Alimentation dans l'Égypte antique

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Que ce soit dans les textes gravés sur les parois des temples et des tombeaux ou sous forme de restes d’offrande matérielle, les Égyptiens de l’Antiquité ont laissé de nombreux témoignages de leur mode d’alimentation.

L’art funéraire, retraçant la vie quotidienne les résume ; on n’y trouve pas à proprement parler de recettes de cuisine mais des informations sur les pratiques alimentaires. Les ouchebtis, petites statues en calcaire ou en bois, représentent des serviteurs au travail préparant le pain, écrasant des céréales, brassant la bière, rôtissant des volailles et abattant des bœufs.

Aliments[modifier | modifier le code]

Les aliments étaient le pain et la bière (heneket) fabriqués à partir de l’orge et de l’amidonnier. On a retrouvé près d’une vingtaine de sortes de pains de forme et de composition diverses.

« Végétarisme » religieux[modifier | modifier le code]

Une grande partie de la population de l'Égypte antique était réputée non seulement pour sa vénération pour les animaux sacrés (zoolâtrie), associés aux divinités, mais aussi pour son « végétarisme » religieux, abstention assez large de produits carnés du fait de la sacralité du règne animal (en particulier les bovins), la consommation de viande étant réservée aux vizirs[1] ; en effet, l'éthique égyptienne antique considérait que les animaux pouvaient accuser et se plaindre à pharaon, ou à la déesse Maât, de méfaits subits et créés par des hommes à leur encontre[2] ; cette réputation de « végétarisme » religieux est du moins la réputation que nous rapportent les témoins de l'Antiquité (Diodore de Sicile allant jusqu'à dire que les Égyptiens préféraient s'entredévorer que tuer et manger les animaux sacrés[3]), comme Hérodote, qui, dans ses Histoires, rappelle que tout individu qui tuait un animal sacré en Égypte, risquait la peine de mort [4], ou le philosophe Celse :

« Il ne faut pas non plus que les Juifs aillent s'imaginer qu'ils sont plus saints que les autres hommes parce qu'ils se font circoncire : les Égyptiens et les Chalcidiens l'ont fait avant eux ; ni parce qu'ils s'abstiennent de la viande de porc : ainsi font les Égyptiens, qui s'abstiennent même de consommer la chair des chèvres, des brebis, des bovin et des poissons. »

— Celse, Discours vrai contre les chrétiens.

Légumes[modifier | modifier le code]

Ail et oignon sont les légumes les plus cuisinés, avec les fèves, les pois chiches et les lentilles, sans oublier les légumes verts (chou, concombre, laitue, poireau, petit pois et radis), et les plantes aquatiques (lotus et papyrus).

De même que chez les adeptes du Pythagorisme, selon les Histoires (XXXVII, Livre second) d'Hérodote, les Égyptiens ne semaient ni ne consommaient des fèves, considérées comme légume « impur » (probablement que les croyances antiques s'accordaient sur le fait que les fèves étaient vues comme en lien avec le monde obscur des défunts [5]).

Fruits[modifier | modifier le code]

Les fruits, plutôt rares, sont réservés aux élites, tout comme certaines viandes : l’Égypte antique ne connaît les agrumes qu’à l’époque romaine ; les principaux fruits consommés sont les dattes (utilisées dans la confection d’une bière de luxe, le seremet), le raisin, la grenade, les pastèques et melons, mais aussi la caroube, le sycomore (sorte de figue rouge) et le persea.

La grenade[modifier | modifier le code]

Tombeau de Amenemhêt (Thèbes)
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La grenade (Punica granatum), originaire du Proche-Orient et que les Égyptiens appelaient inhmn[6], aurait été importé en Égypte à la fin du Moyen Empire. Dès la XVIIIe dynastie, la grenade est couramment représentée dans les peintures égyptiennes, notamment en tant qu'offrande funéraire. Ce rôle est confirmé par la découverte de grenades fossilisées dans certains tombeaux. Elle était cultivée dans les vergers où l'on cultivait également la figue et le raisin[7].

