Aldfrith de Northumbrie

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Aldfrith
Le symbole animalier ornant la monnaie d'Aldfrith
Le symbole animalier ornant la monnaie d'Aldfrith
Titre
Roi de Northumbrie
685 – 704/705
Prédécesseur Ecgfrith
Successeur Contestation entre Osred et Eadwulf
Biographie
Date de décès 14 décembre 704/705
Lieu de décès Driffield, Yorkshire de l'Est
Père Oswiu
Mère Fín
Conjoint Cuthburh (en)
Enfant(s) Osred, Osric?, Offa, Osana (en)?

Aldfrith, (mort le 14 décembre 704 ou 705), appelé parfois Aldfrid, Aldfridus en latin, ou Flann Fína mac Ossu en irlandais, fut roi de Northumbrie du 20 mai 685 jusqu'à sa mort. Des écrivains anciens, comme Bède, Alcuin et Eddius (en), l'ont décrit comme un homme d'une grande érudition, et quelques-unes de ses œuvres, ainsi que des lettres qui lui furent adressées, ont été conservées. Son règne fut relativement paisible, troublé seulement par des disputes avec l'évêque Wilfrid d'York, un personnage majeur de l'Église northumbrienne naissante.

Fils d'Oswiu de Northumbrie et d'une princesse irlandaise nommée Fín, sa date de naissance est inconnue. Son père Oswiu devint plus tard roi de Northumbrie. Lorsque Oswiu mourut en 670, son fils, Ecgfrith, lui succéda. Aldfrith étant plus jeune, il fut éduqué de façon à devenir homme d'église, et c'est ainsi qu'il acquit son érudition. Mais, lorsque Ecgfrith fut tué en 685 à la bataille de Nechtansmere, Aldfrith fut rappelé en Northumbrie, vraisemblablement depuis l'île d'Iona, dans les Hébrides, pour être couronné roi.

Dans son compte-rendu du règne d'Aldfrith, écrit au début du VIIIe siècle, Bède rapporte qu'« avec beaucoup de compétence, il remit en état un royaume saccagé, à l'intérieur toutefois de frontières plus petites »[1]. Son règne, qui vit la production d'ouvrages d'art hiberno-saxon (en), tels que les Évangiles de Lindisfarne et le Codex Amiatinus, a souvent été considéré comme le début de l'âge d'or northumbrien.

Contexte de son accession au trône[modifier | modifier le code]

L'Angleterre en 600
L'Irlande à l'époque d'Aldfrith

En l'an 600, la plus grande part de ce qui est maintenant l'Angleterre se trouvait conquise par des envahisseurs venus du continent, comme les Angles, les Saxons et les Jutes. Vers 605, la Bernicie et le Deira, les deux royaumes anglo-saxons du nord de l'Angleterre, se trouvèrent régis pour la première fois par un souverain unique, Ethelfrith de Northumbrie, qui, roi de Bernicie, soumit le Deira à son autorité. Au cours du VIIe siècle, ces deux royaumes furent gouvernés tantôt séparément, tantôt par un même roi. Ils devinrent bientôt connus sous le nom de royaume de Northumbrie, limité au sud par le Humber et au nord par le fleuve Forth[2].

En 616, Edwin de Northumbrie, fils du roi Aelle de Deira, succéda à Ethelfrith. Edwin bannit les fils de celui-ci, dont Oswald de Northumbrie et Oswiu de Northumbrie. Tous deux séjournèrent pendant leur exil au Dal Riada, un royaume couvrant le nord-est de l'Irlande et le sud-ouest de l'Écosse. Oswiu était encore enfant quand il arriva au Dal Riada, et il grandit dans un environnement irlandais[3]. Il parlait couramment le vieil irlandais[4], et il se maria probablement avec une princesse de la dynastie O'Neill, sans doute Fín, la fille ou la petite-fille de l'Ard ri Érenn Colmán Rímid[5]. Aldfrith fut un fruit de ce mariage, mais la date de sa naissance nous est inconnue[6]. Il était donc probablement le cousin ou neveu de l'éminent savant Cenn Fáelad mac Aillila (en), et peut-être le neveu de l'évêque Finan de Lindisfarne[7]. Selon la loi irlandaise, la famille de Fín, les descendants de Eógan mac Néill (en), était responsable de son éducation[8]. En revanche, les ecclésiastiques de Northumbrie ne considéraient pas la relation entre le père et la mère d'Aldfrith comme un mariage légitime, et les sources anciennes le décrivent comme l'enfant d'une concubine[9].

