Alice Heine

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Alice Heine

Marie Alice Heine, née le à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) et morte le à Paris, fut duchesse de Richelieu puis princesse consort de Monaco.

Biographie[modifier | modifier le code]

Américaine d'origine française et allemande, Alice Heine, née catholique, était la fille de Michel Heine (1819-1904), richissime banquier parisien, régent de la Banque de France de 1890 à sa mort, apparenté au poète Heinrich Heine, et de son épouse Amélie Marie Céleste Miltenberger, originaire d'une riche famille de Louisiane, de souche alsacienne et catholique.

Alice naquit dans le quartier français de La Nouvelle-Orléans, au 900 de la rue Royale, où se trouvaient les hôtels de sa famille maternelle.

Duchesse de Richelieu[modifier | modifier le code]

Elle épousa à Paris le 25 (civilement) et le (religieusement) Armand Chapelle de Jumilhac (1847-1880), 7e duc de Richelieu en 1879. Ils eurent deux enfants :

Le duc de Richelieu trouva la mort le lors d'un voyage à Athènes.

Princesse de Monaco[modifier | modifier le code]

Neuf ans plus tard, le , la duchesse se remaria avec le prince Albert Ier de Monaco, dont le mariage avait été annulé en 1880 à la demande de sa femme Mary-Victoria, fille du duc de Hamilton, 1er pair d'Écosse, et petite-fille de Stéphanie de Beauharnais, adoptée par Napoléon Ier.

"Albert Ier épouse une blonde américaine de 32 ans, Marie Alice Heine (qui) a tenu à Paris un salon où elle a reçu ce qu'il y avait de plus brillant dans le monde ou parmi les écrivains et les artistes. Elle va attirer les uns et les autres sur le Rocher (..) Le moment est venu où elle s'est lassée de voir son mari voguer toujours plus loin sur les mers et les océans. Le 30 mai 1902, un jugement a séparé officiellement les époux". (Alain Decaux, op cit, p. 114 et 118).

Le prince Albert, passionné d'océanographie, lance à Liverpool, le 27 novembre 1897, un navire laboratoire, baptisé le Princesse Alice en l'honneur de son épouse[1].

"C'est à bord de la "Princesse Alice II" que Richet et Portier découvrent un phénomène considérable : l'anaphylaxie, qui ouvre la voie aux recherches sur l'immunité" (A. Decaux, op. cit., p. 119).

Alice Heine fut la première princesse américaine de Monaco ; son premier époux était l'héritier du cardinal de Richelieu, le second mari celui du cardinal de Mazarin.

Marcel Proust s'en inspira pour créer le personnage de la princesse de Luxembourg dans À la recherche du temps perdu.

Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (94e division) à Paris[2].

Évocations[modifier | modifier le code]

Elle est évoquée ainsi par Gabriel-Louis Pringué :

« La princesse Alice me disait en descendant chaque marche de l'escalier monumental [lors de la fête inaugurale de l'hôtel parisien que venait d'acheter une Américaine richissime] : "Quelle belle soirée, on connaissait tout le monde, sauf la maîtresse de maison." [...] Veuve du duc de Richelieu, elle faisait pour sa santé de longs séjours à l'île de Madère où elle rencontra le prince Albert de Monaco [...] L'ascendance américaine de La Louisiane lui avait légué une grande beauté et un immense charme [...] Désormais elle vécut une partie de l'année à Londres, étant une amie de la famille royale et personnellement de la reine Alexandra. Elle y habitait l'hôtel Claridge's, où elle avait loué à l'année un grand appartement [et] passait l'été dans son château de Haut-Buisson près de La Ferté-Bernard [...] petit château du dix-huitième siècle, aménagé avec le dernier confort anglais. Dans les boiseries du grand salon se trouvaient encastrés les portraits en pied du Cardinal de Richelieu, par Philippe de Champaigne, du Maréchal par Van Loo, et du Duc par Lawrence. Dans la bibliothèque, on pouvait admirer un très beau portrait de femme par Clouet [...] Les serres étaient magnifiques et la princesse y cultivait ces orchidées roses, dons de la reine Alexandra qui lui avait fait parvenir de Sandringham [...] Le cuisinier se montrait particulièrement remarquable. Très instruite, la princesse aimait s'entourer d'esprits cultivés, de littérateurs (Pierre Loti en juillet 1913), d'artistes et de politiciens [...] je rencontrai chez elle beaucoup de Britanniques [...] Le grand financier et politicien Joseph Caillaux venait souvent pour déjeuner de Mamers[3]

Le petit château du Haut-Buisson à Cherré (Sarthe), sorte de « folie » bâtie en 1847, de style et non d'époque Louis XV - comme le dit Pringué - par le marquis de Jumilhac, a connu depuis un sort incertain; avec son domaine il a finalement été racheté à la Sorbonne par la commune de Cherré.

