Agriculture au Brésil

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Un engenho-bangüê (production de sucre) en fonctionnement dans les années 1950, État du Pernambouc.

L'agriculture au Brésil ne représente qu'environ 5 % du PIB (Produit intérieur brut)[1] du pays, mais l'industrie agroalimentaire représente 1/4 du PNB et 40 % des exportations[2].

Certaines cultures commerciales telles que le soja, le Brésil étant l'un des plus gros exportateurs mondiaux de cette plante, ou la canne à sucre (utilisée en particulier pour l'éthanol) sont en plein essor, en particulier depuis la modernisation de l'agriculture lancée dans les années 1980, lors de la transition démocratique. Celle-ci s'est largement appuyée sur les travaux de l'Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária (EMPRABA), créée en 1973[2].

Le Brésil est aussi un important producteur de viande bovine, avec un bétail spécifique (dès la première moitié du XXe siècle, des races bovines adaptées au climat brésilien sont créées, telles que la nélore ou la canchim).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Gaúcho brésilien, Statue du Laçador, Porto Alegre, Rio Grande do Sul.

Amérindiens[modifier | modifier le code]

L'histoire de l'agriculture au Brésil commence dès le Ve millénaire av. J.-C. avec indigènes du Brésil, sédentaire ou itinérante, avec une grande diversité de pratiques selon les territoires et les peuples[3],[4]. Cette histoire est encore mal connue, en particulier en Amazonie, mais à l'arrivée des Européens, les Amérindiens cultivaient déjà tubercules, céréales et fruitiers : manioc, arachide, tabac, patate douce, millet, palmier (Attalea speciosa), péqui, jaboticaba, anacardier, goyave et prunier mombin.

L'agriculture sur brûlis est encore pratiquée chez certains Amazoniens dans une économie de subsistance basée principalement sur le manioc.

L'esclavage et la canne à sucre[modifier | modifier le code]

Voir aussi Commerce triangulaire et Histoire du Brésil.

Au Nord-Esté, dans les capitaineries de Pernambouc et de Bahia, les premières plantations sucrières virent le jour sur le sol américain, au début du XVIe siècle[5]. La demande en travail servile explosa. Les Portugais avaient alors à leur disposition les Indiens. Mais la persévérance de Bartolomé de Las Casas et d'autres dominicains finirent par rendre l'asservissement des Indiens illicite[6]. De plus, l'épidémie de dysenterie associée à la grippe avait décimé la population indienne au Brésil dans les années 1560[7]. Enfin les planteurs n'étaient pas satisfaits du travail des Indiens. Ceux-ci ne résistaient pas aux mauvais traitements qui leur étaient infligés. Pour toutes ces raisons, la demande d'esclaves noirs en provenance du Congo[Lequel ?] et de l'Angola se raffermit. De 2 000 à 3 000, en 1570, la population noire du Brésil s'élevait à 15 000 en 1600. Le quotidien de ces esclaves était très dur. Leur espérance de vie était d'environ dix ans. Il fallait donc sans cesse de nouveaux arrivages d'Angola et du Congo. Le Brésil devenait le principal fournisseur en sucre de l'Europe[8].

Dans le premier quart du XVIIe siècle, le nombre total d'esclaves déportés d'Afrique devait approcher les 200 000, dont 100 000 allèrent au Brésil, plus de 75 000 en Amérique espagnole, 12 500 à São Tomé et quelques centaines en Europe[9].

Question agraire[modifier | modifier le code]

Toutefois, la propriété foncière est très inégalement répartie, les grands domaines latifundiaires absorbant la majorité des terres, et la pauvreté rurale reste très importante. En 2009, il y avait ainsi 4 millions de familles de paysans sans terre[10], le Mouvement des sans-terre (MST) étant leur principal porte-voix. Le gouvernement Lula affirme avoir permis à 520 000 d'entre eux d'obtenir des terres depuis 2003, ce qui est contesté par le MST, fondé dans les années 1980[10]. Le gouvernement Lula a par exemple procédé à l'expropriation de la fazenda da Barra, en 2007, dans la région de Ribeirão Preto, à 300 km de São Paulo, allouant ainsi 1 780 hectares aux paysans sans terre[11].

