Alfred Mame

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Alfred Mame

Henry-Armand-Alfred Mame dit Alfred Mame, né le 17 août 1811 à Tours où il est mort le 12 avril 1893, est un imprimeur et éditeur français, qui appartient à une longue lignée de libraires et d'imprimeurs angevins.

Une dynastie d’éditeurs et d'imprimeurs[modifier | modifier le code]

Alfred Mame est le fils d'un imprimeur, lui-même issu d'une famille d'éditeurs et de libraires originaires d'Angers.

Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, Pierre-Charles Mame (1747-1825), fonde à Angers une librairie en 1778 et une imprimerie en 1781, essentiellement pour produire deux journaux. Le général Hoche avait à un moment espéré épouser sa fille[1].

Le fils aîné de Charles, Louis (1775-1839) devenu libraire et éditeur[2] à Paris, publiait des ouvrages de Germaine de Staël, mais les tracasseries de la police napoléonienne causèrent en partie sa ruine. Il se vengea en éditant, aux derniers jours de l’Empire, le célèbre libelle de Chateaubriand De Buonaparte et des Bourbons[3].

Un autre fils, Amand (1776-1848), développa à Tours une imprimerie que son père avait fondée en 1796, et qui se chargea des publications de la préfecture et de l’évêché. En 1833, il appela à la direction son neveu et gendre Charles-Ernest Mame, futur maire de Tours, et son fils Alfred qui en prit seul la direction en 1845. La raison sociale Armand Mame et Cie restera en usage jusqu'en 1863.

L'une de ses petites filles, Rose (Angers, 1797 - Paris, 1866), épousa l'éditeur-libraire Charles Gosselin.

Homme d’affaires novateur[modifier | modifier le code]

Après avoir édité, en collaboration avec son cousin Ernest Mame[1], de 1833 à 1845, quelques ouvrages classiques et quelques livres de piété, Alfred conçut et réalisa, pour la première fois, l’idée de réunir dans la même maison éditrice, un certain nombre d’ateliers où seraient regroupées toutes les industries liées à la réalisation de livres : impression, reliure, vente, et d’expédition. Par analogie avec la grande usine sidérurgique du Creusot, l’entreprise Mame fut appelée le « Creusot » littéraire[4]. Mame publia les livres de la Bibliothèque de la jeunesse chrétienne. Le livre La Touraine fut exposée à l’Exposition universelle de 1855 et a été le livre le plus richement illustré de son temps[5]. On trouve également parmi le catalogue de l’entreprise une Bible avec des illustrations de Gustave Doré le Charlemagne de Alphonse-Anatole Vetault, le Saint-Louis de Wallon, les Chefs-d’œuvre de la langue française.

Mame était aussi l’un des principaux propriétaires des papeteries de La Haye-Descartes[6] (dont il a été l'un des fondateurs avec Ernest Mame, Henri et Eugène Goüin, Charles de Montgolfier et Hettere), et on pouvait donc dire qu’un livre, à partir du moment où les chiffons étaient transformés en papier jusqu’au moment où on procédait à la reliure, passait entre les mains d’une suite d’ouvriers qui dépendaient tous de Mame. Quotidiennement, depuis 1865, il sortait de la maison d’édition trois à quatre mille kilos de livres. De 600 ouvriers en 1848, Mame en employa 1200 en 1862 puis 1500 en 1866[7].

Inspiré par l’idéal social catholique, Alfred Mame créa pour ses employés une caisse de retraite pour les plus de soixante ans[4], entièrement financée par l’entreprise. Il ouvrit des écoles, ce qui lui valut de recevoir un des prix de dix mille francs réservés aux « établissements modèles où régnaient au plus haut degré l’harmonie sociale et le bien-être des ouvriers». En 1874, il organisa un système par lequel ses ouvriers participaient aux profits de l’entreprise.

En 1853, la maison Mame publiait 4,5 millions de volumes par an ; en 1863 le volume s'élevait à 6 millions[7] dont trois étaient des livres reliés. Alfred essaya à un moment, mais sans succès, d’entrer dans la vie politique. Il se présenta aux élections législatives du 14 octobre 1877 dans le premier arrondissement de Tours comme candidat conservateur à la Chambre des députés, contre Antoine Dieudonné Belle, le député républicain qui avait fondé à Tours la première école laïque pour les filles. Mame fut battu par 7 456 voix contre 12 006[8].

