Allain Leprest

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Allain Leprest

Naissance 3 juin 1954
Lestre (Manche)
Décès 15 août 2011 (à 57 ans)
Antraigues-sur-Volane (Ardèche)
Activité principale Chanteur, poète
Activités annexes Compositeur, dessinateur, peintre
Genre musical Chanson française
Années actives 1981-2011
Labels TACET
Influences Jean Ferrat
Léo Ferré
Maurice Fanon

Allain Leprest, né le 3 juin 1954 dans le Cotentin à Lestre (Manche) et mort le 15 août 2011 à Antraigues-sur-Volane (Ardèche)[1], est un poète-parolier et chanteur français.

Sommaire

Biographie[modifier]

Allain Leprest a passé son enfance à Mont-Saint-Aignan « près de Rouen » ainsi qu'il l'a chanté dans deux de ses chansons éponymes.

Allain se décide à 27 ans à faire ses valises et quitte la Normandie pour la capitale. C'est à Ivry-sur-Seine, où il arrive grâce à Jean Ferrat, qu'il a vécu l'essentiel de sa vie, familiale et artistique.

Auteur de génie[2], interprète magistral sur scène dans la lignée de la chanson poétique de tradition française, souvent comparé à Jacques Brel, mais demeurant inclassable par son talent, il écrit et interprète ses propres chansons, souvent mises en musique par Romain Didier, mais aussi par Étienne Goupil, Gérard Pierron, Richard Galliano, Luis Sylvestre Ramos, Jean Ferrat, François Lemonnier, Nathalie Miravette, Michel Précastelli, Daniel Lavoie, et d'autres. Allain Leprest est accompagné pendant près de dix ans par le pianiste Jean-Louis Beydon. Il sillonne la France se produisant au-delà des frontières de l'hexagone. Il est ensuite accompagné au piano par Nathalie Miravette, de 2000 à 2011, ou par Léo Nissim, de 2004 à 2011.

Les débuts[modifier]

Né dans une famille modeste (son père est charpentier-menuisier, sa mère au foyer) où l'on aimait la chanson, Allain Leprest passe une enfance heureuse, mais tumultueuse aux côtés de son frère Georges (Jojo), de deux ans son aîné et de sa sœur Pierrette à laquelle il rend hommage dans la chanson Bilou. À l'école, il prépare un CAP de peintre en bâtiment essentiellement pour rassurer ses parents, car il sait déjà qu'il se destinera à la chanson. Il écrit des textes dès son adolescence et commence à chanter dans les années 1970 dans des petits lieux de Normandie comme notamment le café-concert Le Bateau-Ivre à Rouen, entouré de ses amis Didier Dervaux, Fabrice Plaquevent, Jean-Luc Guillotin, Étienne Goupil, Manuel Gipouloux, Patrick Hangard et Martine Vépierre, sa première compagne.[3]

Au début de sa carrière, il exerce divers métiers comme travailleur social ou agent d'entretien. En 1980, il va à Paris dans l'espoir de devenir parolier. Ne trouvant pas d'interprète pour ses chansons, il les chante lui-même à l'occasion de débuts dans des conditions difficiles, notamment au Caveau de la Bolée dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. Il est hébergé avec sa compagne Sally et ses deux enfants par un couple d'amis d'origine rouennaise dans un deux-pièces du 15e arrondissement. Parallèlement, il publie un ouvrage de poésie intitulé Tralahurlette en 1981 (préfacé par Henri Tachan).

Il éclate lors du printemps de Bourges 1985. Il tourne ensuite dans de nombreuses petites salles partout en France qu'il n'abandonnera jamais durant toute sa carrière, acceptant spontanément et généreusement d'« essuyer les plâtres » d'une première édition de festival ou d'un nouveau lieu de spectacle vivant.

