Alexandre Jean Cuza

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Alexandru Ioan Ier
Alexandru Ioan Cuza
Alexandru Ioan Cuza
Titre
1er prince souverain de Roumanie
5 février 186222 février 1866
(4 ans et 17 jours)
Prédécesseur Création du titre
Successeur Carol Ier
Prince souverain de Valachie
5 février 18595 février 1862
(3 ans)
Prédécesseur Triumvirat:
Ioan Manu
Emanoil Băleanu
Ioan Al.Filipide
Successeur Lui-même
(prince souverain de Roumanie)
Prince souverain de Moldavie
17 janvier 18595 février 1862
(3 ans et 19 jours)
Premier ministre Barbu Catargiu
Apostol Arsache
Nicolae Kretzulescu
Mihail Kogălniceanu
Constantin Bosianu
Nicolae Kretzulescu
Prédécesseur Triumvirat:
Ioan Alexandru Cantacuzino
Vasile Sturdza
Anastasie Panu
Successeur Lui-même
(prince souverain de Roumanie)
Biographie
Dynastie Cuza
Nom de naissance Alexandru Ioan Cuza
Date de naissance 20 mars 1820
Lieu de naissance Huși (Moldavie)
Date de décès 15 mai 1873
Lieu de décès Heidelberg (Allemagne)
Conjoint Elena Rosetti (sans descendance)
Elena Maria Catargiu-Obrenović (sa maîtresse)
Enfant(s) Alexandru Ioan Cuza
Dimitrie Cuza

Alexandre Jean Cuza
Monarques de Roumanie

Alexandre Jean Cuza (roumain Alexandru Ioan Cuza), né le 20 mars 1820 à Huși et mort le 15 mai 1873 à Heidelberg, est un homme d'État roumain, souverain des Principautés unies de Roumanie entre 1859 et 1866.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cuza appartient à la classe noble traditionnelle des boyards, majoritaire dans les gouvernements locaux de Valachie et de Moldavie, et qui garde le contrôle de la terre (système latifundiaire), clé de la fortune et du pouvoir dans l'ère pré-industrielle. Cette classe se divise principalement en conservateurs (attachés à l'ordre social traditionnel, à l'Église et à l'équilibre politique hérité du passé, où l'influence des empires voisins : autrichien, russe et ottoman est prépondérante et libéraux, influencés par l'esprit des Lumières et les idées de la révolution française. Les premiers envoient leurs fils étudier à Vienne, Saint-Pétersbourg ou Constantinople et s'opposent à toute tentative de réforme ; les seconds préfèrent Paris. Depuis le XVIe siècle, c'est à ces derniers que l'on doit la fondation d'académies (en 1561 à Cotnari en Moldavie, en 1603 à Târgoviște et en 1688 à Bucarest en Valachie, en 1707 à Jassy en Moldavie et en 1795 à Alba Iulia en Transylvanie)[1], mais aussi des réformes juridiques et fiscales et surtout la promulgation en Valachie d'une Constitution (« Marele Hrisov ») en 1741, ainsi que l'abolition du servage en 1746-49 en Valachie et en Moldavie par le hospodar Constantin Mavrocordato. Le « Marele Hrisov » est d'ailleurs publié in extenso dans le Mercure de France de juillet 1742. En 1780, la « Pravilniceasca Condică », code de lois rédigé par le hospodar Alexandre Ypsilantis (ancêtre d'un autre Alexandre Ypsilantis célèbre en 1821) instaure la notion de citoyenneté. Ainsi, les principautés roumaines sont dotées de Constitutions, pourvues de facultés et libérées du servage près d'un siècle avant les grands Empires absolutistes voisins[1]. La famille Cuza appartient à la mouvance libérale, et Alexandre, parfaitement francophone, est éduqué dans cet esprit : citant Mavrocordato, il dit de lui-même : « je ne suis pas un homme du peuple, mais je suis un homme pour le peuple ».

