Aiglemont

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Aiglemont
confrérie La Hure d'Elmont dédiée à une spécialité charcutière locale
confrérie La Hure d'Elmont dédiée à une spécialité charcutière locale
Blason de Aiglemont
Blason
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Champagne-Ardenne
Département Ardennes
Arrondissement Charleville-Mézières
Canton Charleville-Centre
Intercommunalité Communauté d'agglomération de Charleville-Mézières
Maire
Mandat
Philippe Decobert
2008-2014
Code postal 08090
Code commune 08003
Démographie
Population
municipale
1 627 hab. (2011)
Densité 184 hab./km2
Géographie
Coordonnées 49° 46′ 56″ N 4° 46′ 00″ E / 49.7822222222, 4.76666666667 ()49° 46′ 56″ Nord 4° 46′ 00″ Est / 49.7822222222, 4.76666666667 ()  
Altitude Min. 132 m – Max. 327 m
Superficie 8,85 km2
Localisation

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Aiglemont est une commune française, située dans le département des Ardennes en région Champagne-Ardenne.


Politique et administration[modifier | modifier le code]

Tendances politiques et résultats[modifier | modifier le code]

Liste des maires[modifier | modifier le code]

En 2011, la commune d'Aiglemont a été récompensée par le label « Ville Internet @@@ » et détient le label « village fleuri 3 fleurs » depuis 2008

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
1582   Millet GERVAISE    
1585   Jean GOUTHY    
1768   Quentin NEVEUX    
         
1801 1807 Quentin PELLERIN    
1807 1823 Jean-Baptiste LEJAY    
1823 1830 Quentin PELLERIN    
1830 1838 Rémy DELAHAUT    
1838 1846 Nicolas REMY    
1846 1848 Jean-Baptiste MAILFAIT    
1848 1848 Paschal PELLERIN    
1848 1851 André-Sixte LEJAY    
1851 1860 Henry TITEUX    
1860 1871 Jean-François MIGEOT    
1871 1875 Félix JULLION    
1875 1879 Jean-Louis BAJOT    
1879 1907 Jean-Baptiste Aimé DELAHAUT    
1907 1919 Léon MICHEL    
1919 1925 Jules GUILLEMIN    
1927 1929 éon DOUCE    
1929 1935 Jules NANNIOT    
1935 1941 Charles BOHL    
1941 1944 Paul COFFART    
1944 1945 Lucien FAY    
1945 1947 Jean-Baptiste Emile PESCH    
1947 1971 Émile GERARDIN sans étiquette  
1971 1977 Raymond AVRIL    
1977 2001 Jean GERARDIN RPR  
2001   Philippe DECOBERT PS Vice-président de la Communauté d'Agglomération de Charleville-Mézières - Coeur d'Ardenne. Président du Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi - PLIE
Les données manquantes sont à compléter.
Philippe DECOBERT lors de la signature du jumelage avec Luc ATROKPO

Jumelages[modifier | modifier le code]

Bohicon.jpg

Le 22 juin 2010, Aiglemont a signé une charte de jumelage avec la commune de Bohicon du Bénin portant sur des actions de solidarité, de santé, d'éducation et d'accès à l'eau.

Démographie[modifier | modifier le code]

En 2011, la commune comptait 1 627 habitants. L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir du XXIe siècle, les recensements réels des communes de moins de 10 000 habitants ont lieu tous les cinq ans, contrairement aux autres communes qui ont une enquête par sondage chaque année[Note 1],[Note 2].

           Évolution de la population  [modifier]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
500 515 580 681 742 776 736 777 746
1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906
695 690 692 686 677 609 594 614 609
1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968
644 620 672 676 672 662 740 962 1 304
1975 1982 1990 1999 2006 2007 2011 - -
1 645 1 614 1 804 1 733 1 594 1 575 1 627 - -
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[1] puis Insee à partir de 2004[2])
Histogramme de l'évolution démographique


Héraldique[modifier | modifier le code]

Armes d’Aiglemont

Les armes d’Aiglemont se blasonnent ainsi :

De sinople à deux petits alérions d’argent rangés en pointe, mantelé de gueules à une crosse et une clef à double panneton contournées d’or passées en sautoir, surmontées d’un alérion d’argent[3].