On retrouve des grenades représentées sur les parois du tombeau de Amenemhêt, officier durant le règne de Thoutmôsis III ou celui de Néferhotep (tous deux à Thèbes).

Desserts et pâtisseries[modifier | modifier le code]

Enfin, le miel, produit dans des ruches de terre, entrait dans la composition des desserts et de nombreux remèdes. Les pâtisseries, souvent thérapeutiques, étaient très sucrées, à base de dattes, de miel ou de raisins secs. Dans la tombe du vizir Rekhmirê, sous le règne d’Amenhotep II, une scène développe les étapes de la fabrication d’un gâteau conique, fait à partir des rhizomes d’un roseau au goût de noisette, le souchet.

Boissons[modifier | modifier le code]

Si le vin, consommé plutôt par les riches, n'est pas une boisson très courante en Égypte antique, la bière fait depuis longtemps figure de boisson nationale. Elle est brassée dans tout le pays, et sa fabrication est déjà représentée sur des mastabas de l'Ancien Empire ; on boit de la bière en toutes circonstances : aux champs, à bord des bateaux, lors des réceptions et, bien sûr, dans les cabarets des villes.

Beaucoup de ces aliments ont pu être cultivés grâce au limon fertile déposé lors des crues du Nil.

Viandes et poissons[modifier | modifier le code]

Offrandes - Tombeau de Menna

Le régime alimentaire égyptien était complété par du poisson, de la viande (ordinairement mouton, et porc, volaille et bœuf pour les grandes occasions). La viande et le poisson étaient le plus souvent grillés ou conservés dans des saumures, séchés voire confits. Le poisson le plus prisé était le mulet, ou muge, poisson de mer remontant le Nil et dont les œufs servaient à faire la poutargue,[réf. nécessaire] recette encore pratiquée sur le pourtour méditerranéen aujourd’hui.

Famine[modifier | modifier le code]

Il est indéniable qu'il y a eu des périodes de famine dans l'Égypte antique qui apparaissent surtout pendant les périodes troublées et cessent dès que le pouvoir central s'affermit et s'organise. Quelques témoignages nous sont parvenus : le premier, un des rares de ce type d'événement sous l'Ancien Empire, apparaît sur l'inscription de Sehel[8] découverte en 1890, mais bien que daté du règne de Djéser, il a probablement été rédigé sous les Ptolémées.

À partir de la VIe dynastie, la décadence commence, un relâchement dans l'irrigation entraîne des mentions de famine désignées dans des textes très abîmés avec des lacunes[9].

L'anarchie des VIIe et VIIIe dynasties a accentué le pouvoir des nomarques et entraîné des guerres civiles avec, comme conséquence, des famines. Le désordre a tellement frappé l'imagination des égyptiens qu'il a servi de thème à un genre littéraire, la « littérature pessimiste » du Moyen Empire.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie des religions, Gerhard J. Bellinger, éditions le livre de poche.
  2. Le Monde des religions, « les bêtes ces âmes sœurs »
  3. jfbradu.free.fr
  4. Histoires, Livre second, LXV, Hérodote : « Si l'on tue quelqu'un de ces animaux de dessein prémédité, on est punit de mort ; si on l'a fait involontairement, on paye l'amende qu'il plaît aux prêtres d'imposer ; mais si l'on tue, même sans le vouloir, un ibis ou un épervier, on ne peut éviter le dernier supplice. »
  5. Le silence des bêtes, Elisabeth de Fontenay, éditions Flammarion.
  6. Selon le Wortschatz der Pharaonen in Sachgruppen (Hannig Lexica 2 - Mainz 1998), de R. Hannig et P. Vomberg, p. 228.
  7. cf. P. Tallet, p. 80.
  8. publiée par Heinrich Karl Brugsch, Sieben Jahre der Hungersnoth
  9. cf. J. Vandier, p. 2.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]