Il est l'ami fidèle et le porte-parole d'un véritable vivier d'artistes ivriens et d'ailleurs, Christian Paccoud, Jehan, Stéphane Cadé, Loic Lantoine, Florent Vintrigné, Yannick Delaunay, Philippe Forcioli, Alain Aurenche, Émile Sotocca… qu'Allain aimait retrouver dans les petits bars et autres lieux de spectacles populaires d'Ivry, de Paris (Le Picardie, Le Connétable, ou Le Limonaire où son ombre tutélaire continue d'irradier après sa mort…) et de la France entière. Tous ces petits lieux particulièrement affectionnés par l'artiste et dont il s'imprégnait volontiers pour en retranscrire toute l'atmosphère féconderont ses écrits. Disponible et attentif envers son semblable : ami, copain de passage, voisin… il n'hésitait pas à griffonner un dessin humoristique sur le bord d'une nappe en papier ou sur un carton de paquet de cigarettes qu'il offrait ensuite généreusement accompagné d'un clin d'œil ou d'une bonne blague. À l'exemple de ces milliers d'autographes offerts à son public — toujours personnalisés — souvent ornés du dessin d'une main représentée par une colombe.

De Saravah à l'Olympia[modifier]

Allain Leprest fait ensuite un bout de chemin avec Saravah, la plus ancienne maison française de production musicale en activité, créée par Pierre Barouh. Deux albums studio sortent de cette collaboration. En 1992 tout d'abord, Leprest et Richard Galliano collaborent pour un album, Voce a mano, d'une qualité rarement égalée dans la chanson francophone depuis l'album Les Marquises de Brel. Minimaliste, l'album repose sur le concept « une voix, un accordéon » et est enregistré en prise directe, sans filet. Le talent et la personnalité de Leprest transparaissent dans chacune des chansons, notamment sur le dernier titre, C'est peut-être, point d'orgue de l'album.

Fidèle à Ivry, Allain Leprest est l'un des premiers invités de Leïla Cukierman qui a créé les « résidences chanson » au théâtre Antoine Vitez d'Ivry, un théâtre donnant une place centrale à la chanson.

En 1994, nouvel opus, 4e album avec, entre autres, Sur les pointes, Il pleut sur la mer. Ce dernier titre donne son nom à l'album de l'année suivante, témoin de son passage à l'Olympia. Il est alors accompagné par Jean-Louis Beydon au piano, Pascal Le Pennec à l'accordéon, et Olivier Moret à la contrebasse. Le tour de chant débute par Je viens vous voir qui s'achève sur ces mots : « C'est pour l'amour, pas pour la gloire, je viens vous voir… ». Le livret de ce livre-disque de 60 pages est illustré par le photographe Manuel Gipouloux. Parallèlement, Leprest écrit des textes pour d'autres artistes comme Juliette Gréco, Francesca Solleville ou Enzo Enzo.

En 2005, il rejoint le label Tacet de Didier Pascalis, qui produit Donne-moi de mes nouvelles puis les deux albums Chez Leprest, hommage de ses amis auteurs et chanteurs, avec, lors de la sortie du premier album, en mars 2007, une soirée au Bataclan et, pour le second, en 2008, une soirée au Casino de Paris. Cantate pour un cœur bleu, ode à la Méditerranée sur des musiques de Romain Didier avec Enzo Enzo, Romain Didier et Jean-Louis Trintignant sort la même année.

Le dernier album, Quand auront fondu les banquises, arrive en 2009. Été 2011, un Leprest symphonique était en cours de réalisation lorsque son auteur-interprète se suicide. Les chansons qu'il n'a pas enregistrées sont gravées par Enzo Enzo, Kent, Sanseverino, Christophe, Daniel Lavoie et Romain Didier sous la direction musicale de ce dernier. L'album sort fin 2011.

Notoriété[modifier]

Allain Leprest n'a pas bénéficié d'une large reconnaissance des médias télévisés, même s'il passa à plusieurs reprises dans les émissions de Pascal Sevran ainsi que dans l'émission Des mots de minuit[4] de Philippe Lefait. En revanche, dès ses débuts, il a été très régulièrement invité à la radio par Jean-Louis Foulquier dans son émission Pollen, et par Isabelle Dhordain dans Le Pont des artistes (France Inter). Il est également très souvent question de lui sur France Culture dans les émissions d'Hélène Hazéra. C'est cette dernière, ardente défenseur d'Allain Leprest, qui a imposé au journal Libération qu'on lui consacre un jour la quatrième de couverture.[5]