Le lien suivant permet de voir encore, malgré son délabrement et le pillage de son décor intérieur (cheminées de marbre et boiseries), les grands portraits en pied, certains mutilés, des Richelieu illustres décrits par Pringué - copies XIXe des tableaux originaux ? - les jadis confortables chambres de maîtres et d'invités, les salles de bains, l'office et les pièces de service dotés encore d'éléments d'origine (penderies ou « dressings », céramiques à « cabochons », lavabos et lieux d'aisance en faïence anglaise marquée) qui témoignent d'un très moderne cadre de vie, lointain écho du fastueux train de maison décrit vers 1910 par Paul Morand, dont l'ancien hôtel particulier parisien du richissime Moise de Camondo ( musée Nissim de Camondo ) donne une idée.

Paul Morand a ainsi décrit vers 1910 la nombreuse domesticité d'Alice de Monaco :

"Chez la princesse Alice de Monaco (...) où mon père m'avait introduit, Loti, Bourget et Maupassant avaient eu, à Paris, leur couvert mis pendant dix ou quinze ans (...) On y voyait, à table, le maître d'hôtel derrière sa maîtresse, ne servant qu'elle, et derrière chaque invité un valet, perruque passée au blanc d'Espagne. Même spectacle sur le yacht Princesse Alice, qui parfois, de Madère ou de Monaco, venait mouiller devant Saint-Marc : la gouvernante en noir des pieds à la tête, la première femme de chambre en chapeau et voilette, le valet privé en jaquette, les filles de cuisine en tablier à barrette, les maids, pour le service du salon, avec bonnet de dentelle, les filles de chambre en soie noire, les blanchisseuses en toile blanche, comme dans les romans de Mrs Humprey Ward". "Venises" (Gallimard, 1971, p. 65 ).

Iconographie :

  • une photo de groupe montrant la princesse au milieu d'un groupe dans le jardin du Haut-Buisson vers 1913 est reproduit hors-texte ds l'ouvrage de Pringué;
  • son portrait d'apparat par Louis Maeterlinck (palais princier de Monaco) est reproduit en couleurs ds Alain Decaux, "Monaco et ses princes, sept siècles d'histoire" (librairie académique Perrin, 1996, puis France- Loisirs, 1997, p. 114, en face de celui d'Albert Ier par Léon Bonnat, datant de 1894 ).

Titulature[modifier | modifier le code]

Titulature simplifiée[modifier | modifier le code]

  • Mademoiselle Marie Alice Heine (1857–1874)
  • Marquise de Jumilhac (1874–1879)
  • Madame la duchesse de Richelieu et de Fronsac, marquise de Jumilhac (1879–1880)
  • Madame la duchesse douairière de Richelieu et de Fronsac, marquise douairière de Jumilhac (1880–1889)
  • Son Altesse Sérénissime la princesse de Monaco (1889–1922)
  • Son Altesse Sérénissime la princesse Alice de Monaco, princesse douairière de Monaco (1922–1925)

Titulature complète[modifier | modifier le code]

  • Son Altesse Sérénissime la princesse Alice de Monaco, princesse de Monaco, duchesse de Richelieu, de Fronsac, de Valentinois, de Mazarin, et de Mayenne, princesse de Château-Porcien, marquise de Jumilhac, des Baux-de-Provence, de Guiscard et de Chilly, comtesse de Carladès, de Thorigny, de Longjumeau, de Ferrette, de Belfort, de Thann et de Rosemont, baronne du Buis, de Saint-Lô, de la Luthumière, de Hambye, de Massy, du Calvinet et d'Altkirch, dame de Saint-Rémy, de Matignon et d’Issenheim.

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sous la mer: le sixième continent : actes du colloque international tenu à l'institut catholique de Paris, 8-10 décembre 1999, Christian Buchet, ed.Presses Paris Sorbonne, 2001
  2. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 559
  3. Gabriel-Louis Pringué, 30 ans de dîners en ville, éd. Revue Adam, 1948, pp. 134 à 136

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]