Agir tous pour la dignité Quart monde

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Mouvement international ATD Quart monde

Logo de l’association
Cadre
But Lutte contre la pauvreté
Zone d’influence Amérique du Nord, Afrique, Amérique Latine, Asie, Europe
Fondation
Fondation 1957
Fondateur Joseph Wresinski
Identité
Siège Pierrelaye, France
Personnages clés Geneviève de Gaulle-Anthonioz
Site web http://www.atd-quartmonde.org/

Le mouvement ATD (Aide à toute détresse, devenu Agir tous pour la dignité Quart monde) est créé en 1957[1] par le père Joseph Wresinski avec des familles vivant dans un camp de relogement à Noisy-le-Grand (banlieue parisienne). Ce camp avait été installé par le Mouvement Emmaüs et son fondateur l'Abbé Pierre.

ATD Quart monde a pour objectif l'éradication de l'extrême pauvreté et comme principe fondateur que ceux qui subissent cette situation doivent être les premiers acteurs de leur propre promotion. Il fait appel à l'engagement de chaque citoyen pour transformer les mentalités et poser des actes concrets de solidarité. Il propose aussi d'en faire un engagement durable en devenant volontaire-permanent. Présent au début du XXIe siècle dans une trentaine de pays au niveau de l'action et une centaine par le biais de correspondants, il travaille à la fois sur le terrain, au niveau national et international.

Le Mouvement ATD Quart monde est présent et agit dans 29 pays sur les 5 continents grâce à 370 volontaires-permanents, plus de 5000 alliés et militants du Quart Monde, 100 000 amis ou correspondants. Créé par le prêtre catholique Joseph Wresinski, le Mouvement ATD Quart Monde rassemble, autour de la volonté de mettre fin à la misère, des femmes et des hommes de diverses appartenances confessionnelles, philosophiques et politiques, et de toutes origines sociales.

En 2009, le conseil d'administration du Mouvement international ATD Quart monde a décidé de donner au sigle ATD un autre sens : Agir tous pour la dignité.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le fondateur[modifier | modifier le code]

Le père Joseph Wresinski est né dans une famille d'immigrés pauvres. Alors qu'il aurait pu oublier le monde de la misère, il choisit d'y retourner ; il rejoint en 1956 un camp de familles sans abri à Noisy-le-Grand près de Paris et habite 11 ans ce « camp provisoire ». « J'ai été hanté par l'idée que jamais ces familles ne sortiraient de la misère aussi longtemps qu'elles ne seraient pas accueillies dans leur ensemble, en tant que peuple, là où débattaient les autres hommes. Je me suis promis que si je restais, je ferais en sorte que ces familles puissent gravir les marches du Vatican, de l'Élysée, de l'ONU… » Il s'oppose à la soupe populaire et propose aux familles un jardin d'enfants et une bibliothèque. « Ce n'est pas tellement de nourriture, de vêtements qu'avaient besoin tous ces gens, mais de dignité, de ne plus dépendre du bon vouloir des autres ». Une chapelle, des ateliers pour les jeunes et les adultes, une laverie, un salon d'esthétique pour les femmes vont être réalisés peu à peu. Avec les familles du camp et quelques amis, est créée une association qui prend le nom de « Aide à Toute Détresse » (ATD).

Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002) rencontre le père Joseph en 1958, elle retrouve à Noisy-le-Grand la misère mais aussi la fraternité qu'elle a vécues en étant déportée par les nazis au camp de Ravensbrück. À la mort de 2 enfants dans un incendie au camp en 1960, elle se lie définitivement à ces familles très pauvres et accepte à partir de 1964 jusqu'en 1998 la présidence de l'association.

Dans la boue du camp des sans logis, le père Joseph Wresinski pense que l'accès au monde universitaire est un enjeu décisif pour un véritable changement. Il demande à Alwine de Vos van Steenwijk, une diplomate néerlandaise venue le rencontrer, de créer un institut de recherches : l'IRFRH (Institut de recherche et de formation aux relations humaines). Un premier colloque est organisé à l'UNESCO en 1961. Des études montrent qu'une couche de population reste dans l'extrême pauvreté dans les pays industrialisés, malgré l'essor économique. Peu à peu se développe aussi un courrier international avec la création de lien avec des personnes isolées, engagées à travers le monde aux côtés des familles en grande pauvreté. C'est la naissance du Forum permanent «Extrême pauvreté dans le monde», de groupes d'amis.

