Al Adl Wal Ihsane

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Al Adl Wal Ihsane
العدل و الإحسان

Logo de l’association
Cadre
Forme juridique mouvement islamiste
Fondation
Fondation 1973
Fondateur Abdessalam Yassine
Identité
Président Mohammed Abbadi
(depuis décembre 2012)[1]
Site web Site officiel

Al Adl Wal Ihsane (arabe : العدل و الإحسان, littéralement: Justice et Spiritualité) est un mouvement islamiste marocain créé en 1973 par Abdessalam Yassine. Il n'est pas légal mais toléré par les autorités marocaines[2],[3].

Son fondateur, Abdessalam Yassine, un ancien inspecteur dans le ministère de l'Éducation nationale marocain fut initialement membre de la Zaouiya al Boutchichia, une confrérie soufie qu'il quitta après en avoir déploré l'évolution et aussi parce qu'il fut écarté de la succession à la fonction de chef de confrérie après la mort de ce dernier au profit de son fils. Yassine fut fortement influencé à ses débuts par la pensée de Sayyid Qutb, il considère que la société marocaine vit dans la fitna (division) sous un régime de jâhilîya (ignorance)[4]. Après l'avènement de la révolution iranienne et l'arrivée de Khomeini au pouvoir, Yassine se mit également à prôner pour le Maroc un système politique inspiré du Velayat-e faqih iranien. Sa fille Nadia Yassine a déclaré que le meilleur système politique pour le Maroc était une république, déclaration pour laquelle elle a eu un procès, ce procès a néanmoins été reporté sine die.[réf. nécessaire]

Contrairement au Parti de la justice et du développement (PJD) qui demeure légaliste, Al Adl Wal Ihsane s'oppose à l'article de la constitution marocaine que stipule que le roi est également amir al mouminine (« commandeur des croyants »). Al Adl Wal Ihsane a pour but l'instauration du califat, mais en cela le parti s'oppose à l'usage de la violence, un État appliquant la justice et redistribuant les richesses du pays au peuple marocain, un État islamique appliquant la charia et bâti sur le modèle de l'État instauré par le prophète de l'islam Mahomet.

Parcours[modifier | modifier le code]

Abdessalam Yassine est né en 1928. Son père, un paysan pauvre, appartenait à la famille des "Ait-Bihi", il se proclame berbère idrisside originaire de la contrée d'"Oullouz" dans le Souss (sud du Maroc).

Il effectua ses études primaires dans une école fondée à Marrakech par Mohamed Mokhtar Soussi. Après quatre années d'études, il obtient le diplôme de l'institut Ibn Youssef.

Il termine ses études à l'école de formation des instituteurs de Rabat en 1947, puis exerce dans l'éducation nationale, durant vingt ans, il fut amené à représenter le Maroc dans de nombreuses rencontres pédagogiques internationales.

En 1968, il a fut démis de ses fonctions sans aucune décision administrative, il fut mis à la retraite en 1987.

Expérience soufie[modifier | modifier le code]

En 1965 il intègre la confrérie soufie Zaouiya al Boutchichia où il accompagne le cheikh Hadj El Abbas, après sa mort Abdessalam Yassine quittera la confrérie et fondera quelques années plus tard le mouvement "Justice et Spiritualité".

La lettre à Hassan II et la naissance du mouvement[modifier | modifier le code]

1974 : Abdessalam Yassine donne un conseil au roi Hassan II sous forme d'une lettre de plus d'une centaine de pages intitulée "L'islam ou le déluge", et pour laquelle il a été emprisonné sans jugement pendant trois ans et six mois.

Cette démarche très audacieuse à l'époque, lui vaut d'être interné dans un asile psychiatrique, il fut ensuite mis en prison, et enfin en résidence surveillée à la fin du règne du monarque.

Yassine fut totalement libre de ses mouvements à l'avènement du règne de Mohammed VI, il reprit une action politique très intense, multipliant les déplacements et les meetings non autorisés[réf. nécessaire]. Il envoya également un nouveau mémorandum À qui de droit très véhément au nouveau roi, Mémorandum qui fut ignorée et n'entraîna pas de conséquences judiciaires pour lui.

Ce Mémorandums s'inscrivent dans le cadre de l'idéologie de Yassine, qui prétend s'ériger en autorité morale et religieuse ultime[réf. nécessaire] au Maroc à l'exemple de son modèle Khomeini en instituant une réplique de Velayat-e faqih de la République islamique d'Iran au Maroc.

1981-1983 : Il fonde une Jamaa Islamia (mouvement islamiste) ; mais malgré la diversité des noms qu'il lui donne, d'Ousrat Al Jamaa à l'Association de la Jamaa en passant par Al Jamaa Al khairira (l'association de bienfaisance), elle ne sera jamais reconnue par les autorités.

Septembre 1987 : Al Jamaa Al khairira prend le nom de Al Adl Wal Ihsane (Justice et Spiritualité), sous la direction d'Abdessalam Yassine.

Importance réelle du mouvement[modifier | modifier le code]

Suite à une descente de la police en mai 2006 dans les locaux du parti[5] et la saisie du matériel informatique ainsi que du fichier des adhérents, il s'est avéré que le mouvement comptait à peu près 100 000 membres actifs avec probablement 25 000 sympathisants non membres. Néanmoins, il reste très difficile de connaître l'impact réel de l'association et l'importance de la diffusion de ses idées dans les différentes couches de la société marocaine. L'association surfe néanmoins sur le mécontentement généré par les difficultés économiques, les grandes disparités au sein de la société, sur l'omniprésence de la corruption, et surtout sur l'islamisation galopante de la société marocaine.

