Kawésqar

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Kawésqars ou Alacalufs

Description de cette image, également commentée ci-après

L'une des dernières représentantes des Kawésqars encore en vie vendant des articles d'artisanat aux touristes

Populations significatives par région
Terre de feu 5 000 (- 6 000 ans)
Population totale 0 (XXIe siècle)
Autres
Langues

kawésqar

Religions

animiste, chamanisme

Ethnies liées

kaweskars ou alacalufs

Les Kawésqar, Kaweskar ou Alakalufs, les « Hommes », sont un groupe indigène de la zone australe du Chili, composé de nomades en canots qui parcourraient les chenaux fuégiens de la Patagonie occidentale, entre le golfe de Penas et le détroit de Magellan, se déplaçant aussi dans les chenaux que forment les îles qui sont à l'ouest de la grande île de la Terre de Feu (la péninsule de Brunswick et l'île Wellington, l'île Santa Inés et l'île Desolación) et au sud du détroit.

Le terme Alakaluf serait une dénomination péjorative dérivée du yagan halakwulup, mangeur de moules[1]. Selon d'autres sources, ils reçurent des Yagans de la Terre de Feu l'étrange nom "d'hommes de l'ouest avec des couteaux en coquillage", ce qui serait la signification du mot alakaluf[2]. Leur langue traditionnelle est connue comme la langue Kaweskar. On les a appelés aussi Pécherais, déformation du terme de la langue Kaweskar Pektchevés par lequel ils désignaient tout homme étranger, potentiellement dangereux[3].

Nomades de la mer, ils vivaient sur leurs canots, à la recherche de leur nourriture dans la mer. C'était le groupe ethnique le plus important des Amérindiens de la région fuégienne.

Environnement fuégien[modifier | modifier le code]

Géographie[modifier | modifier le code]

On ne peut comprendre l'histoire d'un peuple sans connaître l'environnement[4] auquel il était adapté. Le versant pacifique des Andes méridionales, sur 2 000 km de long, est constitué par une multitude d'îles et d'îlots délimitant un labyrinthe de chenaux et de fjords dangereux pour la navigation. Cet ensemble constitue :

  • au nord les archipels de Patagonie occidentale
  • au sud les archipels de la Terre de Feu.

Du Golfe de Penas (47° 09 de latitude Sud) au cap Horn (55° 55 de latitude Sud), ce sont près de 9 ° de latitude ou 540 mille marins ou 1 000 kilomètres du nord au sud, à vol d'oiseau.

Il n'y a pratiquement pas de plaines côtières et les plages. Les côtes abruptes des îles et des îlots sont, là où elles sont abritées des vents dominants, sont recouvertes par une forêt vierge dite magellanique, au-dessus du niveau des hautes marées jusqu'à 300 à 400 mètres de haut. Au-dessus s'étend la zone des marécages, tourbières et lichens. Puis viennent les roches nues, suivies des glaciers et des neiges éternelles.

Les sommets de la Cordillère des Andes culminent là :

En face de ces murailles, l'océan Pacifique, muraille liquide de vagues énormes et de tempêtes furieuses.

Climat[modifier | modifier le code]

Les vents y sont d'une violence rarement constatée en d'autres parties du monde, les pluies y sont presque quotidiennes, la température moyenne varie de 0 à °C pendant la saison froide (hiver austral) et de 5 à 10 °C pendant la saison chaude (été austral). Telles sont les caractéristiques principales de ce climat épouvantable.

Faune[modifier | modifier le code]

La faune marine est fort riche en :

  • coquillages (moules ou (Cholgas), oursins) et poissons,
  • oiseaux innombrables (manchots, canards et oies sauvages, mouettes, pétrels et goélands),
  • mammifères marins (baleines et de phoques) qui ont, pendant des millénaires, fourni aux pêcheurs des archipels à la fois leur alimentation de base et une partie importante de la matière première de leur équipement (os, coquilles, cuir, fourrures).

La faune de la forêt est très pauvre. Elle comporte quelques cervidés (huémuls) dans les grandes îles et sur le continent avec quelques carnassiers (pumas) et seulement, sur le continent, des camélidés sur les côtes de la Terre de Feu et de l'île Navarino. Il subsiste des ragondins et des loutres à l'embouchure des rivières.

Flore[modifier | modifier le code]

À 2 à 3 mètres au-dessus du niveau des marées, la forêt magellanique est un entrelacs d'arbres rabougris et pourrissants. Les quelques grands arbres (coïgue) sont assaillis par des lianes immenses, des lichens et des mousses. C'est un milieu hostile à l'homme, les expéditions à venir, après Magellan, en feront la triste expérience.

