Alphonse II d'Aragon

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Alphonse II d'Aragon
Alphonse II d'Aragon (miniature du Liber feudorum maior, 1192).
Alphonse II d'Aragon
(miniature du Liber feudorum maior, 1192).
Titre
Roi d'Aragon
18 juillet 116425 avril 1196
Prédécesseur Pétronille
Successeur Pierre II le Catholique
Comte de Barcelone
18 juillet 1164 – 25 avril 1196
Prédécesseur Pétronille
Successeur Pierre II le Catholique
Comte de Provence
1166 – 25 avril 1196
Prédécesseur Raimond-Bérenger II
Successeur Alphonse II Bérenger
Biographie
Titre complet Roi d'Aragon et comte de Ribagorce

comte de Barcelone, de Gérone, d'Osona et Cerdagne, de Besalú, de Pallars Jussà et de Sobrarbe
comte de Provence

Dynastie Maison de Barcelone
Nom de naissance « Raimond »
Date de naissance mars 1157
Lieu de naissance Huesca
Date de décès 25 avril 1196 (à 39 ans)
Lieu de décès Perpignan
Sépulture Monastère de Poblet
Père Raimond-Bérenger IV de Barcelone
Mère Pétronille
Conjoint Sancie de Castille
Enfant(s) Pierre II d'Aragon Red crown.png
Constance d'Aragon
Alphonse II de Provence Red crown.png
Éléonore d'Aragon
Sancie d'Aragon
Ferdinand d'Aragon
Douce d'Aragon

Signature

Alphonse II d'Aragon
Rois d'Aragon

Alphonse le Chaste (né à Huesca, entre le 1er et le 25 mars 1157[1] – mort le 25 avril 1196 à Perpignan) fut roi d'Aragon sous le nom d’Alphonse II et comte de Barcelone, de Provence et de Roussillon sous le nom d’Alphonse Ier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Charte de l'abbaye Saint-Pons de Thomières, datée de 1196, sous le règne de Raimond-Bérenger IV, année de la naissance d'Alphonse à Huesca.

Alphonse naît probablement entre le 1er et le 25 mars 1157 à Huesca. Il est le premier fils du comte de Barcelone, Raimond Bérenger IV, et de l'héritière du royaume d'Aragon, Pétronille. Il semble qu'il porte, durant ses premières années, le prénom de « Raimond »[2].

Raimond-Bérenger IV meurt subitement, le 7 août 1162, à Borgo San Dalmazzo, alors qu'il allait rendre visite à l'empereur Frédéric Ier Barberousse. Dans ses dernières volontés, il laisse à son fils « Raimond » toutes ses propriétés dans le comté de Barcelone et le royaume d'Aragon. Seul le comté de Cerdagne est donné au frère de « Raimond », « Pierre ». Ses enfants sont placés sous la protection de son allié, le roi d'Angleterre Henri II. Le gouvernement effectifs est confié à un conseil de régence, une assemblée de nobles aragonais et catalans placée sous la direction de la reine, Pétronille. Le jeune comte-roi passe le 1er septembre 1162 à Calatayud, accompagné de l'archevêque de Tarragone, des évêques de Barcelone, de Saragosse et de Tarazona, ainsi que du comte de Pallars, le sénéchal de Catalogne Guillaume-Raimond de Moncada, le majordome Blasco Romeo, Guillaume de Cervera, Pons de Mataplana et Guillaume de Castelvell : il semble que ces personnages sont ceux qui formaient le conseil de régence. Le testament de Raimond-Bérenger est lu publiquement à Huesca, le 11 octobre 1162.

Charte d'abdication de Pétronille, « aragonensis regina et barchinonensis comitissa » (reine d'Aragon et comtesse de Barcelone) en faveur de son fils, Alphonse.