Oswald et Oswiu retournèrent en Northumbrie après la mort d'Edwin, en 633, et tous les deux gouvernèrent durant la majeure partie du milieu du VIIe siècle. Bède, moine et chroniqueur du VIIIe siècle, classe Oswald et Oswiu comme les suzerains d'autres royaumes anglo-saxons. Dans le cas d'Oswiu, sa domination s'étendit au-delà des Anglo-saxons, allant jusqu'aux Pictes, aux Gaëls du Dal Riada, et à de nombreux royaumes indigènes britanniques aux noms oubliés, dans les régions correspondant aujourd'hui à l'Angleterre du Nord-Ouest et l'Écosse du sud[10]. La suzeraineté d'Oswiu prit fin en 658 avec l'ascension de Wulfhere de Mercie, mais il continua à régner jusqu'à sa mort en 670. Ecgfrith, un des fils que lui donna sa seconde femme Eanflæd, lui succéda alors, mais celui-ci fut incapable de retrouver la position d'Oswiu en Mercie et dans les royaumes du sud. Il fut battu par Æthelred, frère de Wulfhere, lors d'une bataille sur le fleuve Trent en 679[11].

En 684, Ecgfrith envoya en Irlande une armée, commandée par son général Berht, ravager la plaine de Brega, détruisant des églises et prenant des otages. Il se peut que cette incursion ait eu pour but de décourager tout soutien à une éventuelle revendication d'Aldfrith au trône, bien que d'autres motifs soient également possibles[12].

Les deux mariages d'Ecgfrith, l'un avec Sainte Etheldrède d'Ély, l'autre avec Eormenburh, ne lui donnèrent aucun enfant[13]. Il avait deux frères : Alhfrith, qui n'est plus mentionné à partir de 664 et Ælfwine, qui fut tué à la bataille de la Trent en 679[14]. Aussi, la succession de Northumbrie resta incertaine pendant quelques années avant la mort d'Ecgfrith. La Vie de Cuthbert de Bède raconte une conversation entre Cuthbert et l'abbesse Ælfflæd de Whitby (en), fille d'Oswiu, dans laquelle Cuthbert prévoit la mort d'Ecgfrith. Quand Ælfflæd demande qui sera le successeur, il lui répond qu'elle l'aimera comme un frère :

«  Mais, je vous implore » dit-elle, « de me dire où on peut le trouver. » Il répondit : « Vous apercevez cette grande et vaste mer, voyez comme elle abonde d'îles. Il est facile pour Dieu de placer sur l'une d'elles une personne capable de régner sur l'Angleterre ». Elle comprit alors qu'il parlait d'Aldfrith, dont on disait qu'il était le fils de son père, et qui était alors, en raison de son amour de la littérature, exilé dans des îles d'Écosse[15]. »

Ecgfrith fut tué lors d'une campagne contre son cousin, le roi des Pictes Brude III, à une bataille appelée par les Northumbriens la bataille de Nechtansmere, dont on pense généralement qu'elle s'est déroulée près de Forfar, sur le territoire picte, au nord du Firth of Forth[16]. Bède raconte que la reine Eormenburh et Cuthbert visitaient ce jour-là Carlisle, et que Cuthbert eut une prémonition de la défaite[17]. La mort d'Ecgfrith menaçait la domination des descendants d'Ethelfrith sur la Northumbrie, mais l'érudit Aldfrith devint roi, et les trônes de Bernicie et du Deria demeurèrent unis[18].

