Airey Neave

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Airey Neave
Fonctions
Secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord du cabinet fantôme
1974 – 30 mars 1979
Prédécesseur Francis Pym
Successeur Alec Jones
Député d'Abingdon
30 juin 1953 – 30 mars 1979
Législature 40e à 47e
Prédécesseur Ralph Glyn
Successeur Thomas Benyon
Biographie
Date de naissance 23 janvier 1916
Lieu de naissance Knightsbridge, Londres
Date de décès 30 mars 1979
Lieu de décès Hôpital de Westminster, Londres
Nationalité Britannique
Parti politique Parti conservateur
Conjoint Diana Neave
Diplômé de Merton College
Profession Militaire, avocat

Airey Middleton Sheffield Neave, DSO, OBE, MC, TD est un soldat, avocat et homme politique britannique, né le 23 janvier 1916 et mort le 30 mars 1979.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il est l'un des rares soldats à s'être échappé du camp de prisonniers de guerre allemand du château de Colditz. Il est plus tard élu député conservateur d'Abingdon. Proche de Margaret Thatcher, Airey Neave est assassiné le 30 mars 1979 dans un attentat à la voiture piégée à la Chambre des communes, revendiqué par l'Irish National Liberation Army (INLA).

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Airey Neave s'est présenté sous les couleurs du Parti conservateur aux élections générales de 1950 dans la circonscription de Thurrock, et dans celle d'Ealing-Nord en 1951. Il est élu à Abingdon au cours d'une élection partielle, en juin 1953. Cependant, sa carrière est freinée par une crise cardiaque en 1959. Il devient gouverneur de l'Imperial College London entre 1963 et 1971 et est membre du select committee sur la Science et la Techologie de la Chambre des communes de 1965 à 1970.

Lorsqu'il s'est confié sur ses problèmes cardiaques à son chief whip, Edward Heath, celui-ci aurait répondu que c'était la fin de sa carrière politique[1]. Cette version est niée par Heath dans son autobiographie. Il reconnaît cependant qu'en décembre 1974, Neave lui a demandé de se retirer pour le bien du Parti conservateur[2]. Neave demande alors à Keith Joseph, William Whitelaw et Edward du Cann de se présenter contre Heath à la tête du parti, leur proposant ses services[3],[4]. Pour certains auteurs, il s'agit d'une vengeance contre Heath[1]. Cependant, ils refusent ou abandonnent. Neave prend alors la direction de la campagne de soutien à Margaret Thatcher au sein du Parti conservateur, alors que la députée est encore peu connue. Il organise notamment des réunions entre Thatcher et les députés conservateurs[1]. Le 4 février 1975, elle devance Heath au premier tour de l'élection pour la présidence du parti, à la surprise générale[4]. Elle est élue au second tour et Neave est récompensé en prenant la tête de son cabinet privé. Il devient ensuite secrétaire d'État « fantôme » pour l'Irlande du Nord, l'équivalent du poste qu'il occupera à sa mort.

Dans l'opposition, il est un fervent soutien du travailliste Roy Mason, qui incarne la ligne dure aussi bien contre les groupes paramilitaires républicains que loyalistes en Irlande du Nord. Airey Neave est l'auteur de la nouvelle et radicale politique conservatrice d'abandonner la décentralisation s'il n'y avait pas de progrès ce point et de se concentrer sur une réforme des gouvernements locaux à la place. La politique d'intégration est vite abandonnée par Humphrey Atkins, qui reprendra son poste dans le gouvernement Thatcher.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Plaque à la mémoire d'Airey Neave à son alma mater, le Merton College.

Airey Neave est tué le 30 mars 1979, dans une attaque à la voiture piégée. Une bombe a été placée à l'avant de sa Vauxhall Cavalier et a explosé alors qu'il quittait le parking souterrain du palais de Westminster[5] à 14 heures 58[6]. La bombe a été activée à l'aide d'un interrupteur au mercure, quand la voiture a démarré[7]. Il est mort peu après à l'hôpital[5],[7]. L'attentat est revendiqué par l'INLA, un groupe paramilitaire républicain nord-irlandais[8],[9].

En réaction, le Premier ministre travailliste James Callaghan a déclaré : « Aucun effort ne sera épargné pour déférer les meurtriers devant la justice et pour débarrasser le Royaume-Uni du fléau du terrorisme »[N 1],[6]. Margaret Thatcher lui a rendu hommage : « C'était un des guerriers de la liberté. Personne ne sait le grand homme qu'il était, à part ses proches. Il était dévoué, brave, sincère, fort ; mais il était très doux, gentil et loyal. C'est une rare combinaison de qualités. Il n'y a personne d'autre qui puisse parfaitement les remplir. Moi, et tellement d'autres personnes, lui devons tellement et maintenant nous devons continuer pour les choses pour lesquelles il se battait et ne pas laisser les personnes qui l'ont pris triompher »[N 2],[6].

