Algonquins
| Algonquins Anishinabeg |
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| Populations | |
|---|---|
| Population totale | 12 700 |
| (82% au Québec) | |
| (18% en Ontario) | |
| Autre | |
| Langue(s) | Algonquine, français et anglais |
| Religion(s) | Midewiwin |
| Groupe(s) relié(s) | Abénaquis, Innu, Anicinàpek (Nipissing, Ojibwés, Mississaugas, Saulteaux, Odawa et Potawatomi) |
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Les Algonquins ou Anishinabeg[1] sont un peuple autochtone situés principalement au Québec et un peu en Ontario, de langue algonquine, dans la famille des langues algonquiennes.
Culturellement et linguistiquement, ils sont proches des Ottawas (Outaouais) et des Ojibwés, avec lesquels ils forment le groupe des Anishinaabe, qui signifie littéralement les « vrais hommes issus de cette terre ».
[modifier] Répartition géographique
Jusqu'en 1650, les Algonquins occupaient un vaste territoire situé au nord du fleuve Saint-Laurent allant du lac des Deux-Montagnes aux Grands Lacs. Peu de temps après, ils furent repoussés par les Iroquois vers la région de l'Outaouais. Puis, la colonisation les força à remonter vers le nord, vers l'Abitibi-Témiscamingue. Finalement, au milieu du XIXe siècle, l'exploitation forestière, puis la création de barrages les obligèrent à se sédentariser sur de petites réserves. En ajoutant celle de l'Ontario, on parvient à une population avoisinant les 11 000 individus. Des Algonquins sont également installés dans les forêts du nord-est des États-Unis.
| Population des Algonquins du Québec en 2004[2] | |||
|---|---|---|---|
| Communautés | Total | résidants | non-résidants |
| Kipawa (Eagle River) | 781 | 268 | 513 |
| Hunter's Point (Wolf Lake) | 218 | 8 | 210 |
| Kitcisakik (Grand-Lac-Victoria) | 416 | 356 | 60 |
| Kitigan Zibi (Maniwaki) | 2 681 | 1 519 | 1 162 |
| Simosagigan (Lac Simon) | 1 582 | 1 287 | 295 |
| Pikogan (Abitibiwinni) | 843 | 552 | 291 |
| Kitiganik (Rapid Lake) | 648 | 530 | 118 |
| Timiskaming (Notre-Dame-du-Nord) | 1 624 | 601 | 1 023 |
| Winneway (Long Point) | 705 | 372 | 333 |
| Algonquins au Québec | 10 498 | 5 493 | 5 005 |
| Population des Algonquins en Ontario | |||
| Communautés | Total | résidants | non-résidants |
| Wahgoshig First Nation | 270 | 121 | 149 |
| Pikwàkanagàn First Nation | 1 992 | 406 | 1 586 |
| Algonquins en Ontario | 2 262 | 527 | 1 735 |
| Total | |||
| Algonquins | 12 751 | 6 020 | 6 731 |
[modifier] Culture
Peu d'Algonquins parlent encore la langue algonquine, appelée généralement Anicinàpemowin ou spécifiquement Omàmiwininimowin. Seulement un Algonquin sur cinq est capable de s'exprimer correctement en algonquin. Le problème principal est de trouver des professeurs, souvent âgés, pour enseigner aux plus jeunes, qui souvent partent ensuite dans des milieux francophones comme la ville de Val d'Or. La langue est considérée comme l'une des divergences de plusieurs dialectes des langues Anishinaabe. Entre les jeunes, la langue algonquine a connu un fort emprunt de mots de la langue cri.
Traditionnellement, les Algonquins vivaient dans une habitation en écorce de bouleau appelée wikiwàn ou en bois mikiwàn, bien que les Algonquins vivent aujourd'hui dans des logements identiques à ceux des autres habitants du pays. Ils pratiquaient le Midewiwin, estimaient qu'ils étaient entourés de nombreux manitòk. Avec l'arrivée des missionnaires français, de nombreux Algonquins furent convertis au christianisme, mais encore beaucoup pratiquent le Midewuwin ou encore une pratique entre le christianisme et le Midewiwin.
Bien que leur culture fût principalement tournée vers la chasse et la pêche, certains Algonquins pratiquaient l'agriculture et cultivaient du maïs, des haricots et des courges, les « Trois Sœurs » de l'horticulture indigène. Ils fabriquaient aussi plusieurs outils.
[modifier] Spiritualité
[modifier] Pratiques cérémonielles chez les Algonquins
Au XVIIe siècle, les Algonquins avaient l'habitude de se réunir pour des foires commerciales, des assemblées, mais également pour diverses pratiques cérémonielles. Les pratiques cérémonielles auxquelles ils participaient étaient basées sur les rapports personnels que chaque individu établissait avec le monde des esprits, que ces derniers soient bienfaisants ou malfaisants. Le peuple algonquin, établi aux abords des lacs Abitibi et Témiscamingue, croyait que tous les êtres humains, et même que tous les êtres animés, possèdent une essence spirituelle qui leur permet de participer à des cérémonies faisant intervenir le monde des esprits[3]. Parmi les pratiques cérémonielles les plus courantes, on retrouvait, entre autres, la tente tremblante, le mokouchan et la suerie «Sweat Lodge».
[modifier] Hutte à sudation
La hutte à sudation, tradition héritée des croyances animistes des premiers autochtones, consistait en une cérémonie qui se pratiquait dans une tente et dont le principe reposait sur la sudation. Il s'agissait d'un remède que les autochtones utilisaient pour préserver leur santé et prévenir les maladies. D'ailleurs, la cérémonie de la « Sweat Lodge » semblait si efficace que les premiers voyageurs français ayant assisté à des sueries importèrent cette pratique en France comme en témoigne la marquise de Sévigné[4] qui, en 1676, écrivait dans l'une de ses lettres : « J'ai achevé aujourd'hui ma douche et ma suerie… je me crois à couvert des rhumatismes pour le reste de ma vie ». Or, chez les Algonquins, le bain d'étuve[5], nom français pour parler de la suerie, n'était pas utilisé qu'à des fins médicinales, mais également à des fins propitiatoires; c'est-à-dire qu'il avait aussi pour but de rendre leur Dieu Gitche Manitou plus favorable à leur égard, notamment en ce qui concerne la chasse. La suerie « Sweat Lodge » constituait ainsi l'une des cérémonies les plus importantes pour ce peuple[6].