Sa famille participe à la révolution roumaine de 1821 alors qu'il est nourrisson et lui-même à celle de 1848, connue comme le « Printemps des peuples européens ». En Moldavie le calme est rapidement rétabli, mais en Valachie, les révolutionnaires prennent le pouvoir, proclament la République et gouvernent pendant tout l'été 1848. Le jeune Alexandre y joue un rôle suffisant pour y faire connaître ses visées libérales (en comparaison de la plus grande partie des nobles) et lors de la répression, il est envoyé à Vienne en prison, d'où il s'évade rapidement.

Ces épisodes de l'histoire roumaine sont très peu connus à l'étranger, où les ouvrages historiques grand public considèrent à tort les Principautés roumaines comme des « provinces danubiennes » de l'Empire ottoman, alors qu'elles ne sont que vassales et que la révolution de 1848 ne touche pas cet empire.

Son règne[modifier | modifier le code]

Après une carrière militaire dans l'armée moldave, pendant laquelle il rejoint la franc-maçonnerie, il devient ministre de la guerre en 1858, et représente le județ de Galați à l'Assemblée de Iași. À ce titre, il œuvre, sous la garantie des puissances européennes instaurée à l'issue de la guerre de Crimée, à élire un souverain progressiste au trône de Moldavie (dans les Principautés roumaines, la monarchie était élective, les nobles désignant leur souverain). Cuza, brillant orateur dans les débats et défendant fermement l'union des principautés, est élu lui-même prince de Moldavie le 17 janvier 1859 (le 5 janvier du calendrier julien) et prince de Valachie le 5 février (le 24 janvier julien) suivant.

C'est ainsi que le colonel Alexandru Ion Cuza réalise de facto l'union (personnelle) des deux principautés. Les puissances européennes, initialement réticentes, finissent par la valider, Napoléon III étant son ardent défenseur, alors que les ministres autrichien et russe désapprouvaient cette union au congrès de Paris (18 octobre 1858), en partie parce que l'autorité de Cuza n'était pas reconnue par le sultan ottoman, suzerain en titre des principautés roumaines, qui finit cependant par céder le 23 décembre 1861.

L'Union est formellement déclarée trois ans plus tard, le 5 février 1862 (le 24 janvier julien), et le nouveau pays reçoit le nom de Roumanie, avec Bucarest comme capitale.

Alexandre ne se révèle pas un bon diplomate politiquement et manque d'ascendant, préférant consulter qu'imposer et évitant les confrontations, mais il sait choisir des ministres progressistes comme Vasile Alecsandri, Carol Davila ou Mihail Kogălniceanu et obtient facilement l'accord du sultan pour un parlement unifié, duquel il reçoit le trône à vie, en reconnaissance de la complexité de la tâche. Il est ainsi la représentation politique d'une Roumanie désormais unie et décidée à sortir des cadres hérités du Moyen Âge pour entrer dans la modernité.

Réformes[modifier | modifier le code]

Assisté par son Premier ministre Mihail Kogălniceanu, un chef intellectuel de la révolution de 1848, Cuza entreprend une série de réformes qui contribuent à la modernisation de la société et des structures de l'État roumain :