Malgré la présence certaine de prétendants rivaux de descendance royale, il n'existe aucune trace écrite de résistance à l'accession d'Aldfrith au trône[19]. On a aussi suggéré que l'ascension d'Aldfrith fut facilitée par le soutien du Dal Riada, des O'Neill et des Pictes, qui, tous, purent préférer une personne mûre et connue comme Aldfrith à un monarque inconnu et belliqueux, comme l'avaient été Ecgfrith et Oswiu[20]. L'historien Herman Moisl, par exemple, écrit qu'« Aldfrith était à Iona l'année précédant la bataille de Nechtansmere ; immédiatement après, il était roi de Northumbrie. Il est tout à fait évident qu'il avait été nommé grâce à une alliance des Pictes et du Dal Riada »[21]. Bède et les annales irlandaises signalent peu après, en 697 ou 698, une bataille entre les Northumbriens et les Pictes, au cours de laquelle le général Berht fut tué[22]. Plus aucune autre bataille ne fut rapportée pendant son règne.

La Northumbrie d'Aldfrith[modifier | modifier le code]

Bède, paraphrasant Virgile, écrivit qu'après la mort d'Ecgfrith, « les espoirs et les forces du royaume anglais commencèrent à vaciller et à retomber encore plus bas »[1]. Les Northumbriens ne regagnèrent jamais leur domination sur le centre de l'île, perdue en 679, ni celle sur le nord perdue en 685. Néanmoins, la Northumbrie resta l'un des états les plus puissants de Grande-Bretagne et d'Irlande en pleine période viking[23].

Pendant son règne, Aldfrith gouverna à la fois la Bernicie et le Deira, mais ces deux parties demeurèrent distinctes, et elles allaient être à nouveau séparées par les Vikings à la fin du IXe siècle[24]. Le centre de la Bernicie se trouvait dans la région de la future frontière anglo-écossaise, et possédait d'importants centres royaux et religieux, comme Lindisfarne, Hexham, Bamburgh et Yeavering. Même après la mort d'Ecgfrith, la Bernicie incluait une bonne partie du sud-est de l'Écosse actuelle, avec un centre royal supposé à Dunbar, et des centres religieux au prieuré de Coldingham et à l'Abbaye de Melrose[25]. En revanche, le haut Moyen Âge dans le nord-ouest de l'Angleterre et le sud-ouest de l'Écosse est une période plus obscure, et l'on connaît un seul évêque de Whithorn peu de temps après le règne d'Aldfrith. York, Catterick, Ripon et Whitby paraissent avoir été des lieux importants du Deria[26].

La frontière sud de la Northumbrie avec la Mercie traverse l'Angleterre ; depuis le Humber à l'est, elle suit la rivière Ouse, puis la rivière Don jusqu'au fleuve Mersey à l'ouest. Des témoignages archéologiques semblent montrer que c'était une frontière fortifiée, avec d'importants ouvrages en terre en retrait de la frontière. Ces exemples comprennent le Nico Ditch (en), au sud du Manchester moderne, et le Roman Ridge (en), près de l'actuel Sheffield[27]. Plus au nord, les témoignages sont moins nets, et il semble que l'autorité y était aux mains de sous-rois, incluant peut-être des dirigeants britanniques autochtones[27]. La famille du général Berht pouvait avoir été ainsi une de ces dynasties de sous-rois[28].

Relations avec l'Église[modifier | modifier le code]