Sur le plan écologique, les progrès de l'agriculture sont liés à une forte déforestation, en particulier en Amazonie et dans le Mato Grosso (plus de 38 % du territoire de cet État en 2007, soit plus de 348 000 km2[12], ainsi qu'à de la pollution. En effet, chaque année, les pâturages sont dans un état avancé de dégradation, les agriculteurs cherchent de nouvelles terres car les rendements sont de plus en plus faibles ce qui entraîne la déforestation, première source nationale d'émission de carbone, loin devant la combustion d'hydrocarbure[12]. Ces effets délétères ont poussé les principales associations agraires à négocier, en 2006, un moratoire sur le soja (pt) cultivé dans les zones défrichées, lequel a été reconduit jusqu'en juin 2010. Des programmes de reboisement ont également été mis en place, par un exemple dans le bassin d'un affluent de l'Amazone, le fleuve Xingu, zone d'habitat du peuple Xingu et dont les sources correspondent avec des zones de production agricoles[12]. La pollution agricole affecte d'autres peuples autochtones, tels la petite communauté des Enawene Nawe, à Juína (pt) (Mato Grosso), en aval de la Chapada dos Parecis (pt)[12]. Enfin, la fumée des feux, des brûlis et des scieries contaminent la qualité de l'air environnant[12].

Peinture de Jean-Baptiste Debret (1768-1848). Un propriétaire d'esclave au Brésil punissant son esclave, XIXe siècle. Le Brésil a longtemps fonctionné autour d'une économie de plantation et jouait un rôle important dans la traite atlantique. L'esclavage a été aboli par la Lei Áurea de 1888.

Grandes cultures et exportations[modifier | modifier le code]

Soja, maïs et riz[modifier | modifier le code]

Malgré son décollage industriel, le Brésil n'a pas renoncé à son développement agricole : il reste un des tout premiers exportateurs mondiaux dans ce domaine, juste derrière les États-Unis, les Pays-Bas et la France. Il y est parvenu en s'adaptant rapidement à la demande et en mettant sur le marché de nouveaux produits, qui ont parfois éclipsé les plus anciens.

Le soja a été introduit au Brésil après la crue du Mississippi de 1973 par Olacyr de Moraes (pt). Surnommé le « Roi du soja », Moraes est le propriétaire de la fazenda Itamaraty (50 000 ha à Ponta Porã, dans le Mato Grosso do Sul, près du Paraguay). Grâce à un investissement dans un laboratoire d'agronomie et à la généralisation de l'irrigation, la fazenda Itamaraty se transforma en symbole de la production intensive et de l'agriculture mécanisée, tranchant avec l'agriculture extensive d'autres fazendas[13]. Elle devint ainsi, dans les années 1980, la plus grande productrice individuelle de soja au monde, puis, dans les années 1990, le deuxième producteur brésilien de coton, avant de devenir le premier producteur de maïs[13]. En 2001, sous le gouvernement Lula, la moitié des 50 000 ha de la fazenda ont été transférés à des familles et coopératives membres du Mouvement des sans-terre suite aux difficultés financières d'Olacyr de Moraes, qui avait investi des millions dans le chemin de fer Ferronorte (pt), afin de lier le Centre-Ouest du Brésil au port de Santos (São Paulo), le plus grand port d'Amérique latine[13].

Ainsi, alors que le Brésil ne produisait pas de soja avant 1975, il est devenu rapidement le deuxième producteur dans le monde [réf. nécessaire], la région du Mato Grosso (en particulier près de Sorriso (en)[12]), du Paraná puis du Goiás étant les plus importantes productrices[14]. Le groupe André Maggi est ainsi la plus grosse entreprise mondiale de soja.

Le soja, dont la culture a été affectée en 2004 par une épidémie de rouille asiatique, par la baisse des prix et la revalorisation du réal, est exporté par les grands ports de Paranagua (Paraná) et Santos, à plus de 2 000 km des grandes régions de production[12].