La flore marine est caractérisée par de grandes algues brunes ou (Wiro) qui balisent les côtes dangereuses et signalent le sens et l'intensité des courants[5].

Origine[modifier | modifier le code]

Article principal : Premier peuplement de l'Amérique.
Vue partielle du territoire kaweskar
Détroit de Magallan et territoire des kaweskar

Il y a deux hypothèses au sujet de leur arrivée dans leur habitat de peuplement. La première dit qu'ils arrivèrent du nord en suivant la voie des chenaux chilotes, qu'ils franchirent vers le sud, traversant l'isthme d'Ofqui. L'autre dit qu'ils peuplèrent les îles du détroit de Magellan et qu'ils montèrent par les canaux de la Patagonie jusqu'au golfe de Penas.

La zone qu'ils occupaient pour leurs déplacements était immense mais on peut dire qu'ils tournaient autour de deux points. L'un sur la rive sud du détroit de Magellan, l'île Clarence, l'autre dans la partie sud du golfe de Penas, sur l'îlot Solitaire dans l'archipel de las Guaitecas. La raison de cette focalisation est l'obtention du feu : les Kawesquars en avaient besoin pour se chauffer. Au fil des siècles, ils découvrirent ces deux points où se trouvaient des gisement de pyrite de fer, minéral dont ils tiraient des étincelles qui enflammaient leurs combustibles.

Histoire[modifier | modifier le code]

On estime que les ancêtres des Kaweskar arrivèrent depuis leur aire de nomadisation il y a de cela 6 000 ans. La rencontre des Kawéskars avec les découvreurs européens est proche. L'Homme Kawéskar était alors :

« un homme libre et maître de lui-même, sans devoir et sans affaires, content de ce qu'il a parce qu'il ne connait pas mieux »

— Jean Raspail, 1986, p. 145

.

Avant l'arrivée des hommes blancs, les indigènes ne connaissaient pas les boissons alccolisées. L'alcoolisme commencera ses ravages.

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

À la charnière de deux siècles (XVe siècle-XVIe siècle), des récits de navigateurs égarés font état de rencontres curieuses, dans des mers australes[6]. Le prince portugais Henri le Navigateur, à Sagres, pressentait un passage vers l'ouest. Les récits sont soigneusement compilés, analysés et recoupés à Nuremberg par le géographe Martin Behaim. Quelques initiés soupçonnent le passage vers la mer de l'ouest. La Terra incognita recule devant ces récits fantastiques.

Les circumnavigateurs[modifier | modifier le code]

C'est l'époque où Christophe Colomb aborde l'Amérique. En 1513, Balboa traverse l'Isthme de Panama. En 1550, Pedro de Valdivia longe la côte du Chili et atteint le Golfe de Penas, désert. Enfin, Fernand de Magellan, commandant cinq navires espagnols, arrive dans l'hiver austral 1520. Il hivernera à Puerto San Julián, sur la côte de Patagonie. Il pénètrera dans le détroit éponyme et croisera, dans le second goulet, un canot. L'amiral fera tirer au canon sur des indigènes qui lui font des gestes hostiles sur le rivage, tirent des flèches qui ne portent pas[7].

Pourtant, après Magellan, de 1526 à 1560, plusieurs tentatives échouèrent pour pénétrer le dédale d'îles et de chenaux :

Le monde des Kaweskars va changer

Premier établissement[modifier | modifier le code]

Pedro Sarmiento de Gamboa, venant du Pérou, va parcourir le détroit de Magellan d'ouest en est. Il revient de Cadix le avec le seul navire restant. Il installe la « Colonia del nombre de Jesús » au Cap Virgenes puis un nouveau camp plus sûr, la « Ciudad del Rey Don Felipe », situé plus à l'ouest dans le détroit au sud de l'actuelle ville Punta Arenas, la Ciudad del Rey Don Felipe, plus à l'ouest dans le détroit au sud de l'actuelle ville Punta Arenas. Ces colonies ne purent survivre à la rigueur du climat et à la malnutrition. Le site fut attaqué et pillé par les Kawesquars qui subirent des tirs divers ordonnés par le capitaine général Andrés de Viedma. Ce sera l'échec cuisant d'un orgueil qui a causé bien des malheurs[8].