Avec le roi, la famille royale et les principaux nobles, l'Église était une puissance majeure en Northumbrie. Les ecclésiastiques n'étaient pas seulement des personnages possédant une autorité spirituelle, ils étaient aussi d'importants propriétaires fonciers. Ils contrôlaient également le commerce, qui, dans un pays dénué de villes, était centré autour des principales églises et des monastères. L'évêché de Lindisfarne était tenu par Cuthbert au moment de l'accession d'Aldfrith. Son successeur fut Eadberht (en), éduqué en Irlande, qui allait devenir plus tard l'Abbé d'Iona et mettre fin à la controverse de Pâques. Puis ce fut Eadfrith (en), créateur des Évangiles de Lindisfarne qui leur succéda. Parfois les évêques de Lindisfarne tenaient aussi le siège épiscopal de Hexham, mais durant le règne d'Aldfrith, il fut tenu par Jean de Beverley, un élève et le protégé de Théodore de Tarse, l'archevêque de Cantorbéry. En 685, l'évêché de York était tenu par Bosa. En 687, Wilfrid l'obtint, mais il se retira en 691, Bosa retournant à York. L'éphémère évêché d'Abercorn, créé pour l'évêque Trumwine (en), disparut après la mort d'Ecgfrith, et le premier évêque connu de Whithorn fut nommé pendant le règne de Ceolwulf. D'importants monastères existèrent à Whitby. Les abbés connus de Monkwearmouth-Jarrow, où Bède était moine, et de Ripon, appartenaient souvent à la famille royale du Deira[29].

Aldfrith semble avoir eu le soutien des principaux ecclésiastiques, plus particulièrement de sa demi-sœur, Ælfflæd, et de l'éminemment respecté évêque Cuthbert[30]. On sait qu'il reçut le sacrement de confirmation des mains d'Aldhelm, qui fut plus tard l'évêque de Sherborne, au sud-ouest du royaume anglo-saxon du Wessex. Aldhelm avait reçu aussi une éducation irlandaise, mais en Grande-Bretagne, à Malmesbury, dans le Wiltshire. La correspondance entre eux a subsisté, et Aldhelm envoya à Aldfrith son traité de numérologie sur le chiffre sept, intitulé Epistola ad Acircium[31]. Aldfrith possédait également un manuscrit de cosmographie, qu'il avait acheté, selon Bède, à l'abbé Ceolfrith de Monkwearmouth-Jarrow, en échange d'un domaine évalué à huit hides[32],[33]. Aldfrith était un ami intime d'Adomnan, Abbé d'Iona depuis 679, et il est possible qu'ils aient étudié ensemble[34]. Dans les années 680, Aldfrith rencontra deux fois Adoman, venu demander la libération des prisonniers irlandais capturés lors de l'expédition de Berht en 684. Ils furent libérés, et Adoman présenta à Aldfrith une copie de son traité De locis Sanctis (en) (Des lieux saints), qui est une description des lieux de pèlerinage en Terre sainte, et à Alexandrie et Constantinople. Bède rapporte qu'Aldfrith fit circuler l'œuvre d'Adoman pour que d'autres pussent la lire[35].

Bède décrit Aldfrith comme un érudit, et son intérêt pour l'étude le distingue des rois guerriers anglo-saxons précédents, comme Penda. Des sources irlandaises le qualifient de sapiens, un mot latin signifiant « sage », s'appliquant à un érudit qui n'est généralement pas associé à une église particulière. Il sous-entend un niveau de connaissances et de sagesse qui amena l'historien Peter Hunter Blair à comparer Aldfrith à l'idéal platonicien du roi-philosophe[36]. Bède précise que l'Église au temps d'Aldfrith était moins sujette à contrôler les monastères, une pratique qu'il situe après la mort d'Aldfrith[37].

Cependant, les rapports d'Aldfrith avec l'Église ne furent pas toujours paisibles. Il hérita d'Ecgfrith une relation mouvementée avec Wilfrid, un personnage majeur de l'Église de l'époque. Wilfrid, évêque d'York, avait été exilé par Ecgfrith pour avoir aidé à persuader sa femme, Etheldrède, de rester saintement chaste. En 686, à la demande pressante de l'archevêque Théodore, Aldfrith permit à Wilfrid de revenir[38],[39]. Les relations d'Aldfrith avec Wilfrid furent tumultueuses. L'hostilité entre eux était due en partie à l'allégeance d'Aldfrith à l'Église celtique, une conséquence de son éducation en exil[40]. Une raison plus significative de ces dissensions était l'opposition de Wilfrid à la division, faite par Théodore en 677, de son immense diocèse de Northumbrie. Quand Wilfrid revint d'exil, la réconciliation avec Aldfrith ne comprenait pas le soutien d'Aldfrith aux tentatives de Wilfrid de récupérer son autorité épiscopale sur la totalité du nord[41]. En 691 ou 692, leurs divergences étaient devenues irrémédiables. L'hagiographe de Wilfrid écrit[42] :

