Alpinisme

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Alpinistes finissant l'ascension de l'Imja Tse (ou Island Peak) (6 189 m), au Népal.
Ascension du mont Blanc en 1862.

L'alpinisme est une pratique sportive de la haute montagne qui repose sur différentes techniques de progression.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ascension en haute montagne alpine a été depuis longtemps pratiquée[1], comme en témoigne Ötzi entre 3350 et 3100 av. J.-C. ou les habitants des Alpes, en particulier les chasseurs de chamois et les cristalliers. Bien qu'ils soient victimes d'ostracisme (c'était un sacrilège d'accéder à la haute montagne, lieu maudit)[réf. nécessaire], ce sont eux qui ont accompagné les topographes militaires sur les sommets au début du XIXe siècle. Beaucoup de leurs premières ascensions n'ont sans doute pas été enregistrées, ce qui a laissé le champ libre aux touristes pour déclarer leurs premières dans le cadre d'un alpinisme sportif et médiatisé.

  • Empédocle au Ve siècle av. J.-C. ou l’empereur Hadrien au IIe siècle montent au sommet de l'Etna[2].
  • Dans une lettre à son ami Francesco Dionigi, Pétrarque prétendit avoir gravi le mont Ventoux le 26 avril 1336 accompagné de son frère et de deux serviteurs, « poussé seulement par le désir de visiter un lieu renommé pour son altitude ».
  • En 1492, le mont Aiguille a été gravi par Antoine de Ville sur ordre de Charles VIII de France. Parti avec dix hommes, il fait appel à un huissier pour notifier l’exploit. Il s'agit de la première ascension ayant eu recours à des techniques d'alpinisme.
  • En 1541, le naturaliste suisse Conrad Gessner écrit une lettre « Admiration pour la montagne » à son ami Jacques Vogel, dans laquelle il dit être décidé « chaque année à faire l'ascension de quelques montagnes » et qu'il tient parole[3].
  • Le 20 septembre 1770, les frères Deluc, savants genevois, atteignent les premiers le sommet du mont Buet (ils avaient précédemment échoué en 1765). On considère cette épopée comme la première ascension en haute montagne dans les Alpes.
  • On considère généralement que l'alpinisme a été inventé par Horace-Bénédict de Saussure lorsqu'il proposa en 1786 une prime au premier qui gravirait le mont Blanc, appelé la « montagne maudite » : le 8 août 1786, le guide Jacques Balmat et le docteur chamoniard Michel Paccard parviennent pour la première fois au sommet du mont Blanc. C'est le récit de l'ascension de Saussure le 3 août 1787 qui donne l'élan européen à l'alpinisme[4].
  • Dès le XIXe siècle, des « bourgeois éclairés » et aristocrates de Grande-Bretagne (où la culture du sport est forte et l'accessibilité des Alpes facilitée par les chemins de fer) s'élancent vers les sommets, suivis par les Allemands, les Autrichiens, les Suisses et les Français (dont Marie Paradis, première femme au sommet du mont Blanc le 14 juillet 1808). Ils prennent l'assaut des cimes alpines dans un esprit de compétition internationale et souvent mortelle, comme en témoigne la tragique tentative d'ascension hivernale du Haut de Cry, en 1864, impliquant l'Anglais Philipp Gosset, Louis Boissonnet et leur guide Johann Josef Benet (de)[5].

L'alpinisme prit son essor au XIXe siècle sous l'impulsion de grimpeurs, en majorité de nationalité britannique :

qui tous ont laissé leur nom lié à des "premières" et à des sommets alpins (pointe Whymper aux Grandes Jorasses, pic Coolidge dans le massif des Écrins…). Ces riches Anglais étaient le plus souvent accompagnés de guides français, italiens ou suisses.

  • Les « bourgeois éclairés » et aristocrates créent les premiers clubs alpins entre 1857 et 1874, d’abord en Angleterre (l'Alpine Club) puis en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Pologne et enfin en France en 1874. Ces clubs « définissent des usages en matière d’excursion, organisent les compagnies de guides, construisent des refuges, améliorent la qualité des hébergements, rédigent des notices scientifiques, inventent une littérature de voyage et réussissent ainsi à promouvoir, auprès de leurs contemporains, une forme de tourisme alpin à la fois cultivé et mondain »[2]. Les clubs continentaux ont plutôt une démarche d'aménagement de la montagne alors que les clubs britanniques ont une vision transfrontalière des Alpes qu'ils voient comme un terrain de jeu (ainsi l'ouvrage de Leslie Stephen en 1871 s'intitule-t-il Le Terrain de jeu de l'Europe). Dans le Club alpin français (CAF) créé en 1874, les femmes ne représentent que 1 % des alpinistes, tout comme en 2009. Et on n'en compte que 18 sur 1 468 guides de haute montagne en France. C'est seulement depuis les années 1920 qu'elles prennent la tête de cordées et depuis les années 1960 qu'elles peuvent gravir les sommets sans leur mari.
  • Les deux derniers grands sommets vierges des Alpes sont gravis en 1865 (Whymper atteint pour la première fois le sommet du Cervin), puis le 16 août 1877 : E. Boileau de Castelnau avec les Gaspard père et fils réalisent la première ascension de la Meije. Tous les grands sommets des Alpes ont donc été conquis : c’est le début de l’alpinisme sportif (dont l'alpinisme hivernal). La démocratisation des clubs conduit les bourgeois et aristocrates britanniques, à partir des années 1950, à déplacer leur terrain de jeu vers les montagnes de l'Himalaya appartenant à leur Empire des Indes. Mais là aussi, dans les années 1970, la démocratisation de l'alpinisme s'opère[2].
  • En 1900, un Grand Prix Olympique d'Alpinisme est décerné durant les Jeux olympiques, comme en atteste le programme officiel des épreuves au cours de l'exposition universelle de 1900. Il est attribué par le jury à l'exploit considéré comme le plus important durant les quatre années précédentes en la matière.

