Alban de Villeneuve-Bargemon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont, né le 8 août 1784 à Saint-Auban et mort le 8 juin 1850 à Paris, est un économiste et homme politique français. Noble catholique, il dénonça le premier avec Armand de Melun l'exploitation manufacturière et fit voter les premières lois sociales.

Il fut membre de l'Institut de France (Académie des sciences morales et politiques), commandeur de la Légion d'honneur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Auditeur au Conseil d'État (1810), Sous-préfet de Zierickzée (Bouches-de-l'Escaut) (1811), préfet des Bouches-de-l'Èbre (1812), et de Sambre-et-Meuse (1814). Il abandonna ce dernier poste au moment de l'invasion et revint en France saluer le retour des Bourbons. Préfet du Tarn-et-Garonne (1814), il perdit cet emploi aux Cent-Jours, et rentra dans l'administration comme préfet de la Charente (1817), de la Creuse, de la Meurthe (1820), de la Loire-Inférieure (1824), du Nord (1828). Nommé maître des requêtes en service extraordinaire le 18 février 1820, et conseiller d'État le 12 novembre 1828, il refusa le serment au gouvernement de Louis-Philippe, et fut mis à la retraite comme préfet le 22 octobre 1830, avec une pension de 6,000 francs. Il avait été élu, le 3 juillet 1830, député du grand collège du Var, par 71 voix (100 votants, 175 inscrits) : il vota avec les légitimistes, et ne se représenta pas en 1831. L'année suivante, il accepta de la duchesse de Berry, qui se proposait de débarquer en Provence, le brevet de commissaire royal dans le Var; il accompagna la princesse pendant quelque temps, puis revint à Paris où il s'adonna à l'étude de l'économie politique. Candidat à la députation le 21 juin 1834, dans le 12e collège du Nord (Hazebrouck), il échoua avec 227 voix contre 250 à l'élu, Warein; le 21 mars 1840, il fut élu député du 3e collège du même département (Lille) par 540 voix (830 votants), en remplacement de Hennequin, décédé, et réélu, le 9 juillet 1842, par 536 voix (793 votants, 1,192 inscrits), contre 241 à Lefèvre, et le 1er août 1846, par 529 voix (1,031 votants 1,246 inscrits), contre 491 à Auguste Mimerel. Il prit place parmi les légitimistes, et vota contre l'indemnité Pritchard et pour la proposition Rémusat. La révolution de février 1848 le rendit à la vie privée. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques le 12 avril 1845, en remplacement de Lakanal, Villeneuve-Bargemont a publié un certain nombre d'ouvrages, parmi lesquels on peut citer: Économie politique chrétienne, ou recherches sur la nature et les causes du paupérisme en France et à l'étranger et sur les moyens de le soulager et de le prévenir[1]; Histoire de l'Économie politique (parue dans l'L'Université catholique de 1835-36-37) ; Le livre des affligés, ou douleurs et consolations (1841, 2 volumes); Notice sur l'état actuel de l'économie politique en Espagne et sur les travaux de Rancon de la Sagra (1844); il a en outre collaboré au Journal des Économies et au Plutarque français.

« Dès 1841, c'est le vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont qui fait voter la loi règlementant le travail des enfants, réclamée aussi par le comte de Montalembert, autre grand aristocrate catholique. C'est Villeneuve-Bargemont qui pose le premier, devant la Chambre française, le problème ouvrier dans toute son ampleur (22 décembre 1840). Alors que l'idée de la lutte des classes n'est lancée qu'en 1843 par Flora Tristan, dans sa Lutte ouvrière[2]. »

Il dénonça « l'état de dépendance et d'abandon dans lequel la société livre les ouvriers aux chefs et entrepreneurs de manufactures... la facilité illimitée laissée à des capitalistes spéculateurs de réunir autour d'eux des populations entières pour en employer les bras suivant leur intérêt, pour en disposer, en quelque sorte, à discrétion, sans qu'aucune garantie d'existence, d'avenir, d'amélioration morale ou physique soit donnée de leur part, ni à la population, ni à la société qui doit les protéger. »

« Il n'est pas sans intérêt de noter qu'avant l'utilisation de la question sociale par Karl Marx, c'est la droite légitimiste et traditionaliste qui la première, prend la défense des travailleurs[3]. »

La plus jeune de ses filles, Adrienne[4] (1826-1870), dame du palais de l'impératrice Eugénie, épousa le général Gustave Olivier Lannes, comte de Montebello (1804-1875), sénateur du Second Empire.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels d'Alban de Villeneuve-Bargemont ainsi que ceux de sa famille sont conservés aux Archives nationales sous la cote 241AP[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paris, 1834, 3 volumes Texte en ligne 1 2 3
  2. Jean Dumont, L'Église au risque de l'histoire, préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Éditions de Paris, Ulis, 2002, p. 115, note 2.
  3. Jacques Ploncard d'Assac, Les jeunes ont droit à la vérité, Société de philosophie politique, Lisbonne, 1970, p. 107-108.
  4. Adrienne de Villeneuve-Bargemon, comtesse de Montebello, par Winterhalter, extrait du tableau L'Impératrice Eugénie et ses dames d'honneur de Winterhalter, 1855.

    « Adrienne de Villeneuve Bargémont, comtesse de Montebello, était la première sur la liste des Dames du Palais ; elle était toute jeune femme lors de sa nomination, fort jolie, très élégante ; un deuil cruel, la perte d’une petite fille vint soudainement la frapper. Elle fut bien longtemps à se remettre de ce coup douloureux. Elle y perdit à jamais son insouciante gaité, mais elle conserva ce charme et cette bonne grace qui lui avaient acquis de nombreuses et sérieuses amitiés. Elle passa plusieurs années à Rome quand son mari, le général de Montebello y commandait en chef le corps d’occupation ; elle sut, à Romme comme à Paris, se créer d’affectueuses relations. Elle revenait tous les ans en France et faisait alors son service auprès de l’Impératrice. Elle mourut en 1870…. »

    — Charles Adrien de Conegliano, La maison de l'empereur

    « Parmi les gentilles personnes qui sont ici, je dois nommer Mme de Montebello née Adrienne de Villeneuve, petite fille de la duchesse de Vicence. Cette jeune femme est gracieuse et bonne ; c’est la dame du palais de l’Impératrice qui s’habille le mieux, mérite qui, du reste, est fort appréciée par le temps qui court et qui, il faut l’avouer contribue beaucoup à embellir une femme. »

    — Mémoires de la princesse Julie Bonaparte (1830-1860) « de Roccagiovine »

  5. Archives nationales

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Tiano, Alban de Villeneuve-Bargemont (1784-1850): le précurseur de l'état social, ou, un grand notable bien ordinaire?, 1993
Pour approfondir 
« Alban de Villeneuve-Bargemon », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore] ;