Les kaveskars vont piller le site après la mort du dernier survivant, se livrant au saccage et au dépeçage des corps, allant jusqu'à s'en prendre aux corps mal enterrés du cimetière et au corps d'une femme pendue au gibet[9]. Ils font éclater les têtes à coups de cailloux et éventrent la femme pendue. Ils vont piller tous les objets en fer (haches, couteaux, épées... qu'ils trouvent. Puis ils marquent l'endroit comme tabou mais sont supris par une arrivée inopinée avant de quitter les lieux.

En 1586, le navigateur et corsaire anglais Thomas Cavendish découvrit trois survivants dans les restes du fort de la 2e colonie qu'il renomma Puerto del Hambre[10]. Il se livrera, avec ses marins, à une chasse à l'homme sur les kaveskars qu'il traquera, écœuré par le rôle de charoganrds qu'il leur impute.

Suite des contacts[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, quand s'établirent les premiers contacts avec l'homme blanc, la population était estimée à 3 000 personnes.

À la fin du XVIIIe siècle, la zone commença à être fréquentée par une grande quantité de navires baleiniers et de chasseurs de phoques, particulièrement de nationalité britannique et nord-américaine. À partir de cette époque, ils commencèrent à contracter des maladies qui les conduiront à leur déclin numérique.

Premières observations[modifier | modifier le code]

Habitant les eaux et rivages du détroit de Magellan, leur connaissance remonte à l'histoire des traversées historiques de ce détroit. Sous les noms locaux ou erronés de Pécherais ou Fuégiens, ils furent notamment observés ou simplement rencontrés par différents navigateurs.

Entre 1764 et 1766, Sir John Byron, commodore britannique d'une flottille océanographique comprenant le HMS Dolphin (capitaine Lovecraft) et la corvette HMS Tamar (capitaine Wallis), fait escale face aux îles Charles III. C'est un rescapé du naufrage, en 1741, du HMS Wager (capitaine Cheap). Il avait survécu en étant « adopté » par un clan, ce qui lui avait sauvé la vie. Il relata son aventure dans un livre qui connut un grand succès. Il décrit la vie du clan dans le tchelo. Son retour à l'île Charles III lui permet un contact assez amical des indigènes qui seront reçus à son bord.

En 1768, Bougainville relâche dans la baie Fortescue face aux îles Charles III, avec son navire La Boudeuse .

Puis viendront Cook, Charles Darwin, Dumont d'Urville et par Paul-Émile Lafontaine. La Patagonian Missionary Society, avec le HMS Beagle (capitaine Robert FitzRoy) tente le retour d'une jeune femme et d'un homme enlevés. Le révérend Wilfrid Watkins sera retrouvé mort, assassiné dans les ruines de sa mission abandonnée[11].

Les maladies apportées par les équipages, explorateurs, missionnaires et autres voyageurs, ainsi que les éleveurs de bétails de la Terre de Feu arrivés à la fin du XIXe siècle ont tué une grande partie des Alakaluf[12].

Archipel Terre de Feu-Aborigénes

Traitements infligés par les Européens[modifier | modifier le code]

Dès les premiers contacts, les Européens considérèrent les indigènes de Patagonie comme ses sauvages dignes d'être étudiés. Ils apparaissent repoussants de saleté, enduits de graisse de phoque, sentant horriblement mauvais, d'apparence presque simiesque.

L'amiral hollandais Jacob l'Hermite, en 1624, faisait canonner les Kaweskars pour « distraire ses brutes bataves ». Le capitaine corsaire hollandais de Weert est cité comme ayant fait enlever « une toute jeune fille, une enfant » qui fut ramenée à Amsterdam et vendue à une tenancière de maison close[13].

À compter de 1871 commença l'exhibition d'indigènes vivants dans des ville d'Europe et nord-américaines, dans des Zoos humains. Cette pratique cessa au commencement du XXe siècle. Des familles entières appartenant aux ethnies kaweskar, yagan, selknam et mapuche furent ainsi exhibées en France, Angleterre, Belgique et Allemagne. Elles arrivaient sur commande de sociétés scientifiques et pour des commerçants qui rentabilisaient leur venue avec des exhibitions publiques. Les voyages duraient entre 4 et 6 mois pendant lesquels les malheureux tombaient malades et mouraient[14].