Lors d'une suerie, une tente spéciale de trois pieds (0,9 mètre) de haut et de trois à six pieds (0,9 à 1,8 mètre) de large, dont les dimensions variaient selon le nombre de personnes, devait être utilisée. Les Algonquins plantaient en cercle des tiges souples de saule ou d'aulne dans le sol, et ce, à environ 50 centimètres les unes des autres. Les tiges étaient recourbées et leur seconde extrémité, plantée à l'autre bout du cercle pour former une coupole. Celle-ci était, par la suite, revêtue d'écorce de bouleau ainsi que de peaux d'orignal et de caribou afin qu'elle soit hermétique. Un support en bois était ensuite placé à l'intérieur de la tente. Ce support servait à recevoir des cailloux, préalablement chauffés à l'extérieur dans un feu de camp, qui permettaient d'élever la température de la tente[6].
[modifier] Déroulement d'une suerie typique vers 1950
Pour diriger une suerie, un officiant (maître de cérémonie) est nécessaire. Mais ne dirige pas la surie qui veut, car le maître de cérémonie doit avoir reçu d'un esprit une formule qui lui est propre et que personne d'autre ne chantera. Pour donner un exemple, dans les années 1900, un algonquin du nom de Coomis a reçu sa formule alors qu'il était parti chasser seul dans la forêt subarctique. Étant seul, une épinette s'est mise à chanter : « Otè kwêtwèsh'kamet ètai'an èna'nipouyan môshwo'sit ntenten ni moi napé'o », signifiant « Ici, au milieu de la terre, je suis debout sur la montagne sans arbres. Je sais bien moi que je ne suis pas un homme[6]. » Les chants des sueries consistent en des invocations à l'adresse de l'esprit du caribou, de l'outarde, des éléments de la nature, etc. La cérémonie nécessite également un assistant qui fera chauffer les cailloux et les apportera dans la tente à l'aide de deux bâtons. Les pierres une fois placées, l'officiant entre avec les patients, qui sont complètement nus. De ce fait, les hommes et les femmes ne prennent jamais part à une même suerie. Les patients s'accroupissent, la tête sur les genoux et orientés vers le centre de la tente. Ensuite, l'officiant verse de l'eau sur les cailloux, et ce, en chantant la formule reçue de la part d'un esprit. L'eau étant versée sur les cailloux, une vapeur suffocante émane de ceux-ci. Les patients doivent rester environ une heure dans la tente, mais la chaleur est telle que l'assistant peut parfois, sur demande, relever le pan de la tente. Chez les Algonquins, la vapeur a pour effet d'extirper la maladie du patient. Une fois la cérémonie terminée, ces derniers sortent d'abord la tête, puis c'est au tour du corps sur lequel on procédera à un massage énergique avec de la mousse. Les Algonquins qui ne prennent pas part à la sudation s'installent en cercle autour de la tente, comme s'il s'agissait d'un spectacle. D'ailleurs, ils sont directement intéressés par la cérémonie puisque, plus souvent qu'autrement, elle permet l'obtention d'une chasse fructueuse, et ce, pour tous les membres de la tribu[6].
[modifier] La suerie de nos jours
Le 17 novembre 2011, lors d'une conférence donnée au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, au campus de Rouyn-Noranda, Richard Kistabish, ancien chef de la Première nation Abitibiwinni et également ancien Grand chef du Conseil algonquin, affirmait que la suerie ne se déroulait plus de la même manière de nos jours. En effet, pour lui, il s'agit davantage d'un remède pour l'âme qui se déroule de manière individuelle. Alors qu'il se retrouve seul dans la tente, l'individu qui participe à la suerie doit réfléchir à 3 points précis. Tout d'abord, il doit penser à ce qu'il a vécu au cours des derniers jours, puis à ce qu'il aimerait changer dans sa vie. Finalement, l'individu doit se concentrer sur l'un des points qu'il voudrait changer[7].
Bref, même s'il s'agissait d'une des principales cérémonies, peu de documents ou de livres font référence aux sueries chez les Algonquins. Toutefois, l'on peut constater que, de nos jours, la suerie n'a plus exactement la même signification que par les siècles passés.
[modifier] Totémisme chez les Algonquins
[modifier] Mythes et légendes Algonquines
Depuis le peuplement par les Européens au XVIe siècle, les Algonquins, pour qui la communication écrite n'était pas ancrée dans leurs traditions, transmettaient leur savoir de façon orale. Parmi ces communications orales se retrouvaient des mythes et des légendes qui se passaient de générations en générations, souvent racontés aux plus jeunes pour leur permettre d'apprendre diverses morales qui guideraient leurs comportements futurs.
[modifier] Légende du raton laveur
Des nombreux légendes et mythes qui existent dans la culture algonquine, on peut nommer celle du raton laveur évoquant l'origine de ses taches noires ou brunes aux alentours des yeux ainsi que les rayures de sa queue. Dans cette légende, il s'agit de deux vieillards qui habitent sur le bord d'un lac dans une petite cabane. Puisque les deux hommes sont pratiquement aveugles, ils se sont installés une corde qui relie la cabane au lac pour être capable d'aller chercher de l'eau. Le raton-laveur, voyant l'occasion d'une bonne blague à faire, va enlever l'extrémité de la corde du lac et l'emmène ailleurs, là où il n'y a pas d'eau. Le matin donc, un vieillard se lève et tente d'aller chercher de l'eau. Évidemment, au bout il n'y trouve que de la poussière et des roches. Il retourne donc voir son comparse et lui explique la situation. Pendant ce temps, le raton-laveur reprend la corde et la remet dans le lac. Alors le deuxième vieillard, qui ne croyait nullement le premier, sort dehors et suit la corde et arrive au lac. Les deux vieux hommes commencent donc à s'engueuler sur le sujet alors que pendant ce temps, le raton laveur rigole dans son coin. Nanabush, un esprit vénéré par les Algonquins, apparaît alors et explique aux deux hommes ce qui s'est passé avec le raton laveur dans les mains. Les deux hommes, pour se venger, décidèrent donc de prendre de la suie du feu et de faire deux belles marques sous les yeux. Ils continuent ensuite en passant la queue du raton au-dessus du feu en le balançant, ce qui fit ces belles marques rayées. La morale de cette légende, telle qu'expliquée par le conférencier, est de toujours respecter ses ainés et de ne pas tenter de rire d'eux[8].
[modifier] Morale
On peut remarquer plusieurs éléments habituels dans cette histoire qui refont surface dans la plupart des légendes algonquines. Tout d'abord, les vieillards reviennent souvent dans ces contes car il y a une grande notion de respect. Il y aussi l'insertion d'un élément naturel, plus fréquemment un animal ou encore un arbre/plante, car, comme expliquée ci-haut, ils font partie intégrante de la vie. On peut ensuite voir apparaître un esprit, dans ce cas-ci Nanabush, car les esprits inspirent la sagesse et viennent réparer la situation en tort. De plus, bien évidemment, toute légende se termine par une morale ou une leçon de vie, que ce soit dans la culture algonquine ou dans toute autre nation ou ethnie.
