Alliance bolivarienne pour les Amériques

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Alliance bolivarienne pour les Amériques
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Carte de l'organisation
Carte des membres de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques.

Devise : « Indépendance, Révolution, Socialisme »

Région Amérique du Sud et centrale
Création avril 2005
Type organisation politique, sociale, culturelle et économique
Siège Caracas
Langue espagnol, quechua, aymara, guarani, anglais
Membres Drapeau d'Antigua-et-Barbuda Antigua-et-Barbuda
Drapeau de la Bolivie Bolivie
Drapeau de Cuba Cuba
Drapeau de la Dominique Dominique
Drapeau de l'Équateur Équateur
Drapeau de Grenade Grenade
Drapeau du Nicaragua Nicaragua
Drapeau de Sainte-Lucie Sainte-Lucie
Drapeau de Saint-Christophe-et-Niévès Saint-Christophe-et-Niévès
Drapeau de Saint-Vincent-et-les-Grenadines Saint-Vincent-et-les Grenadines
Drapeau du Venezuela Venezuela


Drapeau d'Haïti Haïti (observateur)
Drapeau du Suriname Suriname (membre invité spécial)

Site web http://www.alianzabolivariana.org/

L'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (ALBA - TCP) (« Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América - Tratado de Comercio de los Pueblos » en espagnol) est une organisation politique, culturelle, sociale et économique pour promouvoir l'intégration des pays de l'Amérique latine et des Caraïbes, construite sur les principes de solidarité, de complémentarité, de justice et de coopération[1], et plaçant l'être humain au centre de ses principes. L'ALBA assume des positions de défense des droits de la Terre-Mère et des droits de l'Homme ; pour le rétablissement de la paix et pour l'autodétermination des peuples. Elle se veut constructrice d'un nouvel ordre international multicentrique et pluripolaire. A ce titre, elle souhaite promouvoir et diffuser les coutumes, croyances et caractéristiques originaires et modernes des peuples membres de l'Alliance.

L'ALBA est née le 14 décembre 2004 à La Havane, par la Déclaration conjointe signée par les commandants Hugo Chávez et Fidel Castro en opposition à la proposition de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), promue par Washington.

L'Alliance compte actuellement onze membres : Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, l'Equateur, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Saint-Christophe-et-Niévès et la Grenade (dans l'ordre d'adhésion) plus deux États membres observateurs : Haïti et le Suriname.

Depuis janvier 2010, le Honduras ne fait plus partie de l'ALBA après que le congrès en a réclamé sa sortie. Celui-ci redoute la supposée ingérence du Venezuela - qui soutient le président déchu Manuel Zelaya - dans ses affaires internes.

Lors du XIIIe Sommet de l'ALBA-TCP à La Havane le 14 décembre 2014, le Président du Salvador Sanchez Cerén, présent en tant qu'invité, déclare que les réalisations sociales de l'ALBA "montrent le chemin à suivre" pour son pays.[2]

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle a été pour la première fois évoquée par le président Chávez lors du 3e sommet des chefs d’État de la Communauté caribéenne (Caricom), en décembre 2001, comme alternative à la Zone de libre-échange des Amériques promue par les États-Unis. Se réclamant en partie du « libérateur » Simón Bolívar, Chávez l'a décrite ainsi:

« Il est temps de repenser et de réinventer les processus affaiblis et agonisants d’intégration sous-régionale et régionale dont la crise constitue la plus évidente manifestation d’un manque de projet politique commun. Heureusement, en Amérique latine et dans les Caraïbes, il souffle un vent favorable au lancement de l’ALBA en tant que nouveau schéma intégrateur qui ne se limite pas au simple commerce mais qui se fonde sur nos bases historiques et culturelles communes et qui vise à l’intégration politique, sociale, culturelle, scientifique, technologique et physique ».

L'Association bolivarienne pour les Amériques est officiellement née à La Havane, en avril 2005, par la signature d'un Traité commercial des peuples (TCP) entre le Venezuela et Cuba. Le but du traité est d'échanger des services médicaux cubains contre du pétrole vénézuélien.

Le TCP est signé une année plus tard, le 29 avril 2006, par Evo Morales, le président de la Bolivie[3], quelques jours avant que ce dernier annonce sa volonté de nationaliser les hydrocarbures. Les trois chefs d'États s'engagent à lutter contre l'analphabétisme et le chômage, tandis que Cuba s'engage à prendre en charge les soins ophtalmiques des Boliviens qui ne pourraient s'offrir ces traitements[3].

Le 16 janvier 2007 les nouveaux présidents des Républiques du Nicaragua (Daniel Ortega) et d'Équateur (Rafael Correa) ont annoncé de concert leur intention de participer à l'ALBA. Le Nicaragua a depuis rejoint l'ALBA[4], mais l'Équateur a fait part, en juin 2008, de sa décision de ne pas intégrer l'organisation[5]. Rafael Correa avait posé comme précondition à l'intégration de son pays que Caracas rejoigne la Communauté andine des Nations, organisation que le Venezuela avait quittée en 2006 suite à la signature d'accords de libre-échange entre les États-Unis, la Colombie et le Pérou.

