Aldebert (prédicateur)

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Aldebert ou Adalbert est un prédicateur religieux gaulois du VIIIe siècle, actif dans le nord de la Gaule dans les années 730 et 740, condamné comme imposteur et hérétique par l'Église officielle.

Sa prédication controversée est mentionnée pour la première fois dans une lettre du pape Grégoire III en 741. Il était prêtre, ordonné sans affectation particulière à l'encontre du droit canon, appelé « évêque » par ses partisans, et prêchait au peuple dans la région de Soissons. Un synode d'évêques se tint dans cette ville en mars 744 sous l'impulsion de Pépin le Bref : Aldebert y fut désigné comme hérétique, démis de ses fonctions sacerdotales et emprisonné[1]. Au début de l'année 745, un autre concile organisé par Pépin le Bref et son frère Carloman sur le territoire de ce dernier, et présidé par l'archevêque Boniface, le condamna et l'excommunia en même temps qu'un certain Clément, un Irlandais fixé en Germanie. Apparemment il avait pu s'échapper et reprendre son activité, et son cas fut évoqué à nouveau en octobre 745 dans un synode tenu à Rome par le pape Zacharie, où Boniface était représenté par un prêtre nommé Deneard, porteur d'une missive faisant état des agissements d'Aldebert[2]. Les actes de ce concile romain, qui sont conservés, sont la principale source d'information sur cette affaire. Des documents postérieurs[3] montrent que le prédicateur controversé était toujours en activité en 746 et 747, mais on n'est pas bien assuré de la façon dont se termina sa carrière[4].

Selon les actes du concile romain de 745, Aldebert était un prédicateur charismatique qui prétendait « égaler les apôtres du Christ ». Il attirait de nombreux auditeurs qui semblent l'avoir préféré à leurs pasteurs ordinaires. Il avait une réputation de sainteté étayée par des « miracles » et « prodiges » qu'il aurait accomplis. Il aurait entretenu un culte de sa personne sous les formes d'une autobiographie où il se présentait comme un apôtre « né saint par élection divine »[5], et d'une distribution de reliques de son propre corps (rognures d'ongles, mèches de cheveux servant d'amulettes, etc.). Il affirmait connaître les péchés de ses fidèles sans qu'ils les avouent, et niait la nécessité de la confession. Il faisait usage de prières de sa composition où il invoquait plusieurs anges aux noms variés (Uriel, Raguel, Tubuel...), dénoncés par ses détracteurs comme des démons, dont l'un lui aurait apporté des reliques très précieuses venant du monde entier. Il se prétendait notamment détenteur d'une lettre du Christ lui-même tombée du ciel[6]. Rejetant la hiérarchie officielle, et se moquant entre autres des pèlerinages à Rome, il aurait institué une « contre-Église » : en fait, ses prédications ayant été interdites dans les églises légales, il parsema les campagnes de croix et de petits oratoires auprès desquels il prêchait, et qu'il aurait dédiés, non à des apôtres ou à des saints reconnus, mais à sa propre personne. Le concile de Soissons de 744 ordonna que « les croix qu'avaient plantées Aldebert soient toutes détruites par le feu »[7]. Le concile romain de 745 lui appliqua le passage de la Deuxième épître à Timothée (3, 6) souvent utilisé ensuite pour dénoncer les « hérétiques » et les « pseudo-docteurs » : « Il pénétra dans les maisons et emmena avec lui des bonnes femmes chargées de péchés ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Bougard, Le christianisme en Occident du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle. Textes et documents, SEDES, 1997, p. 89-93.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dépouillé de la prêtrise : lettre du pape Zacharie à Boniface du 5 novembre 744 ; incarcéré : lettre du même au même du 22 juin 744.
  2. « Deneardus religiosus presbiter dixit : "Domine mi, dum [...] meus dominus Bonifatius episcopus, famulus pietatis vestræ, in provincia Francorum synodum aggregasset et repperisset illic falsos sacerdotes, hereticos et scismaticos, id est Aldebertum et Clementem, sacerdotio privans una cum principibus Francorum retrudi fecit in custodiam. Illi autem non in pænitentia degunt, ut judicatum est, sed e contrario adhuc populum seducunt » (Actes du concile romain de 745).
  3. Ambassade de Pépin le Bref à Rome en 746, et lettre de Zacharie à Boniface du 5 janvier 747, laquelle appelle à un nouveau concile en présence d'Aldebert, et à l'envoyer à Rome s'il est à nouveau déclaré hérétique.
  4. Selon un complément anonyme à la Vie de Boniface par son disciple Willibald (Monum. Germ. Hist., Scriptores II, p. 354-7), destitué à Mayence après une confrontation avec l'archevêque, il aurait été finalement enfermé dans une cellule de l'abbaye de Fulda où il aurait été maltraité pendant une longue durée, serait parvenu à s'enfuir, mais aurait été tué et dépouillé par un groupe de porchers : « [...] apud Moguntiam, ut decuit, degradatus est, et exinde Fuldensi monasterio translatus, carceris obscuritate detrusus, diu longeque vexatus est. Ad extremum miser ille fugam iniit, at nihil aliud ad viaticum nisi tantum unam caligam plenam nucleis secum tulit, et sic cursu tenus fluminis Fuldæ nesciendo errabat, et incidit in subulcos, qui etiam eum occiderunt, spoliaverunt, lignisque obruerunt. Et hic finis erroris ejus extitit ».
  5. Début de ce texte selon les actes du concile de 745 : « Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Ici commence la vie du saint et bienheureux serviteur de Dieu, célèbre et magnifique, né saint par élection divine, l'évêque Aldebert. Il fut engendré par des parents simples et couronné par la grâce de Dieu. Car alors qu'il était encore dans le ventre de sa mère, la grâce de Dieu le saisit et, avant sa très bienheureuse naissance, sa mère eut la vision d'un veau sortant de son flanc droit, qui signifiait la grâce qu'elle avait reçue d'un ange avant qu'il sorte de la vulve [...] ».
  6. Il s'agit d'une croyance attestée depuis le VIe siècle, une lettre que l'archange saint Michel aurait trouvée dans un lieu de Palestine appelé le « trou d'Effrem » et que plusieurs personnes prétendirent ensuite détenir. Elle est mentionnée avant 584 dans une lettre de Licinianus, évêque de Carthagène, à un certain Vincent d'Ibiza qui prétendait l'avoir en sa possession. Il en est encore question comme fausse croyance dans l'Admonitio generalis de Charlemagne en 789. Cette lettre portait sur le repos dominical. Voir Hippolyte Delehaye, « Note sur la légende de la lettre du Christ tombée du ciel », Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques et de la Classe des beaux-arts de l'Académie de Belgique, 1899, p. 171-213.
  7. Actes du concile de Soissons, § 7 (éd. dans Reinhold Rau, Briefe des Bonifatius, etc., Darmstadt, 1968, p. 384 sqq.).