Toponymie[modifier | modifier le code]

La trace la plus lointaine connue est un écrit d'avril 1256 (La charte d'Ida). Encore qu'il soit question d'Eslemont[réf. nécessaire]. Les attestations suivantes sont du type Ayllemonte en 1271[4], Elemont, Alemont, Elmont, Ellemont, Ailmont, Ailemont avec ou sans t final, avec ou sans majuscule, et ce jusqu'au XVIIIe siècle. C'est ce qu'on trouve dans les actes paroissiaux, mais on emploie pour les écrits officiels Eslemont, une forme ancienne datant du XIIIe siècle[5]. Parallèlement, on trouve la latinisation Aguilo Monte en 1291. Sur l'acte de fondation du village en 1582, on lit les formes Ayglemont voisinant avec Ailemont.

Il s’agit d'une formation toponymique médiévale. Elle s'explique soit par les noms de personnes germaniques Agilmund [6] ou Aglemundus[4]. Il peut aussi s'agir d'une formation en -mont, précédé du nom de personne germanique Agilo, Aiglemont se trouvant effectivement sur une hauteur[4]. La forme actuelle est sans doute liée à l'attraction du nom de l'oiseau.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un oratoire est construit par des moines de Braux au XIe siècle à cet endroit, constituant un gué sur la Meuse. Il existe alors trois autres hameaux distincts : Manicourt, Champeau et Gely[5].

Manicourt, un village disparu[modifier | modifier le code]

Le quartier du Fond de l'Épine a un passé. Jusqu'au Ve siècle, des villas gallo-romaines s'y trouvaient. Des vestiges furent découverts au XIXe siècle et plus tard en 1931. Ruines, pièces de monnaie, poteries, bijoux… indiquaient la présence d'habitations. Après le déclin de l'Empire romain, on ne sait si l'endroit a été habité. Mais sous le règne de Charlemagne, les quelques fermes construites au début de l'ère médiévale se multiplient et Manicourt devient un hameau plus important.

Ce développement pourrait s'expliquer par l'installation de colons, des Saxons, peut-être, suite au démembrement du duché de Saxe. L'origine du mot Manicourt accrédite cette thèse. « Mani » vient du terme manil ou ménil, ferme de faible importance au Moyen Âge. Il est accolé au suffixe « court » dérivé du roman curtis, habitation de maître avec terres indépendantes. Le rapprochement des deux expressions ayant une signification presque identique, peut vouloir signifier « petite ferme exploitée par un colon ». À noter qu'un écart de Nouvion-sur-Meuse porte le nom de Manicourt. Le village de Manicourt est cité dans une charte du 20 septembre 1264 : Manicourt delex Champeaux[7].

Au fil du temps, le village s'étend encore. Déjà au IXe siècle, on compte deux groupes d'habitations. Le premier entre la fontaine de Tanimont et la route de Charleville, l'autre plus important, au Grenet, c'est-à-dire à l'entrée du Fond de l'Épine. La terre fertile, les prés riches en fourrage et la forêt toute proche, contribuèrent au développement du village jusqu'au XVIe siècle.

Les habitants, essentiellement une population rurale, dépassaient vraisemblablement en nombre ceux des hameaux environnants. Les maisons étaient faites de murs solides, en pierres ou blocs de chaux liés par du ciment blanc très dur. Des briques peu épaisses étaient aussi employées. Cette relative prospérité aura une fin brutale.

Champeau, berceau du culte de saint Quentin[modifier | modifier le code]

La chapelle rénovée entourée de son cimetière.

Au pied de la colline du village, à une centaine de mètres de l'ancienne gare, des vestiges d'un petit bâtiment sont encore (difficilement) visibles. Les ruines de la chapelle Saint-Quentin, entourées par l'ancien cimetière, marquent l'emplacement d'une bâtisse plus importante édifiée au XIIe siècle à la place d'un premier oratoire.

L'origine du nom du village est simple : Champeau est un petit champ. Bien souvent, quelques habitations apparaissent au milieu des champs, elles forment un village de champeaux. À noter que le village a perdu le x final, contrairement aux autres Champeaux existant en France (sauf Champeau en Côte-d'Or).

