Alphabet de l'espéranto

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L’alphabet de l’espéranto est constitué de 28 lettres, dont 22 proviennent directement de l'alphabet latin de base (q, w, x et y ne sont pas utilisées), et les 6 autres (ĉ, ĝ, ĥ, ĵ, ŝ, ŭ), également issues de cette base, sont agrémentées d'un accent. Chacune de ces 28 lettres, accentuée ou non, est une lettre à part entière, ayant sa place dans l'ordre alphabétique et son entrée dans les dictionnaires.

L'orthographe est parfaitement phonologique : chaque lettre représente invariablement un seul phonème.

L'existence de ces lettres accentuées (le ĝ en particulier) permet de rattacher graphiquement un mot à plusieurs langues européennes. Par exemple, le mot allemand « Ingenieur » se prononce avec un g dur (transcrite par [ɡ] dans l'Alphabet phonétique international), alors que la même lettre du mot français « ingénieur » se prononce [ʒ] et qu'en anglais, dans engineer, elle se prononce [d͡ʒ]. Si l'on veut que la prononciation de la lettre g soit toujours la même en espéranto (ce qui est très important pour la facilité de mémorisation des mots), il faut nécessairement choisir l'une ou l'autre des prononciations existantes dans les langues vernaculaires (ou naturelles). La solution choisie en espéranto a été de créer plusieurs versions d'une même lettre en les distinguant par un symbole particulier  : La langue dispose donc de la lettre g qui se prononce [g] et de la lettre ĝ qui se prononce [d͡ʒ]. Cela permet une plus grande richesse de sons dans la langue, tout en laissant une écriture relativement proche de celles des langues vernaculaires. Ainsi, le mot « ingénieur » s'écrit « inĝeniero » et se prononce [ind͡ʒeni'ero].

En plus de leur rôle premier de transcription, les lettres diacritées visent à rappeler en espéranto l’orthographe ou la prononciation de plusieurs langues européennes. Par exemple, poŝto (« poste »), rappelle graphiquement et phonétiquement le mot pošta du tchèque, du slovaque, du slovène, du serbo-croate, mais aussi par la graphie les mots français, anglais, allemand poste, post, Post, et par le son le bulgare поща (pošta, prononcé ['pɔʃtɐ]). L'espéranto aboutit souvent ainsi à un compromis rappelant plusieurs langues sources  : ainsi ĝardeno [d͡ʒar'deno] rappelle le français jardin, l'allemand Garten et l'anglais garden.

Alphabet[modifier | modifier le code]

Les lettres de l'espéranto sont identiques à celles de l'Alphabet phonétique international, à l'exception des lettres c [t͡s], ĉ [t͡ʃ], ĝ [d͡ʒ], ĥ [x], ĵ [ʒ], ŝ [ʃ] et ŭ [w].

Prononciation[modifier | modifier le code]

La prononciation de l'espéranto est moins capricieuse que celle de la plupart des langues d'Europe de l'Ouest. De plus, l'orthographe ne pose guère de problème, chaque lettre ne correspondant qu'à un seul phonème et inversement.

En pratique, la prononciation des voyelles peut varier un peu selon l'origine de l'usager ou la position de la voyelle dans le mot : par exemple, e et o peuvent se réaliser mi-ouvertes [ɛ] et [ɔ] ou mi-fermées [e] et [o], mais cela n'a aucune incidence sur la compréhension car cette différence de timbre ne sert pas à distinguer des mots.