Face à la détresse des habitants de ce camp de sans-abri, face aux réponses d'urgence de la société jamais suivies de vraies solutions, la question est posée de s'engager dans la durée ; parmi les hommes et les femmes de tous horizons venus apporter leur aide, certains font le pas de s'engager à long terme. Un volontariat permanent est créé.

En 1966, avec ces premiers volontaires, sont rédigées les options de base de l'association : « Tout homme porte en lui une valeur inaliénable qui fait sa dignité d'homme ». Pour en finir avec les termes de cas sociaux, familles inadaptées, familles-problèmes, Joseph Wresinski propose un nom porteur d'espoir et de dignité : le Quart Monde. L'expression Quart monde exprime désormais le rassemblement des pauvres et des non-pauvres engagés dans un même refus de la misère.

Développements[modifier | modifier le code]

À partir de 1973, des rassemblements internationaux sont organisés pour affirmer publiquement la volonté du Quart Monde d'être écouté, pris en compte et surtout d'être utile à la société.

Au sein de l'association, des familles parmi les plus défavorisées continuent à être à l'origine de nouvelles initiatives. En voyant des camps de réfugiés à la télévision, elles disent à des volontaires : « Partout où il y a souffrance et misère, le Quart Monde doit être présent ». Poussées par cette interpellation, des équipes s'implantent dans des pays en développement en réponse à des sollicitations d'amis ou d'institutions dans divers pays. Au début du XXIe siècle, le Mouvement ATD Quart Monde est présent dans 29 pays avec des équipes et a des correspondants dans plus de 100 pays.

Le 14 février 1988, le père Joseph Wresinski meurt. Il est inhumé à Méry-sur-Oise, au centre international d'ATD Quart Monde. Le centre international Joseph Wresinski à Baillet-en-France (95) prolonge son message en rassemblant ses publications et écrits, mais aussi l’ensemble des écrits des membres d'ATD Quart Monde à travers le monde ; son but est d'apporter des sources pour un travail de connaissance des populations très pauvres et de compréhension des causes de la misère.

En France[modifier | modifier le code]

Le père Joseph Wresinski laisse en particulier un outil de réflexion : le rapport « Grande pauvreté et précarité économique et social » présenté au Conseil économique et social et voté en 1987.

Les rapports au Conseil économique et social de Joseph Wresinski en 1987 puis Geneviève de Gaulle Anthonioz en 1995 ont transformé la conception de la lutte contre la pauvreté. Elle devient une exigence éthique liée à l'égale dignité de tout être humain. Les droits humains sont indissociables pour être respectés. Cela implique une action globale cohérente et prospective, au niveau des pouvoirs publics comme des partenaires sociaux, en bâtissant un partenariat avec les personnes, familles et communautés très pauvres.

Les deux rapports ont apporté des bases pour que la mobilisation de citoyens et d'associations puisse entraîner la création du Revenu minimum d'insertion, de la loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions, et la mise en place d'une Couverture maladie universelle.

Le mouvement s'est engagé dans une action de lobbying pour que soit votée par le parlement un texte instaurant en France un droit au logement opposable, droit à définir dans la ligne du 11e rapport du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées remis au Président de la République en décembre 2005, et de « l'argumentaire Droit au logement opposable » qui a suivi le 17 février 2006. Cet argumentaire repose sur un principe simple : « À défaut d'obligation de résultat pour la puissance publique, le droit est sans contenu parce qu'il est sans sanction. » Au terme de plusieurs années d'action menée de front avec d'autres organisations, Loi sur le droit au Logement opposable (dite Loi DALO) a été adoptée le 5 mars 2007.

Journée internationale du 17 octobre[modifier | modifier le code]

Ces changements législatifs très importants ne suffisent pas sans la mobilisation de tous les citoyens. Un rendez-vous régulier est lancé depuis le 17 octobre 1987 où suite à l'appel du Mouvement ATD Quart Monde, 100 000 personnes ont exprimé leur conviction que s'unir contre la misère est un devoir sacré. Une dalle affirmant ce message a été posée sur le parvis de la place du Trocadéro, à Paris, à l'endroit où fut signée la déclaration universelle des droits de l'homme.

Ce rassemblement a institué le 17 octobre comme Journée mondiale du refus de la misère, cette journée mondiale est reconnue officiellement par les Nations unies depuis 1992.