De l'autre côté de la voie ferrée, face au cimetière se trouve le gué des Romains. Franchissement de la Meuse par une voie romaine [8] ? Toujours est-il que le gué a existé et qu'il a certainement contribué à l'apparition des premières maisons.

L'évangélisation des Ardennes par les premiers missionnaires empruntant les voies romaines a aussi joué un rôle dans la création du village. Commencée vers le Ve siècle dans la partie centrale du département, elle n'atteint l'orée de la forêt qu'à la fin du VIe siècle, période d'arrivée de prêtres calabrais qui s'installent près de Braux[9]. Ces prêtres entreprennent de combattre le paganisme. Ils construisent des petits oratoires, dont celui de Champeau.

C'est bien autour de l'oratoire que le village s'est développé, limité par le Terme Champeau et Champeauchin. Les découvertes en 1901 et 1941, soubassements de briques ou de pierres, prouvent que quelques maisons, sans doute en bois et torchis sont sorties de terre vraisemblablement à la fin du VIe ou au début du VIIe siècle.

Le rattachement paroissial de Champeau a évolué au cours des temps. À l'époque mérovingienne, le village est rattaché à la paroisse d'Arches. Vers 860, elle est donnée à Francon, évêque de Liège, mais reste dépendante spirituellement de l'archevêché de Reims par son appartenance politique au royaume de Lotharingie. À la mort de Lothaire II en 869, le royaume est partagé entre Louis le Germanique et Charles le Chauve. Champeau et Manicourt, situés sur la rive droite de la Meuse, sont alors inféodés au Saint-Empire romain germanique (comté d'Orchimont). Mais le rattachement spirituel reste Reims, et Francon doit abandonner son emprise temporelle sur les villages de la rive droite. Situation pour le moins originale, puisque les bénéfices ecclésiastiques ne relèvent pas de la couronne mais de l'Empire, donc non soumis aux décimes que les papes concèdent aux rois de France.

Fin IXe siècle, Hincmar, l'archevêque de Reims, détache Champeau de la paroisse d'Arches pour le confier au chapitre de Braux. La chapelle est placée sous le patronage de saint Quentin dès le IXe siècle, puisque Foulques le Vénérable, successeur d'Hincmar, écrit dans sa charte en faveur de la collégiale de Braux : capellam Sancti Quintini Campelli (la chapelle de Saint Quentin de Champeau). On retrouve les mêmes termes dans le vidimus de l'archevêque Juhelle de Mathefelon (1249).

La petite chapelle vicariale est remplacée au XIIe siècle par une église, financée en grande partie par les seigneurs de Gély. Elle desservait les villages d'Ellemont, de Manicourt et de Gély[8].

Gely, le village et le château[modifier | modifier le code]

Au XIIe siècle, l'église de Champeau fut en grande partie financée par les seigneurs de Gély. Un chemin au nord-est de la chapelle monte dans les bois et rejoint les lieux-dits Vieux et Jeune Gély, à la limite nord du territoire. Il est difficile de dater la construction du château qui s'y trouvait, mais il possédait une assise et des caves en pierres. Les premiers châteaux de ce type datent du Xe siècle, les précédents étant en bois comme ceux de Macéria (Mézières) ou Wart (Warcq). Il n'existe pas plus de détails sur le nom du premier bâtisseur.

Un village s'est constitué autour de ce château. Il ne fut guère important, une cinquantaine d'habitants. Ceux-ci assistaient aux offices à l'église de Champeau. Cependant le curé de Gespunsart, de qui dépendait Gély, cessa de percevoir sa redevance au XVIIe siècle : les habitants partirent vraisemblablement du village vers 1640. Le château a été détruit antérieurement. Les bois et les terres de Gély devinrent propriété de l'abbaye de Laval Dieu au XVIIe siècle et affermés à un habitant d'Aiglemont. En 1770, les pierres des caves furent récupérées par le seigneur de Neufmanil pour construire les dépendances de son château.