« Pendant un certain temps, tout était paisible entre le sage roi Aldfrith et notre saint évêque, et on ne pouvait imaginer de circonstances plus heureuses. Puis le dépit s'enflait à nouveau, et la situation se dégradait. Et ils continuèrent ainsi pendant des années, tantôt amis, tantôt ennemis, jusqu'à ce que finalement leur querelle arrive au point de rupture et que le roi bannisse Wilfrid de Northumbrie. »

Wilfrid passa son exil en Mercie, où il apprécia le constant soutien du roi Æthelred. En 702 ou 703, Aldfrith convoqua un concile à Austerfield, à la frontière sud de la Northumbrie, auquel assistèrent Bertwald, Archevêque de Cantorbéry et de nombreux évêques. La question du retour de Wilfrid fut vivement débattue, puis rejetée par les évêques. Selon Stephen de Ripon, le roi Aldfrith proposa d'utiliser son armée afin de forcer Wilfrid à accepter cette décision, mais les évêques lui rappelèrent qu'il avait promis à Wilfrid un sauf-conduit[43]. Après être retourné en Mercie, Wilfrid fut excommunié par des évêques qui lui étaient défavorables. Il réagit en faisant le voyage à Rome, où il interjeta appel au pape Jean VI. Celui-ci lui remit des lettres pour Aldfrith, ordonnant que Wilfrid fût rétabli dans ses fonctions[44]. Aldfrith refusa ces lettres, et Wilfrid resta en disgrâce[45].

L'âge d'or de la Northumbrie[modifier | modifier le code]

Esdras dans le Codex Amiatinus, une bible enluminée créée à Wearmouth-Jarrow pendant le règne d'Aldfrith.

Le règne d'Aldfrith est considéré comme le début de l'âge d'or en Northumbrie, qui dura jusqu'à la fin du VIIIe siècle. Cette période vit l'épanouissement de l'art hiberno-saxon en Northumbrie, l'écriture des Évangiles de Lindisfarne, commencée peut-être à l'époque d'Aldfrith, les œuvres de Bède, et les débuts des missions anglo-saxonnes vers le continent[46] .

On pense que les Évangiles de Lindisfarne sont l'œuvre d'Eadfrith, évêque de Lindisfarne à partir de 698. Ce ne sont pas les seuls manuscrits enluminés northumbriens datant du temps d'Aldfrith qui nous soient restés. Il y avait encore le « calligraphe de Durham-Echternach », un autre scribe actif à Lindisfarne à la fin du VIIe siècle, qui publia les Évangiles de Durham et les Évangiles d'Echternach[47]. Le Codex Amiatinus fut produit à Monkwearmouth-Jarrow, sous les ordres de l'abbé Ceolfrid, probablement pendant la décennie qui suivit la mort d'Aldfrith[48].

Deux importantes pièces d'orfèvrerie, fabriquées en Northumbrie à cette période, nous sont parvenues. Il est difficile de dater le bijou de Ripon, découvert en 1977 dans l'enceinte de la cathédrale de Ripon, mais sa magnificence et l'emplacement de sa découverte laissent supposer un lien avec l'évêque Wilfrid, le riche ameublement de l'église lui étant attribué[49]. La croix pectorale de l'évêque Cuthbert fut enterrée avec lui durant le règne d'Aldfrith, soit au moment de sa mort en 687, soit lors de sa réinhumation en 698. Elle se trouve actuellement à la cathédrale de Durham[50]. Peu de vestiges architecturaux ou de monuments subsistent de cette période. La Croix de Bewcastle, la Croix de Ruthwell et la Croix de Hexham doivent probablement être datées d'une à deux générations après la mort d'Aldfrith[51]. L'église d'Escomb est l'église northumbrienne de cette époque la mieux conservée. La chapelle en ruine d'Heysham, qui surplombe la baie de Morecambe, doit être un peu plus tardive[52].

