Allumette

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Une allumette est une petite tige de bois (de peuplier ou de saule pleureur) ou de carton, destinée à créer une flamme par friction avec son extrémité enduite d'un produit chimique inflammable, après quoi elle n'est plus utilisable.

Le mot « allumette » date des environs de l'an 1200 pour désigner une petite bûche destinée à faire prendre le feu.

Allumettes de sûreté
Allumette en feu
Thermographie d'une allumette en combustion[1]

Historique[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Il a été retrouvé, à Saintes, des "allumettes" datées du IIe siècle. Ce sont de petits bâtonnets de bois carbonisés à une extrémité[2]. On ne sait pas si ces "allumettes" servaient simplement à transporter une flamme, à éclairer, ou participaient à la production du feu.

On a connaissance, dès le VIe siècle, en Chine, de bâtonnets de pin imprégnés de soufre, qui auraient eu le même usage[3].

Contrairement aux allumettes actuelles, ces allumettes au soufre ne peuvent s'enflammer que secondairement, au contact d'une braise préalablement obtenue par les moyens classiques (briquet d'acier, par exemple, déjà connu des Romains).

L'utilisation de ces allumettes au soufre est très bien décrite dans un poème de Saint-Amant (1594-1661)[4] :

« Souvent tout en sueur je m'esveille en parlant,

Je saute hors du lit, l'estomach pantelant,

Vay prendre mon fuzil, et d'une main tremblante

Heurtant contre le fer la pierre estincelante,

Après m'estre donné maint coup dessus les dois,

Après qu'entre les dents j'ay juré mille fois,

Une pointe de feu tombe et court dans la meiche,

R'avivant aussi-tost cette matiere seiche,

J'y porte l'allumette, et n'osant respirer

De crainte de l'odeur qui m'en fait retirer,

Au travers de ce feu puant, bleuastre et sombre,

J'entrevoy cheminer la figure d'une ombre… »

À la lecture de ce passage, on imagine bien le problème d'arriver dans le noir complet au sortir d'un cauchemar, à battre le briquet (nommé fusil avant le XVIIIe siècle), allumer l'amadou, allumer l'allumette au soufre (qui brûle avec une flamme bleue) pour pouvoir enfin allumer une bougie.

Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que l'on verra pour la première fois une allumette produire une flamme en un seul temps, par réaction chimique ou par frottement.

Les progrès au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'allumette moderne a été inventée en 1805 par Jean-Joseph-Louis Chancel, assistant du professeur Louis Jacques Thénard à Paris[5]. Le mélange inflammable contenait du chlorate de potassium, du soufre, du sucre et du caoutchouc. Il s'enflammait lorsqu'il était plongé dans un petit flacon d'amiante rempli d'acide sulfurique. Cette sorte d'allumette, aussi onéreuse que dangereuse, ne rencontra pas un grand succès.

La première allumette inflammable par friction est l'invention du chimiste anglais John Walker en 1827. Il reprit des travaux infructueux menés par Robert Boyle, en 1680, sur l'utilisation du phosphore et du soufre. Walker mit au point un mélange de sulfure d'antimoine (III), de chlorate de potassium, gomme et d'amidon, qui pouvait s'enflammer en frottant sur une surface rugueuse. Les premières allumettes, brevetées par Samuel Jones, furent commercialisées sous le nom de lucifers. Elles présentaient d'importants défauts, la flamme étant instable et la réaction trop violente. De plus, l'odeur qu'elles produisaient était désagréable. Malgré ces difficultés d'utilisation, on considère que ces premières allumettes contribuèrent à l'augmentation du nombre de fumeurs[réf. nécessaire].

En 1831, le Français Charles Sauria ajouta du phosphore blanc afin d'atténuer l'odeur. Ces nouvelles allumettes, qui devaient être conservées dans une boîte hermétique, gagnèrent en popularité. L'Allemand Jakob Friedrich Kammerer fut à l'origine de leur production industrielle en 1832. Malheureusement, ceux qui travaillaient à leur fabrication furent atteints par des maladies osseuses, en particulier au niveau des mâchoires, liées à l'exposition au phosphore blanc. Après une campagne dénonçant ces pratiques, qui menaient à des infirmités graves, défigurantes et parfois mortelles, des actions législatives contraignirent l'industrie à changer de méthode et à protéger les ouvriers.

L'allumette de sûreté[modifier | modifier le code]

L'allumette de sûreté, encore appelée « allumette suédoise » en raison de la nationalité suédoise de son inventeur Gustaf Erik Pasch, date de 1844. La « sûreté » provient du fait qu'elle nécessite un grattoir spécial, dont les éléments chimiques interagissent avec ceux de l'extrémité de l'allumette pour s'enflammer. Le grattoir est composé de poudre de verre et de phosphore rouge, tandis que l'extrémité de l'allumette est enduite de sulfure d’antimoine, de dioxyde de manganèse et de chlorate de potassium. La chaleur engendrée par le frottement transforme le phosphore rouge en phosphore blanc, qui à son tour contribue à l'inflammation de l'allumette. Une société américaine développa un procédé similaire et le breveta en 1910.