La disparition des villages de Manicourt et de Champeau[modifier | modifier le code]

Les villages de Manicourt et de Champeau se sont ainsi développés jusqu'au début du XVIe siècle. Le dernier texte connu qui fait mention des deux villages est le registre de Noblet qui date de 1540. C'est vraisemblablement quelques années après cette date qu'ils disparurent.

La première moitié du XVIe siècle a été marquée dans les environs de la commune par des événements tragiques.

En 1521, Charles Quint fait une incursion jusqu'à Mouzon pour punir Robert de La Marck, duc de Bouillon, de ses pillages. Il occupe ce village, et ses habitants se réfugient à Mézières défendu par Pierre du Terrail dit « le chevalier Bayard ». Le comte de Nassau, lieutenant de Charles-Quint décide de faire le siège de Mézières avec 35 000 hommes. Une ligne avancée passe au sud-est de Manicourt. Mais ce siège de Mézières tourne court au bout de six semaines, grâce à Bayard.

Selon dom Noël, les envahisseurs, privés de la mise à sac de la ville, se retournent contre les villages qu'ils traversent dans leur retraite vers la Picardie. Manicourt, qui a certainement hébergé des hommes de Franz von Sickingen, le second du comte de Nassau, est détruit par le feu. L'armée traverse la Meuse par le gué des Romains et dévaste vraisemblablement Champeau. Pillages et incendies se succèdent le long de la Sormonne, ils sont les traces du passage des hommes de Charles-Quint dans les Ardennes.

Il semble pourtant que l'église de Champeau a résisté au feu, puisque Noblet en parle dans son registre (1540). Les habitants des villages dévastés se regroupent à Ellemont et construisent une nouvelle église sur la colline (vers 1580).

Th. Pierret, puis A. Champeaux ont une version différente : les deux villages sont détruits vers 1560 par les Allemands cantonnés dans le château de Lumes livré par le seigneur de Buzancy.

1521 ou vers 1560, il est difficile de dater. Cependant, Champeau reste encore longtemps dans la mémoire de ses habitants, puisqu'ils enterrent leurs morts jusque 1879 et qu'ils bâtissent sur l'emplacement de l'église avec ses décombres, une petite chapelle dédiée à saint Quentin. La date de cette construction n'est pas précise, même si la mention « Vers 1634 » a été gravée sur une pierre de la fenêtre nord. Cette inscription n'a sans doute pas été faite au XVIIe siècle, mais plus récemment.

Le quatrième village : Aiglemont[modifier | modifier le code]

Sur la colline dominant la Meuse, il existe depuis longtemps des habitations dispersées. Avant le Xe siècle, la forêt commence à être défrichée par des paysans qui brûlent quelques arpents de bois pour pouvoir cultiver. Ce sont les sarts qui, quelquefois, portent le nom de leurs exploitants. Noyensart, le sart de Noyen (ou le nouveau sart) existe au nord du village. Pendant six ou sept siècles, chaque famille vit sur sa terre au milieu de son sart et tout près de son point d'eau. L'habitat est très dispersé. Des fermes étaient groupées dans la partie basse du village, d'autres à l'extrémité nord au lieu-dit Voye des Manils. Deux chemins sont encore existants, Voye des Manils haute et basse. Marcel Dorigny parle d'une maison forte située au-dessous du second chemin et de maisons paysannes groupées à quelques dizaines de mètres autour d'une fontaine, Ferbu-Fontaine[8]. Les familles se joignent aux habitants des villages de Manicourt, Champeau, Gély et des maisons situées à la Warenne et au Pré de Courtil, pour assister aux offices dans l'église de Champeau.

La vérification de l'existence des maisons est difficile, voire impossible. De plus, l'exploitation des carrières de sable a détruit les vestiges de surface. Il ne reste que quelques structures de puits comme au Ligneul situé à 50 mètres au sud du calvaire, qui a suscité bien des interrogations et alimenté quelques rumeurs. Marcel Dorigny rapporte que cette cavité était connue depuis longtemps. Des carriers la bouchèrent en 1890. Les habitants prétendaient qu'il s'agissait d'un souterrain menant soit au château de Gély, soit à celui d'Aiglemont[8]. En 1934, le mystère est levé par MM. Albert Bourgain, Albert et Émile Gueury et Avril. C'est bien un puits de ferme. Ils y retrouvent des vestiges d'une chaîne et d'un seau, ainsi que les débris de bois carbonisé, l'habitation a bien été incendiée. Quand ? Difficile à dire, d'autant qu'ils découvrent également des ossements humains et d'animaux. Crime ou fait de guerre, le puits a gardé son secret.

