Allain Leprest

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Allain Leprest

Description de l'image  ALLAIN LEPREST.jpg.
Informations générales
Naissance
Lestre (Manche)
Décès (à 57 ans)
Antraigues-sur-Volane (Ardèche)
Activité principale Chanteur, poète
Activités annexes Compositeur, dessinateur, peintre
Genre musical Chanson française
Années actives 1981-2011
Labels TACET
Influences Jean Ferrat
Léo Ferré
Maurice Fanon

Allain Leprest, né le dans le Cotentin à Lestre (Manche) et mort le à Antraigues-sur-Volane (Ardèche)[1], est un poète-parolier et chanteur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Allain Leprest a passé son enfance à Mont-Saint-Aignan « près de Rouen » ainsi qu'il l'a chanté dans deux de ses chansons éponymes.

Allain se décide à 27 ans à faire ses valises et quitte la Normandie pour la capitale. C'est à Ivry-sur-Seine, où il arrive grâce à Jean Ferrat, qu'il a vécu l'essentiel de sa vie, familiale et artistique.

Auteur de génie[2], interprète magistral sur scène dans la lignée de la chanson poétique de tradition française, souvent comparé à Jacques Brel, mais demeurant inclassable par son talent, il écrit et interprète ses propres chansons, souvent mises en musique par Romain Didier, mais aussi par Étienne Goupil, Gérard Pierron, Richard Galliano, Luis Sylvestre Ramos, Jean Ferrat, François Lemonnier, Nathalie Miravette, Michel Précastelli, Daniel Lavoie, et d'autres. Allain Leprest est accompagné pendant près de dix ans par le pianiste Jean-Louis Beydon. Il sillonne la France se produisant au-delà des frontières de l'hexagone. Il est ensuite accompagné au piano par Nathalie Miravette, de 2000 à 2011, ou par Léo Nissim, de 2004 à 2011.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Né dans une famille modeste (son père est charpentier-menuisier, sa mère au foyer) où l'on aimait la chanson, Allain Leprest passe une enfance heureuse, mais tumultueuse aux côtés de son frère Georges (Jojo), de deux ans son aîné et de sa sœur Pierrette à laquelle il rend hommage dans la chanson Bilou. À l'école, il prépare un CAP de peintre en bâtiment essentiellement pour rassurer ses parents, car il sait déjà qu'il se destinera à la chanson. Il écrit des textes dès son adolescence, s'essaye à jouer de la guitare avec son ami Jean-Paul Lainé qui lui présente Henry Dubos, chanteur de Haute-Normandie. Il abandonne très vite la guitare, écrit ses chansons chez Henry Dubos qui les met en musique, en chante quelques-unes : La Retraite, C'est rien, Le Québec, Doudou, Vava (dépôt Sacem et GDN 1982). Il commence à chanter dans les années 1970 dans des petits lieux de Normandie, Centre Malivoire de Canteleu (en première partie de son ami Henry), puis notamment dans le café-concert Le Bateau-Ivre à Rouen, entouré de ses amis Didier Dervaux, Fabrice Plaquevent, Jean-Luc Guillotin, Étienne Goupil, Manuel Gipouloux, Patrick Hangard et Martine Vépierre, sa première compagne[3].

Au début de sa carrière, il exerce divers métiers comme travailleur social ou agent d'entretien. En 1980, il va à Paris dans l'espoir de devenir parolier. Ne trouvant pas d'interprète pour ses chansons, il les chante lui-même à l'occasion de débuts dans des conditions difficiles, notamment au Caveau de la Bolée dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. Il est hébergé avec sa compagne Sally et ses deux enfants par un couple d'amis d'origine rouennaise dans un deux-pièces du 15e arrondissement. Parallèlement, il publie un ouvrage de poésie intitulé Tralahurlette en 1981 (préfacé par Henri Tachan).

Il éclate lors du printemps de Bourges 1985. Il tourne ensuite dans de nombreuses petites salles partout en France qu'il n'abandonnera jamais durant toute sa carrière, acceptant spontanément et généreusement d'« essuyer les plâtres » d'une première édition de festival ou d'un nouveau lieu de spectacle vivant.