En 1881, onze Kaweskars ont été déportés de Patagonie par des européens pour être emmenés à Paris au Bois de Boulogne et au Jardin zoologique de Berlin. Seuls quatre d'entre eux ont survécu à ce voyage et sont retournés au Chili. Les restes des cinq autres ont été rapatriés de l'Université de Zurich (Suisse), au début de 2010. À propos de cet incident, le président chilien s'est excusé au nom de l'État pour avoir laissé ces personnes être déportées et traitées comme des animaux[15].

À la fin du XIXe siècle, des missionnaires salésiens obtinrent la concession de l'île Dawson où ils établirent une mission dans le but d'évangéliser, « protéger et soigner » les indigènes de cette zone. Avec eux commença le processus de transformation de la vie nomade vers la sédentarisation. Il se fit un changement dans les vêtements, abandonnant l'utilisation de l'huile de loup de mer et la cape de Phoque qui les protégeait de la pluie et du froid. Le vêtement occidental restait humide en permanence, amenant des maladies nouvelles.

En 1900, la population était estimée à 1 000 kaweskars, chiffre réduit à 250 en 1924.

Histoire contemporaine[modifier | modifier le code]

En 1937, le Gouvernement du Chili, par sa Force aérienne établit une station à Puerto Edén. Le premier chef de station, le sergent Carlos Gaymer Gómez, arriva accompagné de son épouse et de sa belle-mère[16]. Ils demeurèrent là jusqu'en avril 1950 de manière continue. Cette famille se dévoua pour éduquer et former les kaweskars qui vinrent vivre autour du poste. Elle adopta deux enfants[17]. Le dernier partit vivre aux États-Unis d'Amérique, à New York.

À la fin de l'année 1940, le gouvernement autorisa un jeune kaweskar de 10 ans[18], distingué par sa vivacité et son intelligence, à partir, avec l'autorisation de ses parents, à Punta Arenas, étudier sous la tutelle des religieux Salésiens. Le Président de la république chilienne lui accorda son parrainage. Il termina ses humanités à Santiago et entra à l'École des Spécialistes des Forces aériennes. Il se maria en 1948 avec une infirmière[19]. Il revint à Port Edén seul, avec le grade caporal de 2e classe[20]. Il règne en tyran sur ses compatriotes qui l'acceptent puis déserte au bout de quelques mois. Il finira en 1953 dans le naufrage de son canot.

À la même époque, ils fréquentaient la zone des phoquiers chilotes, lesquels, en de nombreuses occasions, commirent des assassinats, des viols et des rapts de Kaweskars.

Déclin et extinction[modifier | modifier le code]

En 1992, il n'y avait plus que 60 indigènes vivant à Punta Arenas et la majeure partie à Port Eden. En 2000, il n'y avait plus que 14 kaweskars non-métissés. Au fil du temps, cette population a été en diminuant[21].

Culture[modifier | modifier le code]

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

L'unité de base est la famille, laquelle se déplace seule dans son canot, à la recherche de sa nourriture. Occasionnellement, les familles se regroupent par deux ou trois pour une tâche spécifique. Ces rencontres sont l'occasion d'échanger des femmes.

Quand ils sont à terre, les kaweskars construisaient une hutte assez confortable avec des armatures en bois de chêne ou de canelo recouvertes de peaux de phoques ou de nutria.

Le canot[modifier | modifier le code]

Le canot était la pièce la plus importante et appréciée du patrimoine culturel des kaweskars. Il était fabriqué en écorces, de préférence de coïgue. La longueur variait de 8 à 9 mètres. Il pouvait transporter une famille et servir de véritable demeure flottante car il servait pendant une bonne partie de l'année. Au XXe siècle, sous l'influence des chasseurs chilotes, les kaweskars commencèrent à les construire à partir d'un unique tronc d'arbre évidé, semblables au bongos[22] de l'île de Chiloé.

Technologie et outils[modifier | modifier le code]

On peut parler de technologie à propos de ce peuple. Il a maîtrisé le travail de la pierre, du bois, de l'os et des tendons de baleine, des coquilles de mollusques (moules géantes ou cholgas) ainsi que des peaux de loutres et de phoques. Avec ces matériaux, il a confectionné des flèches, des arcs, des frondes, des harpons et des couteaux, ces derniers ont servi à travailler les troncs avec lesquels ils fabriquaient des canots. Avec des fibres végétales, ils fabriquaient des paniers et des corbeilles.

Ce peuple a maîtrisé l'art de construire des canots à rames capables d'affronter les mers australes, à partir de troncs de coïgue ou Hêtre austral avec un outillage datant de l'âge de la pierre[23].

La connaissance du métal a été apportée par les contacts avec les hommes blancs.

