Albanais de Macédoine

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Carte ethnique de la République de Macédoine selon le recensement de 2002. Les Albanais sont majoritaires dans les zones en marron.

Les Albanais de Macédoine forment la principale minorité de la République de Macédoine. Ils représentaient en effet 25,2 % de la population totale du pays en 2002, derrière les Macédoniens (64,2 %). Les Albanais de Macédoine sont reconnus constitutionnellement comme minorité et possèdent quelques droits spécifiques. Ils se concentrent principalement dans le nord-ouest du pays, entre Koumanovo, Tetovo et Strouga.

Population[modifier | modifier le code]

Albanais à Tetovo.

Selon le dernier recensement, effectué en 2002, les Albanais représentent 25,2 % de la population totale de Macédoine[1]. Cependant, ce chiffre pourrait être faux, car certains Albanais boycottent les recensements, afin de laisser planer le doute sur leur nombre réel. Certains organismes albanais avancent ainsi qu'ils représentent jusqu'à 40 % de la population de Macédoine. De plus, la Macédoine a accueilli un nombre considérable de réfugiés du Kosovo à partir de 1981, début de la désintégration de la Yougoslavie[2]. Or ces Kosovars, albanais, ne sont pas pour la plupart des citoyens macédoniens, puisque pour acquérir la nationalité, il faut prouver au moins 15 ans de vie sur le territoire. En 1999, lors des bombardements au Kosovo, la Macédoine a par exemple accueilli plus de 250 000 réfugiés dans des camps de l'ONU ou d'ONG. Si certains sont rentrés chez eux, beaucoup sont restés dans ce pays d'accueil[3].

Municipalités à majorité albanaise[modifier | modifier le code]

Sur les 84 municipalités que compte la Macédoine, en 2002, 16 étaient peuplée majoritairement par des Albanais. Ces municipalités se trouvent toutes dans le nord-ouest du pays, le long de la frontière kosovare et albanaise. Parmi ces municipalités, deux font partie de Skopje, la capitale, et Tetovo, Gostivar et Debar sont des villes importantes à l'échelle du pays.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mère Thérésa, née Agnès Gonxha Bojaxhiu, la plus célèbre Albanaise de Macédoine

Bien que les Macédoniens croient souvent que les Albanais sont arrivés à partir du XVe siècle avec l'occupation turque, il semble qu'ils soient présents dans le pays depuis la Préhistoire. Au départ semi-nomades et élevant des chèvres et des moutons, leurs chefs se convertissent à l'Islam après l'arrivée des Turcs afin de conserver leurs terres[4].

Sous le régime yougoslave, ils sont encouragés dans leur expression culturelle et dans leurs particularités. Cependant, lors de son indépendance en 1991, la Macédoine se définit comme l'État du peuple slave macédonien, englobant plusieurs minorités. Cela mécontente fortement les Albanais, qui sont en nombre significatif mais se trouvent marginalisés dans leur propre pays. Un référendum unilatéral organisé en 1992 par des associations albanaises dans la communauté demande aux intéressés s'ils sont pour leur autonomie. Le « oui » l'emporte à 74 %[5]. Bien que le gouvernement soit pluriethnique dès 1991 (4 à 5 ministères sont tenus par des Albanais), la communauté demande à être reconnue comme « peuple constitutif » de la république et voudrait que la représentation politique ne soit plus par majorité mais proportionnelle[6].

Les premiers troubles éclatent en 1995, lorsque des professeurs et des militants albanais créent une université albanaise à Tetovo. le gouvernement leur avait toujours refusé ce droit, car il estimait que cela encouragerait la formation d'organismes parallèles. Ouverte le 15 février, l'université est fermée le 17 par la police. S'ensuivent des émeutes, qui entraînent cependant la création dans l'Université Saints-Cyrille-et-Méthode de Skopje d'un centre d'études albanaises[7].

Les foyers d'insurrection albanaise en 2001

Lors du conflit de 2001, les choses s'aggravent dangereusement et l'opposition entre Macédoniens et Albanais menace de plonger le pays dans la guerre civile. L'Armée de libération du Kosovo, dissoute et interdite dans son pays, semble alors renaître en Macédoine et des combats ont lieu avec l'armée au début de l'année[8]. En mai, les Macédoniens ont failli perdre le pays mais, qui les Albanais sont sommés de rendre les armes par l'ONU. La Macédoine est en « état de guerre » lorsque, sous l'égide de l'ONU et de l'OTAN, un accord de cessez-le-feu est signé le 5 juillet[9]. Des troupes menées par les États-Unis s'installent alors et désarment les Albanais. Finalement, le 13 août, des accords sont signés entre les organismes albanais et slavo-macédoniens. Ces accords permettent aux Albanais d'enseigner et de pratiquer officiellement leur langue dans les municipalités où ils forment plus de 40 % de la population, d'occuper un quota de 23 % des effectifs de la police (auparavant, seulement 3 % des policiers étaient albanais), de parler albanais au parlement[10].

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

Les Albanais de Macédoine sont à très grande majorité (près de 100 % de la population) musulmans, on peut d'ailleurs apercevoir en Macédoine un nombre assez important de mosquées, présentes dans presque chaque village albanais, même les plus petits. Et cela surtout dans les régions de Skopje, Tetovo, Gostivar et Kumanovo. Ils parlent l'albanais et bien que très proches des Kosovars et des Albanais d'Albanie, ils n'ont jamais demandé leur annexion à ces pays et l'Albanie n'a jamais revendiqué des régions de Macédoine. Les Albanais de Macédoine ont en fait toujours connu le même destin que les Macédoniens et, jusqu'en 2001, jamais ils n'avaient été en guerre contre eux[11].

La culture et la langue des Albanais de Macédoine sont encadrées par l'université de Tetovo, créée en 2001 après les affrontements et en partie financée par l'État macédonien.

Partis politiques albanais[modifier | modifier le code]

En Macédoine, les partis politiques sont souvent ethniques. Il y a ainsi les partis macédoniens, roms et albanais. Les principaux partis albanais sont le Parti démocratique des Albanais, radical, et l'Union démocratique pour l'intégration, ultra-radical. Le Parti pour la Prospérité démocratique, modéré, a été absorbé en 2008 par le PDA[12].

Le principal dirigeant politique macédonien est Ali Ahmeti, président de l'UDI et qui a conduit notamment le conflit de 2001.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. CIA World Factbook - Macédoine
  2. La République de Macédoine: Nouvelle venue dans le concert européen, Christian Chiclet et Bernard Lory, éd. L'harmattan, 1998, p.72
  3. Un pays inconnu : la Macédoine, Georges Castellan, éd. Arméline, 2003, p. 100
  4. op. cit., Georges Castellan, p. 97
  5. op. cit., Christian Chiclet et Bernard Lory, p. 70
  6. op. cit., Christian Chiclet et Bernard Lory, p. 68
  7. op. cit., Christian Chiclet et Bernard Lory, p. 73
  8. op. cit., Georges Castellan, p. 104
  9. op. cit., Georges Castellan, p. 105
  10. op. cit., Georges Castellan, p. 106
  11. op. cit., Christian Chiclet et Bernard Lory, p. 69
  12. Europe-Politique.eu - Partis politiques de Macédoine

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]