All Along the Watchtower

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All Along the Watchtower

Chanson par Bob Dylan
extrait de l'album John Wesley Harding
Sortie
Enregistré 6 novembre 1967
Durée 2:31
Genre folk
Auteur Bob Dylan
Producteur Bob Johnston
Label Columbia

Pistes de John Wesley Harding

All Along the Watchtower est une chanson de Bob Dylan figurant sur son album John Wesley Harding, paru en 1967. Elle a été reprise par de nombreux autres artistes, tels qu'Eric Clapton, Jimi Hendrix, Neil Young, U2, XTC, Dave Matthews Band, Keziah Jones, Eddie Vedder, Ed Sheeran et Devlin ou le Grateful Dead ainsi que Francis Cabrel. En 2007 elle a été reprise par The Fratellis sur la compilation Radio 1 Established 1967 et plus récemment, fin 2009, Lisa Gerrard la reprend sur The Black Opal, en 2012, Francis Cabrel la reprend sur son album Vise le ciel. La reprise de Jimi Hendrix est probablement la plus célèbre.

Version de Bob Dylan[modifier | modifier le code]

Bob Dylan a enregistré cette chanson en cinq prises lors de la deuxième session d'enregistrement pour l'album John Wesley Harding, le 6 novembre 1967 au studio Columbia A de Nashville[1].

Il s'agit de la chanson qu'il a le plus interprétée en concert, et elle figure sur quatre de ses albums enregistrés en public : Before the Flood (1974), Bob Dylan at Budokan (1979), Dylan & the Dead (1989) et MTV Unplugged (1995).

Contexte[modifier | modifier le code]

Dylan a composé All Along the Watchtower et d'autres chansons apparaissant sur l'album John Wesley Harding dans l'année qui a suivi son accident de moto, durant l'été 1966[2]. La période de convalescence qui suivit cet accident, arrivé près de la maison de Dylan à Woodstock, lui permit de prendre du recul par rapport aux tournées incessantes d'alors et a entraîné un changement radical de son mode de vie[3],[4]. Après la naissance de son premier enfant début 1966, et du deuxième au milieu de l'année 1967, il commence à prendre goût à la vie de famille et s'intéresse de plus en plus à la Bible, comme on peut le voir à travers les différentes allusions au texte sacré, notamment avec des chansons telles que All Along the Watchtower, Dear Landlord, I Dreamed I Saw St. Augustine et The Wicked Messenger[5],[6].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Dylan enregistra cette chanson le 6 novembre 1967, au Columbia Studio A à Nashville, Tennessee, dans le même studio où fut enregistré Blonde on Blonde le printemps de l'année précédente[7]. Accompagnant Dylan, qui joue de la guitare sèche et de l'harmonica, on retrouve deux vétérans des enregistrements Blonde on Blonde à Nashville, Charlie McCoy à la basse et Kenny Buttrey à la batterie. L'album est produit par Bob Johnston, qui a déjà produit les deux précédents albums de Dylan, Highway 61 Revisited en 1965 et Blonde on Blonde en 1966[8].

La session durant laquelle cette œuvre fut enregistrée fut la deuxième sur les trois qui eurent lieu à Nashville pour l'album John Wesley Harding. All Along the Watchtower, la première chanson de cette session, fut enregistrée en cinq prises, et la troisième et la cinquième furent collées et retravaillées pour constituer la version album[7]. Comme beaucoup d'autres morceaux de cet album, le titre est assez sombre, et tranche avec les précédentes œuvre de Dylan datant du milieu des années 1960[9].