Avant la fin de l'année 1162, Alphonse est passé par Tarazona, Alcañiz, Huesca et Jaca. Au début de l'année 1163, il se rend à Barcelone, Lérida et Tortosa, afin de recevoir les serments de fidélité du comté de Barcelone. Le 24 février 1163, se faisant désormais appeler « Alphonse », il jure de respecter les coutumes du comté de Barcelone. L'année suivante, le 18 juin 1164, sa mère Pétronille confirme son testament de 1152, renonce au royaume d'Aragon en faveur d'Alphonse et se retire à la cour de Barcelone : le 11 novembre 1164, Alphonse jure à Saragosse de respecter les fors d'Aragon. Il est cependant trop jeune pour assurer la réalité du pouvoir : la régence est confiée à son cousin, le comte de Provence Raimond-Bérenger III, au grand sénéchal Guillaume-Raimond de Montcada et à l'évêque de Barcelone, Guillaume de Torroja.

Règne[modifier | modifier le code]

Les domaines d'Alphonse II, par leur extension exceptionnelle, commencèrent, à partir de la fin du XIIIe siècle, à recevoir le nom de terres de la Maison ou « Couronne d'Aragon ».

La succession de Provence[modifier | modifier le code]

En 1166, le comte de Provence, Raimond-Bérenger II, meurt en faisant le siège de Nice, ne laissant qu'une fille, Douce. N'ayant pas de descendance masculine, Raimond-Bérenger II avait prévu que l'héritage passe aux mains de son cousin, Alphonse II. Mais celui-ci se retrouve en butte aux revendications du comte de Toulouse, Raimond V, qui se rend en Provence afin d’épouser la veuve, Richezza de Pologne, tout en fiançant Douce à son propre fils Raimond. En 1167, avec l'appui du seigneur de Montpellier, Guilhem VII, de la vicomtesse de Narbonne, Ermengarde, du vicomte de Béziers, Raymond Ier Trencavel, de l'épiscopat provençal et de Hugues II, seigneur des Baux, Alphonse II engage la guerre en Provence contre Raymond V. Le comte de Toulouse doit finalement renoncer à ses prétentions provençales, refusant l’alliance des Génois, devenue économiquement trop encombrante, tandis qu'Alphonse II récupère le comté de Provence.

La trêve entre Raimond V et Alphonse II n'est cependant pas durable. En 1173, le roi d'Angleterre Henri II forme une nouvelle alliance, composée de son fils Richard Cœur de Lion, à qui il a confié le duché d’Aquitaine, et d’Alphonse II. Raymond V, qui a répudié sa première épouse, Constance, soeur du roi de France Louis VII, ne peut plus compter sur son aide. En 1173, il soutient la révolte de Richard Cœur de Lion contre son père, et à la fin de l'année 1173, à Limoges, il pousse Henri II à faire la paix en échange d'une reconnaissance de vassalité[3]. En décembre 1174, Alphonse II retrouve le comte de Toulouse à Montpellier afin de préparer la paix avec lui. Celle-ci est confirmée par la paix de Tarascon en 1176. Le traité de paix établit qu'en échange de 30 000 marcs d'argent, le comte de Toulouse renonce à ses prétentions sur les comtés de Provence et du Gévaudan et les vicomtés de Millau et de Carlat. Le comte de Toulouse conserve un marquisat de Provence, territoire réduit autour d'Avignon. Par ce traité, Alphonse II renforce sa position dans le Midi du royaume de France et en Provence.

En 1181, Alphonse II et Henri II se retrouvent à nouveau contre Raymond V, avec l'appui du frère d'Alphonse II, le comte de Provence Raimond-Bérenger III, et des Trencavel. Raymond V contre-attaque : le 5 avril 1181, Raimond-Bérenger III est tué près de Montpellier par un fidèle de Raymond V, Adhémar de Murveil. Enfin, Raymond V apporte son soutien à Sanche d'Aragon, entré en lutte contre son frère Alphonse II. Au mois d'avril 1185, Henri II et Alphonse II se retrouvent à Najac pour conforter leur alliance. Ils sont suivis par le vicomte de Béziers et de Carcassonne, Roger II Trencavel, qui prête à nouveau hommage à Alphonse II[4]. En 1185, Alphonse abandonne le camp d'Henri II et signe une paix séparée avec Raymond V. Ils concluent une paix ferme le 26 janvier 1190. L'année suivante, c'est au tour de Roger II Trencavel de faire la paix avec le comte de Toulouse.