Sceat d'Aldfrith.

On pense que la frappe de la monnaie en Northumbrie date du règne d'Aldfrith. Les premières pièces de monnaie en argent, appelées sceattas, firent leur apparition, remplaçant comme moyen d'échange la thrymsa en or, peu pratique[53]. Fait exceptionnel pour l'époque, la monnaie d'Aldfrith porte son nom en onciale irlandaise, plutôt que le nom de celui qui l'a frappée. Un quadrupède, qui peut être un lion à la queue dressée, orne la plupart des pièces[54].

Héritiers, mort et succession[modifier | modifier le code]

Aldfrith était marié à Cuthburg, sœur du roi Ina de Wessex. Ce mariage alliait Aldfrith à l'un des plus puissants rois de l'Angleterre anglo-saxonne. Le Chronique anglo-saxonne note qu'Aldfrith et Cuthburg se séparèrent, et que Cuthburg fonda une abbaye à Wimborne Minster, dont elle fut l'abbesse. Aldfrith eut au moins deux garçons, mais aucune trace écrite n'indique que Cuthburg en était la mère[55]. Osred, né autour de 696 ou 697, monta sur le trône en mars 705, après la guerre civile qui suivit la mort d'Aldfrith. On connaît peu de choses de l'autre fils, Offa, qu'on suppose avoir été tué, après sa capture en 750 à Lindisfarne sur les ordres du roi Eadberht de Northumbrie[56]. Osric, qui fut plus tard roi, peut avoir été le fils d'Aldfrith, ou sinon le fils de son demi-frère, Alhfrith[57]. La découverte au XIIIe siècle d'une tombe attribuée à sainte Osana (en) a conduit à proposer qu'Osana était la fille d'Aldfrith, mais cet avis est peu partagé par les historiens modernes[58].

On dit qu'Aldfrith fut malade quelque temps avant sa mort, et il décéda le 14 décembre 704 ou 705[59]. La Chronique anglo-saxonne ajoute qu'il mourut à Driffield, dans le Yorkshire de l'Est. Sa succession fut contestée d'une part par Eadwulf, soutenu tout d'abord par l'évêque Wilfrid, et d'autre part par les partisans d'Osred, le jeune fils d'Aldfrith, conduits apparemment par Beornhæth (en), un parent de Berht[60].

Les comptes rendus de sa mort dans les Annales irlandaises le nomment Aldfrith fils d'Oswiu, mais, dans certaines de ces annales, des scribes ultérieurs ont paraphrasé son nom en «  Flann Fína mac Ossu ». Une anthologie de littérature de sagesse attribuée à Flann Fína, le Briathra Flainn Fhina Maic Ossu, nous est parvenue, bien que le texte ne soit pas contemporain d'Aldfrith, puisqu'il est écrit en moyen irlandais, une forme d'irlandais qui ne fut pas employée avant le Xe siècle[61].

