemagne quitte la zone euro, mais que ceux qui ne respectent pas la discipline budgétaire puissent le faire[15].

Composition et orientations[modifier | modifier le code]

Au bout de 3 mois, en mai 2013, l'AfD compte 10.476 membres dont 2795 étaient précédemment membres d'autres partis : 1008 de la CDU, 220 de sa branche bavaroise, la CSU, 587 du FDP, 558 du SPD, 143 Pirates et 106 Verts[16]. En février 2014, ce chiffre atteint 17.522[1].

2013 : l'entrée manquée au Bundestag[modifier | modifier le code]

Campagne électorale[modifier | modifier le code]

Affiche électorale de l'AfD (Alternative für Deutschland) pour les élections fédérales allemandes de 2013. Il y est écrit : Ayons le courage de dire la vérité (de faire face aux vérités) / Les Grecs souffrent / les Allemands payent / les banques encaissent. / www.alternativefuer.de

La principale difficulté pour l'AfD lors de sa première campagne fédérale a été de se faire connaître du grand public et ce avec un budget composé uniquement de dons, car n'ayant participé à aucune élection précédemment, l'AfD n'a eu droit à aucune part des 130 millions d'euros alloués aux partis politiques pour l'année 2013[17]. Cette difficulté a été accentuée par le fait que les partis établis ont préféré ignorer l'AfD plutôt que de débattre ses positions pour éviter de faire sa publicité[18],[19].

Si, selon un sondage Infratest d'avril 2013 pour Die Welt, 24 % des Allemands peuvent s'imaginer voter pour ses candidats en septembre[20], la plupart des observateurs sont sceptiques sur une véritable percée du nouveau mouvement[21] et les sondages électoraux jusqu'en mai 2013 ne le créditent pas de plus de 3 %[22]

La plupart des électeurs ont probablement entendu parler de ce parti pour la première fois lors des premiers résultats le soir du vote[23].

Résultats et analyses[modifier | modifier le code]

Il provoque la surprise en obtenant 4,7 % des votes aux élections fédérales de septembre 2013 et échoue de peu à faire son entrée au Bundestag[24]. Plusieurs analyses réalisées le jour du vote mettent en évidence des transfert de voix vers l'AfD en provenance de tous les partis politiques, notamment Die Linke et la CDU, mais aussi d'électeurs qui s'étaient abstenus en 2009. La plupart des votes viennent cependant du Parti libéral-démocrate (FDP), pourtant clairement favorable à l'euro[25].

2014 : Succès européens et régionaux[modifier | modifier le code]

Élections européennes[modifier | modifier le code]

Lors de ses premières élections européennes l'AfD obtient 7,0 % des voix[26]. Sept eurodéputés du parti font ainsi leur entrée au Parlement européen :

Élections régionales[modifier | modifier le code]

Lors des élections régionales en Saxe, en Thuringe et dans le Brandebourg, le parti parvient facilement à franchir la barre éliminatoire des 5 % et ravit ainsi des sièges aux partis établis[27].

Idéologie[modifier | modifier le code]

Le parti est présenté de diverses manière par les chercheurs et les commentateurs. Il est ainsi régulièrement présenté comme un parti « anti-establishment »[28], classé à droite[29] et d'inspiration conservatrice[30]. Son appartenance à la tendance populiste est débattue[31], parfois considéré comme un populisme « bon teint »[20] mais plus fréquemment un « populisme de droite » (en allemand Rechtspopulismus), notamment par ses détracteurs de gauche mais se différencie cependant des partis populistes européens, à divers titres[28].

L'AfD rejette pour sa part ces classifications tout en déclarant, à travers Bernd Lucke, n'être « ni de gauche ni de droite »[32]. Si le parti préconise la sortie de l'euro dans une rhétorique aux slogans « accrocheurs » et « populistes »[29], il n'entend cependant pas renoncer à l'intégration européenne[33] affirmant ne pas être « anti-Europe » mais « anti-euro »[34].

