Altamont

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Altamont Free Festival
Genre Rock, Folk, Blues rock, Folk rock, Jazz-rock fusion, Rock en espagnol, Rock psychédélique
Lieu Altamont Raceway Park, Livermore, Comté d'Alameda, Drapeau de la Californie Californie, Drapeau des États-Unis États-Unis
Coordonnées 37° 44′ 17″ N 121° 33′ 48″ O / 37.738039, -121.56324937° 44′ 17″ Nord 121° 33′ 48″ Ouest / 37.738039, -121.563249  
Période 6 décembre 1969
Capacité 300 000 personnes
Date de création 1969
Fondateurs Jorma Kaukonen, Spencer Dryden, Grateful Dead
Collaborations The Rolling Stones, Santana, The Flying Burrito Brothers, Jefferson Airplane, Crosby, Stills & Nash and Young

Altamont est un circuit automobile américain, situé entre les villes de Tracy et Livermore, en Californie du nord.

Ce circuit est surtout resté tristement célèbre à la suite d'un festival de musique, organisé par les Rolling Stones, qui s'y est déroulé à la fin de l'année 1969. Le concert a été marqué par la mort d'un spectateur, poignardé à quelques mètres de la scène pendant la prestation des Stones.

Plus de 300 000 personnes assistèrent à cet événement, qui se voulait une réponse à Woodstock. Les cinéastes Albert et David Maysles ont filmé l'événement et l'ont incorporé dans le film documentaire Gimme Shelter sorti en 1970.

En raison de nombreux actes de violence qui ont éclaté tout au long du concert et du nombre de personnes qui y ont trouvé la mort (quatre au total), le festival d'Altamont est considéré comme le symbole de la fin du rêve hippie et d'une époque[1],[2].

Le festival de 1969[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

En novembre 1969, les Rolling Stones effectuent une tournée aux États-Unis, après trois ans d'absence. Celle-ci ne se déroule pas sans critique, en particulier sur le prix des billets trop élevé[3]. Mick Jagger : « Nous ne faisons pas ça pour l'argent. Tous ce que nous voulions, c'était nous produire aux États-Unis et nous éclater. Nous ne sommes pas vraiment intéressés par les aspects économiques. Soit on est chanteur, soit on est économiste. Nous sommes désolés si des gens ne peuvent s'offrir des places. Nous ignorons si cette tournée est plus chère que les autres. Ce sera à vous de nous le dire. »[4]. Afin de contrer ces accusations et en remerciement de l'accueil chaleureux du public américain, ils décident d'organiser un concert gratuit prévu le samedi 6 décembre 1969. À l'origine, le groupe souhaitaient que celui-ci se déroule à San Francisco dans le Golden Gate Park. Mais la ville leur refuse l'accès au parc. Ils sont donc contraints de trouver un autre lieu pour l'événement.

Dans un premier temps, le groupe jette son dévolu sur le circuit automobile de Sears Point, situé dans le comté de Sonoma et dont l'emplacement a la configuration idéale d'un amphithéâtre[5]. Chip Monck, qui avait construit la scène de Woodstock, et ses équipes de construction et d'éclairagistes sont envoyés sur place pour y effectuer les travaux de transformation. Mais, alors que des milliers de hippies s'apprêtent à prendre le chemin de Sears Point, un nouveau problème surgit lorsque les propriétaires du site exigent l'exclusivité des droits de distribution sur tout film tourné durant le festival et un million de dollars pour couvrir le coût éventuel des dégâts. Il en résulte que vingt-quatre heures avant le début du festival, ils doivent vite trouver une solution.

C'est alors qu'intervient Dick Carter, propriétaire du circuit d'Altamont près de Livermore en Californie, qui leur propose les trente-deux hectares de son terrain à des conditions plus modérées ; le concert doit être gratuit et les organisateurs s'engagent à verser cinq mille dollars pour des frais de nettoyage ultérieurs et une assurance d'un million de dollars contre les risques de dommages causés à son site. Le contrat est finalement conclu dans la nuit du jeudi 4 décembre, moins de deux jours avant le concert. L'équipe technique démonte alors la scène déjà édifiée à Sears Point et passe la nuit à la remonter à Altamont. Pendant ce temps, les stations de radio annoncent le changement d'emplacement aux festivaliers déjà en route, tandis que le magazine Rolling Stone annonce : « Ça marche ! Ce sera un mini-Woodstock et, plus excitant encore, ce sera un Woodstock à l'arrache... ».