À partir du Xe siècle, il existait sur la colline de petits groupes d'habitations. Jusqu'à la fin du XIVe siècle, la situation n'évolue guère. Le début du XVIe siècle est marqué par des épidémies de peste. De plus la famine fait rage, l'année 1506 est épouvantable. La guerre n'arrange rien, le village souffre comme les autres des pillages et des destructions. Un plan de l'époque du siège de Mézières (1521) montre d'ailleurs l'emplacement des tranchées creusées par les habitants des alentours. Certaines défenses traversent les champs du Fond de l'Épine.

Après la destruction de Manicourt, Champeau et Ellemont, lors de la retraite des troupes de Sickingen, seul Ellemont renaît de ses ruines. Les habitants des deux premiers villages rejoignent les hauteurs et une église est construite en 1580. Des maisons s'implantent autour de ses murs solides. À partir de la fin du XVIe siècle, l'habitat se regroupe pour former un embryon d'agglomération.

La population n'est pas encore très importante. Sur l'acte de banalité des moulins d'Ellemont (1585), on trouve 18 noms de famille différents. La population augmente petit à petit. Au XVIIe siècle, on compte 200 communiants dans la paroisse. Au début du XVIIIe siècle, Saugrain dénombre 51 feux soit entre 200 et 250 habitants, ce qui recoupe le comptage des communiants. À la fin du siècle, 250 communiants sont répertoriés soit plus de 300 habitants. À la Révolution, la population atteint 500 personnes.

La progression a donc été lente, mais significative. Ellemont est devenu, à l'aube du XVIIIe siècle, un vrai village.

Aiglemont au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Portail de l'église.

Le village s'est peu à peu agrandi. À la fin du XVIIIe siècle, il compte environ 500 habitants. En 1820, on dénombre 681 résidents et près de 800 en 1836. C'est le maximum que l'on puisse compter au XIXe siècle, puisque le nombre va ensuite en diminuant : 746 en 1855, 692 en 1876 et 594 en 1896. Les rues existantes au XVIIIe siècle, rue de la Haie, rue Qui Glisse, rue Basse et rue de Mézières s'allongent vers Neufmanil, (Cons) La Grandville et Mézières. Elles sont étroites et disposées en quadrillage autour de l'église, elles sont formées en partie de deux ruelles parallèles séparées par de petites constructions : les boutiques servant aux cloutiers.

Une enquête de l'an IX (1802) recense 50 cloutiers après la Révolution. Ce nombre croît dans la première moitié du XIXe. On compte en 185, 169 ouvriers (154 hommes, 11 garçons de moins de 15 ans, 2 femmes et 2 jeunes filles de moins de 15 ans) répartis dans plus de 80 boutiques. Ils gagnent en moyenne par jour 1,25 franc (homme), 1 franc (femme et garçon), 0,90 franc (jeune fille). Pratiquement tous les hommes d'Aiglemont travaillent à la boutique, l'activité est rémunératrice. Le samedi soir ou le dimanche matin, les cloutiers vont livrer, c'est-à-dire porter leurs productions aux représentants des maisons de gros de Charleville. Avant 1855, ces derniers livrent les clous à Charleville, Sedan et même à Reims.

Les conditions de travail sont cependant très dures. La boutique, ouverte vers le nord, surchauffée par le foyer, mal aérée est souvent minuscule. L'ouvrier y travaille six jours par semaine, courbé sur son enclume, respirant la poussière de charbon, éclairé seulement par la forge. Il subit tantôt la chaleur accablante en été ou les courants d'air en hiver. Les maladies ne sont pas rares, asthme ou bronchite. Le matin, le cloutier accompagne son bol de café noir par de l'eau de vie de prunes, la goutte. En fin de semaine, après la livraison de son travail, il va au café. En 1880, on compte 12 auberges à Aiglemont. On y consomme beaucoup de bière, de la goutte et de l'eau de vie de genièvre, le péquet. Le « chien chouffleux » du cloutier court pendant 10 heures dans une grande roue en bois servant à actionner le soufflet de la forge.

