Ahmadiyya Jabrayilov

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Ahmadiyya Jabraïlov
Ahmadiyya Mikhaïl-ogly Jabraïlov
Naissance 22 septembre 1920
Okoude, Shaki, République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan
Décès 11 octobre 1994 (à 74 ans)
Shaki, Azerbaïdjan
Origine Azerbaïdjanais
Allégeance Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan
Drapeau de la France France
Années de service 1941 – 1946
Conflits Seconde Guerre mondiale

Ahmadiyya Jabraïlov, connu en France sous le nom d’Akmed Michel (né le 20 septembre 1920 - décédé le 11 octobre 1994), était un activiste azéri qui a participé à la résistance intérieure française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Né dans le village d’Okoude dans la région de Shéki, en République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, il devient, en 1934, membre des Komsomol (Mouvement de la Jeunesse communiste). En 1935, il fait des études au Technikum de l’agriculture à Shéki, à la faculté de zootechnie et agronomie. En 1938, il acquiert une spécialisation en agronomie et devient, en 1939, sériciculteur dans la région de Kuba- Koussar- Katchmaz-Davatchi- Yalama.

Combattant soviétique de la guerre de 1941-1945[modifier | modifier le code]

En 1940, il adhère au Parti communiste. En 1941, il est envoyé au bureau de recrutement de la République à Bakou. Formé à l’école d’aviation de la ville de Nevinnomyssk, après quelques mois d’études, il est affecté comme sous-lieutenant, aviateur (mais non pilote) à la 350e escadrille d’attaque de bombardiers de la 35e division, près de Moscou.

En avril 1942, envoyé dans la région de Donbass, en Ukraine, il est nommé sous-instructeur politique du régiment no 350. Dans le corps de son régiment, Jabraïlov participe aux combats dans la région de Barvinki-Lozovaïa-Izioum (toujours en Ukraine). Il reçoit le grade de lieutenant général.

Prisonnier de guerre[modifier | modifier le code]

À la fin avril-début mai, son avion est abattu lors d’une opération dans la région de Koursk. Le régiment no 350 est alors encerclé dans des combats au bord de la rivière Donets, dans une des banlieues de la ville d'Izioum. Grièvement blessé, Djabraïlov est fait prisonnier par les Allemands. Il est transféré successivement dans différents camps près de Barbinka et de Lvov. Les déplacements de camp à camp par étape de 60 km environ se font à pied.

Envoyé au camp de concentration de Dachau, il tente, pour la première fois, une évasion. Armé d’un couteau, simulant l’ivresse et profitant de la nuit, il s’approche d’une sentinelle pour lui trancher la gorge. Il échoue et est transféré finalement par l’armée allemande dans le camp de prisonniers de la caserne de Montauban, dans le sud de la France, non loin de Toulouse. Tous les prisonniers ont un numéro. Celui de Ahmadiyya est le no 4167.

Il subit les expérimentations pratiquées par les médecins SS. Un petit mouchoir brodé, porte-bonheur offert par sa fiancée lors de son départ à la guerre, lui aurait sauvé la vie. Avec un groupe de camarades, il est sommé de se déshabiller. Il comprend aussitôt le destin qui leur est réservé et place le petit mouchoir dans la bouche. Enfermés dans une pièce, ils sont soumis à un test expérimental de gaz. L’expérience terminée, les gardiens dégagent les corps : lui seul en réchappe. Le docteur SS, averti, répond : « Laissez-le, il mourra ». (Ce fait a été rapporté à Armed par l’un de ses gardiens).

À la fin de l’année 1943, il fait partie d’un convoi à destination de la caserne Burloup à Rodez.

Atteint de tuberculose, Jabraïlov manque de succomber aux mauvais traitements. Laissé pour mort après avoir été battu, il est jeté dans une cave. Il bénéficie alors de l’aide de Jeanne, une femme de chambre du commandant, âgée de 65 ans, qui a fui la Grèce avec sa fille pour échapper aux fascistes qui ont pendu son mari et son fils. Ahmadiyya lui rappelle son fils exécuté.