[modifier] Légende de l'ancêtre du caribou
C'est l'histoire d'un vieil homme qui sentait que sa fin approchait et qui en était très triste. Cet homme aimait tellement vivre. Il se rappelait du temps où il était jeune et fort et le plaisir qu'il ressentait à chasser le caribou. Il revivait en lui des moments de chasse incroyable. Il se disait qu'il lui fallait absolument voir un dernier caribou avant de mourir. Partir pour l'autre monde sans avoir vu un caribou serait manqué de respect envers le maître des espèces terrestres. Il décida donc de quitter la demeure et d'aller loin de son village pour aller voir un caribou pour une dernière fois. Dehors, il commençait à faire vraiment très froid. Cela importait peu pour le vieil homme en comparaison à son rêve. Il n'avait pas encore vu l'animal qu'il désirait tant et commençait à se sentir faible. Il croyait que le caribou était caché, à l'abri du vent, à l'abri du froid. Le vieil homme sentait le froid s'introduire dans ses articulations. Il s'effondra alors au sol, face contre neige, la longue barbe déjà toute gelée. Une peine l'envahit alors, sentant qu'il ne verrait jamais l'animal. Le maître créateur entendu les pleurs du vieil homme. Il comprit tout l'amour qu'il portait à la nature et particulièrement pour les caribous. Le maître créateur décida donc de nommer le vieil Innu « maître caribou »[9]. Le vieillard sentit toutes ses forces revenir et sa douleur disparut. Il devint alors le maître caribou. C'est pour cette raison que le caribou est blanc seulement sous la bouche. Il s'agit de la longue barbe du vieil Innu[10],[11].
[modifier] Animisme et spiritualité
Chaque chose et être est habité par des esprits. On peut également prendre comme preuve de ces légendes et mythes la grande présence des chamans à travers les différents peuples algonquiens. Ces chamans sont en fait ceux qui ont le pouvoir de communiquer avec les esprits ainsi que de les influencer pour qu'ils apportent la prospérité et la santé à leur village respectif. Pour communiquer avec les esprits, par exemple, les chamans effectuaient la tradition de la tente tremblante qui permet de communiquer avec les esprits des personnes décédées[12].
[modifier] Histoire
L'histoire des Amériques commence souvent avec sa découverte par l'italien Christophe Colomb en 1492, mais pourtant, les premières traces de vies sur le continent remontent à environ 25 000 ans avant notre ère. C'est petit à petit que des vagues d'autochtones se succédèrent et au fil des glaciations peuplèrent l'Amérique. Au Québec, on relate l'arrivée des premiers occupants vers 15 000 ans avant notre ère suite au retrait tardif du glacier. Au Nord-Ouest du Québec, en Abitibi-Témiscamingue, « ce n'est que vers 10 500 ans avant notre ère que débute la libération des glaces qui emprisonnent jusqu'alors le territoire[a 1] » et le peuplement.
[modifier] Origine
Traditionnellement, les Algonquins ou Anishinaabeg en langue algonquine, vivaient d'un mode de vie nomade, de chasse et de pêche ainsi que de la cueillette de petits fruits. À l'origine, les premiers habitants Algonquins s'établissent autour des lacs Témiscamingue et Abitibi, mais aussi plus au Sud, sur les rives de la rivière Outaouais, au Nord jusqu'aux territoires des Cris, à l'Est, ils côtoyaient les Attikameks sur les terres du Haut-St-Maurice et à l'Ouest jusqu'aux territoires des Ojibwés situés au moyen Nord de l'Ontario actuel[13].
[modifier] Contact avec les « Blancs »
Des années 1760 à 1820, le commerce des fourrures pratiqué par les Algonquins est florissant et offre un bon moyen d'échange avec l'homme blanc. C'est à l'aide des postes de traite que ces échanges se font. Entre 1678 et 1685, les Français construisirent un poste de traite, le fort Témiscamingue et en 1686 celui du fort Abitibi qui permettent l'échange avec les Algonquins de la région[14]. Autour de 1820, l'industrie du bois connait un essor et oblige les Algonquins à se retirer plus loin à l'intérieur du territoire du Québec[15]. Bientôt, la colonisation du Nord-Ouest du Québec par la population euro-canadienne accentuera ce processus.
[modifier] De 1850 à aujourd'hui…
C'est au milieu du XIXe siècle que la sédentarisation des Algonquins s'est accentuée, parallèlement à la colonisation de l'Abitibi-Témiscamingue. « Après la guerre de 1812, le principal souci des administrateurs responsables des Autochtones fut de « civiliser » les chasseurs nomades en faisant d'eux des agriculteurs. À partir de 1850, la désignation de terres réservées aux Amérindiens devint une étape importante des traités [...]»[16]. 1851 fut l'année de création des deux premières réserves algonquines du territoire du Québec: Kitigan Zibi et Timiskaming.
« De 1940 à 1974, plusieurs réserves se sont constituées, entre autres celles de lac Simon, de Lac-Rapide, de Pikogan et de Kebaowek. Certaines communautés ne sont cependant pas constituées en réserve : Kitcisakik et Hunter's Point»[17]. Aujourd'hui, on peut compter neuf communautés algonquines au Québec. Parmi ces réserves, sept se retrouvent en Abitibi-Témiscamingue : « Hunter's Point, Kebaowek, Lac-Simon, Kitcisakik, Pikogan, Timiskaming et Winneway. Les deux autres réserves algonquines, Lac-Rapide et Kitigan Zibi, sont situées dans la région de l'Outaouais[17]. Il faut savoir que plusieurs Algonquins vivent à l'extérieur des réserves qui leur sont attribuées. Les villes d'Amos, Val-d'Or et Maniwaki sont parmi les villes où ils sont établis dans les régions périphériques du Québec[18].
[modifier] La chasse et la pêche
Les Algonquins, avant l'arrivée des Européens, étaient un peuple qui subsistait grâce à la chasse, la pêche et la cueillette. Selon la saison ils sont soit chasseurs ou pêcheurs[19]. D'une part, en été quand ils pratiquent en majeur parti la pêche et la chasse aux oiseaux aquatiques, d'autre part, l'hiver, ils survivent grâce à la chasse aux mammifères terrestres[19].
