Albert Guérisse

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Albert Guérisse (1911-1989) est un militaire et un résistant belge. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le nom de Pat O'Leary, il dirigea une filière d’évasion connue sous le nom de réseau[1] Pat O'Leary ou de Pat Line, grâce à laquelle plusieurs centaines de pilotes anglais et américains ont pu rentrer sains et saufs en Angleterre après que leur appareil eut été abattu au-dessus de la France occupée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la guerre[modifier | modifier le code]

1911. Albert-Marie Edmond Guérisse naît à Bruxelles le 5 avril.

Il étudie la médecine à l'Université Catholique de Louvain puis à l’Université libre de Bruxelles, en qualité d'élève-médecin militaire. Officier médecin en 1936, il est affecté au 1er Régiment de Lanciers qui est stationné à Spa, près de la frontière allemande.

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

1940. Le 10 mai 1940, lorsque les Allemands envahissent la Belgique, il participe à la campagne des 18 jours. Pendant les combats de Juprelle et de Geluwe sur le canal Albert, il se distingue en allant porter secours aux blessés sous le feu ennemi, ce qui lui vaudra la Croix de Guerre. Le 28 mai 1940, quelque heures après la capitulation de la Belgique, il choisit de rejoindre les lignes anglaises afin de continuer la lutte. Arrivé à Dunkerque, il parvient le 30 mai à embarquer vers l’Angleterre avec les troupes britanniques qui se replient. Le 4 juin, il est renvoyé en France par Brest en vue d’un hypothétique regroupement des forces belges dans la région des Sables d’Olonnes. Avec la progression des Allemands, pour ne pas être fait prisonnier, il rejoint le sud de la France, avec quelques officiers belges (les lieutenants Danloy, Gréban, Brabant, Nicod et de Selys Longchamps). Fin juin, ils embarquent à Sète sur un navire charbonnier avec des troupes de la légion tchèque. Dans la rade de Gibraltar, il profite de l'occasion de compléter l’équipage d’un navire marchand français le Rhin) que son commandant (Péri) compte mettre à la disposition de la Marine Anglaise. En août 1940, le Rhin accoste à Barry Docks. Péri obtient de l’amirauté que le bateau et son équipage naviguent désormais sous le ‘blue ensign’ du pavillon britannique, attribué aux navires commandés par un officier réserviste de la Royal Navy, ceux de la Navy étant sous le ‘white ensign’ et les bâtiments commerciaux sous le ‘red ensign’. C’est ainsi que le lieutenant médecin Guérisse est nommé au grade de lieutenant-commander (capitaine de corvette) de la Royal Navy Volunteer Reserve (R.N.V.R.) et détaché au Naval Intelligence Department. Avec d’autres membres de l’équipage, il reçoit un entraînement de six semaines d'agent du SOE pour des missions d’infiltration en territoire ennemi. Ayant à prendre un nom anglais afin de ne pas être reconnu comme Belge en cas de capture, il choisit O’Leary, nom d’un canadien français qu’il avait côtoyé pendant ses études : avec un tel nom à consonance irlandaise, les anglais lui attribuent d’emblée le prénom de Patrick. Le Rhin reçoit un armement et prend le nom de H.M.S. Fidelity qui opérera en Méditerranée et dans l’Atlantique comme « mystery-ship », subissant régulièrement des transformations et des changements d’aspect, spécialisé dans les coups de main de sabotage sur les côtes françaises, la dépose et la récupération d’agents du SOE.

1941.

  • Avril. Il a pour mission de débarquer des agents du SOE à proximité de Collioure sur la côte du Roussillon au sud de la France, et d'embarquer une quinzaine d'hommes qui devaient quitter le France. Le 25, l’embarcation dans laquelle il se trouve se retourne et il doit rejoindre le rivage à la nage. Arrêté par les gardes-côtes du Régime de Vichy, il se présente sous son identité d'emprunt Pat O’Leary. Il est emmené à Saint-Hippolyte-du-Fort près de Nîmes. Là, il rencontre des officiers britanniques. L’agent du SOE Ian Garrow le fait libérer et le conduit à Marseille. Albert Guérisse et d’autres comme Nancy Wake commencent à aider Garrow à mettre en place son réseau d’évasion et continuent à utiliser le pseudonyme O’Leary. De nouvelles filières s'organisent pour évacuer des « colis » vers l'Espagne ou la Méditerranée. Un aviateur abattu dans le nord peut ainsi être évacué par l'Espagne en douze jours.
  • Octobre. Les autorités françaises de Vichy capturent Garrow. Guérisse prend sa succession.