Méconnu du grand public, Leprest est reconnu et admiré par ses pairs et par ses aînés, dont Jean Ferrat, Juliette Gréco, Henri Salvador, Francesca Solleville, Anne Sylvestre, Claude Nougaro. Ce dernier a dit de lui :

« C'est bien simple, je considère Allain Leprest comme un des plus foudroyants auteurs de chansons que j'ai entendus au ciel de la chanson française[5]. »

Allain Leprest aura été un auteur prolifique avec plus de 1 000 chansons écrites, mais beaucoup moins d'éditées: seules 369 de ses oeuvres sont répertoriées à la SACEM. Allain Leprest "offrait" et égarait beaucoup de textes. Le texte de l'une de ses chansons, par exemple, dont la musique est due à Eddy Schaff, La fille du milicien a été perdue pendant de longues années, puis retrouvée après sa mort.

Thèmes de prédilection[modifier]

Trois thèmes souvent imbriqués, qui font surface dans presque chacun de ses textes, sont au cœur de l'œuvre de Leprest : l'enfance (La Gitane, J'étais un gamin laid, Good bye Gagarine, Nu, etc.), l'amour (Sur les pointes, Arrose les fleurs, Une valse pour rien, On leur dira, etc.) et les gens simples parfois marginalisés (La Dame du dixième, Je viens vous voir, SDF, etc.). Il en résulte des textes d'une grande poésie à la fois très personnels et très réalistes souvent organisés autour de la narration d'une histoire quotidienne au caractère parfois mélancolique ou nostalgique. Cependant, Leprest assurera toujours que chacun de ses textes, fût-il sombre, ouvre la porte au bonheur.

Leprest aura également été le chanteur de la Normandie, région dans laquelle il situe ou sur laquelle il a écrit une foule de chansons (Rouen, Mont-Saint-Aignan, Y a rien qui s'passe, Saint Max, Martainville, Le Cotentin, Il pleut sur la mer,Le Passous-Cotentin,...). Beaucoup d'autres de ses chansons contiennent des allusions à cette région (Mon Zippo et Mec citent par exemple la ville de Dieppe tandis que Je viens vous voir évoque Honfleur). Le disque qu'il enregistre avec F. Lemonnier en 2008 porte par ailleurs le titre explicite Parol' de Manchot.

Vie privée[modifier]

Allain Leprest a eu deux enfants, Mathieu et Fantine, avec son ex-femme, Sally Diallo, d'origine sénégalo-mauritanienne[6] qu'il a rencontrée à la fin des années 1970 à la Fête de l'Humanité. Il écrira de nombreuses chansons en hommage à sa compagne (Ma puce, Amoureux, La Courneuve, On leur dira…).

Engagement politique[modifier]

Élevé par un père rétif à la hiérarchie et une mère catholique, Allain Leprest choisit de devenir membre du PCF[7]. Mais il est peu enclin au jugement moral en art et son propre engagement politique ne l'empêche nullement de rendre par exemple hommage à l'amateur de bicyclette que fut Antoine Blondin, pourtant politiquement proche de la droite et de l'extrême droite, dans une chanson éponyme[5].

Il a participé, lors de la Fête de l'Humanité 2010, à l'hommage rendu à Jean Ferrat ainsi qu'à l'inauguration, en 2011, de la place portant son nom à Ivry-sur-Seine.

Disparition[modifier]

Atteint d'un cancer des poumons, en rémission, Allain Leprest se suicide le lundi 15 août 2011 à Antraigues-sur-Volane où il était en vacances[8].

Le 23 août 2011, il est, selon son souhait, inhumé au cimetière Monmousseau à Ivry-sur-Seine[9].

Prix et distinctions[modifier]

Discographie[modifier]

Albums studio[modifier]

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'articleLeprest chante sur des mélodies de Romain Didier, Jehan, Hervé Legeay, Daniel Lavoie, Lionel Suarez, Nathalie Miravette et Dominic Cravic.