Ces différents contretemps poseront des problèmes logistiques aux organisateurs : manque de sanitaires, de tentes pour les antennes médicales. De plus, la scène se situe en bas d'une pente, à seulement un mètre de hauteur, ce qui fait que les musiciens sont plus facilement exposés à la foule. Afin d'assurer la sécurité, Sam Cutler, le manager des Rolling Stones fait appel aux Hells Angels d'Oakland sur recommandation du Grateful Dead. Ils seront payés 500 $ en bières[6]. Concernant l'affiche, sont programmés Santana, Flying Burrito Brothers, Jefferson Airplane, Crosby, Stills, Nash & Young et les Stones pour clôturer la soirée.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 5 décembre, dans l'après-midi, plus de cent mille spectateurs envahissent le circuit d'Altamont, tandis que des millions d'autres continuent d'affluer, chargés de tentes et de sacs de couchage. L'organisation des parkings annonce ce qui allait suivre : l'endroit le plus proche où se garer est un tronçon d'autoroute non achevée situé à douze kilomètres du site. À l'exception des artistes et de leurs invités qui se déplacent en hélicoptère, tout le monde doit emprunter des chemins d'accès mal entretenus, par les collines ou longer dangereusement une voie ferrée.

Les Stones arrivent sur le site aux premières heures du samedi matin pour effectuer un premier repérage de la scène. Plus tard, Jagger se faufile au milieu des milliers de personnes campant déjà sur place et discute avec quelques membres du public. Quelqu'un lui tend un joint qu'il accepte après avoir demandé que la caméra soit débranchée. À ce moment encore, les mêmes vibrations "peace and love" qui avaient régné sur Woodstock quatre mois plus tôt semblaient prendre leur quartier à Altamont.

Environ 300 000 personnes se rendent au festival.

La situation se détériore[modifier | modifier le code]

Dès le début de l'après-midi, au moment où Santana assure le début des festivités, les esprits s'échauffent sous l'effet de l'alcool, des drogues absorbées (notamment du LSD et des amphétamines), tant par le service d'ordre que par les spectateurs. De nombreux heurts éclatent entre les Hells Angels armés de queues de billards et de chaînes de moto et certains spectateurs, ainsi qu'entre spectateurs eux-mêmes. Carlos Santana : « Il y avait de mauvaises vibrations. Les bagarres ont commencé parce que les Hell's Angels poussaient les gens. Il n'y avait pourtant aucune provocation, ce sont les Hell's qui ont déclenché la violence. De la scène, j'ai pu voir un mec avec un couteau qui voulait buter quelqu'un »[7].

Sur scène, le Jefferson Airplane rencontre également des problèmes. Alors que le groupe termine Volunteers, le chanteur Marty Balin veut porter secours à une jeune afro-américaine, qui se fait tabasser par les Hell's Angels : il écope d'un coup de queue de billard sur le crâne, qui lui fait perdre connaissance. Le groupe décide alors d'arrêter de jouer. Grace Slick : « Altamont était un très mauvais présage. Le ciel était triste et gris ce jour-là. Le site dégageait des ondes très négatives. Ce n'était qu'un circuit, pas une prairie verdoyante. La foule était majoritairement sous acide et les Hell's étaient encore plus défoncés. Ce drame a marqué un tournant »[8].