Cholga, une grosse "Moule de Magellan", sur le marché de Puerto Montt

Mythologie et croyances[modifier | modifier le code]

  • Mwono est un esprit du mal et du bruit rôdant dans les montagnes et les glaciers[24]. Il se déplace avec fracas et bouleverse tout sur son passage.
  • Ayayema est un esprit du mal, mauvais et puissant, persécuteur obstiné[25].
  • Kawtcho est un géant qui chemine sous terre durant le jour, réapparaissant le nuit et traînant une odeur de pourriture.
  • Alel-Cesislaber.
  • Alp-láyp[26] (ou Arka kercis est un esprit bon auquel ils rendaient grâce quand un naufrage leur apportait de la nourriture et des outils en fer ou quand ils découvraient une baleine échouée, morte sur une plage.

Économie[modifier | modifier le code]

Les Kawésqars, jusqu'au XXe siècle, étaient un peuple maritime nomade, des nomades de la mer, chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Ils déplaçaient en cellules familiales isolées le long de la côte pacifique et se nourrissaient des produits de la mer. Ils chassaient les albatros, les phoques, les dauphins. Ils tuaient aussi les nouveaux-nés d'otaries, ramassaient les oeufs des pingouins, des sternes et des mouettes. Les femmes plongaient pour ramasser les moules géantes (Aulacomya atra ou « cholgas » ou Moules de Magellan[27]), pêchées-récoltées par les femmes plongeant en apnée. Les coquilles étaient entassées sur les plages[28]. Ils exploitaient les cadavres de cétacés échoués, se groupant à plusieurs clans familiaux. Cette exploitation de viande échouée était aussi le fait d'autres tribus comme les Onas (ou Selk'nam).

Ils établissaient des campements en construisant des huttes ou « tchelos » bâties sur des arceaux et recouvertes de peaux de phoque[29].

De par leur culture, les Kaweskars n'ont jamais cultivé la terre. C'étaient des cueilleurs-chasseurs.

Population[modifier | modifier le code]

Distribution des populations pré-hispaniques du Chili (selon une carte de langue espagnole, le nord étant à gauche)

Ils n'ont jamais été très nombreux. La population totale n'a jamais dépassé les 5 000 individus. Dans les années 1930, les Alakalufs se sont sédentarisés sur l'île Wellington, dans la ville de Puerto Edén. De nos jours, très peu de Kawésqar y subsistent. Le recensement chilien de 2002 a révélé que 2622 personnes s'auto-identifiaient comme Kawésqar (ceux pratiquant encore leur culture d'origine ou parlant leur langue maternelle). En 2006, seulement 15 personnes étaient encore de pure souche. Bien que des cours de Kaweskar fassent partie du programme d'études local, il demeure très peu de locuteurs.

Tribus et langues[modifier | modifier le code]

Adwipliin, Aksánas, Alacaluf, Cálen, Caucahue, Enoo, Lecheyel, Taíjataf, Yequinahuere (Yequinahue). D'autres « peuples » ont habité la même région comme les Chono, Yamana, Selk'nam ou les Haus qui se seraient battus pour la possession de ces terres[30].

Présence occasionnelle en Argentine[modifier | modifier le code]

