Aire de Sant'Omobono

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Aire de Sant’Omobono
Area sacra di Sant’Omobono
Zone archéologique autour de Sant’Omobono.
Zone archéologique autour de Sant’Omobono.
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Ville Rome
Quartier Vélabre
Type Zone archéologique
Coordonnées 41° 53′ 25.92″ N 12° 28′ 53.11″ E / 41.8905333, 12.481419441° 53′ 25.92″ Nord 12° 28′ 53.11″ Est / 41.8905333, 12.4814194  

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Aire de Sant’Omobono
Aire de Sant’Omobono
Époque Monarchie romaine, République romaine
Internet
Site web L'area sacra di Sant'Omobono

L’aire de Sant’Omobono est une aire archéologique de Rome découverte en 1937 sur le terrain de l’église de Sant’Omobono, au pied du Capitole. Sa découverte est d’une importance exceptionnelle pour la connaissance de l’histoire de la Rome archaïque et républicaine. On y trouve notamment deux temples, le temple de la Fortune et le temple de Mater Matuta. Leur fouille a révélé des traces d'implantations humaines antérieures de plusieurs siècles à la date traditionnelle de fondation de Rome, de nombreuses céramiques grecques de l'Époque géométrique, et les restes des décorations en terre cuite des temples, dont des statues de Minerve et d'Hercule datées du VIe siècle av. J.-C..

Localisation[modifier | modifier le code]

Le Vicus Iugarius reliait dans l’antiquité le Forum et le port fluvial sur le Tibre, au voisinage du Forum Olitorium et du Forum Boarium. La zone archéologique dégagée se trouve dans le quartier du Vélabre au sud du Capitole, entre la via L. Petroselli et le Vico Jugario, dans un périmètre archéologique non ouvert au public, mais visible depuis la via L. Petroselli.

Historique[modifier | modifier le code]

Les temples archaïques[modifier | modifier le code]

Des tessons de céramique datés de la fin du Bronze moyen et du Bronze final (vers 1150 à 875 av. J.-C. pour l’Italie centrale) témoignent de l’existence dans cette zone d’un habitat protohistorique, antérieur à la date traditionnelle de 753 av. J.-C. pour la fondation de Rome.

Sur cette zone furent érigés au second quart du VIe siècle deux temples jumeaux. Un seul des deux a pu être fouillé, l’autre étant sous l’église. Ils sont désignés par les sources comme le temple de Fortuna et celui de Mater Matuta. Ils s’élevaient sur un sol compacté et étaient précédés d’un autel. La cella était grande et unique avec quatre colonnes in antis. Les sources antiques attribuent à Servius Tullius le temple de la Fortune[1], pour honorer par cet édifice sa divinité protectrice, et celui de Mater Matuta[2].

Le choix de l’emplacement était significatif : la proximité du port voulait souligner l’importance commerciale croissante de Rome. De surcroit, Mater Matuta était une divinité liée à la navigation et à l'Aurore (l’étoile du matin sauvait des naufrages et indiquait la route, similaire à la déesse grecque Leucothée, protectrice des marins), par conséquence appréciée des marins et des commerçants étrangers qui fréquentaient le port. Les échanges qui s’opéraient entre Romains, Grecs, Étrusques, Phéniciens et Carthaginois étaient ainsi sous la protection des deux divinités, dans une sorte de sanctuaire international, comme il en existait à Pyrgi, à Locres et à Samos, avec des divinités équivalentes sous des noms différents.

Au niveau d’origine on a trouvé de nombreuses terre cuites architectoniques (vers 570 av. J.-C.), toutes de grande qualité, parmi lesquelles des acrotères en volute, positionnées sur le toit, et des fragments de deux animaux féroces couchés sur les pattes postérieures, levés sur les pattes antérieures et tournés de face, qui devaient représenter des panthères (on y a trouvé des traces de tâches), colorés avec les teintes disponibles : brun, bleu, rouge, blanc et noir. On a aussi trouvé les fragments de deux statues en terre cuite : une figure d'Hercule/Héraclès, reconnu par sa peau de lion nouée sur les épaules, et dont on a reconstitué le tronc, une cuisse et un bras. De la seconde statue, on a reconstitué un drapé enveloppant les jambes avec le pied gauche avancé, une main droite fermée et une tête féminine portant un casque doté d’un haut cimier et de protège-joues. Elle représente peut-être la Fortune armée ou plus probablement Minerve/Athéna, fréquemment associée à Héraclès dans les groupes grecs[3].

