Alcade

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L'alcade (alcalde en espagnol, du mot arabe قاضٍ qāḍī : « juge ») est, en Espagne, en Colombie, en Bolivie, au Pérou, au Chili, au Mexique et au Venezuela, le fonctionnaire qui dirige l'exécutif d'une administration locale. Il est nommé en général pour un durée de quatre à cinq ans et peut être réélu dans la majorité des pays. Il a un rôle de représentation de la commune, et les pouvoirs qui lui sont conférés varient selon les pays.

Autrefois, au sein des royaumes hispaniques médiévaux après le Xe siècle et aux Temps modernes, dans les pays ou colonies hispaniques, gérées par la couronne d'Espagne ou par une administration rattachée, l'alcade était un juge désigné, très souvent le premier magistrat, d'une assemblée élue ou représentative.

Au Costa Rica[modifier | modifier le code]

L'alcade correspond au Costa Rica au troisième niveau du système électoral (les élections municipales). Il existe 81 municipalités dont l'assise géographique est le canton au Costa Rica. Les municipalités sont formées de deux organes : l'exécutif, composé d'un alcalde municipal et de deux alcaldes suplentes (suppléants) ; le législatif, sous la forme d'un conseil municipal, qui est l'organe délibérant de l'administration municipale. L'alcade et les membres du conseil municipal sont élus pour quatre ans.

En Espagne[modifier | modifier le code]

L'alcade est le président de la corporation, dirige l'administration municipale et représente la mairie. Sa fonction est équivalente à celle du "maire" ou du "premier magistrat" en France : il est élu parmi les conseillers au suffrage universel lors des élections municipales. Il préside l'Ayuntamiento (la mairie), le Concejo (la commune) ou le Cabildo.

Il existe deux types d'élections en fonction du nombre d'habitants de la municipalité. Dans le cas des municipalités dotées d'un conseil ouvert (celles de moins de cent habitants), les habitants élisent directement l'alcade à la majorité des suffrages.

Dans la Communauté forale de Navarre et la Communauté autonome du Pays basque, on peut le retrouver sous sa forme écrite basque alkatea, mais la racine du mot vient de la forme espagnole alcalde.

La réforme de l'administration locale au XIXe siècle a fait perdre à l'alcade ses attributions judiciaires, mais il est devenu président de la municipalité. Sauf dans les très petites villes, il était à la fin du XXe siècle encore nommé par le pouvoir central.

Histoire médiévale du mot et évolution de la fonction d'alcade[modifier | modifier le code]

Les historiens médiévistes connaissent le mot masculin alcade, souvent écrit alcadi ou alcudi, voire alkadi[1]. Il est apparu au Xe siècle dans le nord de l'Espagne

Il s'est généralisé dans l'Espagne de la Reconquesta au XIe siècle. Il a déjà deux significations :

  • i) un magistrat urbain, délégué de la justice royale ou régalienne. En conséquence, il est souvent désigné par le pouvoir.
  • ii) un juge élu, compétent pour chaque communauté (musulmane, chrétienne, juive) d'une entité urbaine ou d'un territoire rural[2]

Par extension, le nom est donné dès la fin du Moyen-Age au gouverneur d'une ville ou à des premiers représentants d'une communauté religieuse ou villageoise. Au XVe siècle, des conflits fréquents des alcades élus avec les autorités royales décident ces dernières à généraliser les nominations, et à conférer aux alcades un statut plus ou moins restrictif de fonctionnaires. Apparaissent ainsi des alcades de cour au nombre de six, des alcades criminels, des alcades de hidalga (ou spécifique à la noblesse).

En Bourgogne ancienne[modifier | modifier le code]

Les alcades étaient des délégués des États de Bourgogne chargés de contrôler la Chambre des Élus (le Conseil Exécutif Provincial) entre les sessions des États. Le terme médiéval serait plutôt dû à une influence des procédures de l'administration de justice en péninsule ibérique.

Un cas spécifique espagnol : l'alcade de la maison et de la cour royale[modifier | modifier le code]

Du XIIIe siècle jusqu'en 1803, le titre et la fonction d'Alcade de la Casa y Corte, signifiant "le juge (alcade) de la maison royale (Casa) et de la cour de justice régalienne (Corte)" désignait un juge de la plus haute instance d'appel du royaume d'Espagne. Il avait également des fonctions administratives et gouvernementales. (voir sur wikipédia en espagnol: Sala de Alcaldes de la Casa y Corte (es))

Une confusion médiévale à éviter[modifier | modifier le code]

Il ne faut pas confondre les alcades avec les alcalifos. Ce nom masculin pluriel est aussi typique de l'Espagne de la Reconquesta, mais il correspond soit à des magistrats subalternes, soit à des huissiers de justice (en arabe wazir) subordonnés à l'alcade, à des délégués d'une aljama, nom de la communauté juive ou musulmane, caractéristique d'un quartier urbain à institution autonome.

Aux colonies espagnoles à partir des Temps modernes[modifier | modifier le code]

L'alcade mayor préside le conseil de la municipalité constituée ou reconnue par le pouvoir. Les alcades ordinarios ou ordinaires s'occupent des affaires judiciaires sous l'autorité de la Couronne et du représentant du gouverneur.

Littérature hispanique[modifier | modifier le code]

  • El Alcalde de Zalamea, pièce de l'auteur Calderòn de la Barca illustrant le conflit d'autorité latent entre l'alcade, président de la justice et de l'administration locale avec les pouvoirs régaliens et militaires.

Références[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Phonétiquement cette version est très proche de l'arabo-berbère al kadi, le juge.
  2. Ce sens laisse bien supposer une antériorité de la fonction et du personnage généralement élu nommés al qāḍī dans le monde arabo-musulman, en particulier le Califat de Cordoue et ses divisions ultérieures.

Articles connexes[modifier | modifier le code]