Majuscule Minuscule Prononciation API Équivalent français Exemples (en français)
A a /a/ a arbre
B b /b/ b ballon
C c /t͡s/ ts tsunami
Ĉ ĉ /t͡ʃ/ tch tchèque
D d /d/ d dire
E e /e/ é éléphant
F f /f/ f famille
G g /ɡ/ g gare
Ĝ ĝ /d͡ʒ/ dj adjudant
H h /h/ h home (anglais)
Ĥ ĥ /x/ kh Khaled (la jota espagnole)
I i /i/ i idée
J j /j/ y yoga
Ĵ ĵ /ʒ/ j jeudi
K k /k/ k koala
L l /l/ l lion
M m /m/ m merci
N n /n/ n nana
O o /o/ o oser
P p /p/ p papa
R r /r/ r rouge
S s /s/ s singe
Ŝ ŝ /ʃ/ ch chanter
T t /t/ t tête
U u /u/ ou ours
Ŭ ŭ /w/ w watt
V v /v/ v ville
Z z /z/ z zone

Le nom de chaque voyelle est simplement constitué de la voyelle elle-même : a, e, etc. Le nom de la consonne s'obtient simplement en ajoutant un o à celle-ci : bo, co, … ŭo, zo[1].

Le ŭ est une semi-voyelle surtout employée comme deuxième membre d'une diphtongue (comme saoudite) et (comme aléoutien).

Les lettres q, w, x et y ne sont pas utilisées en espéranto, sauf dans les expressions mathématiques et les noms étrangers. Dans ce cas, leurs noms se prononcent[2] :

  • Q - kuo,
  • W - duobla vo (« double V »), ĝermana vo (« V germanique ») ou vavo,
  • X - ikso,
  • Y - ipsilono.

Les voyelles nasales du français n'existent pas en espéranto : la suite de lettres an se prononce toujours comme « Anne » et jamais comme le mot français « an ».

Lettres accentuées[modifier | modifier le code]

Les lettres accentuées (appelées en espéranto ĉapelitaj literoj, « lettres à chapeau ») ont été introduites pour Zamenhof afin d’éviter les digrammes. Ces lettres sont critiquées par certains opposants de l'espéranto, et la question de réformes orthographique et des alternatives aux lettres accentuées reste le sujet de débats enflammés parmi les espérantistes.

Substitutions[modifier | modifier le code]

En typographie, si l'on ne dispose pas des lettres accentuées de l'espéranto, il faut utiliser des substitutions. Il n'est pas acceptable d'omettre complètement les accents sans distinguer des lettres normalement différentes. Pour cela on dispose de différents moyens[1] :

  • le système H (nommé en espéranto H-sistemo) qui représente 9 % des pages publiées sur internet en mars 2007[réf. nécessaire] ;
  • le système X (nommé en espéranto X-sistemo) qui représente 14 % des pages publiées sur internet en mars 2007[réf. nécessaire] ;
  • les 77 % restant[réf. nécessaire] représentent les pages publiées utilisant les lettres accentuées (ces dernières étant nommées supersignaj literoj ou ĉapelitaj literoj en espéranto).

Il existe quelques systèmes moins utilisés, qui remplacent les accents circonflexes par des apostrophes ou un accent circonflexe avant ou après la lettre (c', c^, ^c…).

Le système H[modifier | modifier le code]

La méthode de substitution suggérée par Ludwik Lejzer Zamenhof, l'initiateur de la langue, est de remplacer les lettres avec accent par les lettres correspondantes sans accent suivies de la lettre h, sauf pour le ŭ, qui est remplacé par un u simple :

  • serĉi (chercher) → serchi,
  • manĝi (manger) → manghi,
  • ĥirurgio (chirurgie) → hhirurgio,
  • ĵurnalo (journal) → jhurnalo,
  • ŝuo (chaussure) → shuo,
  • malgraŭ (malgré) → malgrau.

Le système X[modifier | modifier le code]

À l'époque du code ASCII ont été créées diverses autres méthodes, dont la plus populaire est la méthode X. La lettre x n'est pas utilisée dans les mots en espéranto, donc il n'y pas de problème comme ceux rencontré lors de l'utilisation du système h. Par cette méthode il est possible d'utiliser des convertisseurs automatiques efficaces à plus de 99 %, alors que le système h butte sur des mots comme flughaveno (flug-haveno, « aéroport »), longhara (long-hara, « aux cheveux longs »), dishaki (dis-haki, « hacher menu »), chashundo (ĉas-hundo, « chien de chasse »), etc., où le h est une lettre à part entière et non le substitut d'accent de la lettre qui le précède. Le système X a aussi l'avantage de permettre le tri alphabétique : ŝelo (« coquille ») vient après sola (« seul »), ce qui est respecté avec le système X (sxelo) mais pas le système H (shelo).