En janvier 2008, la Dominique rejoint l'ALBA[6].

Le 25 août 2008, le président du Honduras Manuel Zelaya signe un accord pour que son pays rejoigne l'ALBA[7] en présence de plusieurs chefs de gouvernement de pays membres, dont Hugo Chávez et Evo Morales. Cet allié traditionnel des États-Unis l'a fait contre la promesse de Chavez de souscrire à 100 millions $ d'émissions obligataires du gouvernement, 30 millions $ de prêts supplémentaires et des fournitures de matériel agricole ou électrique. La décision a été très mal accueilli au Honduras, avec une très forte baisse de popularité du président[8]. L'exécutif s'est en outre distancé de la posture antiaméricaine de Chavez, revendiquant par la voix d'un conseiller son "non-alignement".

En avril 2009, Saint-Vincent-et-les-Grenadines rejoint l'organisation, lors du sommet extraordinaire des chefs d'état et de gouvernement de l'ALBA à Cumaná. Puis c'est Antigua-et-Barbuda qui se joint pleinement à son tour en juin de la même année.

L'Équateur décide enfin de rejoindre l'alliance en juin 2009. Le président équatorien, Rafael Correa, a ratifié publiquement cette adhésion, le 24 juin 2009, durant le 6e sommet extraordinaire de l'ALBA que le groupe a tenu au Venezuela[9]. Lors de ce sommet, l'Équateur, Saint-Vincent et les Grenadines, et Antigua et Barbuda formalisent totalement leur adhésion. Parallèlement, l'ALBA change de nom et devient l'Alliance bolivarienne des Peuples d'Amérique[10]. Le président vénézuélien Hugo Chavez a précisé qu'il s'agit d'un changement de sens et de fond, pas seulement de forme. Il a aussi affirmé que désormais, "l'ALBA n'est plus une proposition théorique mais une plateforme politique"[10].

Le 16 avril 2009, "Le SUCRE, système unitaire de compensation régional (pour le commerce) est né", a déclaré le président vénézuélien après la signature d'un accord sur ce point entre les participants au sommet de l'Alba qui se tenait jeudi à Cumana.

Actuellement, les membres de l'ALBA se rapprochent de la Russie en renforçant leur coopération dans différents domaines : énergie, pétrole, gaz, nucléaire, aides humanitaire et alimentaire, coopérations financière et monétaire, industries automobile, aéronautique et aérospatiale, recherche scientifique, enseignement, services de renseignements, matériel militaire, banque, commerce, pêche, agriculture, mines, sécurité, défense, diplomatie, politique, tourisme, transports, communications, environnement.

But[modifier | modifier le code]

Sur le plan économique, l'ALBA vise à favoriser la logique coopérative, plutôt que la création d'une zone de libre-échange avec les États-Unis qui passe par un abaissement des droits de douane, voire leur suppression. Elle s'oppose ainsi directement au « consensus de Washington » qui prônait dans les années 1990 la déréglementation et la mise en place de mesures néolibérales. Plutôt que d'ordonner des privatisations, l'ALBA favorise au contraire le secteur public[11].

Le Venezuela peut compter sur ses ressources pétrolières pour convaincre certains États de la région, énergétiquement dépendants. L'ALBA ambitionne par exemple de créer une compagnie pétrolière commune, Petrosur, une équivalente à l'échelle de l'Amérique latine de PetroCaribe, qui regroupe des États membres du CARICOM. Outre Petrosur, Tele Sur, une télévision transcontinentale latino-américaine, a été lancée en 2005, afin de concurrencer les chaînes CNN et ABC. Le capital de TeleSUR est réparti entre le Venezuela, l'Argentine, Cuba et l'Uruguay (dans l'ordre d'importance).

Des transferts de technologie sont aussi mis en œuvre[11].

La coopération pourrait s'étendre à d'autres domaines :

  • en matière de santé : Cuba a déjà passé des accords de coopération avec le Venezuela : ce dernier livre du pétrole à un tarif préférentiel en échange de l'envoi de médecins par Cuba[11].
  • à terme, la défense des États pourrait également faire l'objet de coopération renforcée.

Socialisme du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le 30 janvier 2005, au Forum Social Mondial de Porto Alegre (Brésil), Hugo Chávez affirme : "Nous devons réinventer le socialisme. Il ne s'agit pas du socialisme que nous avons connu en Union Soviétique." Faisant siennes les idées de l'écrivain péruvien José Carlos Mariátegui, Chávez voit le socialisme du XXIe siècle non comme une simple application des thèses marxistes, mais comme une "création héroïque". L'objectif est de mettre en œuvre un socialisme démocratique enraciné dans les cultures national-populaires, "opposé aux pratiques représentatives, libérales et partisanes"[12]. Chávez partage avec Mariátegui l'idée que le socialisme héroïque est tributaire des Indiens d'Amérique latine, et doit donc se réaliser avec leur pleine coopération.