[modifier] L'hiver
La chasse était l'une des activités de subsistance les plus efficaces, car non seulement le gibier les nourrissait, mais ils pouvaient se servir de la peau des animaux pour concevoir des vêtements chauds qui les aidaient à passer au travers des hivers. Ils chassaient toute sorte de gibiers tels que les cervidés, des ours, des rongeurs, des oiseaux. Ils devaient adapter leurs techniques de chasse au type de gibiers chassés. Par exemple, ils utilisent la trappe pour attraper les petits rongeurs et font une chasse collective pour abattre un orignal. Une chasse collective est une chasse où l'on sépare une bande d'Algonquins en deux groupes. Le premier groupe a pour rôle de trouver l'animal et de diriger sa fuite vers un enclos ou un couloir de lances. Les autres se cachent et abattent l'animal le moment venu. Ils pouvaient utiliser le chien domestique pour tuer ou attraper un animal dans une rivière ou dans un endroit où le poids de l'humain l'empêche d'aller, c'est-à-dire de la neige molle ou sur la glace[19]. On estime que durant l'hiver, une famille autochtone, c'est-à-dire 15 à 20 personnes, avait besoin d'environ 135 km² de territoire pour satisfaire leurs besoins en nourriture. Cependant, il est important de prendre en considération que plusieurs facteurs pouvaient influencer ce chiffre tel que la dispersion du gibier, la présence de montagne, de lac, de rivière et de clairière[19]. Avant les grosses neiges, les Algonquins pratiquaient parfois la pêche sur la glace, mais à leur manière, c'est-à-dire de faire un gros trou dans la glace et à l'aide d'un système complexe de perche, de ficelle et de trous adjacents ils fabriquaient un filet[19].
[modifier] L'été
L'été est considéré comme une saison d'abondance. Premièrement, il n'y a plus de glace ou de neige qui restreint l'accès aux plans d'eau. Deuxièmement, avec le changement de saison, il y a la migration de plusieurs espèces d'oiseaux, donc à l'aide arc à flèche ils pouvaient abattre des bêtes à plumes. Ils utilisaient plusieurs techniques de pêche telle que la pêche au filet, à la ligne, au barrage et au harpon. La pêche au barrage consiste à construire un barrage à l'aide de branche de sorte que l'eau puisse continuer son chemin, mais que le poisson ne puisse pas passer entre les branches, ensuite il suffit de recueillir le poisson[19]. De surcroît, l'autochtone se nourrissait d'une variété considérable de fruits sauvages[19].
Les Algonquins, avant l'arrivée des Européens, n'apportaient aucune modification à leur écosystème, ils vivaient en harmonie avec la nature. Ils chassaient, pêchaient et cueillaient selon leur capacité. Cependant, cette harmonie fut brisée avec l'arrivée des blancs, c'est-à-dire qu'ils chassaient pour commercer avec les caucasiens.
[modifier] Le commerce du tabac
[modifier] Premier contact entre les Européens et les Algonquins de l'Abitibi-Témiscamingue
[modifier] Perception des Autochtones
Avant même de connaître les Européens, les peuples habitant l'Abitibi-Témiscamingue craignaient les nouveaux arrivants. Les raisons motivant les peurs des premières nations sont les maladies qui touchaient les peuples qui avaient déjà fait affaire avec les « Blancs ». En effet, les Algonquins avaient entendu parler de nombreuses victimes de maladie que comptaient les villages autochtones ayant été en contact avec l'homme blanc. Les peuples algonquiens vont jusqu'à appeler les étrangers « Nottaways » et « Nadowas » signifiants ennemis ou vipère en algonquin. C'est vers les années 1700 que les premiers contacts se font entre les Autochtones de l'Abitibi-Témiscamingue et les explorateurs européens venus à la recherche de nouvelles richesses à exploiter. Cette rencontre entre deux cultures bouleversera complètement le mode de vie algonquin[a 2]
[modifier] Premier contact officiel
Le chevalier de Troyes ou Pierre de Troyes serait possiblement le premier Européen à prendre contact avec les Autochtones abitibiens. En 1686, Pierre de Troyes et une centaine d'hommes partent en direction de la baie James pour combattre les Anglais en poste au fort Rupert (fort Charles), au fort Monsipi (fort Saint-Louis) et au fort Alpany (fort Quichichouane). Pour se rendre à ces endroits, les hommes de Troyes durent passer par le lac Témiscamingue et le lac Abitibi. Ces deux lacs sont des endroits où vivaient respectivement les Témiscamingues (Algonquins) et les Abitibis (Cris) de l'époque et c'est pour cela qu'un contact entre ces peuples est très fortement possible[a 3].
[modifier] Début de la cohabitation
Par ailleurs, ce sont les trafiquants de pelleterie qui seront les premiers à prendre contact à long terme avec les Algonquins de l'Abitibi-Témiscamingue. À leur premier contact, ces marchands cherchent à commercer des peaux de castors. Les premiers habitants du territoire sont attirés par les objets que les Européens leur apportent. Ce sont des marchandises bons marchés, rapidement intégrés à leurs habitudes de vie, ainsi que leur besoin de plus en plus grand en peaux de castor qui seront la cause du bouleversement de vie des Autochtones. Les nouveaux besoins créés par les biens des Européens poussera les Algonquins à chercher de plus en plus de peaux de castor. Ces objets, bien que banals, les rendront dépendants de leur relation avec ces derniers. En effet, les équipements, utiles à la vie de tous les jours, deviendront essentiels à ce nouveau mode de vie[a 4].
[modifier] Mariage entre deux cultures
Ces nouveaux contacts prendront parfois la forme de mariage entre Européens et Algonquins. Les ménages résultant de ce type d'union cherchent à devenir sédentaires, mais ils conserveront certaines traditions algonquines. La plupart s'installent près des postes de traite de la région. Par contre, la Compagnie de la Baie d'Hudson, employeur des chasseurs, cueilleurs, n'approuve pas ce type de relation. En effet, lorsque les hommes partent en expéditions ou retournent en Europe, la compagnie prend soin de leur famille et cela représente une responsabilité que la compagnie ne désire pas avoir[20],[21],[22].
[modifier] Les Algonquins durant la guerre
Ils combattirent les Iroquois parce qu'ils avaient une rivalité dans le commerce des fourrures et formèrent une alliance avec les Innus (Montagnais) de l'est en 1570 et avec les Français en 1603. Le père du chef Algonquin Capitanal combattit les Iroquois avec Samuel de Champlain et mourut à ses côtés.
C'est le chef Algonquin Capitanal qui demanda à Champlain l'établissement d'un poste permanent pour la traite des fourrures à Trois-Rivières, ce qui fut fait quand le sieur Laviolette débarqua à Trois-Rivière le 1er juillet 1634.
En 1643, à Ville-Marie (Montréal), on procéda à 35 baptêmes dont celui du chef algonquin Paul Tessouat. Celui-ci vivait avec son peuple, la nation Kichesipirini (Kitche=Grande, Sipi=rivière) sur l'Île aux Allumettes sur les rives de la rivière des Outaouais.