La clouterie à main est rudimentaire, même si elle connaît un perfectionnement dès le début du XIXe, la rabatteuse, sorte de machine à estamper la tête du clou. Elle est concurrencée par les premières machines introduites à Charleville par Lolot et Whitacker, brevetées en 1835[10]. Ces métiers à clous fabriquent jusqu'à 200 unités à la minute à un prix de revient inférieur de près de 15 % au coût de la fabrication manuelle. Les cloutiers, déjà touchés par la crise commerciale sous le règne de Louis-Philippe (vers 1845), subsistent malgré tout jusqu'à la fin du siècle{[11].

Aiglemont, la fin du XIXe et le début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1880, la clouterie à main compte encore 70 boutiques. La majorité des hommes du village travaillent encore le fer. Les ouvriers gagnent bien leur vie, jusqu'à 20 francs par semaine. Mais les machines, petit à petit, vont avoir le dernier mot. Le début du XXe siècle voit la fermeture des dernières boutiques.

Parallèlement, il s'est développé un métier découlant de la clouterie, la ferronnerie. D'abord à la main, elle devient mécanique. Toussaint Gueury travaille depuis longtemps pour l'armement (à partir de 1801). Il fabrique des tire-bourre et des petites pièces pour la Manufacture de Charleville. En 1836, la Manufacture est supprimée. Les héritiers de Toussaint et des ouvriers perpétuent la tradition de la ferronnerie, notamment à la Grande Boutique qui se trouve rue Basse, derrière la mairie actuelle. On y travaille à la main. Le marteau est encore employé, mais ce ne sont plus des clous que l'on forge. Les clouteries disparaissent, et les ouvriers se recyclent. En 1914, il y a une centaine de ferronniers. Phénomène nouveau, une vingtaine d'autres travaillent dans les villages voisins ou à la ville.

Au milieu du XIXe siècle se développe également la fonderie. Pas à Aiglemont mais cette industrie nouvelle aura une répercussion sur le village. En 1848, les frères Corneau créent une fonderie à Charleville et ils emploient peu de temps après 200 ouvriers. En 1853, un des frères vient chasser au nord-est de la commune. Il ramasse une poignée de terre de taupinière et la fait analyser. Il vient de découvrir un excellent sable de fonderie. Les carrières de Ligneul sont ouvertes en 1854. C'est Regnault-Charlier qui tire le sable pour la fonderie Corneau. Il extrait un tombereau par jour, payé 5 francs soit un salaire double de celui d'un très bon cloutier, même s'il reverse 30 centimes par tonne à la commune. D'autres carriers affluent bientôt, les Halin, Michel, Avril… Tous les endroits sont prospectés, des champs et des bois sont exploités, sans grandes précautions. Ligneul, La Croix Là-Haut, la route de La Grandville, le Tarne, les Mottes, tous ces endroits sont mis à sac.

Cette extraction se perpétue jusqu'à la moitié du XXe siècle. La dernière carrière ouverte se situe route de La Granville. Pol et Gilbert Michel ont chargé le dernier camion en 1954.

La colonie libertaire d'Aiglemont[modifier | modifier le code]

En 1903, une colonie anarchiste est fondée par un Parisien, Jean-Charles Fortuné Henry, à Aiglemont, rejoint bientôt par d'autres sympathisants. Le groupe de maisons devient un lieu de curiosité, et d'agitation politique et de diffusion d'idées, avec notamment un journal, le Cubilot. Des artistes et des hommes politiques de la Troisième République, comme le caricaturiste Alexandre Steinlen, l'auteur dramatique Maurice Donnay, le journaliste et romancier Lucien Descaves, et le romancier, personnalité de gauche et futur prix Nobel Anatole France sont venus à la rencontre de cette communauté, qui se dissout cependant suite à des mésententes.