Albums en public[modifier]

Collaborations[modifier]

Compilations[modifier]

Filmographie[modifier]

  • Allain Leprest, chanteur citoyen, un film de Caroline Anne Marthe (2002, 52 min.)[14]
  • Connait-on encore Leprest ? : coffret 1 CD + 2 DVD (parution décembre 2012) :
    • CD : une sélection de chansons.
    • DVD 1 : concert enregistré au Scarabée lors de sa dernière tournée.
    • DVD 2 : la Sacem rend hommage à Allain Leprest.
  • Allain Leprest - La machine à y croire (2013, documentaire en cours de 90 min.)[15] En décembre 2007, au Théâtre du Renard (Paris), le cinéaste canadien Damian Pettigrew entame avec Leprest les premières prises de vue d’un long-métrage documentaire sur la vie et l’œuvre du poète-chanteur. Le tournage devait se poursuivre jusqu'à fin 2011, mais l'hommage sera rendu à Leprest à partir de plus de 70 heures d’images tournées en quatre ans[16].

Bibliographie[modifier]

Œuvres[modifier]

  • Allain Leprest (préf. Henri Tachan, ill. Alain-Michel Boucher), Tralahurlette (poèmes), Rouen, François Creignou Éditeur, 1981 
  • Allain Leprest (préf. Antoine Sénanque), Allain Leprest : Chants du soir (62 textes), Montreuil-sous-Bois, Éditions Folie d'Encre, coll. « Fictions », 2008, 144 p. (ISBN 9782907337519) [présentation en ligne] 

Sur Leprest[modifier]

Hommages littéraires[modifier]

Leprest et ses chansons sont évoqués dans quatre romans noirs de Roger Martin publiés par les Éditions du Seuil et Cherche Midi pour le dernier titre :

  • Le G.A.L., l'égout (1996)
  • Une affaire pas très catholique (1999)
  • Un chien de sa chienne (2000)
  • Les Ombres du souvenir (2010)

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'articleJusqu'à ce que mort s'ensuive, roman paru en 2008, est dédié à Allain Leprest ainsi qu'à Romain Didier.

Plusieurs chansons-hommages à Allain Leprest ont été écrites par ses collègues, notamment la chanson "Un arbre" écrite par Bernard Joyet fin aout 2011 (mais aussi une chanson de Rémo Gary, une d'Alain Léamauff, ou une de Loeiz, Didier Dreau, Jean-Michel Moal et Olivier Trevidy).


Articles connexes[modifier]

Notes et références[modifier]

  1. Mort d'Allain Leprest, France 3 Haute-Normandie
  2. Hommage à Allain Leprest Jean d’Ormesson dira de lui un jour sur France Inter « Allain Leprest, c’est le Rimbaud du XXe siècle ».
  3. Une interview d'Allain Leprest (janvier 2003)
  4. Voir sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel : ina.fr
  5. a, b et c Hélène Hazera, « Portrait », Libération, 16 mai 1998 (ISSN 0335-1793) [texte intégral (page consultée le 17 janvier 2012)] 
  6. Biographie d'Allain Leprest par RFI.
  7. Hommage de Pierre Gosnat sur le site de la ville d'Ivry.
  8. Communiqué de l'AFP du mardi 16 août 2011 : « Admiré par Jean Ferrat et auteur de chansons pour Juliette Gréco, le chanteur français Allain Leprest s'est donné la mort lundi à 57 ans à Antraigues-sur-Volane (Ardèche), où ce communiste engagé était en vacances, a annoncé son producteur Didier Pascalis à l'AFP. »
  9. « Le chanteur Allain Leprest sera inhumé mardi », Ouest-France, 17 août 2011, consulté le 17 août 2011.
  10. Site de l'académie.
  11. Nécrologie sur lemonde.fr.
  12. Spectacle pour enfants donné à l'Olympia.
  13. Album réalisé par Didier Pascalis, sur une idée de Michel Fugain, sorti fin 2007, avec des invités très divers, dont l'enthousiasme a permis le spectacle du Bataclan, le 12 mars 2008 (la vidéo est jointe à l'album Chez Leprest, vol. 2 sorti en 2009).
  14. Site de Quidam production.
  15. Le documentaire sur Leprest. Consulté le 3 avril 2012.
  16. Sur le site Le Pays.

Liens externes[modifier]