Le savoir mérite le respect.
L'intelligence triomphe de la fureur.
La vérité devrait être soutenue.
Le mensonge devrait être réprimandé.
L'iniquité devrait être corrigée.
Une querelle mérite une médiation.
L'avarice devrait être méprisée.
L'arrogance mérite l'oubli.
Dieu devrait être exalté.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bede, Ecclesiastical History, Book IV, Chapitre 26.
  2. Hunter Blair, An Introduction, pp. 42–45.
  3. Philip Holdsworth, "Oswiu", in Lapidge et al., Encyclopedia of Anglo-Saxon England, p. 349.
  4. Bede, Ecclesiastical History, Book III, Chapter 25.
  5. Kirby, Earliest English Kings, p. 143.
  6. Grimmer, §25 ; Kirby, p. 143 ; Williams, p. 18.
  7. Colmán Rímid mac Báetáin mourut vers 604, et il figure sur la liste des Hauts rois d'Irlande, voir Charles-Edwards, pp. 502 & 504 ; pour Fín, petite-fille de Colmán Rímid, voir Kirby, p. 143 et Cramp ; pour la possible relation avec l'évêque Fínan, voir Campbell, p. 86.
  8. Grimmer, §23.
  9. Le terme utilisé est nothus, du grec νοθος signifiant « bâtard ». Quelques sources ultérieures doutèrent de l'identité de son père, mais des sources contemporaines bien informées, comprenant celles qui sont tirées des Chroniques d'Irlande, ne doutent pas qu'il fût le fils d'Oswiu. Par exemple, l'avis de sa mort, à l'entrée sans date 704 des Annales d'Ulster, indique Aldfrith m. Ossu. Voir aussi Yorke, Conversion, pp. 226–227.
  10. Holdsworth; Kirby, pp 95–98.
  11. Fraser, pp. 119–120, et Kirby, pp. 84–85, suggèrent que la défaite de la Trent porta un coup plus dur aux prétentions northumbriennes à la suzeraineté sur la Grande-Bretagne que la défaite de Nechtansmere en 685.
  12. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 85, fait cette suggestion. Charles-Edwards, chapitre 10, et plus particulièrement pp. 429–438, suggère que la politique de l'Église y eût une part importante. Voir aussi Fraser, pp. 43–47.
  13. Alan Thacker, "Ecgfrith", ODNB; Cramp, "Aldfrith", ODNB.
  14. Kirby, Earliest English Kings, pp. 96, 103.
  15. Bede, Vie de Cuthbert, chapitre XXIV. D.P. Kirby suggère que, plutôt que de demander ingénument à Cuthbert qui succédera à Ecgfrith, Ælfflæd était probablement en train de tester sa loyauté. Kirby, p. 106. La Vie de Cuthbert, écrite par un anonyme durant le règne d'Aldfrith, présente un récit similaire, à part la dernière phrase qui diffère en disant : « Elle se souvint alors brusquement qu'il parlait d'Aldfrith, qui règne maintenant en paix, et qui était alors sur l'île qu'ils appellent Iona » ; Fraser, pp. 138–139.
  16. Dunnichen, dans l'Angus, est le site privilégié de cette bataille ; voir par exemple Kirby, Earliest English Kings, p. 99.
  17. Bede, Life of Cuthbert, chapitre XXVII.
  18. Kirby, p. 106, note que « la question d'Ælfflæd à Cuthbert révèle l'ambition de cette famille à conserver les pouvoirs royaux, qu'elle détenait de manière continue depuis 633 ou 634 ». À la mort d'Aldfrith, la succession fut disputée, et d'autres familles, dont les Leodwaldings (en), contestèrent avec succès la succession après la mort d'Osred, le fils d'Aldfrith.
  19. D. P. Kirby note que « le prestige de la famille d'Oswiu, si ce ne sont ses capacités d'intimidation, dut être véritablement considérable, pour qu'Aldfrith pût revenir et prendre le pouvoir dans ce qui semble avoir été une paix domestique. »; Kirby, p. 144.
  20. Kirby, p. 144. Cramp suggère qu'Aldfrith pouvait avoir été présent en Northumbrie au moment de la mort d'Ecgfrith ; Blair, Northumbria, p. 52, le préfère à Iona.
  21. Moisl, "Bernician Royal Dynasty", p. 121.
  22. Kirby, p. 142 ; Annales d'Ulster, s.a. 697; Bede, Ecclesiastical History, Book V, Chapitre 24.