En 1858, la famille Mame se rend en vacances à Luchon, dans les Pyrénées. Les accompagne un jeune ami, Alfred Tonnellé, qui se découvre alors une vocation fulgurante de pyrénéiste[9] : il se lance dans l’exploration des sommets de la région, réalise la première ascension de la Forcanada, puis explore les montagnes du haut Aragon, enfin le reste de la chaîne pyrénéenne vers l’Est. Il rédige un journal de voyage qui est une des œuvres majeures du pyrénéisme, avant de mourir d’une typhoïde, à vingt-six ans. Ce journal et d’autres ouvrages de Tonnellé seront publiés par les éditions Mame et connut un vif succès.

Après le Second Empire, l'entreprise Alfred Mame et fils est devenu le deuxième éditeur religieux de France mais le premier relieur industriel et concepteur de cartonnage. Ces derniers étaient réputés et reçurent de nombreux prix[10].

Ses descendants[modifier | modifier le code]

À la mort d’Alfred qui laisse une entreprise prospère, son fils Paul Mame (1833-1903) prend la tête de l’entreprise jusqu’en 1900. Il avait épousé Marie Dalloz, héritière de la maison Dalloz.

L'entreprise, au cours des décennies suivantes, va maintenir son activité d'éditeur religieux tout en se recentrant sur l'imprimerie et le façonnage. En 1894, la Revue Mame est lancée : illustrée, elle accueille pendant près de dix ans des artistes comme Job, Albert Robida, Auguste Vimar et Alfons Mucha.

Armand Mame (1864-1926), le fils de Paul, réussit à bien gérer la sortie de guerre et réalise des investissements immobiliers très bénéfiques sur la région de Tours. Le Missel quotidien des fidèles du père José Feder fut longtemps l'une des meilleures ventes de la maison.

En 1940, les locaux de Mame sont détruits par les bombardements de Tours. En 1945, Alfred Mame (1909-1994) reprend l'entreprise et lance en 1950 la construction d'une vaste usine totalement moderne, connue aujourd'hui sous le nom de Site Mame. L'usine réalise entre autres pour le compte de Gallimard la collection La Pléiade et pour d'autres éditeurs, quantité de livres scolaires.

En 1980, la famille cède à Desclée de Brouwer l'entreprise qui sera peu à peu reprise par le groupe Média-Participations.

Aujourd'hui, la marque Mame[11] est partie intégrante du groupe Fleurus.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alfred Mame, Mame : Angers-Paris-Tours : deux siècles du livre : catalogue, Association "Hôtel Mame Centre culturel", 1989, p. 16.
  2. Il fut l'un des premiers à éditer Balzac.
  3. Alfred Mame, op. cit., p. 17.
  4. a et b (en) Charles George Herbermann, The Catholic Encyclopedia : Laprade-Mass, Appleton, 1950, p. 578.
  5. Alfred Mame, op. cit., p. 35.
  6. Alfred Mame, op. cit., p. 26.
  7. a et b Rang-Ri Park-Barjot, La société de construction des Batignolles : Des origines à la première guerre mondiale, 1846-1914, Presses Paris Sorbonne, 2005, p. 56
  8. Site de l’Assemblée Nationale
  9. Henri Beraldi, Cent Ans aux Pyrénées, rééd. Les Amis du Livre Pyrénéen, 1977
  10. Exposition universelle de Paris, 1878.
  11. Mame est encore une imprimerie à Tours mais qui connaît ces derniers mois de grosses difficultés dont un plan de redressement judiciaire (juillet 2011).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Meignan, Discours aux funérailles de M. Alfred Mame, Tours, 1893 ;
  • Jean-Yves Mollier, in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Cercle de la Librairie, 2005, T.2, p. 853 (ISBN 2-7654-0910-2)
  • Albert Quantin, M. Alfred Mame de la Maison Mame, A. Quantin, Paris, 1883 ;
  • Paul Mame, 1883-1903, Mame, Tours, 1903, 36 p., portr. ; in-8°.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • Cet article reprend en tout ou en partie le texte de l’entrée « Alfred-Henri-Amand Mame » dans la Catholic Encyclopedia de 1913, ouvrage tombé dans le domaine public.