Dans l'édition d'août 1979 du The Starry Plough, journal officiel du Parti socialiste républicain irlandais, bras politique de l'INLA, on peut lire : « En mars, le terroriste retraité et partisan du châtiment capitaliste, Airey Neave, a goûté à son propre remède quand une unité de la INLA a monté l'opération de la décennie et l'a fait voler en morceaux dans l'« imprenable » palais de Westminster »[10],[6].

L'assassinat de Neave intervient seulement deux jours après le vote de défiance qui a fait chuter le gouvernement Callaghan et quelques semaines avant les élections générales britanniques de 1979 qui ont vu la victoire de Margaret Thatcher et du Parti conservateur. Dans ce gouvernement, Airey Neave aurait « très probablement occupé le portefeuille de ministre pour l'Irlande du Nord »[11]. Dans un entretien avec un membre du Irish Republican Socialist Party, Paul Routledge rapporte que celui-ci pense que Neave « aurait été couronné de succès à ce poste Secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord. Il aurait mis la lutte armée à genoux »[12]. Pour différents auteurs, son assassinat sera en partie à l'origine de l'intransigeance de Thatcher envers les républicains et les nationalistes irlandais[13],[14].

Suite au décès de son mari, Diana Neave est faite Baronne Airey d'Abingdon[15].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Neave est interprété par Dermot Crowley dans le téléfilm Margaret de 2009 et par Nicholas Farrell dans le film La Dame de fer de 2011.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Paul Routledge, Public Servant, Secret Agent: The elusive life and violent death of Airey Neave, Fourth Estate,‎ 2002, 400 p. (ISBN 9781841152448)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « No effort will be spared to bring the murderers to justice and to rid the United Kingdom of the scourge of terrorism. »
  2. « He was one of freedom's warriors. No one knew of the great man he was, except those nearest to him. He was staunch, brave, true, strong; but he was very gentle and kind and loyal. It's a rare combination of qualities. There's no one else who can quite fill them. I, and so many other people, owe so much to him and now we must carry on for the things he fought for and not let the people who got him triumph. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Catherine Cullen, Margaret Thatcher : Une dame de fer, Odile Jacob,‎ 1991, 195 p. (ISBN 978-2738101167), p. 92-94
  2. (en) Edward Heath, The Course of My Life: My Autobiography, Bloomsbury Publishing,‎ 2011, 740 p. (ISBN 9781448204663, lire en ligne)
  3. (en) Nigel Jones, « Time for a new Airey Neave to save the Tories from dismal Dave », Daily Mail,‎ 29 avril 2012 (lire en ligne)
  4. a et b Jacques Leruez, Le phénomène Thatcher, Éditions Complexe, coll. « Question au XXe siècle »,‎ 1991 (ISBN 2-87027-3086-X[à vérifier : isbn invalide]), p. 85-86
  5. a et b (en) Simon Hoggart, « From the archive: Airey Neave assassinated », The Guardian,‎ 31 mars 1979 (lire en ligne)
  6. a, b, c et d (en) Andrew Staniforth et Fraser Sampson, The Routledge Companion to UK Counter Terrorism, Routledge,‎ 2012, 408 p. (ISBN 9780415685856), p. 75-76
  7. a et b (en) « BBC on this day: Car bomb kills Airey Neave », BBC News,‎ 30 mars 1979 (lire en ligne)
  8. Agence France-Presse, « Ulster : le groupe paramilitaire INLA renonce à la violence », Le Parisien,‎ 11 octobre 2009 (lire en ligne)
  9. Daniel Ruff, « Margaret Thatcher et la BBC : régulation ou manipulation ? », dans Revue LISA/LISA e-journal, vol. IV : Media, images, propagandes, Renée Dickason,‎ 2006 (DOI 10.4000/lisa.1160, lire en ligne)
  10. (en) Jack Holland et Henry McDonald, INLA Deadly Divisions, Poolbeg,‎ 1996 (ISBN 1-85371-263-9), p. 221
  11. Philippe Chassaigne, La Grande-Bretagne et le monde : De 1815 à nos jours, Armand Colin,‎ 2009, 320 p. (ISBN 978-2200244576)
  12. Routledge 2002, p. 360
  13. (en) David McKittrick et David McVea, Making Sense of the Troubles, Penguin Books,‎ 2001, 355 p. (ISBN 0141003057), p. 132
  14. Roger Faligot, La résistance irlandaise (1916-2000), Terre de Brume,‎ 1999, 346 p. (ISBN 2843620406), p. 246
  15. (en) Patrick Cosgrave, « Obituary: Baroness Airey of Abingdon », The Independent,‎ 1er décembre 1992 (lire en ligne)