Depuis 2004, le soja génétiquement modifié a été autorisé. S'il a été massivement introduit dans le pays, notamment dans le Mato Grosso (où il couvre 25 % des surfaces de soja[12]), son intérêt économique à fortement décliner avec la hausse du prix du Round-Up, l'herbicide de Monsanto, tandis qu'un rendement inférieur au soja non-OGM a été observé, notamment en raison de l'inadaptation au climat des variétés transgéniques[12].

Un pic de culture du soja a été atteint en 2005, la monoculture régressant légèrement par la suite en raison de la crise économique. Le maïs et le coton (principalement dans les grandes fazendas pour ce dernier) sont venus ainsi le complémenter[12]. Le tournesol et l'eucalyptus sont aussi plantés, dans une mesure inférieure, en compléments ou substituts du soja[12].

Le maïs est principalement produit dans le Paraná, dans le sud du pays; le riz dans le Rio Grande do Sul et, en moindre mesure, dans le Mato Grosso[15], où il intervient en première culture après le défrichement des terres, par le pâturage, et avant le soja. La canne à sucre est également une culture importante dans le Mato Grosso.

Oranges et café[modifier | modifier le code]

Profitant d'un hiver rigoureux en Floride, il a pu s'emparer d'une bonne part du marché des jus d'oranges dont il contrôle à présent la moitié des exportations mondiales [réf. nécessaire].

En 1959, le café représentait encore 57 % des exportations [réf. nécessaire] ; aujourd'hui, les annuaires statistiques ne se donnent plus la peine de le distinguer et le noient dans une rubrique « café, thé, épices », bien que le Brésil en soit est toujours le premier producteur au monde [réf. nécessaire].

L'agriculture brésilienne vit également en partie d'une économie de cueillette. Gommes, cires, fibres et noix sont ainsi récoltées en Amazonie et dans le Nordeste intérieur. Certains de ces produits sont destinés à l'exportation, comme la noix de cajou ou le pignon de pin. D'autres sont consommés localement comme la noix de babaçu (donnant une huile servant à l’industrie aéronautique), la carnaúba (utilisée jadis par l’industrie du disque et aujourd’hui dans le bâtiment), ou le pequí, condiment très apprécié dans le Goiás[16].

En 2005, le programme Organics Brasil (pt), visant à favoriser l'exportation des produits élaborés par l'agriculture biologique, a été mis en place, en coopération entre l'Agência de Promoção de Exportações e Investimentos (pt), l'Instituto de Promoção do Desenvolvimento et la Federação das Indústrias do Estado do Paraná (pt).

Le Brésil est le premier exportateur de soja, de bœuf, de poulet et de tabac.

Canne à sucre et éthanol[modifier | modifier le code]

Le Brésil a aussi fortement augmenté le nombre de champs de canne à sucre, dont la moitié sont consacrés à la production d'éthanol (un « biocarburant »)[17] (en particulier dans la région de Ribeirão Preto, à 300 km de São Paulo, ou d'Araçatuba). Dans la dernière décennie (2000-2009), sa part dans les exportations mondiales de sucre brut est ainsi passée de 7 % à 62 %[17]. Avec les États-Unis, le Brésil produit à lui seul 70 % de l'éthanol mondial[17], dont la plus grande partie (85 %) est consommée sur le marché intérieur[17].

La production d'éthanol a comme effet de faire radicalement augmenter le prix de la terre (entre 2001 et 2006, la valeur moyenne de l'hectare a augmenté de 113 % dans l'État de São Paulo, principal producteur d'éthanol, selon une étude de l'Institut d'économie agricole[11]) et le coût de production du maïs, du lait, du sucre et de la viande. Les producteurs d'éthanol comme Archer Daniels Midland ou le conglomérat Cosan, propriété du milliardaire pauliste Rubens Ometto Silveira Mello (pt), ont suscité les critiques de chercheurs qui craignent une éventuelle famine en raison d'une hausse probable du prix de la nourriture et de la monoculture du sol, ce qui oblige les producteurs à importer les aliments essentiels[11]. En 2008, le Brésil a produit 22,3 milliards de litres d'éthanol, soit 1/3 de la production mondiale[17].

Production forestière et industrie du papier[modifier | modifier le code]

Le groupe finlandais Stora Enso, no 2 mondial de l'industrie papetière, et le chilien Arauco, ont une coentreprise propriétaire de plantations et d'un moulin à Arapoti (Paraná)[18].