Très vite, la panique se répand parmi les autres groupes prévus au programme. Crosby, Stills, Nash & Young parviennent à jouer dans une meilleure ambiance, mais en bâclant complètement leur set avant de quitter au plus vite les lieux par hélicoptère. Stephen Stills : « David et moi avions insisté pour y aller. Mais à la minute où nous sommes arrivés sur place, on a flairé le danger. Sur scène, le moindre mouvement nous faisait tressaillir. Les sensations étaient horribles. À la fin du set, j'ai pris mes deux guitares, David a attrapé les siennes, on a chopé Susan, la femme de Neil et on s'est barrés. Les autres voulaient encore traîner un peu, mais ils ont fini par nous suivre. En dix secondes, on avait dégagé le plancher. La tension de cette journée n'est pas retombée au Pauley Pavilion. À cause de moi. J'en avais des vertiges dans les loges. C'était quelque chose qu'il valait mieux oublier »[9]. Neil Young : « C'était totalement surréaliste. Quand le moment est venu de jouer, on a été nuls. C'est l'un des concerts les plus déprimants dont je puisse me souvenir. Un monstrueux trip d'ego carburant à la coke. La musique était littéralement étouffée. J'ai eu une sensation d'écoeurement pendant ce show, que je n'ai jamais oubliée et que je n'ai plus ressentie depuis, heureusement. J'ai senti la musique mourir cette nuit-là »[10].

Le Grateful Dead, qui avait contribué à l'organisation de l'événement, refuse de monter sur scène sentant que la situation est en train de dégénérer. Après la prestation des Flying Burrito Brothers, la scène se remplit de Hell's Angels et ceux restants dans la fosse chargent la foule.

Mort de Meredith Hunter[modifier | modifier le code]

Lorsque Les Rolling Stones arrivent sur le site en fin d'après-midi, ils doivent parcourir à pied les cinquante mètres séparant la plate-forme pour hélicoptères de la scène en traversant la foule. Charlie Watts : « On est arrivés sur le site en hélicoptère et on a vu cette marée humaine déjantée, des mômes défoncés, des filles à moitié nues. C'était une sorte de Woodstock, le genre de truc qui marchait à l'époque, mais cette mode allait sur sa fin. Si Woodstock a lancé la mode, elle a pris fin ce jour-là »[11]. C'est alors que Jagger est frappé au visage par un jeune homme du public. Il décide d'ignorer l'incident. Le projet initial de Jagger était de monter sur scène au moment où le soleil se coucherait, mais l'idée prit largement de retard, provoqué par les Hell's Angels qui ont envahi la scène en si grand nombre qu'il ne reste plus le moindre espace disponible pour les musiciens, si bien que Sam Culter annonçe que les Stones ne joueraient pas avant que tout le monde ait évacué la scène. Pendant le concert, l'atmosphère est électrique. Jagger lance des appels au calme, mais une première bagarre éclate lorsque le groupe joue leur troisième morceau Sympathy for the Devil qui est interrompu pendant de longues minutes.

Quelques minutes plus tard, alors que le groupe joue Under My Thumb, une autre bagarre éclate. Un spectateur noir, âgé de 18 ans, Meredith Hunter, est poignardé à mort sous les yeux de sa petite amie Patty Bredahoff, par un des membres du service d'ordre nommé Alan Passaro[12], entraînant une montée de violence et un véritable chaos à quelques mètres de la scène où jouent les Rolling Stones, impuissants. Meredith Hunter est amené au sol et battu par des Hells Angels. Selon le service d'ordre, le jeune homme brandissait une arme à feu. Cette allégation est vérifiée par les images filmées du concert où l'on peut voir la silhouette d'une arme à feu dans la main gauche de Meredith Hunter[13]. Néanmoins, cette arme ne fut jamais retrouvée. Selon sa petite amie, Meredith Hunter aurait été repoussé puis frappé une première fois par le service d'ordre et sous l'effet combiné de la colère et des amphétamines, serait retourné vers la scène. L'autopsie du corps de Meredith Hunter confirmera le fait qu'il était sous l'effet de la métamphétamine, et qu'il a reçu cinq coups de couteau. Inconscients du drame, les Rolling Stones poursuivent le concert.

Conséquences du festival[modifier | modifier le code]

Le bilan du festival est lourd. Outre Meredith Hunter, trois autres personnes ont trouvé la mort. Deux enfants ont été écrasés dans leur sac de couchage par un conducteur sous acide et une personne s'est noyée dans un canal d'irrigation. Il y a eu par ailleurs de nombreuses voitures volées, de nombreux « bad trips » dus à l'acide, et de nombreux blessés[14]. Il y a eu aussi quatre naissances[15]. Le dimanche soir, à la suite d'une enquête menée par la station de radio rock de San Francisco KSAN, de nombreux auditeurs appelèrent pour confirmer les mauvaises conditions à Altamont et les violences dont ils avaient été témoins.

