Akarova

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Akarova en 1997 chez elle, avec son petit chien

Marguerite Acarin, dite Akarova, est une danseuse, chorégraphe, sculpteuse et artiste peintre belge née à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) le et décédée à Ixelles le (à 95 ans).

Biographie[modifier | modifier le code]

Dès l'âge de treize ans, Marguerite suit des cours de chant au Conservatoire de Bruxelles chez Marguerite Nys, de piano chez madame Lecat-Vanden Bussche et de danse à l'école de Marthe Roggen, puis à l'Institut Jaques-Dalcroze de Bruxelles. Elle entre ensuite au corps de ballet de l'Opéra d'Anvers, mais le quittera bientôt pour raisons d'incompatibilité avec la maîtresse de ballet Sonia Korty.

En 1922, elle assiste aux conférences du danseur Raymond Duncan, frère de la célèbre danseuse américaine Isadora Duncan. Elle a d'ailleurs souvent été qualifiée d'«Isadora Duncan belge». Elle y fait la connaissance du peintre, créateur de meubles et critique d'art Marcel-Louis Baugniet, pour lequel elle pose et qu'elle épouse le 31 octobre de l'année suivante. Il lui invente le nom de scène d'Akarova. En 1928, elle se sépare de Baugniet mais continuera cependant à travailler sporadiquement avec lui sur les décors et costumes de ses spectacles. Baugniet, décédé en 1996, est resté son voisin, il habitait au Jardin du Roi.

Le , elle épouse en secondes noces Louis Lievens, expert en écriture et mécène avec lequel elle vivait depuis quatre ans. Ce mariage se terminera aussi par une séparation en 1939.

Akarova décède dans son studio aménagé au-dessus de son ancienne salle de spectacle de l'avenue de l'Hippodrome à l'âge de 95 ans et est inhumée au cimetière d'Ixelles.

Liens familiaux[modifier | modifier le code]

Sa sœur aînée, Germaine Acarin (1898-1969), est également artiste peintre.

La danse[modifier | modifier le code]

Akarova.
Photo extraite du livre Akarova, Bruxelles 1988.

En 1926, Akarova arrête de pratiquer le chant afin de se consacrer pleinement à la danse qu’elle sortira des ornières du ballet classique. Figure de proue du modernisme de l'entre-deux-guerres, elle compose de nombreuses œuvres chorégraphiques dans la mouvance des Ballets russes, qu'elle danse sur les musiques de ses contemporains, entre autres Claude Debussy, Paul Dukas, Maurice Ravel, Darius Milhaud et Igor Stravinski. Sa danse se veut tantôt vigoureuse, tantôt hiératique, où les décors et les costumes, dont ses costumes constructivistes, — qu'elle réalise elle-même — utilisent des lignes brisées ou ondulées, des motifs asymétriques, des polychromies discordantes. Préférant Bruxelles à une carrière internationale, Akarova donne de nombreux récitals de chant et de danse dans différents théâtres ou dans des demeures privées. Akarova installe en 1934 un studio réservé à ses élèves au 45 rue Jean d'Ardenne à Ixelles. Elle y donna également des représentations.

Dans son souci de contrôler totalement ses scénographies, Akarova demande à l'architecte Jean-Jules Eggericx de construire pour elle une salle de spectacle au 72 de l'avenue de l'Hippodrome à Ixelles[1], inaugurée le 30 janvier 1937, et où se déroula la partie la plus importante de sa carrière., salle qui fermera ses portes en 1957 suite aux réclamations du voisinage. La salle, de style Art déco, est aujourd'hui sauvegardée. Pour l'inauguration, le 30 janvier 1937, elle danse Les Biches de Poulenc, Le Boléro de Ravel et cinq danses du Sacre du printemps de Stravinski. De son vaste répertoire, on retiendra encore son interprétation de L'Histoire du soldat de Stravinski, du Prélude à l'après-midi d'un faune de Claude Debussy ou encore de L'Amour sorcier de Manuel de Falla. L'Orestie de Darius Milhaud[2] et la chorégraphie de la Tragédie de Salomé de Florent Schmitt seront présentées en 1931 à l'Institut supérieur des arts décoratifs.

Akarova a fait don de ses costumes et décors de scène au Musée des Archives d'architecture moderne, marquant par là sa volonté d'inscrire son œuvre dans le contexte plus large de l'architecture, entendue comme une synthèse des arts.

