Albert Lord

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Le barde serbe Filip Višnjić (1767-1834) - Ce barde était aveugle

Albert Bates Lord (né en 1912 - mort en 1991) était un philologue américain, professeur de littérature slave et de littérature comparée à l’université Harvard.

Entre 1933 et 1935, Albert Lord fit deux voyages en Yougoslavie et en Albanie du Nord, en compagnie de Milman Parry, qui, ancien élève d’Antoine Meillet à la Sorbonne, était alors Professeur Associé à l’université Harvard. Ensemble, ils parcoururent la région de Novi Pazar. C’est dans cette région qu’en 1389 s’était déroulée la bataille de Kosovo Polje opposant le prince serbe Lazar Hrebeljanović et le sultan Murad Ier. Cette bataille avait donné naissance à de grandes épopées, récitées par des bardes (les guzlars) souvent analphabètes, capables de construire des poèmes de plusieurs milliers de vers grâce à un « style formulaire ». Dans leur récitation, ces bardes s’accompagnaient d’une sorte de vielle, la guzla (ou gusle). Suivant l'exemple de Matija Murko, Parry et Lord enregistrèrent quelques centaines d'épopées, actuellement conservées à la bibliothèque Widener à Harvard.

Après la mort de son maître Milman Parry en 1935, Albert Lord poursuivit ses travaux sur la littérature épique. Et en 1960, il publia The Singer of Tales.

Dans cet ouvrage, il tenta de démontrer que les grandes épopées d’Europe et d’Asie étaient les héritières non seulement d’une tradition orale mais aussi d’une composition orale. C’est ainsi qu’il argumenta en faveur d’une stricte séparation entre les auteurs des épopées homériques et ceux qui, plus tard, les confièrent à l’écrit ; selon lui, les textes préservés étaient la transcription par un auditeur d’une histoire récitée. L’histoire elle-même ne s’appuyait pas sur un texte définitif, mais faisait l’objet de multiples variantes, chacune improvisée par le conteur. Le conteur, lors de la récitation, puisait dans un formulaire d’expressions, dans un fonds de constructions thématiques et d’incidents narratifs. Selon Albert Lord, cette improvisation était, pour l’essentiel, inconsciente ; les conteurs pensaient rapporter fidèlement les faits.

Albert Lord étudia également le Beowulf, l’épopée de Gilgamesh, la Chanson de Roland et les Ballades populaires anglaises et écossaises répertoriées par Francis James Child.

Au-delà de ces multiples traditions narratives, il mit en valeur leurs points communs dans les domaines de la composition orale et de l’art de raconter.

Source[modifier | modifier le code]

  • John Miles Foley, « Albert Bates Lord (1912-1991): An Obituary », Journal of American Folklore no105 (1992), p. 57-65.