La répression contre le mouvement[modifier | modifier le code]

Al Adl Wal Ihsane connaît des vagues d'arrestations et d'intimidations, les forces de l'ordre mènent de vastes opérations policières contre Al Adl Wal Ihsane à travers tout le Maroc. Cette répression s'est intensifiée suite aux journées « portes ouvertes » organisées par le mouvement, pour se faire connaître du grand public.

Prosélytisme[modifier | modifier le code]

Le mouvement est très actif dans les universités où il pratique un prosélytisme très actif. Ils ont totalement noyauté le plus grand syndicat étudiant : l'Union nationale des étudiants du Maroc[6](UNEM) qui était à l'origine un mouvement de gauche proche de l'Union socialiste des forces populaires puis des mouvements Marxistes Léninistes comme Ila Al Amame et 3 mars. En tant qu'ancien inspecteur de l'enseignement, Abdesslame Yassine a toujours considéré l'université comme un lieu stratégique pour diffuser ses idées et convertir à partir de là progressivement l'ensemble de la société marocaine en l'éduquant.

Ces dernières années le mouvement a commencé à recruter en Europe et aux États-Unis, au sein des communautés de la diaspora marocaine, où il dispose de solides relais. Il a également noué des liens très étroits avec divers organisations islamistes[réf. nécessaire] au Moyen-Orient notamment en Égypte en Jordanie et au Soudan.

Culte de la personnalité autour de Abdesslame Yassine[modifier | modifier le code]

L'association a été critiquée pour être entièrement centrée autour de la personnalité de son leader charismatique et de pratiquer un culte de la personnalité très actif à son égard. L'association tient fréquemment des réunions où Yassine parle à ses disciples de ses rêves : roûyia, il affirme y voir le prophète, ses disciples aiment les interpréter sous un jour très favorable au mouvement.

Nadia Yassine[modifier | modifier le code]

Porte-parole du mouvement et aussi fille du dirigeant, Nadia Yassine se démarque des autres dirigeants par ses capacités oratoires, son bilinguisme et sa médiatisation par la presse marocaine. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire arabophone « Al Oussbouia al Oukhra », Nadia Yassine s'est déclarée ouvertement républicaine affirmant que la monarchie ne convenait pas au Maroc et que sa fin était proche, ce qui a fait réagir les autorités marocaines en la convoquant au tribunal de première instance de Rabat. Son procès est en cours.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Même si elle n'est pas formulée clairement, l'idéologie du mouvement diffère substantiellement de celle des autres mouvements du courant religieux islamiste. Le discours du mouvement est également critique envers le pouvoir en place. Le projet politique est l'instauration d'un État civil[7]. Une autre idée forte de Yassine est de « moderniser l'islam », il a écrit un livre sur ce sujet qui est devenu l'un des ouvrages de référence du mouvement[Lequel ?]. Le mouvement est par ailleurs non violent et affirme « vouloir changer la société marocaine par l'éducation et non par la contrainte ».

Impasse politique[modifier | modifier le code]

Al Adl Wal Ihssane se dit un mouvement non violent, mais il rejette le système politique marocain tel qu'il est actuellement et en particulier le fait que le roi soit également chef religieux ou Amir Al Mouminine selon la constitution[8]. Or lui ne propose pas d'alternative économique claire, ce qui constitue une sérieuse contradiction. En plus, aucune dégradation de la situation économique et sociale ne semble se profiler à l'horizon. Malgré les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, le régime ne semble pas près de s'écrouler et reste au contraire d'une grande stabilité et la situation économique et sociale s'améliore certes lentement, le régime a aussi essayé de solder les comptes avec le passé en particulier en mettant en place l'instance équité et réconciliation pour faire la lumière sur les crimes et atteintes aux droits de l'homme commis durant le règne du roi défunt Hassan II. Dans ce contexte, la grande crainte du mouvement est que le parti islamiste légaliste le Parti de la justice et du développement ne rafle toutes les voix islamistes et finisse par le marginaliser. Certains cadres du mouvement s'impatientent et voudraient rentrer dans le jeu politique afin de sortir de l'impasse[9].

Récent tournant idéologique[modifier | modifier le code]

Depuis la printemps arabe et le discours du 9 mars du roi Mohammed VI sur le changement de la constitution, un tournant idéologique semble s'opérer au sein du mouvement, en effet sur le site de l’association islamiste marocaine, on peut lire : Nous appelons à la mise en place d'un État civil moderne sans droit divin et là où personne ne peut prétendre à la sacralité et où personne n’a de délégation divine. Un État où le peuple aura la souveraineté, son pouvoir selon ses croyances et ses choix.

Fathallah Arsalane porte parole du mouvement, nuance la position du mouvement dans le journal Akhbar Al yaoum (édition du 25 mars 2011) en expliquant que : notre conception de l’État civil n’est pas issue d’une conception laïque de l’État. Elle tire son origine de la nécessité de garantir le droit des minorités, la séparation des pouvoirs, l’alternance pacifique du pouvoir, l’attachement au dialogue

Nadia Yassine, la fille d'Abdeslam Yassine a récemment déclaré au journal en ligne fr.lakome.com nous sommes plus proche du modèle turc et que le modèle de Wilayat al FAqih était dépassé[10]

Représentation en Europe[modifier | modifier le code]

Le mouvement compte des adeptes en France, Belgique et Pays-Bas et trouve un début d'insertion aux États-Unis. Nadia Yassine donne régulièrement des conférences en Europe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]