L'euro[modifier | modifier le code]

L'AfD s'étant initialement créé en réponse à la crise de l'euro et à la politique de sauvetage présentée comme « sans alternative » menée et soutenue par la CDU, le SPD, le FDP et les Verts, l'euro joue un rôle capital dans son programme: la monnaie unique nuit à l'Europe et la divise, tel est le message clef[réf. nécessaire]. D'après l'AfD, la monnaie unique ne peut pas convenir à tous les pays qui l'ont adopté car la zone euro est beaucoup trop hétérogène économiquement. Il nuit actuellement aux pays du Sud de l'Europe car la monnaie unique est trop forte pour leur permettre d'être compétitifs ce qui empêche toute chance de relancer leur économie, annihile les chances d'un éventuel désendettement et anéantie toute perspective[35]. Il nuirait également aux pays qui doivent s'endetter pour injecter des sommes colossales dans les différents fonds de soutien qui maintiendraient artificiellement le statu quo[35].

La solution proposée par l'AfD est de respecter enfin le traité de Maastricht et de limiter l'action de la Banque centrale européenne à son mandat initial, en particulier de respecter la clause no bail-out qui interdit à un pays de payer les dettes d'un autre et d'arrêter les rachats massifs d'obligations d'États surendettés par la BCE. N'ayant d'autre choix pour éviter une faillite inévitable, un certain nombre de pays opterait mécaniquement pour une sortie progressive de l'euro ce qui leur permettrait de retrouver une certaine compétitivité et une marge de manœuvre grâce au taux de change.

La zone euro se réduirait ainsi à une entité plus petite et plus homogène[35]. Le retour au deutschemark est présenté comme une option parmi d'autres mais n'est pas présenté comme la solution ni comme une fin en soi[36].

Une Europe des Nations[modifier | modifier le code]

L'AfD se dit favorable à une Europe d'États souverains[35] avec un marché commun[35]. Elle défend la maîtrise du budget par les seuls parlements nationaux et refuse toute Union de transfert ou toute forme de super-État européen.

Démocratie directe[modifier | modifier le code]

L'AfD soutient que les décisions politiques importantes, telles les transferts de compétences du niveau national au niveau européen soient prises par référendum d'après le modèle suisse (votation et initiative populaire)[37].

Le traité transatlantique[modifier | modifier le code]

Bien que favorable au libre-échange en général, l'AfD se positionne clairement contre le traité transatlantique TTIP[35]. Les motifs sont l'absence totale de transparence du processus, la portée du traité bien au-delà du seul libre-échange, les risques de détérioration des standards européens sur les droits des consommateurs, la protection de l'environnement, la santé et finalement l'atteinte à la démocratie-même par la possible entrave de prise de décisions d'instances élues démocratiquement sur des sujets inclus dans ce traité[35].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Élections au Bundetag[modifier | modifier le code]

Année Voix
(pourcentage)
Mandats Tête de liste
2013 4,7 %
0 / 631
Bernd Lucke

Élections européennes[modifier | modifier le code]

Année Voix
(pourcentage)
Mandats Tête de liste
2014 7,0 %
7 / 96
Bernd Lucke

Élections régionales[modifier | modifier le code]

Résultats électoraux dans les Lantags
Année BW BY BE BB HB HH HE MV NI NW RP SA SN ST SH TH
2013 4,1
(0)
2014 12,2
(11)
9,7
(14)
10,6
(11)

Structure[modifier | modifier le code]

La loi imposant les grandes lignes dans la structure des partis, l'AfD est organisé de manière classique avec une direction nationale et des branches au niveau des Länder puis des échelons inférieurs.