Aiglemont en 1926[modifier | modifier le code]

En 1926, Aiglemont compte 620 habitants, son maire est Jules Guillemin et son adjoint Louis Couvreur.

Côté animation, on comptait deux fêtes importantes : la fête communale qui a lieu le 2e dimanche de juillet et la fête patronale, le dimanche après la Toussaint.

En 1926, Aiglemont possède 38 commerces et entreprises. Quelques entreprises de l'époque existent encore aujourd'hui : 5 aubergistes ; 3 bouchers ; 1 boulanger ; 1 brasseur ; 4 carriers ; 1 couvreur ; 4 cultivateurs ; 1 entrepreneur ; 2 épiciers ; 7 ferronniers ; 1 maréchal-ferrant ; 3 menuisiers ; 2 messagers ; 2 plâtriers ; 1 tabac.

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

  • Église Saint-Quentin, fin XVIIIe siècle. L'église a une intéressante série de vitraux des XIX-XXe siècles qui ont pour sujet la Première Guerre mondiale.
  • La chapelle Saint-Quentin, récemment rénové.
  • Le calvaire.
  • Les lavoirs.

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

Communisme expérimental : colonie L'Essai à Aiglemont

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au début du XXIe siècle, les modalités de recensement ont été modifiées par la loi no 2002-276 du 27 février 2002, dite « loi de démocratie de proximité » relative à la démocratie de proximité et notamment le titre V « des opérations de recensement », afin de permettre, après une période transitoire courant de 2004 à 2008, la publication annuelle de la population légale des différentes circonscriptions administratives françaises. Pour les communes dont la population est supérieure à 10 000 habitants, une enquête par sondage est effectuée chaque année, la totalité du territoire de ces communes est prise en compte au terme de la même période de cinq ans. La première population légale postérieure à celle de 1999 et s’inscrivant dans ce nouveau dispositif est entrée en vigueur au 1er janvier 2009 et correspond au recensement de l’année 2006.
  2. Dans le tableau des recensements et le graphique, par convention dans Wikipédia, et afin de permettre une comparaison correcte entre des recensements espacés d’une période de cinq ans, le principe a été retenu, pour les populations légales postérieures à 1999 de n’afficher dans le tableau des recensements et le graphique que les populations correspondant aux années 2006, 2011, 2016, etc., ainsi que la dernière population légale publiée par l’Insee.

Références[modifier | modifier le code]

Texte historique fourni par l'Association locale pour l'information et la communication intéressant les Aiglemontais (ALICIA).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F.X. Masson, Annales ardennaises ou histoire des lieux qui forment le département des Ardennes et des contrées voisines,‎ 1861, 600 p..
  • Marcel Dorigny, Quatre village à travers les siècles : monographie historique et géographique d'Aiglemont (Ardennes) et des villages disparus de Manicourt, Champeau et Gély, Sopaic,‎ 1951, 219 p..
  • Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, librairie Guénégaud,‎ 1979 (ISBN 978-2-296-02935-4), p. 5a.
  • Ernest Nègre, Toponymie générale de la France : Formations non romanes, vol. 2, librairie Guénégaud,‎ 1991, 1383 p. (ISBN 978-2-600-00133-5, lire en ligne), p. 914.
  • Roger Maudhuy, La vallée, de la place ducale à Givet, Éditions Les cerises aux loups,‎ 1999, 176 p. (ISBN 2-913275-07-9), p. 22-24
  • Paul Dunez, L'écuyer du Colisée féodal : Le château de Montcornet en Ardennes, L'Harmattan,‎ 2007, 232 p. (ISBN 978-2-296-02935-4).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jacques-Eugène Armengaud, « Machine à fabriquer les clous et les béquets », Publication industrielle des machines, outils et appareils les plus perfectionnés et les plus récents, vol. 6,‎ 1848, p. 366-368 (lire en ligne).
  • Paul Laurent, « Aiglemont », Revue historique ardennaise, vol. 11,‎ 1904, p. 223.
  • René Robinet, « Note sur la clouterie à Aiglemont et à La Grandville », Études ardennaises, no 25,‎ 1961, p. 11-16.

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