Des fouilles menées en 1977-1978 destinées au repérage de l'arrière des temples archaïques ont permis la découverte d'une stipe votive, riche d'objets de la première moitié du VIe siècle. Le plus remarquable est une petite plaquette en ivoire, figurant un lion portant une inscription en étrusque araz silqetanas spurianas, un prénom suivi de deux noms, dont Spurianas est connu par la Tombe des Taureaux à Tarquinia[4].

D’après les matériaux issus des fouilles, l’aire sacrée fut restaurée vers 540 av. J.-C., et abandonnée à la fin du VIe siècle, ce qui correspond à la fin de la monarchie étrusque à Rome.

Les temples républicains[modifier | modifier le code]

Les temples jumeaux : A : temple de la Fortune, B : temple de Mater Matuta, C (en rouge) : temple archaïque ; d : autels ; e : support circulaire

La zone fut reconstruite un siècle plus tard, par le dictateur Camille après la prise de Véies en 396 av. J.-C. selon Tite-Live[2]. Le niveau du sanctuaire fut artificiellement rehaussé d’environ quatre mètres, par l’édification d’un unique podium carré, d’environ 47 mètres pour chaque côté et selon une orientation nord-sud parfaitement orthogonale. L’escalier unique se trouve sur la partie frontale, selon le modèle italo-étrusque, à la différence du monde grec qui place les escaliers sur les quatre côtés. Sur le podium furent rebâti les deux temples jumeaux, peut-être prostyles, c’est-à-dire avec une série de colonnes en façade chacun, ou périptères, entourés de colonnes sur trois côtés, ainsi que le suggère les fondations de colonnade sur trois côtés de chaque temple. On a retrouvé un autel devant chaque temple, en U et avec des formes typiques du style étrusque et latial du milieu du IVe siècle.

Le sol fut refait par le consul Marcus Fulvius Flaccus après la chute de Volsinies en 264 av. J.-C., avec l’installation de deux nouveaux supports d’offrande rectangulaires et un circulaire au milieu.

En 213 av. J.-C., les deux temples de la Fortune et de Mater Matuta sont détruits par un incendie qui ravage le quartier[5]. Ils furent relevés, puisque Tite-Live évoque encore les deux temples, lorsque L. Stertinius fait construire en 196 av. J.-C. deux arcs de triomphe en face de ces derniers[6].

Époque impériale[modifier | modifier le code]

Les dernières interventions datent de l'époque de Domitien, avec des réfections sous Hadrien, comme en témoigne les marques de fabrique sur les briques. Les deux temples ont été reconstruits sur une esplanade de travertin, avec une arche centrale quadrifrons qui a servi d’arc de triomphe, comme le montrent quelques pièces de monnaie et deux bas-reliefs de l’arc de Constantin.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le temple de Mater Matuta a été transformé en édifice chrétien probablement à la fin du Ve siècle, puis restructuré au Moyen Âge. Les documents écrits la mentionnent comme l'église San Salvatore in Portico, sur laquelle est reconstruite en 1482 une nouvelle église, avec une orientation inverse de la précédente, dédiée en 1575 à Omobono de Crémone.

Chronologie archéologique[modifier | modifier le code]

Le support d'offrande circulaire, placé devant les temples

Des fouilles sur des périmètres réduits de la zone archéologique ont été réalisées en 1959 sur le vicus Jugarius au nord de la zone[7] et de 1962 à 1964, principalement sous la base circulaire d'offrande[8]. Des sondages stratigraphiques profonds d'environ 7 mètres menés en 1974-1975[9] ont permis de reconstituer la chronologie du monument et ses différentes phases, de la façon suivante[10] :