Dans la résistance française[modifier | modifier le code]

Les résistants français délivrent Akmed du cercueil où il a volontairement été enfermé vivant pour tromper l’ennemi et le ramènent dans la cave de la maison de Mme Jeanne. Le jeune homme se remet vite, sa résolution est prise : il est prêt à se venger des nazis. Il apprend la langue française, se lie aux mouvements des partisans grâce à Mme Jeanne et à ses amis patriotes et devient membre du mouvement de la résistance française dirigée par le capitaine Delplanque (surnommé Dumas) commandant le 4e escadron du département de Tarn-et-Garonne. A. Jabraïlov acquiert plusieurs surnoms clandestins tels « Kharko », « Fragi », « Courageux » et « Russe Akmed ». Les autorités d’occupation hitlériennes promettent de fortes récompenses pour sa tête (10 000 marks allemands).

Le 22 mai 1944, il est conduit au maquis de Cabertat, puis au C.F.A. Il combat pour la Libération du Tarn-et-Garonne. Le 20 juin 1944, il participe aux combats à Cabertat, un plateau boisé entre Nègrepelisse et Monclar. En représailles, l'ennemi incendie 8 fermes et granges. Le 17 août 1944, à « La Tanguine », la 6e compagnie AS et les 5 groupes de Dumas tendent une souricière sur plus d’un kilomètre le long de la route, entre Caussade et Réalville, à une colonne allemande avec blindés marchant sur Montauban.

Le 19 août 1944, Montauban est libéré. Le lendemain, Jabraïlov rencontre le général de Gaulle dans Toulouse libéré. Le 28 août 1944, il s’engage dans le 3e régiment de Hussards formé à Montauban et qui participe aux campagnes des Vosges et d’Alsace. Une formation des Forces françaises de l'intérieur opère dans le Médoc, à la pointe de Grave, puis dans les Vosges et en Alsace.

Le 13 mars, une attestation délivrée et légalisée par le maire de la ville de Montauban, M. Trankou, confirme la participation active de Jabraïlov aux mouvements de la Résistance française. Entre autres missions, « Kharko » a fait exploser des lignes de chemin de fer pour empêcher l’ennemi de transporter des milliers de Français dans des camps de concentration. Il a détruit des ponts, brûlé des dépôts allemands, des maisons où étaient logés des officiers nazis. Sous sa direction, à Lyon et en plein jour, des tanks ennemis sont brûlés. Pour les opérations risquées qu’il a menées avec succès, le secrétaire général du Parti communiste français, Maurice Thorez, lui offre un pistolet. Il est démobilisé du régiment le 16 mars. Par la suite, il prend part aux campagnes des Vosges et d’Alsace avec la 1re armée française.

Retour en Azerbaïdjan[modifier | modifier le code]

En 1946, il prend la décision définitive de retourner dans son pays. Le gouvernement français apprécie les mérites militaires de A. Jabraïlov et lui confère le titre de « Héros national de la France ». Il est décoré d’une série d’ordres et de médailles du gouvernement, y compris la médaille militaire décernée pour la vaillance, le droit de se déplacer gratuitement en France dans tous les types de transports. Le 25 novembre, Jabraïlov retourne en Union soviétique, où on le considère comme un traître à la patrie. Lors d’un contrôle à Moscou, on lui prend certaines de ses décorations.

En 1947, il fonde une famille avec Surayé dans son village natal Okoud. Sept enfants naitront de leur union entre 1948 et 1962. En 1964, il reprend des études à l’Institut de l’Agriculture de Gandja. En 1966, des dirigeants soviétiques invitent A. Jabraïlov à Moscou lors de la visite de Charles de Gaulle, devenu Président de la France. Il est réhabilité par le gouvernement soviétique en 1968.