Il est l'ami fidèle et le porte-parole d'un véritable vivier d'artistes ivriens et d'ailleurs, Christian Paccoud, Jehan, Stéphane Cadé, Loic Lantoine, Florent Vintrigné, Yannick Delaunay, Philippe Forcioli, Alain Aurenche, Émile Sotocca… qu'Allain aimait retrouver dans les petits bars et autres lieux de spectacles populaires d'Ivry, de Paris (Le Picardie, Le Connétable, ou Le Limonaire où son ombre tutélaire continue d'irradier après sa mort…) et de la France entière. Tous ces petits lieux particulièrement affectionnés par l'artiste et dont il s'imprégnait volontiers pour en retranscrire toute l'atmosphère féconderont ses écrits. Disponible et attentif envers son semblable : ami, copain de passage, voisin… il n'hésitait pas à griffonner un dessin humoristique sur le bord d'une nappe en papier ou sur un carton de paquet de cigarettes qu'il offrait ensuite généreusement accompagné d'un clin d'œil ou d'une bonne blague. À l'exemple de ces milliers d'autographes offerts à son public — toujours personnalisés — souvent ornés du dessin d'une main représentée par une colombe.

De Saravah à l'Olympia[modifier | modifier le code]

Allain Leprest fait ensuite un bout de chemin avec Saravah, la plus ancienne maison française de production musicale en activité, créée par Pierre Barouh. Deux albums studio sortent de cette collaboration. En 1992 tout d'abord, Leprest et Richard Galliano collaborent pour un album, Voce a mano, d'une qualité rarement égalée dans la chanson francophone depuis l'album Les Marquises de Brel. Minimaliste, l'album repose sur le concept « une voix, un accordéon » et est enregistré en prise directe, sans filet. Le talent et la personnalité de Leprest transparaissent dans chacune des chansons, notamment sur La Gitane et le dernier titre, C'est peut-être, point d'orgue de l'album.

Fidèle à Ivry, Allain Leprest est l'un des premiers invités de Leïla Cukierman qui a créé les « résidences chanson » au théâtre Antoine Vitez d'Ivry, un théâtre donnant une place centrale à la chanson.

En 1986, il écrit plusieurs chansons sur des musiques de Romain Didier pour l'album Vague à l'homme d'Isabelle Aubret (Grand prix du disque 1987 de l'Académie Charles-Cros) dont Sa Montagne en honneur à Jean Ferrat.

En 1994, nouvel opus, 4e album avec, entre autres, Sur les pointes, Il pleut sur la mer. Ce dernier titre donne son nom à l'album de l'année suivante, témoin de son passage à l'Olympia. Il est alors accompagné par Jean-Louis Beydon au piano, Pascal Le Pennec à l'accordéon, et Olivier Moret à la contrebasse. Le tour de chant débute par Je viens vous voir qui s'achève sur ces mots : « C'est pour l'amour, pas pour la gloire, je viens vous voir… ». Le livret de ce livre-disque de 60 pages est illustré par le photographe Manuel Gipouloux. Parallèlement, Leprest écrit des textes pour d'autres artistes comme Juliette Gréco, Francesca Solleville ou Enzo Enzo.

En 1999, il coécrit avec Loïc Lantoine les paroles de l'album Les Ailes de Jehan[4] de Jehan.

En 2005, il rejoint le label Tacet de Didier Pascalis, qui produit Donne-moi de mes nouvelles puis les deux albums Chez Leprest, hommage de ses amis auteurs et chanteurs, avec, lors de la sortie du premier album, en mars 2007, une soirée au Bataclan et, pour le second, en 2008, une soirée au Casino de Paris. Cantate pour un cœur bleu, ode à la Méditerranée sur des musiques de Romain Didier avec Enzo Enzo, Romain Didier et Jean-Louis Trintignant sort la même année.

Le dernier album, Quand auront fondu les banquises, arrive en 2009. Été 2011, un Leprest symphonique était en cours de réalisation lorsque son auteur-interprète se suicide. Les chansons qu'il n'a pas enregistrées sont gravées par Enzo Enzo, Kent, Sanseverino, Christophe, Daniel Lavoie et Romain Didier sous la direction musicale de ce dernier. L'album sort fin 2011.

Notoriété[modifier | modifier le code]

Allain Leprest n'a pas bénéficié d'une large reconnaissance des médias télévisés, même s'il passa à plusieurs reprises dans les émissions de Pascal Sevran ainsi que dans l'émission Des mots de minuit[5] de Philippe Lefait. En revanche, dès ses débuts, il a été très régulièrement invité à la radio par Jean-Louis Foulquier dans son émission Pollen, et par Isabelle Dhordain dans Le Pont des artistes (France Inter). Il est également très souvent question de lui sur France Culture dans les émissions d'Hélène Hazéra ou de Philippe Meyer. C'est cette dernière, ardente défenseur d'Allain Leprest, qui a imposé au journal Libération qu'on lui consacre un jour la quatrième de couverture[6].