Phase I, débutant à la fin du VIIe siècle
Présence d’un culte, sans temple édifié, mais avec un autel et une fosse à sacrifice, où l'on a retrouvé de nombreux ossements de bœufs, de porcs et de moutons, restes qui évoquent la pratique romaine du suovetaurile. Dans cette fosse, une inscription étrusque a été trouvée sur un tesson d'impasto, qui porte de droite à gauche les caractères uqnus, nom de consonance étrusque comme l'indiquent les citations d'un prince Ocnos par Virgile[11] et Silius Italicus[12]. Gravée en caractères similaires à ceux des inscriptions de Caere et de Véies de la fin du VIIe siècle et du début du VIe siècle, cette inscription est le plus ancien témoin d’une présence étrusque et de l’introduction de l’alphabet étrusque à Rome[13].
Phase II
Construction du premier temple archaïque, traditionnellement dédié à Mater Matuta et attribué à Servius Tullius (579-534 av. J.-C.). Le podium d'environ 1,4 mètre est formé de blocs de tuf, terminé par une simple moulure en boudin.
Phase III
Réfection complète du temple, peut-être après un incendie, et ajout du temple de la Fortune. Le podium est agrandi, selon une forme carrée de 8 mètres de côté environ. La cella mesure environ 4 mètres de long. La décoration est faite de terres cuites architectoniques, avec au moins quatre statues dont celles d'Héraclès et d'Athéna[14]. À la fin du VIe siècle, la zone est abandonnée et détruite, datation qui coïncide avec la période de troubles provoquée par l’expulsion des Tarquins.
Phase IV
Construction d’un grand soubassement qui rehausse le niveau d’environ 6 mètres, couvert en dalles de cappellaccio, tuf volcanique extrait des collines de Rome. Deux temples sont construits avec une nouvelle orientation. Dans les terres de remplissage du soubassement, on a trouvé des restes de céramiques apenniniennes datées de l’âge du bronze (XIVe et XIIIe siècles av. J.-C.) et de l’âge du fer provenant des déblais d’un village protohistorique, probablement implanté au pied du Capitole, et des fragments de céramique grecque géométrique importée des Cyclades ou d’Eubée et datées du milieu du VIIIe siècle[15]. Ainsi sont mélangés la plus ancienne trace d'habitation humaine de la zone Capitole-Palatin, et les plus anciennes traces de relations entre Rome et le monde grec.
Phase V
Construction d’un nouveau sol en tuf de Monteverde, une carrière du Janicule, et en tuf de l’Aniene et réfection des deux temples, avec deux autels orientés à l’est et un grand socle d’offrande circulaire en pépérin (un donarium), qui devait supporter des statuettes de bronze dont on a trouvé des traces de scellement. Une inscription fragmentaire trouvée sur les blocs de pépérin a permis une datation[16] :
M. FOLV[IO(S) Q. F. COS]OL D(EDET) VOLS[INIO] CAP[TO]
Marcus Fulvius, fils de Quintus, consul, l’a dédié après la prise de Volsinii
Ce qui attribue la dédicace au consul Marcus Fulvius Flaccus après la chute de Volsinies en 264 av. J.-C.
Phase VI
Reconstruction complète après destruction par l’incendie de 213 av. J.-C. rapporté par Tite-Live, réfection en dalles de tuf de Monteverde.
Phase VII
Dernier dallage en travertin, d’époque impériale, probablement sous Domitien, et réfection avec des briques portant des marques de fabrique de l’époque d’Hadrien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tite-Live, Histoire romaine, X, 46 ; Denys d'Halicarnasse, IV, 27
  2. a et b Tite-Live, Histoire romaine, V, 19 ; Ovide, Fastes, VI, 480
  3. San Omobono, terres cuites architecturales, Naissance de Rome, catalogue d’exposition au Petit Palais, 1977
  4. Poucet 1980, p. 293-294
  5. Tite-Live, Histoire romaine, XXIV, 47
  6. Tite-Live, Histoire romaine, XXXIII, 27
  7. P. Virgili, « Vicus Jugarius : reperti archeologici (saggi di scavo 1959) », BCAR, 84, 1974-10975, pp. 149-172
  8. Poucet 1980, p. 291
  9. Poucet 1980, p. 293
  10. Coarelli 1994, p. 218-218
  11. Virgile, Énéide, chant X, 198
  12. Silius Italicus, V, 7
  13. objet 704, Naissance de Rome, catalogue d’exposition au Petit Palais, 1977
  14. Le forum boarium, Naissance de Rome, catalogue d’exposition au Petit Palais, 1977
  15. Céramiques référencées 139 à 145, Naissance de Rome, catalogue d’exposition au Petit Palais, 1977
  16. CIL VI, 40895 = CIL 01, 02836a = AE 1966, 00013

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Filippo Coarelli (trad. Roger Hanoune), Guide archéologique de Rome, Hachette,‎ 1994 (1re éd. 1980), 346 p. (ISBN 2012354289)
  • Filippo Coarelli, Il foro boario, Rome, 1988, p. 205 et suivantes
  • Filippo Coarelli, Guide archéologique de Rome, Paris, Hachette,‎ 1994 (ISBN 2-01-235428-9)
  • Jacques Poucet, « La Rome archaïque. Quelques nouveautés archéologiques : S. Omobono le Comitium la Regia », L'antiquité classique, vol. 49,‎ 1980, p. 286-315 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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