Les kawésqars vivaient sur le territoire actuel chilien mais, du fait du voisinage, ils pouvaient se trouver dans un secteur frontalier de l'Argentine, entre le lac Fagnano et la cordillère des Andes fuégiennes. Ils n'établirent pas de campements permanents sur ces territoires, leur présence occasionnelle était due à des échanges avec les Onas, Tehuelches et Yamanas (avec ces derniers, quelques liens familiaux ont été créés). La bibliographie argentine inclut fréquemment les Alacalufs parmi les peuples originaires d'Argentine, même si leur présence n'a été que transitoire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ou proviendrait du mot employé pour quémander auprès des navires de passage selon Raspail 1986, p. 203 : « Alakaluf ! Alakaluf ! = "Donne-moi! Donne moi! Donne moi… ».
  2. Coco Magnanville, blog 2013
  3. Jean Raspail 1986, p. 145
  4. Ces hommes vivaient là, avant l'arrivée des Européens, en équilibre avec leur environnement d'où ils tiraient tout ce qui leur était nécessaire, respectant leur milieu naturel de vie.
  5. Jean Raspail 1986, p. 54
  6. Jean Raspail 1986, p. 57-65
  7. Jean Raspail 1986, p. 90-92
  8. op. cit. Jean Raspail (2001) : Jean Raspail Adios Tierra de Fuego (2001)
  9. Jean Raspail 1986, p. 118-121
  10. (es) Susana Bandieri, Historia de la Patagonia, 2e édition, Buenos Aires, Sudamerica, 2009, (ISBN 978-950-07-3074-7)
  11. Jean Raspail 1986, p. 147-185
  12. Évolution démographique des Indiens Alakaluf (mission de L. Robin et J. Emperaire 1946-1948)
  13. Jean Raspail 1986, p. 131
  14. Ces faits ont été détaillés dans le livre de Baéz et Mason 2006.
  15. http://www.bbc.co.uk/mundo/america_latina/2010/01/100114_1626_chile_indigenas_gtg.shtml
  16. respectivement Raquel Verdugo Rojas et Matilde Rojas, cette dernière mourut en 1949 et fut enterrée au cimetière local.
  17. Ana Rosales Ulloa et Carlos Edén Maidel.
  18. Terwa Koyo ou Lautaro Edén Wellington
  19. Raquel Torres Wilches
  20. Cette odyssée est racontée sous une forme romancée par Raspail 1986, p. 272-281, avec le nom de Carlitos.
  21. (es)Site Univ. Chili : Derniers descendants : consulté le 21/04/2014.
  22. Les bongos de Chiloe sont des canots utilisés sur terre, traînés par un animal.
  23. Raspail 1986, p. 53
  24. http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/expedition-a-l-assaut-des-sommets-invioles-29-09-2011-1446564.php
  25. Jean Raspail 1986, p. 15
  26. http://www.limbos.org/sur/alakfr.htm
  27. http://www.lapatagonie.com/component/search/?searchword=d%C3%A9troit&searchphrase=any&ordering=newest&limit=5
  28. Cette pratique serair due à un tabou. On observe aussi ces tas de coquilles au Maroc, sur la côte atlantique, où ils sont désignés sous le nom de kjökkenmoeddings.
  29. Jean Raspail 1986, p. 93
  30. http://www.limbos.org/sur/elsur.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (es) Lucas Bridges, El último confin de la tierra, Buenos Aires (Argentine), Emecé Editores S.A.,‎ 1952
  • (es) Alberto de Agostini, Treinta años en Tierra de Fuego, Buenos Aires (Argentine), Ediciones Preuser,‎ 1956
  • (es) José Emperaire, Los nomades del mar, Santiago (Chili), Lom ediciones,‎ 2002
  • (es) A. Laming, En la Patagonia confin del mundo, Santiago (Chili), Editorial del Pacifico S.A.,‎ 1957
  • Jean Raspail, Qui se souvient des hommes : roman, Paris, Robert Laffont,‎ 1986, 13,5 x 21 cm, 288 p. (ISBN 2-221-04559-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
C'est le roman noir d'un peuple issu de la Préhistoire, qui nous fait découvrir, chapitre après chapitre, une odyssée, celle de ce peuple mal compris et qui n'a pas pu se défendre. Il reste ce témoignage poignant. Le livre est dédié à la mémoire de José Emperaire, chercheur au CNRS, mort accidentellement dans la fouille d'une caverne et à celle de son épouse Annette Laming-Emperaire
  • (es) Fresia Barrientos M., Pueblos originarios de Chile, Santiago (Chili),‎ 2005 (ISBN 956-7382-09-3)
  • (es) Peter Mason et Christian Baez, Zoologicos humanos : Fotografías de fueguinos y mapuche en el Jardin d'Acclimatation de París, siglo XIX, Editorial Pehuén,‎ 2006
  • (en) P.P. King et Robert Fitz-Roy, Narrative of the surveying voyages of His Majesty’s Ships Adventure and Beagle between the years 1826 and 1836, describing their examination of the southern shores of South America, and the Beagle’s circumnavigation of the globe. : Proceedings of the first expedition, 1826-30, under the command of Captain P. Parker King, R.N., F.R.S., Londres, Henry Colburn,‎ 1839 (lire en ligne)
  • (es) Anne Chapman, Yaganes del cabo de Hornos : Encuentro con los europeos antes y despues de Darwin, Santiago de Chile, Pehuen Editores S.A.,‎ 2012
  • Zoos humains, ouvrage collectif sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire - Paris, La Découverte, 2002 (ISBN 2-7071-3638-7)

Sources[modifier | modifier le code]

Ces traductions ont été ensuite enrichies des lectures diverses.

Webographie[modifier | modifier le code]

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