Méconnu du grand public, Leprest est reconnu et admiré par ses pairs et par ses aînés, dont Jean Ferrat, Juliette Gréco, Henri Salvador, Francesca Solleville, Anne Sylvestre, Claude Nougaro. Ce dernier a dit de lui :

« C'est bien simple, je considère Allain Leprest comme un des plus foudroyants auteurs de chansons que j'ai entendus au ciel de la chanson française[6]. »

Allain Leprest aura été un auteur prolifique avec plus de 1 000 chansons écrites, mais beaucoup moins d'éditées : seules 369 de ses œuvres sont répertoriées à la Sacem. Allain Leprest « offrait » et égarait beaucoup de textes. Par exemple, le texte d'une de ses chansons, La Fille du milicien (musique d'Eddy Schaff), qu'on a cru perdu durant de longues années, a été retrouvé après sa mort.

Leprest est l'auteur de toutes les chansons qu'il a interprétées et enregistrées à l'exception de trois titres : Le petit Ivry de Manu Lods, Joyeux Noël de Rémi Tarrier et Melocoton de Colette Magny.


Thèmes de prédilection[modifier | modifier le code]

Trois thèmes souvent imbriqués, qui font surface dans presque chacun de ses textes, sont au cœur de l'œuvre de Leprest : l'enfance (La Gitane, J'étais un gamin laid, Good bye Gagarine, Nu, etc.), l'amour (Sur les pointes, Arrose les fleurs, Une valse pour rien, On leur dira, etc.) et les gens simples parfois marginalisés (La Dame du dixième, Je viens vous voir, SDF, etc.). Il en résulte des textes d'une grande poésie à la fois très personnels et très réalistes souvent organisés autour de la narration d'une histoire quotidienne au caractère parfois mélancolique ou nostalgique. Cependant, Leprest assurera toujours que chacun de ses textes, fût-il sombre, ouvre la porte au bonheur.

Leprest aura également été le chanteur de la Normandie, région dans laquelle il situe ou sur laquelle il a écrit une foule de chansons (Rouen, Mont-Saint-Aignan, Y a rien qui s'passe, Saint Max, Martainville, Le Cotentin, Il pleut sur la mer,Le Passous-Cotentin...). Beaucoup d'autres de ses chansons contiennent des allusions à cette région (Mon Zippo et Mec citent par exemple la ville de Dieppe tandis que Je viens vous voir évoque Honfleur). Le disque qu'il enregistre avec François Lemonnier en 2008 porte par ailleurs le titre explicite Parol' de manchot.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Allain Leprest a eu deux enfants, Mathieu et Fantine, avec son ex-femme, Sally Diallo, d'origine sénégalo-mauritanienne[7] qu'il a rencontrée à la fin des années 1970 à la Fête de l'Humanité. Il écrira de nombreuses chansons en hommage à sa compagne (Ma puce, Amoureux, La Courneuve, On leur dira…).

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Élevé par un père rétif à la hiérarchie et une mère catholique, Allain Leprest choisit de devenir membre du PCF[8]. Mais il est peu enclin au jugement moral en art et son propre engagement politique ne l'empêche nullement de rendre par exemple hommage à l'amateur de bicyclette que fut Antoine Blondin, pourtant politiquement proche de la droite et de l'extrême droite, dans une chanson portant le nom de celui-ci[6].

Il a participé, lors de la Fête de l'Humanité 2010, à l'hommage rendu à Jean Ferrat ainsi qu'à l'inauguration, en 2011, de la place portant son nom à Ivry-sur-Seine.

Disparition[modifier | modifier le code]

Atteint d'un cancer des poumons, Allain Leprest, en rémission, se suicide le lundi à Antraigues-sur-Volane où il était en vacances[9].

Le , il est, selon son souhait, inhumé au cimetière Monmousseau à Ivry-sur-Seine[10].

Quelques jours avant son suicide, Allain Leprest a transmis à Francesca Solleville un texte intitulé Des impairs pour un impair qu'il lui a fait promettre de chanter. Francesca Solleville en a cité quelques mots à l'occasion de ses funérailles : « ni épitaphe, ni rature, saluez les morts d'amour ». Cette chanson figure dans le disque La Promesse à Nonna (2012).

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums studio[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’articleLeprest chante sur des mélodies de Romain Didier, Jehan, Hervé Legeay, Daniel Lavoie, Lionel Suarez, Nathalie Miravette et Dominic Cravic.