Analyse[modifier | modifier le code]

Plusieurs critiques musicaux ont mis en avant le fait que les paroles de All Along the Watchtower font référence au Livre d'Isaïe[10],[11] :

« 5 On dresse la table, la garde veille, on mange, on boit ... Debout, princes ! oignez le bouclier ! 6 Car ainsi m’a parlé le Seigneur : Va, place la sentinelle ; qu’elle annonce ce qu’elle verra. 7 Elle vit de la cavalerie, des cavaliers deux à deux, des cavaliers sur des ânes, des cavaliers sur des chameaux ; et elle était attentive, très attentive. 8 Puis elle s’écria, comme un lion : Seigneur, je me tiens sur la tour toute la journée, et je suis à mon poste toutes les nuits ; 9 et voici, il vient de la cavalerie, des cavaliers deux à deux ! Elle prit encore la parole, et dit : Elle est tombée, elle est tombée, Babylone, et toutes les images de ses dieux sont brisées par terre ![trad 1] »

— Livre d'Ésaïe, chapitre 21, versets 5-9

Parlant des chansons de cet album lors d'une interview parue dans le magazine de folk music Sing Out! en octobre 1968, Dylan tient ce discours à John Cohen et Happy Traum:

« Je n'ai pas rempli mon rôle de chanteur de chansons populaires. Ce type de chanteur peut s'asseoir et chanter trois chansons durant une heure et demie...il peut tout vous dévoiler, tout vous faire voir. Les mélodies de cet album, John Wesley Harding, manquent de cette traditionnelle perception du temps. Comme on peut le voir dans le troisième couplet de The Wicked Messenger, où tout se découvre à ce moment-là et la chanson prend d'un coup son élan...On peut dire la même chose à propos de All Along the Watchtower, qui dévoile de manière un peu différente, d'une manière étrange même, puisque nous avons les événements dans un ordre anti-chronologique[trad 2]. »

— Bob Dylan, Dylan on Dylan: The Essential Interviews[12].

La structure inhabituelle de la narration a été remarquée par le professeur de littérature anglaise Christopher Ricks, qui voit dans All Along the Watchtower un exemple de l'audace de Dylan à manipuler le temps et la chronologie des événements : « à la fin du dernier couplet, on a l'étrange impression que la chanson démarre enfin, comme si le mythe recommençait »[trad 3],[13].

Les critiques musicaux ont décrit la version de Dylan comme un chef-d'œuvre de sous-entendus et de litotes. Selon Andy Gill : « Dans la version de Dylan, c'est le dénuement du scénario qui frappe les esprits, l'harmonica entêtant et suraigu et la rythmique simplissime de la guitare sèche annonçant les conséquences du cataclysme; avec la version de Jimi Hendrix, ... ce cataclysme est devenu palpable grâce aux riffs tourbillonnants de la guitare électrique. »[trad 4],[14].

D'autres ont été moins amènes avec la version de Dylan. Dave Van Ronk, un admirateur des premières heures de Dylan et un mentor, affirme :

« Toute cette mystique est une des grandes supercheries du monde artistique, parce derrière ce texte se cache surtout la confusion la plus totale. Dylan a plus d'une corde à son arc, surtout depuis qu'il s'est rendu compte qu'il pouvait écrire ce qu'il voulait - c'est Dylan après tout et quoiqu'il écrive et dise, les gens le croiront sur parole. Il a donc pu écrire quelque chose comme All Along the Watchtower, qui représente tout simplement une erreur de parcours, dès le titre: une tour de garde n'est pas une route ou un mur, et vous ne pouvez donc pas marcher le long de cette tour[trad 5]. »

— Dave Van Ronk, The Mayor of Macdougal Street[15]

Interprétations[modifier | modifier le code]

John Wesley Harding est édité à la fin de l'année 1967, le 27 décembre, moins de deux mois après la période d'enregistrement[16]. Cette chanson fut le deuxième single issu de l'album, lancée le 22 novembre 1968 mais elle ne connut pas un franc succès. Un enregistrement public de All Along the Watchtower issu de l'album Before the Flood apparaît sur la face B de Most Likely You Go Your Way (And I'll Go Mine) en 1974. Les enregistrements provenaient de deux concerts différents, plus tôt dans l'année au Forum dans la banlieue de Los Angeles, tous les deux interprétés par Dylan et The Band[7].

La première interprétation en concert fut réalisée par Dylan le 3 janvier 1974, à Chicago pour la soirée de lancement de sa tournée, le 'comeback tour'[9]. Depuis cette première performance en public, Dylan s'est systématiquement inspiré de la version de Hendrix, bien plus que de sa propre version[9]. L'auteur Michael Gray a écrit que cette chanson fut celle qui fut la plus interprétée parmi toutes les chansons de Dylan. Selon Gray, Dylan l'aurait chanté en concert 1 393 fois entre sa sortie et la fin de l'année 2003[9].