Suite à ce drame, les festivals de rock sont interdits sur le site d'Altamont. Le 8 janvier 1970, Alan Passaro est arrêté, puis jugé pour meurtre à l'été 1972. Au vu des images montrant l'événement, il est finalement acquitté car considéré en état de légitime défense. En raison de rumeurs persistantes selon lesquelles le coup fatal aurait été porté par une autre personne, la police a, cependant, considéré le dossier comme toujours ouvert de nombreuses années après le procès. L'affaire a été définitivement classée en 2005.

Altamont, du fait de la violence qui l'a entaché, est souvent cité comme le coup d'arrêt qui annonce la fin du mouvement hippie et de la culture optimiste des années 1960[16]. Pour les Stones, la pilule sera amère et longue à avaler. Ils attendront plus de trois ans avant de revenir jouer aux États-Unis.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le film documentaire Gimme Shelter montre ce concert et évoque la mort de Meredith Hunter dont on peut voir des images filmées.

Programmation[modifier | modifier le code]

Santana
  • Savor
  • Jingo
  • Evil Ways
Jefferson Airplane
  • The Other Side of This Life
  • 3/5 of a Mile in 10 Seconds
  • Fat Angel
  • White Rabbit
  • Free Bird
  • The Ballad of You & Me & Pooneil
Crosby, Stills, Nash & Young
  • Black Queen
  • Pre-Road Downs
  • Long Time Gone
  • Down by the River
Flying Burrito Brothers
  • Six Days on the Road
  • High Fashion Queen
  • Cody Cody
  • Lazy Day
The Rolling Stones

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « The Rolling Stones : Can't Get No Satisfaction Robert Christgau originally published in Newsday July 1972 ». Robertchristgau.com. Retrieved 2010-10-25.
  2. Mark Hamilton Lytle (2006). America's Uncivil Wars : The Sixties Era from Elvis to the Fall of Richard Nixon. Oxford University Press, p. 336. ISBN 0-19-517496-8.
  3. (en) Walter Roberts, Biker Gangs, RW Press,‎ 2012, p. 151
  4. Philip Norman, Mick Jagger, Robert Laffont,‎ 2013, p. 450
  5. Philip Norman, Mick Jagger, Robert Laffont,‎ 2013, p. 452
  6. a b c d e f g h i Curry, David. « Deadly Day for the Rolling Stones ». The Canberra Times. December 5, 2009.
  7. Frédéric Lecomte et Alain Gouvrion, The Rolling Stones Hors-série collector spécial 50ème anniversaire, Rolling Stone Press,‎ 2012, p. 46
  8. Christophe Delbrouck, Crosby, Stills, Nash & Young, Le Castor Astral,‎ 2009, p. 248
  9. Christophe Delbrouck, Crosby, Stills, Nash & Young, Le Castor Astral,‎ 2009, p. 247-248
  10. Neil Young, Une autobiographie, Points,‎ 2013, p. 245
  11. Frédéric Lecomte et Alain Gouvrion, The Rolling Stones Hors-série collector spécial 50ème anniversaire, Rolling Stone Press,‎ 2012, p. 46-47
  12. Il est condamné en 1980 pour port illégal d'armes et racket. Il sort de prison en 1984 et en mars 1985 il est retrouvé mort noyé dans le Anderson Reservoir
  13. Altamont Free Concert - Death of Meredith Hunter, vidéo YouTube
  14. ^ Ortega, Tony (2010-08-24). « Viewing the Remains of a Mean Saturday Village Voice December 18, 1969 ». Blogs.villagevoice.com. Retrieved 2010-10-25.
  15. The Rolling Stones et al.. (1970) (DVD released 2000). Gimme Shelter. Criterion.
  16. Frédéric Monneyron, Martine Xiberras, Le monde hippie. De l'imaginaire psychédélique à la révolution informatique, Imago,‎ 2008, p. 56