La peinture et la sculpture[modifier | modifier le code]

Une de ses premières sculptures, en 1938, est le buste de son époux, Louis Lievens. En 1943, elle sculpte Le Faune pour le Prélude à l'après-midi d'un faune de Claude Debussy. Après la fermeture de sa salle, en 1957, Akarova se consacre essentiellement à la peinture et à la sculpture. Elle peint principalement des sujets religieux, des portraits et autoportraits, des compositions abstraites ainsi que des projets de costumes et de décors de théâtre. Au début de sa carrière de peintre, elle peint principalement des églomisés, avant d'abandonner ce support par crainte de bris lors d'expositions. Son style est caractérisé par une juxtaposition d'images parfois mêlées de motifs abstraits et d'un emploi quasi tachiste de la couleur.
Les amis peintres qu'elle fréquente sont Jean-Jacques Gailliard et surtout Anto Carte et Floris Jespers qui tous deux dessineront des costumes pour la danseuse. L'influence de ces peintres est perceptible dans l'œuvre d'Akarova.

Akarova sculpte des portraits et réalise les bustes de nombreux artistes et amis, comme Maurice Carême, Charles Bertin, André Baillon ou Géo Libbrecht. Son style est puissant et quelque peu stylisé. Elle correspond avec le sculpteur Maurice Xhrouet et expose aux onze éditions biennales de la Sculpture de plein air de Belgique, à la Maison d'Érasme d'Anderlecht.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Akarova a réalisé des sculptures monumentales pour les villes de :
    • Bruxelles : tête d'André Baillon (1953, granit, h.60 cm), Ministère de la Culture
    • Saint-Gilles : tête de Charles Plisnier, Parc Pierre Paulus
    • Woluwe-Saint-Pierre : groupe de cinq statues en pierre bleue disposées en demi-cercle, dans un jardinet privé, 194 avenue de Tervueren
    • Woluwe-Saint-Pierre : tête d'August Vermeylen (1957), avenue des Frères Legrain
    • Woluwe-Saint-Pierre : tête de Charles Plisnier (1957), à l'intersection des avenues des Géraniums et des Camélias
    • Mons : tête de Charles Plisnier, parc du Beffroi
    • Tirlemont
  • Le Musée d'Ixelles possède des œuvres d'Akarova.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1988 : Archives d'architecture moderne à Bruxelles : Exposition sur les activités de danseuse d'Akarova
  • 1992 : Hôtel communal de Schaerbeek : Akarova : Abstraction 1937-1950
    (exposition consacrée également à sa sœur : Germaine Robert-Acarin : Paysages 1940-1957)

Prix et honneurs[modifier | modifier le code]

  • Prix de l’œuvre nationale des Beaux Arts, en 1989
  • Une place porte son nom à Bruxelles, dans le quartier des Brigittines
  • À Ixelles (Bruxelles) une nouvelle rue porte son nom depuis décembre 2011

Films documentaires[modifier | modifier le code]

  • En 1990, Michel Jakar et Thierry Génicot lui consacrent un film, J'aurais aimé vous voir danser, Madame Akarova, dans lequel elle explique sa gestuelle et la confronte à celle de jeunes chorégraphes belges
  • En 1991, Jurgen Persijn et Ana Torfs réalisent Akarova / Baugniet, l'entre-deux-guerres, un documentaire de 50 minutes en couleur

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Géo Francis, Akarova, in Tribune, Bruxelles, automne 1938, no 40, p. 1-5.
  • Géo Libbrecht, « À Akarova » (poème), in Tribune, Bruxelles, hiver 1938-1939, no 41, p. 8.
  • Anne Van Loo, Akarova : spectacle et avant-garde 1920-1950, Bruxelles, Archives d'architecture moderne, 1988.
  • Akarova & Germaine Robert-Acarin, catalogue d'exposition, Hôtel communal de Schaerbeek, 27 mai au 30 juin 1992, Bruxelles, Ledoux édition.
  • Jean-Philippe Van Aelbrouck, « Acarin, Marguerite, dite Akarova », in Dictionnaire des femmes belges : XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006 (ISBN 978-2-87386-434-7).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anette Nève, Éphémérides. Biographie et chronologie comparées, dans: Akarova. Spectacle et avant-gardes, 1920-1950, Bruxelles : Archives d'Architectures Modernes, 1988, p. 470.
  2. L'Orestie (opéra, sur un livret de P. Claudel) : trilogie : Agamemnon (1913), Les Choéphores (1915-1916), Les Euménides (1927). Première représentation intégrale à Berlin en 1963.