Ces dernières années, Dylan chante le premier couplet une seconde fois à la fin de la chanson. Comme Gray le fait remarquer dans The Bob Dylan Encyclopedia : « Dylan a choisi de terminer la chanson de cette manière afin de diminuer son côté apocalyptique et mettre l'accent sur le rôle central de l'artiste. En répétant le premier couplet à la fin, Dylan termine sa chanson avec ces mots: 'Personne à l'horizon/Ne sait ce que tout cela vaut' - en appuyant à la fin sur le mot 'worth') »[trad 6],[9]. Dylan aurait peut-être repris l'idée de The Grateful Dead. En effet, the Dead ont toujours interprété cette chanson en reprenant le premier couplet à la fin, avec ou sans Dylan[17].

L'enregistrement original de All Along the Watchtower est présent dans de nombreux greatest hits albums de Dylan, ainsi que dans les deux coffrets 2CD, Biograph paru en 1985 et Dylan en 2007. En plus de cela, Dylan a édité quatre enregistrements publics de cette chanson sur les albums suivants : Before the Flood, Bob Dylan at Budokan, Dylan & the Dead et MTV Unplugged.

Musiciens[modifier | modifier le code]

Reprise de Jimi Hendrix[modifier | modifier le code]

La reprise de All Along the Watchtower par Jimi Hendrix figure sur l'album Electric Ladyland, sorti en 1968. Elle gagna beaucoup plus en popularité que celle de Dylan, atteignant le Top 40 aux États-Unis et se classant dans les charts anglais. Comparée à la version originale, celle de Hendrix est plus lente.

Hendrix aurait dit[réf. nécessaire] :

« Les gens qui n'aiment pas les chansons de Bob Dylan devraient lire ses textes. Ils sont faits des joies et des peines de la vie. Je suis comme Dylan, aucun de nous deux ne peut chanter normalement. Parfois, je joue des chansons de Dylan et elles me ressemblent tellement que j'ai l'impression de les avoir écrites. Je perçois Watchtower comme une chanson que j'aurais pu écrire, mais je suis sûr que je ne l'aurais jamais achevée. Quand je pense à Dylan, je me dis souvent que je n'aurais jamais pu écrire les textes qu'il parvient à produire, mais j'aimerais qu'il m'aide, parce que j'ai beaucoup de chansons que je n'arrive pas à terminer. Je pose juste quelques mots sur le papier, et je ne peux pas aller plus loin. Mais maintenant les choses s'améliorent, je suis un peu plus sûr de moi[trad 7]. »

— Jimi Hendrix, ?

L'album South Saturn Delta présente la même prise de la chanson avec un mixage différent. On en retrouve des versions en public sur la vidéo d'Atlanta, les albums et vidéos consacrés à l'île de Wight (comme Blue Wild Angel: Live at the Isle of Wight).

Cette chanson est utilisée dans le film Watchmen de Zack Snyder, réalisé en 2009 et dans le film Forrest Gump de Robert Zemeckis en 1994 ; ainsi que dans les épisodes des Simpson La mère d'Homer (saison 7) et Une mamie hors la loi (saison 15).

Musiciens[modifier | modifier le code]