Les dernières faces nord[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Trois grandes faces nord des Alpes.

Au début du XXe siècle, le but était d’atteindre le sommet en choisissant la voie la plus facile. Les alpinistes emportaient fréquemment avec eux des appareils de mesure scientifique ou du matériel de peinture pour justifier leur ascension. Dorénavant, la beauté et la difficulté de la voie prennent de l’importance.

Le matériel se développe avec l'utilisation des pitons, mousquetons et chaussures à semelles en caoutchouc. Certains alpinistes s’affranchissent des guides et développent ainsi une pratique qui n’est plus réservée à une élite fortunée. Peu à peu, tous les versants des sommets des Alpes sont gravis, y compris les inquiétantes faces nord. Celles-ci ont été gravies dans les années 1930, notamment celles du Cervin (1931), de l'Eiger (1938) et des Grandes Jorasses (pointe Walker en 1938).

À l'assaut des 8 000 mètres[modifier | modifier le code]

Après avoir gravi tous les sommets des Alpes par tous les versants, les alpinistes ont cherché d'autres terrains de jeux ou d’autres formes de défis. C’est ainsi que certains se tournent vers des sommets plus hauts : c’est la course aux 8 000 mètres dans l’Himalaya, qui commence avant même la Seconde Guerre mondiale (expédition de Nanga Parbat lancée en 1939 par le régime nazi). Les grands sommets himalayens sont conquis dans les années 1950 et le début des années 1960.

De nouveaux défis[modifier | modifier le code]

Pour augmenter les difficultés, les alpinistes tentent des hivernales (ascensions réalisées en hiver), des solos (ascensions réalisées seul, souvent auto-assuré), des enchaînements (réalisations de plusieurs voies de suite). Certains grimpeurs tentent même de combiner les trois pratiques en réalisant en solo, l’hiver, l’enchaînement, par exemple, des faces Nord les plus emblématiques des Alpes : les Grandes Jorasses, le Cervin, l’Eiger

Sommets de plus de 8 000 mètres[modifier | modifier le code]

Les sommets de plus de 8 000 mètres sont au nombre de quatorze et sont tous situés dans le massif de l'Himalaya. Se les partagent l'Inde, le Pakistan, le Népal et la Chine. Le premier sommet à être gravi fut l'Annapurna, le 3 juin 1950, par les alpinistes français Maurice Herzog et Louis Lachenal. Les autres furent tour à tour gravis dans les années 1950 et le début des années 1960.

Technique[modifier | modifier le code]

Progression[modifier | modifier le code]

Sécurité[modifier | modifier le code]

Équipement[modifier | modifier le code]

Lorsque l'alpinisme ne se pratique pas en solo, les partenaires sont généralement reliés par une corde, dont le rôle est d'amortir et d'arrêter une éventuelle chute. Cette corde est attachée au baudrier qui enserre le bassin de l'alpiniste. Sur un terrain glacé, les alpinistes portent sous leurs chaussures des crampons dont les pointes en acier accrochent la glace. Pour leur équilibre, ils s'aident d'un piolet tenu à la main et dont le bas du manche comporte une pointe. En milieu vertical, la lame située en haut du manche du piolet sert à la traction. Pour assurer leur progression dans ce milieu vertical, la corde est passée régulièrement dans des points d'ancrage, piton, coinceur ou sangle, placés manuellement dans le rocher. Si le rocher est recouvert de glace, une broche à glace permet l'assurage en s'enfonçant dans la glace. Les dégaines, constituées de deux mousquetons et d'une sangle, jouent le rôle de connecteur entre le point d'ancrage et la corde. Le descendeur est l'un des systèmes reliés à la corde au niveau du baudrier pour contrôler le défilement de la corde lors de l'assurage ou de la descente en rappel.

Cotation des difficultés[modifier | modifier le code]

Neige, glace et mixte[modifier | modifier le code]

De I à VII : la cotation de sérieux exprime l'engagement, la longueur, l'éloignement, la difficulté d'approche et de descente, la continuité, l'équipement en place, la difficulté à se protéger et les risques objectifs.

