Altercations inter-religieuses égyptiennes d'octobre 2011

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Corps de la plupart des victimes du 9 octobre.

Les altercations interreligieuses égyptiennes d'octobre 2011 sont des conflits entre les communautés musulmanes et chrétiennes d'Égypte, qui se traduisent par des manifestations et des heurts sanglants. Des protestations ont eu lieu le 9 octobre, mais dégénèrent rapidement : 25 personnes trouvent la mort et environ 329 sont blessées, de par la répression jugée bien trop excessive des autorités égyptiennes, la majorité des victimes étant coptes. Cette nuit est alors la plus violente depuis le 11 février et la chute du régime d'Hosni Moubarak lors de la Révolution égyptienne de 2011[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Religion en Égypte et persécution des Coptes.

La persécution des Coptes existe depuis déjà longtemps en Égypte, mais s'est particulièrement intensifiée ces dernières années. Parmi les événements les plus récents, on compte l'Attentat d'Alexandrie le 1er janvier 2011 où 21 chrétiens sont tués et près d'une centaine blessés, la mort de treize personnes au Caire lors d'une manifestation contre l'incendie de l'église le 5 mars 2011 ou encore une énième attaque de plusieurs églises ainsi que la mort de 12 personnes et les blessures de 232 autres le 7 avril dernier[2].

La manifestation du 9 octobre[modifier | modifier le code]

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 9 octobre 2011, environ 10 000 Coptes rejoignent une manifestation pacifique[3] devant le Maspero television building, siège de la télévision égyptienne, afin de demander la dissolution du conseil suprême des forces armées, l'arrêt des hostilités envers leurs communauté et également la reconstruction d'une église incendiée à Assouan[1]. La police égyptienne fait un excès de zèle et exerce une répression démesurée, faisant tourner la situation à l'affrontement[3]. Plusieurs Coptes sont renversés ou écrasés par des blindés qui n'hésitent pas à foncer dans la foule, et des soldats auraient également tiré sans discernement[3]. À la suite de cela, la plupart des manifestants ont incendié des véhicules de l'armée et molesté leurs occupants[1].

Le bilan des victimes fait état de 25 personnes décédées et environ 329 blessées[1],[3]. Une dizaine de personnes ont été écrasées selon un médecin-légiste[1]. 28 personnes sont arrêtées pour avoir incendié des véhicules de l'armée et agressé des soldats, dont un grand nombre de Coptes mais également des musulmans[1].

Une des réactions avancées pour expliquer la violente réaction des forces de l'ordre est l'affirmation selon laquelle les coptes auraient tué trois soldats[4], affirmation qu'elle reconnaîtra le lendemain être fausse[5].

Réactions[modifier | modifier le code]

À la suite des violences, plusieurs journaux et partis politiques ont estimé que le premier ministre Essam Charaf devait partir[1]. Le quotidien Al-Masri Al-Youm écrit en première page[1] : « l'État a perdu sa stature, le régime est au bord de l'effondrement, et le gouvernement Charaf a perdu son crédit. Tout ce qui reste à faire pour le premier ministre, c'est de partir ».

Peu après les événements, le Gouvernement demande une enquête de l'armée[1]. Le vice-premier ministre égyptien Hazem Beblawi présente sa démission, mais elle sera refusée par le maréchal Hussein Tantaoui chef du Conseil suprême des forces armées[1]. Beblawi explique[1] : « avoir démissionné suite aux évènements de Maspero qui ont ébranlé la sécurité de la société. Il n'y a peut-être pas de responsabilité directe du gouvernement dans cela, mais la responsabilité est finalement la sienne. La situation actuelle est extrêmement difficile et nécessite une vision et un travail nouveaux et différents ». Fouad Allam, qui a dirigé les services de sécurité égyptiens durant de nombreuses années, estime que « les dirigeants doivent prendre des mesures sérieuses pour traiter les problèmes à la racine ; autrement, cette situation peut mener à la guerre civile » ainsi que la révision de lois jugées discriminatoires[1].

La blogueuse Shahinaz Abdel Salam a parlé à des journalistes de l'Express, et relève des faits troublants[1] : « la télé égyptienne a presque appelé les musulmans à protéger l'armée attaquée par les Coptes, c'était n'importe quoi. Comment se fait-il que les forces armées aient, en parallèle, coupé les chaînes satellitaires ? Sur l'une d'entre elles, on les a entendus entrer dans le studio où la présentatrice travaillait pour couper le direct. Ils ont aussi coupé des journaux en ligne. Ce comportement n'est pas normal ! Qui a donné l'ordre de faire cela, et de tirer sur les manifestants ? »

Le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme demande aux autorités l'ouverture d'une enquête impartiale et indépendante[1].

Funérailles[modifier | modifier le code]

Les funérailles des victimes coptes se sont déroulées le 11 octobre 2011 au Caire. Les cercueils ont été portés lors d'une marche depuis l'hôpital copte jusqu'à la cathédrale copte, dans le quartier d'Abbassiya[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Les coptes enterrent leurs morts en Égypte sur fond de vives tensions, sut le site du journal Le Monde (consulté le 12 octobre 2011).
  2. Égypte : 12 morts dans des affrontements entre musulmans et chrétiens (consulté le 12 octobre 2011).
  3. a, b, c et d En Égypte, l'armée écrase les manifestants coptes, sur le site du journal Ouest-France (consulté le 12 octobre 2011).
  4. (fr) titre initial (modifié par la suite) : « Violences lors d'une manifestation copte au Caire, 3 soldats tués » (en) « Egypte: 23 morts lors d'une manifestation copte, couvre-feu au Caire », Libération,‎ 10 octobre 2011 (consulté le 12 octobre 2011)
  5. (fr) « La télévision d'État égyptienne a reconnu, lundi soir, qu'il n'y avait aucune victime parmi les soldats de l'armée. » (en) « Égypte : les Coptes, "martyrs à la demande" du 10 octobre », Atlantico,‎ 12 octobre 2011 (consulté le 12 octobre 2011)