En 1970, ayant achevé ses études à l’Institut d’Agriculture, il devient ingénieur agronome en chef au kolkhoze de Narimanov, dans la région de Shéki. En 1971, il est décoré de l’ordre du Drapeau rouge du Travail en récompense de son travail. En 1977, 1990, et 1994, Jabraïlov est autorisé à revisiter les lieux où il a combattu : Montauban, Rodez, Toulouse, Albi. Il se rend aussi à Paris, Bordeaux, Strasbourg, Lyon, Dijon et Marseille.

En 1977, Jabraïlov est reçu au Sénat, à Paris, par Jacques Duclos, qui lui remet une médaille commémorative de leur rencontre. En plus, il est décoré de l’ordre de la Révolution d'Octobre pour sa participation à la guerre. En tout, Akmed Michel est titulaire de cinq décorations françaises : la Croix de guerre 1939-1945, la Croix de la Valeur militaire, la Médaille de la Résistance française, la Médaille d’Honneur des actes de courage et la Médaille pour blessures.

En novembre 1990, il est invité à Paris pour assister aux cérémonies consacrées au centenaire de la naissance du général Charles de Gaulle. On lui demande de faire l’honneur de déposer avec les chefs d’états la couronne sur sa tombe.

Le 6 janvier 1994, René Roussel, ancien responsable national aux cadres et à la sécurité du Front national et des Francs-tireurs et partisans, remet à A. Djabraïlov la médaille de chevalier de la Légion d'honneur.

Le 10 octobre 1994, Akmed Michel décède à Shéki, à l'âge de 74 ans. Il est enterré dans le cimetière du village d’Okoude.

Legs[modifier | modifier le code]

En octobre 1995, lors du premier anniversaire de la mort de A. Jabraïlov, une statue de bronze est érigée sur sa tombe, sculptée par Akmed Salikov, à la commande du gouvernement de la République d’Azerbaïdjan. La même année, la nouvelle de l’attribution d’une pension à titre personnel, ainsi que des médailles que le gouvernement français a conférées à A. Jabraïlov à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire de la Victoire sur le fascisme, arrive après sa mort.

Le 15 octobre 1998, on lui accorde le Diplôme National de Reconnaissance à titre posthume pour sa participation aux combats pour la libération de la France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roukiyyé Aliyeva (trad. Ayten Babaliyeva), Les Azerbaïdjanais au mouvement de la Résistance européenne, Vatan,‎ 2005.
    Notices biographiques de différentes personnalités azerbaïdjanaises qui se sont engagées dans la résistance européenne. Parmi eux, Armed Michel.
  • Djavanchir Djabraïlov, notes personnelles manuscrites. Il y retrace la vie de son père Armed Michel, jusqu’à sa mort.
  • Zaman Qarayev, Kharko,‎ 1998.
    Roman inspiré par la vie d’Armed Michel, depuis son service militaire jusqu’à son enrôlement dans la Résistance.
  • (ru) Kamal Madatov, De la part de votre correspondant spécial, Bakou,‎ 1980, « РЮСС АРМЕД», (« RUSSE ARMED »), p. 133-137.
    Différents témoignages des résistants soviétiques en France durant la Seconde guerre mondiale.
  • Yakoup Ozturk, Le héros National de la France, l’Azerbaïdjanais Akmédia Djabraïlov [« Fransa Milli Kahramanı Azerbaycanlı Türk Ahmediyye Cebrailov »], Bakou,‎ 2000.
    Monographie sur Armed Michel, avec reproductions de différents documents le concernant, par ex. copie des attestations et des diplômes donnés à Armed pour sa participation aux rangs de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Documents transférés du Musée de la Résistance et de la Déportation de la France, Maison du Combattant, de la ville de Montauban. Copies de la documentation rassemblée au musée au sujet d’Armed Michel, « Témoignage de René Chambart, précisé à Jacques Latu, ancien conservateur du musée, le 20 mars 1997 ».
  • Collectif, « Association nationale des anciens combattants de la Résistance », édité par l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance, ANACR, sans date.
  • Histoire du développement des mouvements de résistance en Tarn-et-Garonne. Cartes, coupures de presse, et témoignages.