Ses trois portes-paroles qui font office de dirigeants sont Prof. Dr Bernd Lucke, Dr Frauke Petry et Dr Konrad Adam.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) « Steigende Mitgliederzahlen », AfD Kompakt, 28 février 2014.
  2. a et b « Les eurosceptiques allemands se lancent en politique », Le Monde, 5 mars 2013.
  3. (en)« Des rebelles quittent Merkel pour créer un front anti-euro », The Sunday Times, 17 mars 2013
  4. (en)« German Election: Angela Merkel's Lead Tightens », News.sky.com, 27 décembre 2013
  5. (en)« German party says 'no' to the euro, 'yes' to the EU », Deutsche Welle, 11 mars 2013
  6. (de)Wahlprogramm Parteitagsbeschluss vom 14.04.2013
  7. (de)Endgültiges Wahlergebnis Bundestagswahl 2013, Bundeswahlleiter.de
  8. « En Allemagne, un nouveau parti demande la sortie de l'euro », Les Échos, no 21391, 7 mars 2013, p. 8.
  9. « Les eurosceptiques allemands font leur parti », Liberation.fr, 10 avril 2013.
  10. « L'Allemagne, aussi, cède à l'euro-scepticisme avec l'aggravation de la crise », La Tribune, 5 mars 2013.
  11. Patrick Saint-Paul, « L'Allemagne peut-elle se passer de l'Europe ? », Le Figaro, lundi 22 avril 2013, p. 15.
  12. « Surprise, surprise... », revue de presse, 15 avril 2013.
  13. « L'Allemagne et Merkel doivent compter avec un nouveau parti anti-euro », L'Express, 19 mars 2013.
  14. « L'Euroscepticisme touche-t-il l'Allemagne ? », EurActiv.fr, 5 mars 2013.
  15. Nicolas Barotte, « Henkel, du patronnant au camp anti-euro », Le Figaro, samedi 17 / dimanche 18 mai 2014, page 6.
  16. (de) « AfD zählt 2800 Überläufer », n-tv.de, 5 mai 2013.
  17. Financement des partis, Festsetzung der staatlichen Teilfinanzierung für das Jahr 2013
  18. (en)"Letter From Berlin: Anti-Euro Party a Growing Challenge for Merkel", Der Spiegel, 14 mai 2013.
  19. "The Rise of Germany's Tea Party", Foundation for Defense of Democracies, 3 mai 2013.
  20. a et b Patrick Saint-Paul, « L’Allemagne se dote d'un parti eurosceptique », Le Figaro, 12 avril 2013.
  21. « Ce nouveau parti qui veut séduire les Allemands hostiles à l'euro », Challenges.fr, 14 avril 2013.
  22. Voir par exemple les études du même institut de sondage Infratest.
  23. Tendance des recherches du mot AfD sur Google en Allemagne
  24. Sébastien Vannier, « Élections allemandes : la surprise des anti-Euro », lexpress.fr, 22 septembre 2013.
  25. (de) Oliver Georgi, « „Wir sind die Erben der FDP“ », faz.net, 22 septembre 2013.
  26. http://www.bundeswahlleiter.de/de/europawahlen/EU_BUND_14/ergebnisse/bundesergebnisse/
  27. David Philippot, « Allemagne : les eurosceptiques s'ancrent à l'Est », Le Figaro,‎ 15 septembre 2014 (lire en ligne)
  28. a et b (en) « What is the alternative? Europe waits as Angela Merkel faces a new anti-establishment party », The Economist, 18 mai 2013.
  29. a et b (en) Martin Walker, « Spring in Europe », United Press International, 13 mai 2013.
  30. Voire « bourgeois-conservateur », cf. Oskar Niedermayer cité par Anna Jikhareva, « Grosse Sympathien für die Anti-Euro-Partei », Der Bund, 9 avril 2013.
  31. Voir à ce sujet, par exemple, les opinions contradictoires des chercheurs Alexander Häusler (« Die Gefahr liegt in der Verrohung der Politik », Tagesschau.de, 12 mars 2013) ou Oskar Niedermayer (« Grosse Sympathien für die Anti-Euro-Partei », Der Bund, 9 avril 2013).
  32. (de) « AfD gegen Verletzung demokratischer Grundsätze », Zeit.de, 14 avril 2013.
  33. Katinka Barysch, « Populism making euro crisis 'more combustible' », Public Service Europe, 22 avril 2013.
  34. (en) Quentin Peel, « German elections: Merkel has more Europe in mind », Financial Times, 8 mai 2013.
  35. a, b, c, d, e, f et g Programme de l'AfD pour les élections européennes de 2014, voté le 22 mars 2014.
  36. (de)Communiqué du 21 mai 2014 de l'AfD suite à l'article paru dans Focus online.
  37. (de)Lignes directrices de l'AfD, élaborées par votes en ligne par les membres en avril 2014, puis confirmées le 1. mai 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]

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