  • La sécularisation des immenses domaines ecclésiastiques en 1863 (près d'un quart de la superficie agricole utile appartenait aux orthodoxes non imposables, qui dépendaient de la République monastique du Mont Athos à laquelle ils envoyaient une quantité substantielle de leurs énormes revenus fonciers[2]. Alexandre reçoit l'accord du Parlement pour exproprier ces terres et les distribuer aux paysans. Il offre une compensation financière à l'Église orthodoxe, mais le patriarche Nifon Rusailă refuse de négocier. C'est une erreur, car après quelques années, le gouvernement roumain retire son offre, et la somme n'est jamais payée. L'État récolte de nouveaux revenus fonciers sans augmenter ni ajouter d'impôts.
  • La réforme agraire, qui libère les paysans des dernières corvées féodales, et leur accorde la liberté de mouvement, en plus de la redistribution des terres sécularisées (1864). Mais, si Cuza espère ainsi s'assurer un soutien solide parmi la paysannerie, il exaspère ainsi l'opposition des boyards conservateurs qui rallient à eux une partie des « centristes ». Une loi libérale, qui garantit aux paysans la propriété de la terre sur laquelle ils travaillent, ne passa pas au Parlement. En revanche, les conservateurs réagissent par une nouvelle loi qui avalise la fin aux corvées et aux dîmes des paysans, mais donne aux boyards l'exclusivité du droit de propriété foncière dans tout le pays. Alexandre y met son veto et organise un plébiscite pour changer la Constitution, à la manière de Napoléon III. Son plan pour établir le suffrage universel pour les hommes, doublé du pouvoir pour le prince de gouverner par décret, est approuvé par 682 621 voix contre 1307. Muni de ses nouveaux pleins pouvoirs, Alexandre promulgue alors la loi agraire de 1863 : les paysans reçoivent la pleine propriété des deux tiers des terres qu'ils exploitent, tandis que les boyards en conservent le tiers restant. Les terres confisquées aux monastères et non encore distribuées aux paysans doivent être utilisées comme compensation pour les boyards. Les paysans ne sont pas satisfaits de cette répartition et les boyards manœuvrent pour garder les meilleures terres. Ils utilisent les fonds compensatoires comme capital pour investir et la classe des boyards retrouve du pouvoir dans les débuts de la société capitaliste, avec le commerce, le développement de la flotte et les premiers chemins de fer.
  • L'instauration en 1864 d'un nouveau code civil et d'un code pénal dans lequel la peine de mort est abolie.
  • L'instauration la même année d'un enseignement public primaire gratuit et obligatoire[2].
  • La fondation de nouvelles universités publiques (création de l'Iași en 1860 et de Bucarest en 1864.
  • Le développement d'une armée roumaine moderne et européenne, en relation opérationnelle avec la France.
  • L'émancipation des Roms, délivrés de la servitude appelée « robie » (qui n'était pas un esclavage, comme ce terme est souvent traduit par erreur, mais qui liait les Roms à une famille de boyards ou à un monastère).

Les réformes importantes qu'il impose pour faire entrer la Roumanie de plain-pied dans le XIXe siècle touchent toutes les classes sociales et lui aliènent les boyards, le clergé et les grands bourgeois conservateurs, ainsi ses sujets les plus influençables, tandis que les plus radicaux les trouvent largement insuffisantes et lui reprochent sa propension à composer avec les classes dominantes.

Sa chute et son exil[modifier | modifier le code]

Alexandre échoue dans ses efforts pour créer une alliance entre des paysans prospères et un prince fort et libéral, qui gouvernerait comme un despote bienveillant à la manière de Napoléon III. Une dépression financière due à la spéculation sur les blés, un scandale monté en épingle par le clergé au sujet de sa maîtresse, et le mécontentement populaire dû à l'insuffisance, mais aussi à l'incompréhension de ses réformes, aboutit à ce que les humanistes roumains ont appelé la « Monstrueuse Coalition » entre conservateurs et libéraux radicaux. Le 22 février 1866 à quatre heures du matin, une bande de conspirateurs entre dans le palais, et enjoint au prince de signer son abdication. Ils le conduisent le lendemain directement à la frontière du pays.

Son successeur, choisi par le Parlement, est le prince de Hohenzollern-Sigmarinen, proclamé prince de Roumanie sous le nom de Charles Ier (Carol) le 26 mars 1866[3]. Ironiquement, un prince étranger non lié à la classe des boyards roumains, garant de l'indépendance du gouvernement, avait été l'un des buts des libéraux de la révolution de 1848

Le prince Alexandre Cuza passe le reste de sa vie en exil, à Paris, Vienne et Wiesbaden. Il meurt le 15 mai 1873 à Heidelberg, en Allemagne, à l'âge de 53 ans.

Il est inhumé dans la résidence de sa famille à Ruginoasa. Après la Seconde Guerre mondiale, ses restes sont transférés au monastère des Trois Hiérarques à Iași.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Andrei Oțetea, Istoria lumii în Date, Ed. Enciclopedică, Bucarest, 1969
  2. a et b (en) Vasile Stoica, The Roumanian Question: The Roumanians and their Lands, Pittsburgh, Pittsburgh Printing Company,‎ 1919, 69-70 p. (lire en ligne)
  3. Le prince Philippe, frère de Léopold II, roi des Belges, avait d'abord été nommé prince régnant le 11 février 1866, mais avait finalement refusé la couronne le 13 février suivant. Charles Ier est son beau-frère.