1942.

  • L'organisation grossit très vite. Son chef doit déléguer le recrutement de nouveaux agents à des responsables locaux, ce qui facilite l'introduction des traîtres.
  • Mai. Procès de Garrow : il est condamné à dix ans de prison.
  • Novembre. La zone libre est envahie par les Allemands. La Gestapo resserre son emprise autour du réseau.
  • Décembre. Grâce à un uniforme de gardien de contrebande qu'Albert Guérisse et Nancy Wake lui font parvenir dans sa cellule du camp de concentration de Mauzac (Dordogne), Garrow s’échappe le 8. Les Britanniques demandent le retour de Garrow à Londres. Guérisse continue alors son œuvre, développant les opérations autour de la filière d’évasion. Cette filière rapatriera plus de 600 réfugiés vers l’Angleterre en passant par l’Espagne.

1943.

  • Janvier. La filière est infiltrée et trahie par le Français Roger Le Neveu.
  • Février. Garrow, qui a utilisé les services de sa ligne d'évasion pour lui-même, arrive en Écosse.
  • Mars. Guérisse est arrêté dans un bar de Toulouse. Pour prévenir les Britanniques, il s’arrange pour que l’un des plus jeunes membres, Fabien de Cortes, quitte le train qui les transporte vers la prison. La filière est reprise par Marie-Louise Dissart sous le nom de réseau Françoise. Soumis à la torture, Guérisse ne parle pas. Il est ensuite déporté successivement dans plusieurs camps de concentration.
  • Octobre. Il est envoyé dans le camp de Dachau.

1944.

  • Juin. Alors que les Alliés débarquent en France et que la libération approche, Arthur Haulot et Pat O'Leary fondent l'« International Prisonners Comittee ».
  • Eté. Il se trouve dans le camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace avec l’agent du SOE Brian Stonehouse. Il assiste à l’arrivée au camp de quatre autres agents féminins du SOE, Andrée Borrel, Vera Leigh, Diana Rowden, et Sonia Olschanezky, qui sont toutes exécutées et brûlées au four crématoire pour faire disparaître toute trace d’elles. Après la guerre, Guérisse et Stonehouse témoigneront du sort de ces femmes lors des procès pour crimes de guerre nazis.

1945.

  • Guérisse est envoyé à Dachau, à nouveau torturé et condamné à mort. Cependant, lorsque les gardes SS se rendent au moment de l’avancée alliée, "O’Leary" prend le commandement et refuse de quitter le camp jusqu’à ce que les Alliés prennent soin de ses codétenus.
  • 29 avril. Le camp est libéré par les Américains.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Guérisse reprend son vrai nom et rejoint l’armée belge.

1947. Il épouse Sylvia Cooper-Smith (elle décèdera avant lui). Ils ont un fils.

1950. Il sert dans la Guerre de Corée où il est blessé en cherchant à secourir un soldat blessé.

1953. Il devient le chef du service médical de l’armée belge.

1970. Il prend sa retraite, avec le grade de Général-major

1989. Albert Guérisse meurt à Waterloo (Belgique) le 26 mars à l’âge de 77 ans, avec pour dernière requête que sa mort ne soit rendue publique qu'après son enterrement, ne souhaitant pas que l'on fasse trop de bruit autour d'un homme « qui avait simplement fait son devoir ».

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Albert Guérisse a reçu 35 décorations de différents pays, notamment :

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme générique est réseau ou (comme en anglais) circuit. Dans le cas des réseaux dédiés à l'évasion, on dit aussi ligne ou filière.