  23. Campbell, pp. 88ff; Kirby, pp. 142–143.
  24. Holdsworth, "Northumbria".
  25. Alcock, Kings and Warriors, pp. 214–7, pour la discussion sur l'existence d'un centre royal bernicien à Dunbar.
  26. Blair, Introduction, pp 37–49, p. 42, map 7, & p. 145, map 9; Higham, cc. 4–5, passim.
  27. a et b Higham, pp. 140–144.
  28. Kirby, p. 100; Yorke, Kings and Kingdoms, pp. 92 & 171.
  29. Blair, Introduction, pp. 132–141.
  30. Yorke, Conversion, pp 226–227.
  31. Lapidge, "Aldfrith"; Lapidge, "Aldhelm"; Blair, Northumbria, p. 53; Mayr-Harting, p. 195.
  32. Soit une superficie comprise entre 50 et 100 hectares, dépendant de la fertilité du sol.
  33. Blair, World of Bede, pp. 184–185; Bede, Life of the Abbots of Wearmouth and Jarrow, c. 15.
  34. Grimmer, §25, note 60.
  35. Blair, World of Bede, pp. 185–186; Yorke, Conversion, pp. 17–18; Bede, Ecclesiastical History, Book V, Chapters 15–17.
  36. L'usage du terme « sapiens » est discuté par Charles-Edwards, pp. 264–271. Blair, Northumbria, p. 53–54, décrit Aldfrith comme « un homme peut-être pas si éloigné de l'idéal platonicien du roi-philosophe » et comme « le premier et le plus grand des érudits de Northumbrie ».
  37. Bede, "Letter to Egbert", in Sherley-Price, Bede, p. 346.
  38. Bede, Ecclesiastical History, Book V, Chapitre 19.
  39. Life of Wilfrid, Chapitres 43–44.
  40. Blair, Introduction, p. 137.
  41. Stenton, Anglo-Saxon England, p. 143.
  42. Stephen of Ripon, Life of Wilfrid, Chapter 45.
  43. Stephen of Ripon, Life of Wilfrid, Chapitres 46–48.
  44. Stephen of Ripon, Life of Wilfrid, Chapters 49–55.
  45. Life of Wilfrid, Chapters 58–59; Bede, Ecclesiastical History, Book V, Chapter 19.
  46. Art et éducation, voir Higham, pp. 155–166; Blair, Introduction, pp. 311–329; missions, voir Blair, Introduction, pp. 162–164.
  47. Les origines northumbriennes des Évangiles d'Echternach ont été discutées, certains historiens penchant pour une origine irlandaise, voir Brown, "Echternach Gospels"; Higham, Kingdom of Northumbria, pp. 155–160; Verey, "Lindisfarne of Rath Maelsigi?". Les Évangiles de Lichfield sont parfois rapportées à la Northumbrie, bien que cela soit loin d'être certain; Higham, Kingdom of Northumbria, p. 158.
  48. Nees, Early Medieval Art, pp. 164–167; Alcock, Kings and Warriors, pp. 353–354.
  49. Hall et al, "The Ripon Jewel".
  50. Higham, Kingdom of Northumbria, p. 159.
  51. Ó Carragáin, "The Necessary Distance", p. 192, soutient que les images de l'Agnus Dei sur les deux monuments les placent dans le contexte du VIIIe siècle; de même Ó Carragáin estime "Ruthwell Cross" entre l'an 730 et 750; Bailey, pour "Bewcastle", entre l'an 725 et 750; plus généralement voir Alcock, Kings and warriors, pp. 377–382.
  52. Blair, "Escomb"; Alcock, Kings and warriors, pp. 273–285.
  53. Kirby, p. 146. Higham, pp. 166–168, donne une vue générale des monnaies northumbriennes.
  54. Gannon, pp. 125–126.
  55. Kirby, p. 145.
  56. Kirby, pp. 143–150; Yorke, Kings and Kingdoms, pp. 89–90 & 93.
  57. Kirby, p. 147; Yorke, Kings and Kingdoms, pp. 88 & 90.
  58. Coulstock, Collegiate Church, p. 31.
  59. Pour l'année de la mort d'Aldfrith, voir Kirby, p. 145: les annales irlandaises notent sa mort en dessous de l'année 703, qui est l'an 704 A.D., tandis que Bède donne l'an 705 et un règne de dix-neuf ans.
  60. Life of Wilfrid, Chapitres 59–60; Bede, Ecclesiastical History, Book V, Chapitre 19.
  61. Ireland, pp. 70–75.

Sources[modifier | modifier le code]

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  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Aldfrith of Northumbria » (voir la liste des auteurs), édition du 18 août 2008
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