En mai 1660, quatre guerriers algonquins, venant des Trois-Rivières, faisaient partie de la petite troupe de 17 français commandée par Dollard Des Ormeaux à Long-Sault, pour affronter les Iroquois. Ce fait d'armes fut appelé la bataille de Long sault.
Ils prirent part à la révolte indienne du chef Pontiac contre les Britanniques après la capitulation de Montréal en septembre 1760.
[modifier] Loi sur les Indiens
Au XIXe siècle, l'industrie forestière est en plein essor au Québec, mais un problème la ralentit : les autochtones. Le gouvernement prend donc les choses en main et essaie de trouver une solution au problème. La Loi sur les Indiens est considérée comme la solution à ce problème.
[modifier] L'origine de la loi sur les Indiens
La loi sur les Indiens est la principale loi canadienne traitant des autochtones. Elle a été instituée en 1876. Avant l'entrée en vigueur de cette loi, le statut d'indien est considéré comme un état transitoire qui attribue à l'autochtone une protection jusqu'à ce qu'il devienne comme les citoyens canadiens et qu'il s'installe sur une terre pour y vivre avec sa famille hors d'une réserve[23]. Quelques lois inspirées de la loi constitutionnelle de 1867 existaient déjà et promouvaient l'assimilation des Indiens à la société. En fait, au milieu du XIXe siècle, le gouvernement canadien prévoyait la disparition complète des autochtones à cause de la colonisation et du développement urbain[24]. La loi sur les Indiens devait faciliter leur assimilation.
[modifier] L'assimilation
La Loi sur les Indiens avait un objectif ultime qui était la perte du statut de l'indien par l'assimilation. La notion d'émancipation était au cœur de la loi sur les Indiens. Si les autochtones satisfaisaient certains critères (article 109), ils pouvaient retrouver leur liberté et vivre hors de toute tutelle. L'article 109 traitait de l'émancipation : « Lorsque le ministre signale, dans un rapport, qu'un Indien a demandé l'émancipation et qu'à son avis, ce dernier
- est âgé de vingt et un an révolu,
- est capable d'assumer les devoirs et les responsabilités de la citoyenneté
- pourra, une fois émancipé, subvenir à ces besoins et à ceux des personnes à sa charge
Le gouverneur en conseil peut déclarer par ordonnance que l'Indien, son épouse et ses enfants mineurs célibataires sont émancipés[25].» l'émancipation est de rendre libre, affranchir d'une autorité ou d'une contrainte. Pour la majorité des habitants du Canada, l'émancipation est automatique dès la naissance. Il n'en était pas de même pour l'Indien qui devait être âgé de 21 ans même si l'âge majeur est de 18 ans[24]. Le ministre des Affaires indiennes jugeait ensuite de la capacité de l'autochtone à subvenir aux besoins des personnes placées sous sa charge et c'est seulement à ce moment qu'il pouvait être émancipé. La mention sur l'âge de 21 ans n'a été changée qu'en 1985 c'est-à-dire 14 ans après que le Code civil ait fixé l'âge de la majorité à 18 ans au Québec[25]. Les Indiens devaient donc choisir entre deux options : la tutelle permanente par le gouvernement et n'avoir pas plus de droits qu'un mineur ou l'émancipation qui se résumait à l'assimilation et à perdre leur identité et leurs coutumes.
[modifier] Discrimination des sexes et dépendance
Une discrimination sur les sexes était présente dans la Loi sur les Indiens. Une femme autochtone qui se mariait à un homme non indien perdait automatiquement son statut d'indien[25]. En effet, elle devait donc quitter la communauté et perdait tous ses droits de participation à la politique indienne. De plus, elle ne pouvait plus être enterrée parmi ses ancêtres. Un homme autochtone épousant une non autochtone n'avait pas à se conformer à ces conditions[25]. Cette partie de la Loi sur les Indiens n'a été abolie qu'en 1985 après de longues luttes des femmes indiennes contre cette injustice[24]. La Loi sur les Indiens ne s'arrête pas là, si un Indien obtenait un diplôme universitaire, il était automatiquement émancipé et avec lui, sa famille et tous ses descendants. De plus, le gouvernement pouvait émanciper sans raison et sans son consentement un Indien sous la simple recommandation du surintendant général des affaires indiennes[25].
En conclusion, malgré les grands changements apportés à la Loi sur les Indiens en 1951 et en 1985, cette loi demeure la principale par laquelle le gouvernement canadien peut exercer son pouvoir sur les Indiens inscrits. Elle régit encore aujourd'hui la plupart des aspects de leur vie. Notamment les terres et les ressources ainsi que l'éducation[26],[27].
[modifier] Les femmes Autochtones
[modifier] Les femmes et la Loi sur les Indiens
La Loi sur les Indiens établie en 1876 enleva notamment le pouvoir politique aux femmes autochtones. Mis à part ce pouvoir, les femmes autochtones étaient très bien traitées par les hommes de leurs sociétés. Leurs conditions ont complètement été dénigrées depuis cette Loi sur les Indiens. Ces femmes vivent des conditions très différentes des femmes québécoises. Cette Loi démontre un exemple bien flagrant : une femme qui ne mariait pas un homme autochtone, donc qui mariait un Européen perdait tout ce qu'elle avait. Par exemple : Plus d'accès aux soins de santé et non plus à l'éducation dans la réserve. De plus, elles ne peuvent même plus recevoir d'héritage de leurs propres parents et être enterrées sur des lieux sacrés.
[modifier] Les conditions de vie des femmes autochtones
Plusieurs causes sont à l'origine des moins bonnes conditions de vie des femmes telles que ; l'enlèvement de leurs enfants quand ils sont partis dans les pensionnats notamment dans celui de St-Marc-de-Figuery (près d'Amos) en Abitibi-Témiscamingue en 1950 et également à cause des Services sociaux qui venaient leur enlever leurs enfants. Il y a aussi le fait qu'avant, toute la communauté se nourrissait de viande sauvage et que maintenant elles ont une alimentation plus nocive pour la santé. Finalement, il y a le fait que les jeunes femmes sont plus précoces pour fonder une famille. Certaines d'entre elles ont des enfants parfois dès l'âge de 12 ans.