La méthode de substitution dite système X consiste à remplacer les lettres avec accent par les lettres correspondantes sans accent suivies de la lettre x, et on l'utilise également après le u pour noter le ŭ :

  • serĉi → sercxi,
  • manĝi → mangxi,
  • ĥirurgio → hxirurgio,
  • ĵurnalo → jxurnalo,
  • ŝuo → sxuo,
  • malgraŭ → malgraux.

Les opposants à ce système lui reprochent son manque d'élégance (par exemple, le mot sxangxigxi, « se changer », traditionnellement écrit ŝanĝiĝi, comporte trois X), et soulignent que l’on n’a que très rarement besoin de trier des données par ordre alphabétique ou de convertir automatiquement les lettres accentuées d’un texte[3]. De toute façon, la conversion automatique du système X n’est pas parfaite dans le cas où le texte contient des mots étrangers (surtout français) : des mots tels que Linux ou Auxerre seront remplacés par Linŭ et Aŭerre.

Ce système reste néanmoins très utilisé, notamment sur Wikipédia en espéranto, où la rédaction des pages se fait avec le système X.

Unicode[modifier | modifier le code]

Avec la généralisation désormais de l'Unicode on peut écrire de plus en plus facilement, directement par ordinateur, les lettres accentuées de l'espéranto. L'usage des substitutions commence ainsi à disparaître.

Codes Unicode (en décimal) des lettres accentuées
Majuscule Minuscule
Caractère Code Caractère Code
Ĉ 264 ĉ 265
Ĝ 284 ĝ 285
Ĥ 292 ĥ 293
Ĵ 308 ĵ 309
Ŝ 348 ŝ 349
Ŭ 364 ŭ 365

En HTML, ces codes précédés de &# et suivis d'un point-virgule génèrent les lettres accentuées de l'espéranto ; en Visual Basic (utilisé pour les macros de Microsoft Word), ces codes s'utilisent comme argument de chrW(), en OpenOffice.org Basic, ces codes s'utilisent comme argument de Chr$(), etc.

Par exemple : Ŝ s'obtient par Ŝ en HTML, par chrW(348) en Visual Basic, Chr$(348) en OpenOffice.org Basic, etc.

Saisie des caractères[modifier | modifier le code]

Certaines dispositions de clavier telles que le BÉPO[4] permettent de saisir directement les lettres accentuées de l'espéranto, tout comme la touche compose de GNU/Linux. Il existe également des programmes tels que EK qui permettent d'ajouter les diacritiques au cours de la frappe[5].

Braille[modifier | modifier le code]

Comme pour toutes les langues utilisant des lettres diacritées, le braille dispose d'une transcription adaptée à l'espéranto.


c

g

h

j

s

u

ĉ

ĝ

ĥ

ĵ

ŝ

ŭ

Convertisseurs[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs convertisseurs en ligne permettant de passer du système X à Unicode et inversement, voire de convertir d’autres systèmes (H, apostrophes, etc.)[6],[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (eo) Bertil Wennergren, « Literoj », sur Plena Manlibro de Esperanta Gramatiko,‎ 2 juin 2011 (consulté le 18 novembre 2012)
  2. (eo) Bertil Wennergren, « Helposignoj — Ne-Esperantaj literoj », sur Plena Manlibro de Esperanta Gramatiko,‎ 2 juin 2011 (consulté le 28 février 2012)
  3. (eo) « Pri la x-metodo » (consulté le 18 novembre 2012)
  4. « Caractères supportés », sur bépo.fr (consulté le 18 novembre 2012)
  5. (eo) « Ek! » (consulté le 18 février 2012)
  6. Fédération espérantiste du travail, « Convertisseur codage X / Unicode » (consulté le 18 novembre 2012)
  7. (eo) Ligue flamande d’espéranto, « Unikoda Konvertilo » (consulté le 18 novembre 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]