Le Brésil est le premier producteur et consommateur mondial de charbon de bois, essentiellement destiné à l'industrie sidérurgique. Au début des années 2000, la consommation de charbon de bois dépasse 7 Mt/an, dont environ les trois-quarts proviennent de plantations. Ces plantations, composées à 80% d'eucalyptus, produisent 20 m3 (4,3 t) par hectare et par an dans les sites les moins favorables, et de 40 à 50 m3 (8,6 à 10,7 t) dans les massifs industriels[19].

Le complexe agro-industriel et le défrichage de nouvelles terres[modifier | modifier le code]

Le Brésil a pu conserver sa forte position agricole en développant, en aval, un puissant complexe agro-industriel, qui transforme et valorise les denrées agricoles. Ainsi les tourteaux produits à partir du soja sont utilisés dans l'alimentation des volailles vendues jusque sur les marchés du Moyen-Orient où le Brésil concurrence vigoureusement les éleveurs bretons. En outre, le Brésil peut accroître sa production en défrichant de nouvelles terres. Entre 1975 et 1985, les exploitations ont conquis 52 millions d'hectares [réf. nécessaire], soit plus d'une fois et demie la surface agricole de la France [réf. nécessaire].

C'est en partie pour ouvrir de nouvelles terres qu'ont été construites certaines routes. La colonisation de l'Amazonie n'a pas résolu les problèmes fonciers du Nordeste et du Sud mais, du moins, les grands axes ont-ils permis la conquête des cerrados, ces savanes arborées du Centre-Ouest (Mato Grosso, Goiás), où se sont développées les cultures mécanisées du riz et du soja, ainsi que d'importants élevages extensifs. Toutefois, l'érosion des sols est préoccupante dans le Paraná, tandis que la conquête de l'Amazonie a entraîné d'énormes défrichements, rapidement suivi par un fort lessivage des sols.

Références[modifier | modifier le code]

  1. 5,1 % en 2001 selon la Banque mondiale.
  2. a et b Brazilian scientists turning nation into an agro-power, Washington Post, 16 octobre 2010
  3. Laurence Roudart, Histoire des agricultures du monde, Seuil,‎ 1997 (ISBN 9782020323970)
  4. Jared Diamond, De l'inégalité parmi les sociétés, Paris, Gallimard,‎ 2000, p. 126
  5. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 129-130
  6. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 116
  7. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 124
  8. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 125-127
  9. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 137
  10. a et b Christophe Ventura, « Sans terre mais non sans voix », Le Monde diplomatique, avril 2009, p.  12.
  11. a, b et c Au Brésil, la fièvre de l'éthanol fait flamber le prix de la terre, Le Figaro, 21 juin 2007
  12. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Damien Arvor, Vincent Dubreuil, Patricio Mendez del Villar, Carlos Magri Ferreira et Margareth Simões Penello Meirelles, « Développement, crises et adaptation des territoires du soja au Mato Grosso: l'exemple de Sorriso », Confins, 6 | 2009, mis en ligne le 24 juin 2009
  13. a, b et c O símbolo troca de mãos, Veja, 27 juin 2001
  14. Tableau de la production brésilienne de soja de 1990 à 2005, Ministère de l'Agriculture
  15. Tableau de la production de riz au Brésil de 1990 à 2005, Ministère de l'Agriculture.
  16. / Le Brésil, ferme du monde, Géoconfluences.
  17. a, b, c, d et e Philippe Revelli, « Quand le Brésil joue le « pétrole vert » contre la réforme agraire », Le Monde diplomatique, avril 2009
  18. Stora Enso and Arauco join forces to create a leadership position in low-cost pulp through the acquisition of the majority of Grupo ENCE's operations in Uruguay for USD 344 million, communiqué de Stora Enso, 18 mai 2009
  19. [PDF]José Otávio Brito, Jean-Paul Laclau, Mathilde Riom et Waldir Quirino, « Le charbon de bois au Brésil », Bois et forêts des tropiques, no 288,‎ 2006, p. 59-68 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]