Même si les femmes sont dans un mouvement de progrès depuis la modification de la Loi sur les Indiens en 1985, reste que dans les différentes réserves autochtones du Québec ou algonquines de l'Abitibi-Témiscamingue, il y a encore du chemin à faire pour pouvoir dire qu'elles ont de bonnes conditions. Premièrement, l'espérance de vie de ces femmes (65 ans et + = 4 525 habitants) est plus élevée que celle des hommes (65 ans et + = 2 951 habitants) dans tout le Québec[28]. De plus, elles sont plus mal en point qu'avant. Ceci est dû entre autres à leurs inactivités au sein de leurs communautés. Auparavant, les femmes avaient un mode de vie plus actif, car elles étaient très impliquées au travail qui leur demandait de faire de gros efforts physiques. On assiste donc présentement aux conséquences de ce changement drastique de leurs modes de vie ce qui résulte d'un passage d'une société nomade à une société sédentaire davantage oisive.
Selon le conférencier Richard Kistabich, la violence est encore énormément présente, elle a diminué certes, mais de manière très minime. Le suicide est devenu chose banale ce qui est très désolant, car la moyenne de jeunes résidents dans ces communautés qui se suicide est de 12-13 ans.
[modifier] Un avenir pour ces femmes
La Fédération des femmes autochtones du Québec (FAQ) fondée en 1974 est là pour défendre les droits des femmes autochtones. Cette association dénonce entre autres la violence faite aux femmes, car elle estime que 8 femmes sur 10 sont victimes d'une forme de violence sur les réserves. L'association démontre qu'en effet la violence débute souvent par la négligence parentale, l'inceste, les abus autant physiques que verbaux. De plus, comme la violence est un cercle vicieux, la plupart du temps, les femmes reproduiront la violence sur leurs propres enfants.
Une lueur est enfin apparue à ces femmes en 1985 alors qu'il y a eu correction de la Loi sur les Indiens, qui a fait en sorte qu'elles ont pu retrouver leurs statuts d'Indiennes. Après tant d'années à s'être battu, à avoir lutté et protesté leurs droits, celles-ci ont quand même retrouvé ce qui leur avait été enlevé[29].
[modifier] Temiscaming First Nation
La réserve indienne Timiskaming First Nation, située au nord de Notre-Dame-du-Nord, est l'une des plus vieilles réserves au Québec. Elle fut créée à la suite des grandes pressions effectuées par les Algonquins sur le gouvernement. En effet, depuis le début des années 1840, les Anichinabes veulent obtenir de nouvelles terres pour remplacer celles qui ont été dévastées par le travail forestier ou demandent la protection pour celles déjà existantes. En réponse, le gouvernement du Canada-Uni remet en 1851 93 800 hectares de terres, ce qui permettra plus tard la construction de 11 réserves à l'échelle du pays, sur lesquelles l'utilisation est réservée uniquement aux premières nations. Suite à cette décision, le 9 août 1853, la réserve de Timiskaming fut créée. Elle compte à l'époque une étendue totale de 15 540 hectares. Elle s'étend au nord de la rivière des Outaouais, de la ligne de division du Haut et du Bas-Canada et se poursuit jusqu'à la tête du lac Témiscamingue. Elle s'étale sur 9,6 kilomètres de largeur et sur 16 kilomètres de profondeur. Plus concrètement, le territoire accordé correspond aux limites du canton de Nédelec. Cependant, les Algonquins de Temiskaming souhaitaient obtenir le territoire couvrant l'ensemble de la rive est du grand lac Témiscamingue, soit 100 000 acres. Cette demande fut refusée et seulement le secteur de la tête du lac leur fut attribué, soit le tiers du territoire demandé correspondant à 38 400 acres.
[modifier] Les habitants de la réserve de Temiskaming
Elle est mise en place pour les Anichinabes nomades de la région, soit les Algonquins, les Outaouais et les Népissingues. Le nom algonquin des résidents de l'époque en 1853 est « Sagiwan icana bi» et se traduit ainsi «Peuple dont la résidence principale est la tête du lac» . Les premiers résidents de la réserve furent principalement des Anichinabes métissés. Les Oblats, missionnaires colonisateurs, espèrent fortement que les résidents Métis influencent les Algonquins à abandonner leur mode de vie traditionnel, pour une conversion vers l'agriculture. Toutefois, les résultats ne sont pas ceux désirés, les Algonquins continuent le nomadisme, les activités traditionnelles et ils alternent entre la vie à la réserve de la Tête-du-lac et leurs territoires de chasse pendant plusieurs années.
[modifier] La première division du territoire débutant peu avant XXe siècle
Comme les Algonquins pratiquent peu l'agriculture, les Eurocanadiens ont exercé plusieurs pressions pour obtenir la possibilité d'utiliser les territoires protégés et non protégés des Algonquins. Parmi toutes les pressions effectuées, les plus impressionnantes sont celles réalisées dans le but d'obtenir les terres de la réserve de la Tête-du-lac. Voici le résumé des plus importantes étapes effectuées dans la réduction du territoire qui ont commencé peu avant le XXe siècle et qui se sont perpétuées tout de long des années 1900.
En 1854 et 1858, le législateur du pays effectue l'arpentage de tout le secteur afin de délimiter précisément les limites de la réserve octroyée en 1853. La frontière ouest fut modifiée, c'est-à-dire qu'elle est réduite à 1,6 kilomètre de la frontière interprovinciale. Cette nouvelle organisation du secteur, appartenant à la communauté, amène plusieurs protestations des résidents autochtones. Le gouvernement décide, en 1876, de faire l'arpentage de nouveau afin de répondre aux nombreuses protestations des Anichnabes. Cette nouvelle expertise confirme les résultats obtenus en 1858. D'ailleurs, il semblerait que les arpenteurs auraient eu certaines directives demandant de prendre en considération les concessions forestières dans cette nouvelle délimitation. Il est important de savoir qu'à cette époque le domaine forestier est plus actif que jamais. En 1894, les colons et les entrepreneurs forestiers exercent une pression continue sur les premières nations qui les amènent à vendre la partie de leur territoire près de la rivière Des-Quinze. Du même coup, les colonisateurs blancs entreprennent l'exploitation du pin et l'établissement de colons sur cette section de la réserve de 1853.
En 1902, la municipalité de Notre-Dame-du-Nord, connue à l'époque sous les noms de Murray city et Nord-Témiscamingue, fut créée suite à la vente de la partie nord et de la partie est de la réserve par le conseil de bande. C'est à partir de cette date que les colons ont commencé l'agriculture sur le terrain des Indiens.
En 1905, le conseil de bande procède à d'autres ventes de terres boisées et les ventes sont effectuées par le gouvernement fédéral. L'argent amassé va dans les coffres de la réserve pour le financement de projets spéciaux, ainsi que pour les infrastructures.
