Ahmad Syafi'i Maarif

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Ahmad Syafi'i Maarif, né en 1935, est un ancien dirigeant de l'organisation musulmane indonésienne Muhammadiyah.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Sumpur Kudus, un petit village pauvre de la province de Sumatra occidental, Syafi'i part à Yogyakarta, dans le centre de Java, étudier à Mu'allimin, une école tenue par la Muhammadiyah.

En 1955 se tiennent les premières élections démocratiques de la jeune République d'Indonésie, qui a proclamé son indépendance en 1945. Comme beaucoup de membres de la Muhammadiyah et de nombreux intellectuels musulmans, Syafi'i était alors un admirateur du parti musulman Masyumi et de son charismatique dirigeant Mohammad Natsir. À l'époque, il militait pour la création d'un État islamique en Indonésie, mais par une voie pacifique et démocratique.

En 1957 Soekarno, le président de l'époque, introduit la politique dite de "démocratie dirigée". Il fait interdire le Masyumi. C'est la fin de la première expérience démocratique indonésienne. Ceci ne fait que le renforcer dans sa conviction qu'un État islamique est la solution pour résoudre les problèmes de l'humanité.

À la fin des années 1970, Syarif est envoyé aux États-Unis pour étudier l'islam et la politique à l'université de Chicago. Il y fait la connaissance du penseur pakistanais Fazlur Rahman, qui y enseigne. À travers ses discussions avec lui, Syafi'i finit par renoncer au "chemin du fondamentalisme qui était empli d'esprit enflammé mais vide de pensées profondes et contemplatives", selon ses propres mots.

Il renonce également à l'idée d'un État islamique, déclarant que cette expression n'existe pas dans le Coran mais "a été créé au vingtième siècle". À son retour en Indonésie, les héritiers du Masyumi l'accusent d'avoir trahi les idées de Natsir et d'être un agent des États-Unis chargé d'affaiblir l'islam de l'intérieur. Cette accusation lui est encore lancée de nos jours. Mais Syafi'i continue de se battre pour la coexistence et la justice sociale, à ses yeux bien plus importantes que l'idée d'un État islamique.

Syafi'i se sent proche de deux intellectuels musulmans indonésien, Nurcholish Madjid, mort en 2005, et Amien Rais. Tous deux ont également été étudiants de Rahman à Chicago. Nurcholis était resté un penseur, alors qu'Amien s'est lancé dans la politique dans les dernières années du régime Soeharto, participant notamment à la fondation du Parti du mandat national (PAN).

Pour les Indonésiens qui le connaissent, quelle que soit leur confession, Syafi'i est une figure du pluralisme musulman et un espoir pour la démocratie en Indonésie. Il est conscient des défis auxquels le pays doit faire face, comme la pauvreté, les fatwa des conservateurs qui vont à l'encontre de la liberté religieuse et l'exploitation de symboles religieux à des fins non religieuses. Syafi'i est notamment convaincu que la pauvreté est la mère du radicalisme. Pour lui, son éradication est cruciale pour combattre le terrorisme.

Syafi'i a reçu le Prix Ramon Magsaysay.

Source[modifier | modifier le code]

  • Ary Hermawan, "Ahmad Syafi'i Maarif : The odyssey of an Indonesian Muslim pluralist", The Jakarta Post, 18 septembre 2008