Albums en public[modifier | modifier le code]

Collaborations[modifier | modifier le code]

Compilations[modifier | modifier le code]

Chansons référentes[modifier | modifier le code]

Plusieurs chansons-hommages à Allain Leprest ont été écrites par ses collègues, notamment la chanson Un arbre écrite par Bernard Joyet fin août 2011 (mais aussi une chanson de Rémo Gary, une d'Alain Léamauff, ou une de Loeiz, Didier Dreau, Jean-Michel Moal et Olivier Trevidy[Lesquelles ?]).

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Allain Leprest, chanteur citoyen, un film de Caroline Anne Marthe (2002, 52 min.)[15]
  • Connait-on encore Leprest ? : coffret 1 CD + 2 DVD (parution décembre 2012) :
    • CD : sélection de chansons.
    • DVD 1 : concert enregistré au Scarabée lors de sa dernière tournée.
    • DVD 2 : la Sacem rend hommage à Allain Leprest.
  • Allain Leprest - La machine à y croire (2014, documentaire en cours de 90 min.)[16] En décembre 2007, au Théâtre du Renard (Paris), le cinéaste canadien Damian Pettigrew entame avec Leprest les premières prises de vue d’un long-métrage documentaire sur la vie et l’œuvre du poète-chanteur. Le tournage devait se poursuivre jusqu'à fin 2011, mais l'hommage sera rendu à Leprest à partir de plus de 70 heures d’images tournées en quatre ans[17].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Allain Leprest (préf. Henri Tachan, ill. Alain-Michel Boucher), Tralahurlette (poèmes), Rouen, François Creignou Éditeur,‎ 1981
  • Allain Leprest (préf. Antoine Sénanque), Allain Leprest : Chants du soir (62 textes), Montreuil-sous-Bois, Éditions Folie d'Encre, coll. « Fictions »,‎ 2008, 144 p. (ISBN 9782907337519, présentation en ligne)

Sur Leprest[modifier | modifier le code]

Hommages littéraires[modifier | modifier le code]

Leprest et ses chansons sont évoqués dans quatre romans noirs de Roger Martin publiés par les Éditions du Seuil et Le Cherche midi pour le dernier titre :

  • Le G.A.L., l'égout (1996)
  • Une affaire pas très catholique (1999)
  • Un chien de sa chienne (2000)
  • Les Ombres du souvenir (2010)

Document utilisé pour la rédaction de l’articleJusqu'à ce que mort s'ensuive, roman paru en 2008, est dédié à Allain Leprest ainsi qu'à Romain Didier.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mort d'Allain Leprest, France 3 Haute-Normandie
  2. Hommage à Allain Leprest Jean d’Ormesson dira de lui un jour sur France Inter « Allain Leprest, c’est le Rimbaud du XXe siècle ».
  3. Une interview d'Allain Leprest (janvier 2003)
  4. Interview de Loïc Lantoine, Radio Evasion., 30 avril 2005. Consulté le 31 octobre 2013.
  5. Voir sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel : ina.fr
  6. a, b et c Hélène Hazera, « Portrait », Libération,‎ 16 mai 1998 (ISSN 0335-1793, lire en ligne)
  7. Biographie d'Allain Leprest par RFI.
  8. Hommage de Pierre Gosnat sur le site de la ville d'Ivry.
  9. Communiqué de l'AFP du mardi  : « Admiré par Jean Ferrat et auteur de chansons pour Juliette Gréco, le chanteur français Allain Leprest s'est donné la mort lundi à 57 ans à Antraigues-sur-Volane (Ardèche), où ce communiste engagé était en vacances, a annoncé son producteur Didier Pascalis à l'AFP. »
  10. « Le chanteur Allain Leprest sera inhumé mardi », Ouest-France, 17 août 2011, consulté le 17 août 2011.
  11. Site de l'académie.
  12. Nécrologie sur lemonde.fr.
  13. Spectacle pour enfants donné à l'Olympia.
  14. Album réalisé par Didier Pascalis, sur une idée de Michel Fugain, sorti fin 2007, avec des invités très divers, dont l'enthousiasme a permis le spectacle du Bataclan, le 12 mars 2008 (la vidéo est jointe à l'album Chez Leprest, vol. 2 sorti en 2009).
  15. Site de Quidam production.
  16. Le documentaire sur Leprest. Consulté le 3 décembre 2013.
  17. Sur le site Le Pays.

Liens externes[modifier | modifier le code]