[modifier] La création de Nédelec
En 1909, Nédelec, un village situé au nord de la réserve de Temiskaming, est fondé sur la partie est des territoires obtenus en 1902. Les autorités civiles et religieuses ainsi que les colons, de la région de Nédelec, désirent fortement acheter la section nord de la réserve afin d'étendre les limites leur localité. Ils insistent fortement sur les membres de la bande, qui majoritairement, ne désirent pas vendre de nouvelles sections de leur territoire. Pourtant, les promoteurs des agrandissements donnent toujours les mêmes arguments: ils affirment que des terres fertiles sont gaspillées, puisque les Algonquins ne les cultivent pas et ne les colonisent pas. Entre les années 1920 à 1930, ils invitent à 5 reprises les membres de la nation algonquine à voter sur la vente. Les missionnaires colonisateurs particulièrement le curé Louis-Zéphirin Moreau exercent des pressions pendant les années, 1930 auprès de différent ministre, sous-ministre et député pour obtenir le territoire de la réserve. Les noms connus qui ont été contactés par le curé sont:
- Ministre de la Colonisation, Hector LaFerté
- Ministre des Terres et Forêts, Honoré Mercier
- Député du Parti conservateur, dans la circonscription de Pontiac, Charles Bélec
- Sous-ministre de Terres, F.X. Lemieux
En 1922, les Amérindiens de Timiskaming refusent une autre proposition des blancs. Cette dernière comprenait entre autres l'échange de terrain de la réserve contre un autre territoire situé au nord du lac Des-Quinze, dans le canton de Villars.
En 1937 et 1938, deux votes ont lieu, toujours avec une réponse négative. Toutefois, dans la dernière tentative, des gens de la communauté de Nédelec ont décidé de s'introduire illégalement dans la réserve autochtone, en dépit des risques associés à la transgression des lois canadiennes.
[modifier] Le vote décisif
En 1939, plus précisément le 22 juin, un vote a lieu et les Anichinabes livrent une réponse partagée: ils sont 19 à accepter et 24 à refuser. C'est devant cette division des résidents de Timiskaming que les promoteurs blancs décident de mettre de grandes pressions et d'organiser un deuxième vote deux jours plus tard. Même si certains Anishinabes refusent toujours, des représentants du gouvernement provincial, associés aux missionnaires-colonisateurs, choisissent de mettre en branle des incitatifs très intéressants pour les convaincre. Le représentant des affaires indiennes a même promis une somme de 25$ à tous les Anichnabes, si un vote positif est obtenu. Les Anichinabes acceptent finalement de céder leur territoire avec un vote final à l'unanimité. Les Algonquins autorisent cette cessation à contrecœur, sous quatre conditions :
- Le gouvernement paye 30 000$ pour l'achat de 9000 acres de la réserve.
- Il abandonne ses droits sur cette partie de la réserve.
- Il accepte que l'argent qui sera obtenu, dans le cas de futures ventes des autres parties de la réserve, soit versé dans le fonds des Anichinabes habitant sur la réserve, par le biais du gouvernement fédéral.
- Il promet d'accorder les subventions et les avantages compris dans les programmes de colonisation aux Anichinabes de la réserve, en date du 24 juin 1939, qui veulent s'établir à titre de colon sur les terres de la réserve.
Les cessions de territoires présentées sont les plus majeures dans l'histoire de Timiskaming mais il est important de savoir qu'il y en a eu 40 en tout et tous sont considérés comme suspects. Elles font présentement l'objet d'étude.
[modifier] Aujourd'hui et la conclusion
Selon le recensement de 2007, il y a 593 Algonquins résidents et 1037 non-résidents, ce qui fait une somme globale de 1630. Pour ce qui est de son territoire, elle compte maintenant une superficie de 21,49 km2. La réserve, qui de nos jours, n'est plus du tout la même en raison de la diminution considérable de son territoire et l'évolution de sa population. Finalement, cette réserve a une histoire unique qui la différencie grandement des autres réserves autochtones.
Bibliographie:
Riopel, Marc (2002). Le Témiscamingue son histoire et ses habitants, [s.l.], Éditions Fides, 366p.
Direction des communications du ministère du Conseil exécutif (s.d.). Amérindiens et Inuits – Portrait des nations autochtones du Québec, http://www.autochtones.gouv.qc.ca/publications_documentation/publications/document_11_nations.pdf (Consulté le 27 novembre 2011).
Desjardins, Richard et Monderie, Robert (2007). Le peuple invisible [Enregistrement vidéo], Canada, Office national du film du Canada, 91 min 16 s.
Dossier Affaire Nédelec, Société d'histoire du Témiscamingue.
[modifier] Les effets des pensionnats
À la fin du XIXe siècle, le gouvernement fédéral a signé des ententes avec différentes églises afin qu'elles maintiennent et gèrent des pensionnats où les enfants algonquins verraient et comprendraient le monde à travers un système de valeurs et de croyances européen. Cependant, les méthodes utilisées par les missionnaires du Canada n'ont pas été nécessairement moralement correctes. Par exemple, en Abitibi-Témiscamingue, les enfants algonquins ont été déplacés de force par les autorités jusqu'au pensionnat de St-Marc de Figuery. Ces fameux pensionnats ont amené des conséquences sur la personne ainsi que sur la communauté.
[modifier] Effets sur les jeunes Algonquins
Ouverts au milieu du XXe siècle jusqu'en 1970, pour la majorité des personnes ayant fréquenté ces pensionnats, le plus grand traumatisme a été d'être séparé de leurs parents et de leurs familles durant de longues périodes (10 mois par années) et ce, sans avoir été consulté à l'avance. Durant cette période, les enfants étaient soumis à une langue qu'ils ne connaissaient pas, une culture, un mode de vie et à des attentes face à la société sans l'aide de personne pour s'occuper de leurs vrais besoins, soit avoir de l'affection de leurs proches, sans pouvoir pratiquer les loisirs associés à leur culture à eux, etc. Cette assimilation a été parfois réalisée dans un contexte d'abus de la personne. Certains jeunes Algonquins ont subi des sévices, psychologique et sexuel. La moindre transgression au régime disciplinaire entrainait une agression verbale ou physique. Il y a eu des cas d'enfants qui ont été battus, enfermés à la noirceur dans des armoires, agressés sexuellement ou forcés à demeurer à genoux les bras étendus pendant de longs moments. Tous ces abus et ces négligences face aux personnes, la promiscuité, les conditions d'hygiène ont entrainé un taux très élevé de tuberculose, entrainaient la mort de beaucoup d'entre eux. Dû aux nombreuses tâches, beaucoup d'entre eux n'ont pas réussi à acquérir au-delà des connaissances scolaires de base et ils n'avaient pas de temps pour des activités récréatives. C'est pourquoi de nombreux survivants disent qu'on leur a volé leur enfance.