Autres reprises[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Prepare the table, watch in the watchtower, eat, drink: arise ye princes, and prepare the shield./For thus hath the Lord said unto me, Go set a watchman, let him declare what he seeth./And he saw a chariot with a couple of horsemen, a chariot of asses, and a chariot of camels; and he hearkened diligently with much heed./...And, behold, here cometh a chariot of men, with a couple of horsemen. And he answered and said, Babylon is fallen, is fallen, and all the graven images of her gods he hath broken unto the ground. »
  2. (en) « I haven't fulfilled the balladeers's job. A balladeer can sit down and sing three songs for an hour and a half... it can all unfold to you. These melodies on John Wesley Harding lack this traditional sense of time. As with the third verse of "The Wicked Messenger", which opens it up, and then the time schedule takes a jump and soon the song becomes wider... The same thing is true of the song "All Along the Watchtower", which opens up in a slightly different way, in a stranger way, for we have the cycle of events working in a rather reverse order. »
  3. (en) « at the conclusion of the last verse, it is as if the song bizarrely begins at last, and as if the myth began again. »
  4. (en) « In Dylan's version of the song, it's the barrenness of the scenario which grips, the high haunting harmonica and simple forward motion of the riff carrying understated implications of cataclysm; as subsequently recorded by Jimi Hendrix, ... that cataclysm is rendered scarily palpable through the dervish whirls of guitar. »
  5. (en) « That whole artistic mystique is one of the great traps of this business, because down that road lies unintelligibility. Dylan has a lot to answer for there, because after a while he discovered that he could get away with anything—he was Bob Dylan and people would take whatever he wrote on faith. So he could do something like "All Along the Watchtower", which is simply a mistake from the title on down: a watchtower is not a road or a wall, and you can't go along it. »
  6. (en) « Dylan chooses to end in a way that at once reduces the song's apocalyptic impact and cranks up its emphasis on the artist's own centrality. Repeating the first stanza as the last means Dylan now ends with the words 'None of them along the line/Know what any of it is worth' (and this is sung with a prolonged, dark linger on that word 'worth'). »
  7. (en) « All those people who don't like Bob Dylan's songs should read his lyrics. They are filled with the joys and sadness of life. I am as Dylan, none of us can sing normally. Sometimes, I play Dylan's songs and they are so much like me that it seems to me that I wrote them. I have the feeling that Watchtower is a song I could have come up with, but I'm sure I would never have finished it. Thinking about Dylan, I often consider that I'd never be able to write the words he manages to come up with, but I'd like him to help me, because I have loads of songs I can't finish. I just lay a few words on the paper, and I just can't go forward. But now things are getting better, I'm a bit more self-confident. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. 1967 Bob Dylan session pages
  2. (en)« The Bob Dylan Motorcycle-Crash Mystery », American Heritage,‎ 29 juillet 2006
  3. Clark p. 108 et 112
  4. Sounes 2001, p. 215 à 218
  5. Clark p. 108
  6. Sounes 2001, p. 227-228
  7. a, b et c (en)Olof Bjorner, « Still on the Road: Bob Dylan Recording Sessions », Olof Bjorner,‎ 7 mai 2000
  8. Gray 2006, p. 356-357
  9. a, b, c, d et e Gray 2006, p. 7
  10. Heylin 2003, p. 285
  11. Gill 1999, p. 130–131
  12. Cott 2006, p. 122
  13. Ricks 2003, p. 359
  14. Gill 1999, p. 131
  15. (en) Dave Van Ronk, The Mayor of Macdougal Street (ISBN 9780306814792)
  16. Gray 2006, p. 350
  17. Cf. "Dylan and the Dead."

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Mark Blake (éditeur), Dylan: Visions, Portraits, and Back Pages, Mojo/DK Publishing, Inc.,‎ 2005 (ISBN 978-0-7566-3725-5)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Jonathan Cott, Dylan on Dylan: The Essential Interviews, Hodder & Stoughton,‎ 2006 (ISBN 0340923121)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Andy Gill, Classic Bob Dylan: My Back Pages, Carlton,‎ 1999 (ISBN 1-85868-599-0)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Michael Gray, The Bob Dylan Encyclopedia, Continuum International,‎ 2006 (ISBN 0-8264-6933-7)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Clinton Heylin, Bob Dylan: Behind the Shades Revisited, Perennial Currents,‎ 2003 (ISBN 0-06-052569-X)
  • (en) Eddie Kramer, Hendrix: Setting the Record Straight, Warner Books,‎ 1992 (ISBN 0751511293)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Christopher Ricks, Dylan's Visions of Sin, Penguin/Viking,‎ 2003 (ISBN 0-670-80133-X)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Howard Sounes, Down the Highway: The Life of Bob Dylan, Grove Press,‎ 2001 (ISBN 0-0821-1686-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]