  • I : Itinéraire court, peu éloigné, descente facile.
  • II : Itinéraire plus long ou un peu plus technique, descente demandant parfois de l'attention, peu de dangers objectifs.
  • III : Itinéraire long, parfois éloigné, descente délicate, risques objectifs éventuels.
  • IV : Itinéraire d'ampleur demandant une bonne expérience de l'alpinisme, approche longue ou descente compliquée, risques objectifs, retraite délicate.
  • V : Itinéraire long dans une grande paroi, engagé. La cordée doit posséder un excellent niveau de compétence (choix de l'itinéraire, problème d'assurage, nombreuses longueurs difficiles et soutenues), retraite difficile, descente longue ou difficile, risques objectifs importants.
  • VI : Itinéraire sur une grande face pouvant être parcourue en une journée par les meilleurs. Pratiquement que des longueurs dures et soutenues. Conditions rarement bonnes, cheminement compliqué, assurage problématique, retraite aléatoire. Descente longue et difficile. Itinéraire très exposé aux dangers objectifs (séracs).
  • VII : Idem en encore plus dur. Très rarement utilisé.

De F à D puis de 1 à 7 : le degré technique exprime la difficulté la plus importante, la longueur la plus dure.

  • F : Pas de difficulté technique.
  • PD : Peu Difficile, nécessite un bon usage des crampons, piolet, assurage du premier ou du second.
  • AD : Pente soutenue avec des parties redressées (45/50°).
  • D : Pente soutenue avec sections raides (50/60°), demande une technique sûre et une bonne connaissance de l'assurage.
  • 1 : Long passage à 60°.
  • 2 : Passage à 60/70° mais bonne possibilité d'assurage.
  • 3 : passage à 70/80° généralement en bonne glace. Les parties raides alternent avec de bons emplacements de repos permettant de poser des points d'assurage.
  • 4 : Passages à 75/85° avec parfois une courte section verticale. Glace généralement bonne et possibilité de bons relais.
  • 5  : Une longueur soutenue avec grande section à 85/90°, nécessite une bonne aisance technique.
  • 6 : Au moins une longueur très soutenue, demande une très grande maîtrise technique. La qualité de la glace peut laisser à désirer, ancrages et protections aléatoires.
  • 7 : Franchement dur, maîtrise technique et mental inébranlable sont indispensables…

Note : on peut ajouter +/- à ces valeurs afin de les augmenter/réduire. On peut également compléter par : X, Risque d'écroulement, R : glace mince, M : section mixte.

En rocher[modifier | modifier le code]

Un des systèmes classiques de cotation de la difficulté d'une voie en alpinisme comprend six niveaux, de Facile à Extrêmement Difficile, voire sept si on inclut la cotation ABOminable. On trouve parfois les mentions "sup" et "inf" à côté de la cotation, pour indiquer que la voie est dans la partie supérieure (respectivement inférieure) de la cotation. Ces cotations prennent en compte l'engagement de la voie.

Cotation Nom Caractéristiques
F Facile Aucune difficulté technique, mais l'usage de matériel d'alpinisme (cordes, etc.) est nécessaire
PD Peu difficile Escalade dans le 3
AD Assez Difficile Escalade dans le 4
D Difficile Escalade en 4c-5a-5b
TD Très Difficile Escalade en 5c-6a
ED Extrêmement Difficile Escalade en 6b-6c-7a
ABO Abominable Escalade en 7b et plus

La cotation en rocher est complétée par un chiffre de 3 à 9 accompagné des lettres a, b, c qui exprime le degré technique exigé pour le passage le plus difficile.

Alpinistes célèbres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste de grimpeurs et d'alpinistes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On ne peut parler d'alpinisme pour cette époque puisqu'il ne s'agit pas encore d'une activité à part entière.
  2. a, b et c Olivier Hoibian, L'invention de l'alpinisme, Éd. Belin, 368 p., 2008.
  3. Sylvain Jouty, Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Place Des Éditeurs,‎ 2009, p. 337
  4. Ph. Joutard, l’Invention du mont Blanc, Ed. Gallimard-Juillard, 1986, p. 198
  5. The Alpine Journal 1, 1863-1864, p. 288-294.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature d'alpinisme.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Yves Ballu, Les alpinistes, Arthaud, 1984, réédition Glénat 1997
  • Sylvain Jouty, Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Arthaud, 1999
  • Collectif, Sommets - Cent ans d'aventure en montagne, Éd. Place des Victoires, 2004
  • Steven M. Cox, Kris Fulsaas, Guide de la montagne, Guérin, 2007
  • Jacques Duca, Claude Rey, La sécurité en haute-montagne à pied ou à ski Édisud, 1998

Romans, contes et nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Roger Frison-Roche, Premier de cordée, Arthaud, 1941 (réédité)
  • Yves Ballu, Mourir à Chamonix, Glénat, 2005
  • Yves Ballu, La conjuration du Namche Barwa, Glénat, 2008
  • Samivel, L'amateur d'abîmes, Hoëbeke
  • Samivel, Le Fou d'Edenberg, Albin Michel

Mémoires, récits alpins, biographies, essais[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]