Un monopole d'État en France pendant 120 ans[modifier | modifier le code]

En France, les allumettes ont relevé d'un monopole de l'État entre 1872 et 1992, suite au trop faible rendement de la taxe prévue sur les allumettes par une loi de 1871, devant améliorer les finances publiques nationales éprouvées par la guerre franco-prussienne de 1870. D'un tissu artisanal, le secteur est donc rapidement passé à une organisation industrielle unitaire, le monopole étant affermé à la Société Générale des Allumettes Chimiques. En 1935, il est pris en charge par le Service d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes, qui devient en 1980 une société anonyme, la SEITA, privatisée en 1995, aujourd'hui fusionnée dans Altadis. Le monopole fut levé entre 1990 et 1992, après plusieurs recommandations de la Commission européenne entre 1974 et 1987[6],[7],[8].

Et un marché parallèle[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ce monopole, se met en place, notamment en milieu rural un marché illégal relevant de la contrebande. Ces allumettes de contrebande restaient fabriquées à base de phosphore, sable, colle et claratte (sorte de sel), de manière très artisanale[9],[10].

Collection[modifier | modifier le code]

Collection d'allumettes américaines
Allumettes Supersonique (1985-1986 CONCORDE)

La collection des boîtes d'allumettes porte le nom de philuménie. Elle est pratiquée de longue date par d'infatigables chercheurs, évoqués par Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l'Institut [11].

Allumettes anciennes[modifier | modifier le code]

C'est en Autriche, en 1833 que s'établit la première fabrique d'allumettes chimiques à base de phosphore. Elles étaient tellement inflammables que le cahot des voitures de transport suffisait à les faire prendre[réf. nécessaire]. Aussi dans la plupart des États allemands se décida-t-on à en interdire l'usage jusqu'en 1840, époque où Preshel inventa sa fameuse[réf. souhaitée] pâte composée de gomme épaisse de chlorure de potasse, de phosphore et de bleu de Prusse. Plus tard ce chimiste remplaça même le chlorate par l'oxyde pur (peroxyde de plomb, qui ne fait pas d'explosion).

Allumettes contemporaines[modifier | modifier le code]

Allumettes-tempête[modifier | modifier le code]

Les allumettes-tempête peuvent être enflammées au dehors, même par très grand vent. Elles sont très appréciées des marins et des campeurs mais aussi des pisteurs secouristes. La tête inflammable, très reconnaissable, est beaucoup plus volumineuse que celle des allumettes classiques. Elles sont également très résistantes à l'humidité[12].

Allumettes traitées contre l'humidité[modifier | modifier le code]

Ces allumettes sont moins chères que les précédentes ; elles sont conçues pour résister à l'humidité, mais elles ne s'allument pas en plein vent.

Allumettes en boîtes étanches[modifier | modifier le code]

Des boîtes étanches à vis permettent de conserver les allumettes au sec par tout temps et même en immersion. On peut les garnir d'allumettes spéciales ou ordinaires.

Allumettes par pays[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Union Match est une compagnie allumettière belge.

Italie[modifier | modifier le code]

Les allumettes de cire (fiammiferi cerini) sont de minuscules allumettes de papier de cellulose pure paraffinée, ayant un aspect de mini-cierge de cire. Très populaires, peu encombrantes et résistant bien à l'humidité, elles demandent une certaine dextérité pour être allumées sans se plier : il faut les pincer entre les deux ongles du pouce et de l'index, très près de la partie inflammable. Les boîtes sont en carton décoré à glissière, avec un rabat empêchant la chute accidentelle des allumettes et parfois même un élastique permettant la fermeture automatique du tiroir[13].

Constructions en allumettes[modifier | modifier le code]

Portrait de Lénine en allumettes.
Œuvre d'Anton Klepke.

Les allumettes peuvent également faire l'objet de constructions en comportant des centaines voire des milliers. Ces constructions sont notamment rentrées dans la culture populaire dans les années 1990 grâce au film français Le Dîner de cons, grand succès au box-office, réalisé par Francis Veber, où François Pignon, personnage principal du film considéré comme le « con », construit une Tour Eiffel en allumettes. Ce genre de maquettes, couplée à la sottise supposée du personnage, est depuis entré dans l'imaginaire collectif comme un passe-temps ridicule.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La libraire de thermographie, allumette
  2. Nima Saedlou, Monique Dupéron, Utilisation de résineux dans l’artisanat du bois en Gaule romaine
  3. Les petites amies de la pipe : les Allumettes
  4. Œuvres complètes de Saint-Amant, nouvelle édition, 1855 p. 84.
  5. Sur Jean Joseph Louis Chancel, inventeur des allumettes ou briquets oxygénés
  6. Historique de Flamup, branche allumette de la SEITA
  7. Histoire de l'allumette (site perso)
  8. « 87/389/CEE: Recommandation de la Commission du 3 juillet 1987 », sur EUR-Lex
  9. Barbizier : almanach populaire comtois, 1948
  10. La saga du Haut-Gué : Champlitte Montsaugeon - Jean-Christophe Demard, René Nuffer - Paris : ERTI Éditeur, 1987 - ISBN 2-903-524-14-9
  11. Lire ici, p. 312 : Anatole France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, membre de l'Institut, BNF Gallica
  12. (it) Site du fabricant italien Technomatch
  13. (it) Site du fabricant italien Technomatch

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]