Le 20 avril 2010, lors du IXe Sommet de l'ALBA à Caracas, les chefs d’État d'Antigua-et-Barbuda, de Bolivie, de Cuba, de la Dominique, de l’Équateur, du Nicaragua, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines et du Venezuela ont signé le "Manifeste de Caracas pour la Consolidation de la Nouvelle Indépendance" où est formulée la volonté commune de se libérer des interventions étrangères, des mandats impérialistes ; et d'avancer vers le socialisme.

Une nouvelle monnaie de référence : le SUCRE[modifier | modifier le code]

L'ALBA s'est doté d'une monnaie virtuelle de référence, le SUCRE (Système Unitaire de Compensation Régionale), à l'initiative du Président équatorien Rafael Correa. Destinée à se substituer au dollar dans les échanges entre États bolivariens, la monnaie est nommée en l'honneur du général Antonio José de Sucre, compagnon de Simon Bolivar et héros de la lutte de libération latino-américaine contre l’impérialisme espagnol.

Entrée en vigueur le 1er janvier 2010, le SUCRE a pour missions de renforcer le développement interne en faisant circuler les capitaux sur le continent latino-américain, de réduire les importations extérieures, de réduire la dépendance des États au dollar et de placer les échanges commerciaux à l'abri de la spéculation.[13] Elle permettrait aussi l'élimination des frais de change, la réduction des coûts de transaction et d'importation, et le financement de projets solidaires locaux.

Ce mécanisme constitue le premier pas vers la réalisation d'une monnaie commune. A ce jour, un total de 5657 opérations de paiement ont été enregistrés.

Le Venezuela, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique et l’Équateur ont adopté le SUCRE comme monnaie complémentaire. En mars 2013, l'Uruguay sollicite à son tour son adhésion au SUCRE.

Prises de position géopolitiques[modifier | modifier le code]

  • Revendication argentine des Îles Malouines : Lors du XIIIe Sommet de l'ALBA-TCP à La Havane le 14 décembre 2014, les chefs d’État membres ont apporté leur soutien "à la République-sœur d'Argentine dans sa lutte pour défendre sa souveraineté sur les Îles Malouines, Géorgie et Sandwich du Sud". Ces îles sont des territoires britanniques d'outre-mer revendiqués par l'Argentine.
  • Embargo étasunien contre Cuba : Les États bolivariens "réclament une fois de plus au gouvernement des États-Unis d'Amérique un changement de politique envers la République-sœur de Cuba ; ce qui comprend la fin du blocus économique, commercial et financier, ainsi que l'arrêt des actions subversives, illégales et masquées, lesquelles incluent les technologies d'information et de communication, qui violent la souveraineté et le droit des peuples à l'autodétermination."
  • Indépendance de Porto Rico : Les chefs d’État ont "ratifié le caractère latino-américain et caribéen de Porto Rico", et ont réitéré que "son indépendance et sa décolonisation constituent une question de grand intérêt pour les membres de l'ALBA."
  • Revendication maritime de la Bolivie : "Solidarité avec la réclamation juste et historique de l’État Plurinational de Bolivie sur son droit à disposer d'un accès à la mer."

Structure[modifier | modifier le code]

Outre les gouvernements, l'ALBA est dotée d'un Conseil des Organisations Sociales, qui représente les mouvements sociaux, et qui est doté du même statut que le Conseil des Ministres[11]. Les mouvements sociaux sont de fait placés à niveau égal avec les États. Aussi appelé Conseil des Mouvements Sociaux, celui-ci est ouvert aux associations de pays d'Amérique latine n'ayant pas rejoint l'ALBA[11]. L'influent Mouvement des Sans-Terre du Brésil (MST) en est membre à part entière.

Pays membres[modifier | modifier le code]

États membres de l'ALBA.

Pays observateurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ALBA-TCP nouvel acteur intergouvernemental en Amérique latine
  2. (es) « Sánchez Cerén ve ejemplo a seguir en los logros de ALBA »
  3. a et b Dépêche de la BBC, Leftist trio seals Americas pact, 29.04.2006, consulté en septembre 2008.
  4. Dépêche de la Prensa Latina, Nicaragua Steps up for ALBA, 23.02.2007, consulté en septembre 2008.
  5. Ecuador no formará parte de la Alternativa Bolivariana para América Latina y el Caribe (ALBA), communiqué du gouvernement de l'Équateur, 13 juin 2008, sur le site de la présidence
  6. Dépêche de la Prensa Latina, Dominca Joins ALBA Revolution, 22.01.2008, consultée en septembre 2008.
  7. Dépêche de l'Associated Press, Honduran leader: US apathy made him turn to Chavez, 19.09.2008, consulté en septembre 2008.
  8. economist.com
  9. Telesur - Ecuador, Antigua y Barbuda y San Vicente y las Granadinas se adhieren a la ALBA
  10. a et b ALBA pasa a ser Alianza Bolivariana de los Pueblos de América
  11. a, b, c, d et e Ricardo Daher, L’ALBA combat avec succès la globalisation du néolibéralisme, Alternatives économiques, 1er octobre 2008
  12. Alvaro Garcia Linera, La Transformation pluraliste de l'Etat,‎ 2007
  13. « Taoa newsletter n°4 »
  14. eng.kremlin.ru et La Russie observateur au sommet de l'ALBA (Chavez)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]