Axes de l'Association[modifier | modifier le code]

Un Mouvement du refus de la misère[modifier | modifier le code]

Le Mouvement ATD Quart Monde ne fait pas de distributions (alimentaires, vestimentaires…) mais mène des actions de type culturel qui se situent dans la durée. Avec les plus démunis, il cherche à changer le regard de la société sur la pauvreté et l’exclusion. Refuser la misère c’est vouloir la détruire. C’est le contraire de l’assistance qui enferme les personnes dans la dépendance. « Nous ne sommes pas là pour gérer la misère mais pour la détruire. » (Joseph Wrésinski, fondateur)

Un Mouvement des droits humains[modifier | modifier le code]

« Là où des êtres humains sont condamnés à vivre dans la misère, les droits humains sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Ces mots de Joseph Wrésinski sont gravés sur l’esplanade des libertés et des Droits de l’Homme au Trocadéro à Paris. Ils sont le centre de la Journée mondiale du refus de la misère qui est célébrée chaque année, le 17 octobre.

Priorité au plus pauvre[modifier | modifier le code]

Le Mouvement ATD Quart Monde a la volonté constante d'aller à la rencontre des personnes les plus meurtries par la misère, les plus oubliées ; ces dernières sont la base et la mesure de tous les projets.

Actions[modifier | modifier le code]

Pour la promotion familiale, sociale et professionnelle[modifier | modifier le code]

Le Mouvement ATD Quart Monde a expérimenté des cités de promotion familiale : offrir un logement dans une petite cité HLM à des familles en situation d'errance, accompagner ses membres dans leurs projets prioritaires, mener une action de développement communautaire à partir des plus démunis en s'appuyant sur une dynamique d'action avec les enfants et les jeunes. La cité de promotion familiale de Noisy-le-Grand reste un projet-référence d'action globale pour permettre aux plus pauvres de vivre en famille et participer à la vie sociale.

D'autres projets sont développés autour des mêmes objectifs :

  • Des centres de vacances familiales où l'on peut reprendre souffle, parfois retrouver le contact avec des enfants placés, « être libre mais pas dans le vide » pour reprendre l'expression d'un participant ;
  • Des pré-écoles familiales où l'on crée des temps forts autour des petits enfants ; l'éveil des tout-petits est favorisé, les parents apprennent les uns des autres et bâtissent leur réflexion de parents.

Dans les domaines de la santé et de la formation professionnelle, le Mouvement ATD Quart Monde mène divers projets-pilotes qu'il a évalués puis relayés à d'autres : lever les obstacles financiers de l'accès aux soins, animer des « salles de bien-être », créer des parcours d'accès à une qualification professionnelle, expérimenter la formation à partir d'une mise en situation de production…

La culture en rupture avec l'assistance[modifier | modifier le code]

Des bibliothèques de rue sont animées tout au long de l'année dans de nombreux pays. Des enfants y développent le goût d'apprendre et les relations d'amitié autour des livres, dans les cités, les bidonvilles ou les villages les plus abandonnés. Des jeunes s'initient à des savoir-faire manuels ou à de nouvelles technologies et s'engagent pour les autres. Partout dans le monde des enfants sont fédérés autour du réseau Tapori.

Dans les quartiers très défavorisés, le Mouvement ATD Quart Monde anime également des Semaines de l'avenir partagé, également appelées désormais Festivals des arts et du savoir. Artistes, artisans, sportifs et tous ceux qui ont une passion sont invités à venir la partager bénévolement et vivre de nouvelles solidarités autour du partage du savoir. Dans les Universités populaires Quart Monde, des hommes et des femmes retrouvent la possibilité de s'exprimer et apprennent à le faire ; ils donnent leur avis et échangent leur expérience avec des citoyens d'autres milieux.

Le Mouvement ATD Quart Monde propose des rencontres autour de la Dalle gravée sur le parvis de la place du Trocadéro (Paris) et de ses répliques dans une dizaine de pays ; le 17 de chaque mois, des témoignages d'engagement contre la misère y sont lus, le message laissé par le père Joseph Wresinski est redit publiquement.

Action auprès des institutions[modifier | modifier le code]

Le Mouvement international ATD Quart Monde a le statut consultatif général auprès de l’Ecosoc, et le statut consultatif auprès de l’Unesco, de l’Unicef, du BIT et du Conseil de l’Europe. En France, le mouvement siège dans divers organismes et institutions (Conseil économique et social)

Pour promouvoir son action auprès du public et lui permettre de faire appel au don en confiance, la Fondation ATD Quart Monde est créée. Elle est reconnue d’utilité publique, et adhère au Comité de la Charte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire d'ATD Quart-Monde