La politique d'indépendance[modifier | modifier le code]

En 1172, le dernier comte de Roussillon, Girard II, meurt sans enfants en léguant son comté au roi Alphonse. Ce dernier complète l'entreprise d'unification des comtés catalans entreprise par ses ancêtres.
À partir de cette date, ne subsistent en effet que les comtes d'Empúries, de Pallars et d'Urgell, dont les possessions enclavées dans le domaine royal, sont moins menaçantes pour le pouvoir du souverain.
Alphonse II s'attacha par ailleurs à réunifier son territoire composé d'un royaume, relativement peu peuplé, et d'un comté, beaucoup plus riche, deux composantes indépendantes ayant chacune leurs propres usages, langues et organes de gouvernement.
Son œuvre fiscale (création de nouveaux impôts, tel le bovatge à partir de 1175) et juridique (rédaction du Liber feudorum maior en 1194) suscita notamment le mécontentement d'une grande partie de la noblesse catalane.
Il conclut en 1179 le traité de Cazola qui répartit avec la Castille les terres du Sud à reconquérir sur les Maures.
En 1177 il fonde Puigcerdà, qui devient la capitale de la Cerdagne dépossédant du titre de capitale Llivia qui conserve toutefois un intérêt militaire grâce à son château.
Malgré son accession à la couronne royale d'Aragon, Alphonse demeure vassal du roi de France pour le titre de comte de Barcelone.
En 1180, pour bien marquer son indépendance de facto, il interdit lors des Corts de Tarragone de dater les actes des années du règne du roi de France.
Il fait alors fortifier la frontière Nord de ses états dès 1192, améliore le château de Puigcerdà (toujours en 1192, qui existait déjà en 1178).
Il fonde le château de Puyvalador en 1192 et celui de Salses la même année.
Dans une même optique, il autorise l'abbé de Cuxa et celui d'Arles à fortifier certaines de leurs possessions.

Fin de règne[modifier | modifier le code]

Alphonse prit le parti de la croisade (1195) et se prépara en effectuant un voyage à Saint-Jacques-de-Compostelle, mais mourut à son retour le 25 avril 1196 à Perpignan. Il fut inhumé au monastère cistercien de Poblet[5].

Il fit don de la seigneurie de Nogaret à Guillaume de Nogaret (fils d'Ermeniard) en 1191, ancêtre du célèbre autre Guillaume de Nogaret, ministre de Philippe IV le Bel et légua de nombreux biens aux Templiers et à l'ordre de l'Hôpital. On cite notamment Pons de Rigaud parmi ses fidéjusseurs[5].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Le 18 janvier 1174, dans la cathédrale Saint-Sauveur de Saragosse, Alphonse II épouse Sancie de Castille. De leur union naissent :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Alfonso II el Casto, hijo de Petronila y Ramón Berenguer IV, nació en Huesca en 1157;". Cfr. Josefina Mateu Ibars, María Dolores Mateu Ibars, Colectánea paleográfica de la Corona de Aragon: Siglo IX-XVIII, Universitat Barcelona, 1980, p. 546 (ISBN 84-7528-694-1) (ISBN 978-84-7528-694-5).
  2. C'est sous ce nom qu'il est désigné, tant dans le traité de Haxama en 1158 que dans le testament de son père en 1162. Sa mère, Pétronille, dans son propre testament, en 1162, le désigne sous le nom d'« Alphonse », mais précise que son mari l'appelait « Raimond ».
  3. Jean Baptiste Auguste d'Aldéguier, Histoire de la ville de Toulouse, p. 77.
  4. Claude Devic, Joseph Vaissète et Alexandre du Mège, Histoire générale de Languedoc, tome V, 1842, p. 2-3.
  5. a et b Damien Carraz (préf. Demurger), L'Ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône (1124-1312) : Ordres militaires, croisades et sociétés méridionales, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection d'histoire et d'archéologie médiévales / 17 »,‎ 2005 (ISBN 978-2-7297-0781-1, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]