[modifier] Effets sur la communauté
Les effets sur les communautés algonquines ont débuté dans les années 1950 et ont toujours été présents dans celles-ci. La communication entre les proches est devenue difficile, car on forçait les enfants dès leur jeune âge à se départir de leur langue. Prises dans leur ensemble, ces difficultés ont contribué à l'éclosion de problèmes sociaux sérieux dans certaines communautés, notamment un manque d'initiatives, la dépendance aux autres et un taux élevé d'alcoolisme et de violence dans la communauté. Cependant, il y a eu un effet positif. Ces pensionnats indiens ont renforcé le lien entre les enfants, un lien qui les aidait à tenir le coup face aux nombreuses choses atroces qui se passaient.
[modifier] Conclusion
En somme, les pensionnats des années 1950 ont eu une très grande influence, surtout négative auprès des personnes des communautés algonquines. Des commissions comme celle de la vérité et de la réconciliation, présidées par Richard Kistabich, œuvre dans le but de faire comprendre à la population les enjeux des peuples autochtones et faits de son mieux pour améliorer leurs conditions.
Bibliographie
Fondation autochtone de l'espoir, Archives nationales du Canada, que sont devenus les enfants ? (Livre et DVD)
Dion Stout Madeleine et Kipling Gregory 2003, Peuples autochtones, résilience et séquelles du régime des pensionnats, Ottawa, Collection recherche de la fondation autochtone de guérison, 64p.
Tiré de la conférence de M. Richard Kistabich, 17 novembre 2011 au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue
[modifier] Notes et références
- Guide terminologique autochtone. Annexe 1 : Orthographe des nations autochtones au Québec.
- Secrétariat aux affaires autochtones (Région du Québec) -Populations indienne et inuite au Québec au 31 décembre 2006
- La traite des fourrures dans l'est de la Baie-James 1600-1870, Daniel Francis et Toby Morantz (1984), p.41-42
- Après le mariage de sa fille avec le comte de Grignan (1669), elle écrivit à celle-ci de nombreuses lettres, ainsi qu'à d'autres correspondants. Ses Lettres constituent des documents précieux sur la vie aristocratique au XVIIe siècle et valent par leur génie littéraire. Dictionnaire Hachette, p.1489
- Étuve : endroit clos dont on élève la température pour provoquer la sudation. Dictionnaire Le Petit Robert 2011, p.955
- Rites païens de la forêt québécoise : la tente tremblante et la suerie : Extrait des Cahiers des Dix, Jacques Rousseau (1953), no 18, p.148-154
- Explications de Richard Kistabish, Algonquin de la Première nation Abitibiwinni lors d'une conférence donnée au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, 17 novembre 2011.
- Légende du raton laveur, Richard Kistabish, conférencier algonquin, agent de liaison canadien
- Légende du caribou, Maurizio Gatt, Littérature amérindienne du Québec, 2004, page 61-63
- Le monde en image
- Photo de caribou
- Rituel de la tente tremblante et présence des chamans dans la religion algonquienne
- Terra incognita des Kotakoutouemis L'Algonquinie oriental au XVIIe siècle, Robert Chamberland, Les presses de l'université Laval, Le musée canadien des civilisations, 2004, p 70-76
- 5394 Postes de traite
- 1810: Naissance du commerce du bois et de l'industrie forestière.
- Réalités canadiennes Les peuples autochtones du Canada
- Secrétariat aux affaires autochtones, Amérindiens et Inuits, portrait des nations autochtones du Québec, Gouvernement du Québec, 2009, p-18-19
- Tableau de bord de l'Abitibi-Témiscamingue, Édition 2011.
- Les Indiens, la fourrure et les Blancs, Bruce Trigger, (1990), Boréal/seuil, p. 109
- Le Témiscamingue: son histoire et ses habitants, Marc Riopel, Les Éditions Fides, 2002 - 366 pages
- Les Algonquins avaient beaucoup de craintes relativement à leur premier contact avec les blancs. En portant regard sur l'évolution historique de la relation entre les deux cultures, nous pouvons conclure que leurs craintes étaient fondées.
- Histoire, À travers le temps, Marc Riopel, enr. Hudson, 12 novembre 2002
- Tiré de la conférence du 17 novembre 2011 de Richard Kistabish
- Le Canada en devenir (s.p.), Les problèmes des femmes autochtones (Consulté le 10 octobre)
- LEPAGE. P, 2009 : Mythes et réalités sur les peuples autochtones. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Québec, 22, 23, 24 p.
- La loi sur les Indiens, Mary C. Hurley, Division du droit et du gouvernement, le 4 octobre 1999
- La loi sur les Indiens sur l’Encyclopédie canadienne
- Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue, s.p. POPULATION DES PREMIÈRES NATIONS SELON LE GROUPE D'ÂGE, LE SEXE ET L'ÂGE MOYEN, MRC DE L'ABITIBI-TÉMISCAMINGUE, 2010 (Consulté le 29 novembre 2011)
- Femmes autochtones du Québec INC. [(s.p.), historique (Consulté le 20 octobre)
Histoire de l'Abitibi Témiscamingue. Collectif Odette Vincent, M. Asselin, B. Beaudry Gourd, C. Mercier, R. Viau, M. Côté, J-P Marquis, M. Riopel, C. Sabourin, 1995, IQRC, Collection Les régions du Québec, (ISBN 2-89224-251-7)
- Page ?
- Page 121
- Page 132
- Page 137
[modifier] Bibliographie
- (fr) Cuoq, Jean André, Lexique de la langue algonquine, Montréal, J.Chapleau & Fils, 1886.
- (fr) Emmanuel Désveaux, « Nouvelles considérations sur les Algonquins et le totémisme », dans Journal de la Société des Américanistes, 2004, 90-1, p. 7-24.
- (fr) Collectif, "Le Québec autochtone", La Griffe de l'aigle, Wendake, 1996. (ISBN 2-9805111-0-2)
- Dollard: Ses compagnons et ses alliés, Aurélien Boisvert, Les cahiers du Septentrion, 2005, (ISBN 2-89448-406-2)
- Histoire de l'Abitibi Témiscamingue. Collectif Odette Vincent, M. Asselin, B. Beaudry Gourd, C. Mercier, R. Viau, M. Côté, J-P Marquis, M. Riopel, C. Sabourin, 1995, IQRC, Collection Les régions du Québec, (ISBN 2-89224-251-7)
[modifier] Filmographie
- Le Peuple invisible, un documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie, l'ONF, 2008.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Liens internes
- Algonquin (langue)
- Peuples algonquiens
- Langues algonquiennes
- Amérindiens au Canada
- Autochtones du Québec
- Amérindiens aux États-Unis
- Village amérindien Mokotakan
- Étymologie des prénoms nord-amérindiens
- Lac-Saguay