Akoibon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Akoibon est une "comédie" française réalisée par Édouard Baer sortie le 13 avril 2005.

Histoire[modifier | modifier le code]

Nader, un escroc, doit se rendre sur l'île de Chris Barnes, un ancien organisateur de soirée mondaine pour sauver un ami. Daniel, marié et père de 11 ou 12 enfants, vient sur l'île pour rejoindre Betsy, la fille de Chris Barnes avec qui il a parlé sur Internet. Ils décident d'échanger leurs identités, tandis que Betsy fait de même avec sa sœur. Mais, rien ne va plus quand Chris Barnes décide de virer un acteur et de rompre l'illusion cinématographique.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Le film assume son absurdité et livre une réflexion plus ou moins aboutie sur la place de l'acteur au cinéma.

Certains ont critiqué le fait que le jeu de Poelvoorde soit trop proche de celui des Randonneurs, et celui de Jean Rochefort trop proche de Tandem. Cela semble pourtant délibéré et assumé de la part du réalisateur (Poelvoorde, par exemple, porte une tenue de randonneur, sans logique dans le récit) et participe de ce jeu d'allusions constantes au monde du cinéma qui fait partie intégrante de la mise en abîme : tout d'abord la pléiade d'acteurs renommés, la présence de la réalisatrice Josée Dayan, l'allusion à Cinecitta en 1967 (l'Hollywood italien), à Brigitte Bardot, à Woody Allen, et l'imitation de Serge Gainsbourg par Poelvoorde ne peut que nous rappeler qu'il jouait déjà un imitateur ringard dans Podium. Et puis la mise en abîme renvoie elle aussi peut-être à d'autres films, par exemple à ceux de Jean-Luc Godard, où il y a très souvent un film dans le film, où les acteurs s'adressent aux spectateurs, regardent la caméra, et où le clap est parfois filmé.

La plupart des critiques ont jugée la mise en abîme ratée.

On peut, à l'inverse, lui trouver une originalité.

Ce qui est original, c'est que les acteurs qui jouent les personnages se révèlent ne pas être Rochefort, Edouard Baer, Poelvoorde... mais d'autres acteurs inconnus, dont on ne connaitra pas l'identité... On découvre que ce n'est finalement plus Rochefort qui joue Chris Barnes mais un autre acteur, capricieux, qui prend un malin plaisir à faire capoter les films dans lesquels il tourne. Rochefort joue un acteur qui joue Chris Barnes. C'est cela qui est original dans cette mise en abîme : Baer et les autres se mettent à jouer aux acteurs, à jouer le jeu. Les acteurs inconnus qui jouaient Barnes, Jean-mi et les autres personnages deviennent eux-mêmes des personnages joués. Les frontières entre acteurs et personnages, jouer et être naturel s'estompent. Cet estompage est d'ailleurs évoqué dès les débuts du film, lorsque François Rollin filme Marie Denarnaud en train de jouer l'ennui, puis finissant par s'ennuyer réellement :

- Nan mais là je m'ennuie vraiment.
- Voilà. Là c'est formidable. Là, on sent plus du tout que tu joues.
- Parce que là je joue plus, je m'ennuie pour de vrai.

Le film se situe alors dans un entre-deux, entre réalité et fiction, spontanéité et jeu d'acteur. Cela fait penser un peu à ce que donne à voir parfois la télé-réalité, quand les candidats ne savent plus qui ils sont, s'ils sont eux-mêmes ou bien en train de jouer, dans la réalité ou bien dans une fiction. Edouard Baer en parle dans ses notes de production, publiées sur Comme au Cinéma : "Et là, mon modèle ce sont les “héros” de la télé réalité. Cette faculté de passer d'une activité censée être prise sur le vif à un commentaire face caméra."

Ce caractère enigmatique de la mise en abîme finit par donner un tonalité presque mélancolique au film qui n'est, du coup, pas seulement une comédie. Le véritable coup de tonnerre du film, c'est le renversement de la comédie ensoleillée, colorée et souriante dans une sorte de tragique : chaque personnage devient de plus en plus pathétique, Jean-mi quittant l'île à la nage, Barnes s'improvisant en directeur de casting libidineux... C'est tout à fait dans l'esprit Baer, dans celui du Grand Mezze : on ne sait jamais vraiment si l'on doit rire ou pleurer. Edouard s'explique clairement là dessus. À la question de Commeaucinema.com, "Comment définiriez-vous votre film ?", il répond : "C'est une comédie qui oublie d'être une comédie. Ce qui manque parfois dans les films c'est que la fenêtre soit laissée ouverte…"

Toujours à propos de cette mise en abîme : elle est particulièrement originale car elle n'est pas présente seulement à la fin du film, mais elle est ce qui le guide depuis le depart. En effet, celui que cherchaient les mafiosos envoyant Nader à la villa Mektoub, ce n'était finalement pas Chris Barnes, mais l'acteur qui joue Chris Barnes et qui abandonne les films en cours de route, se révoltant contre la production ("trop tard ! Ce film là aussi il est foutu, et c'est bien fait pour vous"). On découvre que les mafiosos sont en réalité les producteurs du film.

C'est une critique à peine masqué du système de production commercial du cinéma contemporain en France, qu'Edouard ne se prive pas de critiquer dans ses interviews. Voir par exemple celle accordée à commeaucinema.com :

« Que pensez-vous du cinéma français ? Je suis déçu par la comédie française. Certaines fois, rien qu'en voyant l'affiche on a vu le film. Et aujourd'hui, plus un long métrage a de l'argent, moins il risque d'être bien. C'est un des paradoxes du financement actuels des films, qui vient de la télévision. Comme ce qui marche le mieux à la télé à 20h50 ce sont les téléfilms, il s'agit de produire des films qui répondent aux mêmes règles… »

Ici, les acteurs se révoltent contre ce système en mettant fin au film, en s'en prenant aux cadreurs : « Vous avez pas honte de mater les gens ? Cassez vous de là ! », s'écrit Nader. C'est la note d'espoir du film. On découvre que derrière ce Chris Barnes ridicule et autoritaire, se cache un acteur qui s'est révolté contre le cinéma commercial : le raté devient en quelque sorte un héros. Au moment même où il défie les producteurs (Jeanne Moreau), retentit la chanson de Moustaki, Et pourtant dans le monde, qui exprime un espoir de liberté et de révolution, et qui répond aux résignés, à ceux qui désespèrent. Edouard Baer la reprend en quelque sorte à son compte à propos du cinéma français contemporain : il nous dit qu'il ne faut pas désespérer, un autre cinéma est possible et que c'est ce qu'il tente de faire. Cette chanson est la véritable conclusion du film.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : Akoibon
  • Réalisation : Édouard Baer
  • Scénario : Édouard Baer
  • Société de production : Gémini Films
  • Pays d'origine : Drapeau de la France France
  • Budget : 3,75 millions d'euros.
  • Genre : comédie
  • Durée : 98 minutes
  • Date de sortie :

Distribution[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]