Affordance

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le terme d'affordance est emprunté à l’anglais et il est parfois traduit par "potentialité". Il dérive du verbe to afford qui a un double sens : « être en mesure de faire quelque chose » et « offrir ».

Le terme est utilisé dans différents champs, notamment la psychologie cognitive, la psychologie de la perception, la psychologie ergonomique, le design, l'interaction homme-machine et l'intelligence artificielle où il prend une définition plus proche de "potentialité".

Deux grandes voies de définition se sont développées

  1. on doit à la psychologie la définition originale de l'affordance : elle désigne « toutes les possibilités d'actions sur un objet ». Cette définition s'est ensuite restreinte aux seules possibilités dont l'acteur est conscient,
  2. par la suite le terme a été utilisé en ergonomie de manière encore plus restreinte : pour se référer à la « capacité d’un objet à suggérer sa propre utilisation », par exemple, sans qu'il ne soit nécessaire de lire un mode d'emploi. On parle aussi d'utilisation intuitive (ou du caractère intuitif) d'un objet.

Genèse[modifier | modifier le code]

Le terme Affordance apparait pour la première fois dans les écrits du psychologue James J. Gibson mais le concept est loin d'être nouveau il découle d'une longue maturation. L'un des points d'ancrage du concept se trouve dans la perspective développementale de Heinz Werner. Pour ce psychologue spécialisé dans la psychologie du développement les objets nous poussent à agir. Il les qualifie d "objets signaux" une capacité qui provient de la mise en relation entre la sélection des caractéristiques de l'objet propre à notre environnement et de certaines actions et dispositions du sujet à agir. Werner soutenait que les caractéristiques notables d'un objet soient déterminées par les fonctions qu'elles pouvaient assumer dans certaines situations [1]. Les travaux de Werner établissent une première source de la notion d'affordance en soulignant le lien entre l’expérience de l'environnement du sujet et les sensations motrices et émotionnelles qui en découlent.

Cependant c'est le psychologue James J. Gibson qui donne forme au concept en proposant le terme affordance en 1977 The Theory of Affordances[2] puis l'explore plus avant dans l'Approche écologique de la perception visuelle[3] paru en 1979.

Pour Gibson, l'affordance est l'ensemble de toutes les possibilités d'action d'un environnement.Celles-ci sont objectives, mais doivent toujours être mises en relation avec l'acteur qui peut les utiliser. Par exemple un escalier n'a pas l'affordance d'être escaladé du point de vue d'un nourrisson. L'affordance des objets ne dépend pas des besoins de l'utilisateur ni de son action de perception, celle-ci est suggérée par l'objet lui-même, elle est une partie constitutive de ce dernier. Cependant chez Gibson les affordances ne sont pas des propriétés à part entière de l'objet mais plutôt des combinaisons invariantes de variables qui dépendraient du contexte de l'action[1].

En 1988, Donald Norman, dans The Design of Everyday Things[4], réutilise le terme pour l'interaction homme-machine pour désigner les potentialités d'action qui sont perceptibles par l'utilisateur d'un programme.

Dans la version révisée de The Design of Everyday Things [5], en 2013, il insiste sur la différence entre affordance (l'interaction potentiel) et signifier (le moyen de communiquer cette potentialité) : il imagine un dialogue entre un designer et un mentor. Le designer se plaint de ce qu'il a rajouté ce qu'il appelle des affordances et que les utilisateurs n'utilisent pas bien. Le mentor le reprend sur l'emploi du terme affordance : You called them affordances even though they afford nothing new: they signify what to do and where to do it. So call them by their right name: "signifiers".[6]

Affordance et Perception[modifier | modifier le code]

William Gaver considère le terme affordance comme les propriétés de l’environnement qui rendent certaines actions possibles pour un individu qui est équipé pour[7].

Il donne comme exemple une chatière qui afforde le passage de la porte, mais uniquement pour les organismes dont la taille est appropriée (un chat peut passer mais un homme ne peut pas)[8].

Ainsi sous cette définition, les affordances sont en elles-mêmes indépendantes de la perception de l'objet[9].

Donc dans l'exemple ci-dessus, même si le chat n'a pas compris qu'il peut utiliser la chatière pour sortir, cela n'empêche que la chatière afforde le passage de la porte à ce chat.

Catégorisation des affordances par rapport à leur perception

William Gaver introduit le rapport entre l'affordance et la perception de celle-ci en 3 catégories[10]:

  • Affordance perceptible (perceptible affordance) : Un objet afforde une action et la suggère. Par exemple, la forme et position d'une poignée de porte suggère d'utiliser sa main et de tourner afin d'ouvrir la porte, tandis que la forme et la position d'une pédale de voiture suggèrent d'appuyer avec le pied.
  • Affordance dissimulée (hidden affordance) : Un objet afforde une action mais ne la suggère pas de visu. Utiliser un coin de table pour décapsuler une bouteille est une affordance dissimulée alors que la forme d'un décapsuleur rend son affordance perceptible.

Ainsi, se rendre compte et utiliser une affordance dissimulée peuvent par exemple référer à une utilisation détournée de l'objet ou à une fonctionnalité que le designer de l'objet n'a pas su, ou n'avait pas l'intention, de rendre explicite.

  • Affordance trompeuse (false affordance) : Un objet suggère une action qu'il n'afforde pas. Un bouton placebo en est un exemple.

William Gaver rappelle que, bien que James J. Gibson se soit concentré sur les affordances visibles, il faut remarquer que la perception d'une affordance peut se faire grâce à d'autres sens. Par exemple la chaleur d'une poêle confirme sa capacité à cuire, le poids d'un marteau à enfoncer un clou, etc. Le son peut aussi indiquer si l'action est possible, par exemple le son d'un clique de souris ou le beep d'un bouton d'ascenseur confirme que l'on peut en effet presser ce bouton afin de réaliser l'action souhaitée.

William Gaver note également que la perception dépend de la culture, experience, apprentissage , etc. Donc par exemple une affordance dissimulée peut devenir perceptible par l'apprentissage ; ou encore les normes auxquelles un individu est habitué peuvent contribuer à sa perception des affordances.

Le skeuomorphisme peut aider à la perception des affordances en transférant l'aspect d'objets familiers sur de nouveaux objets et nouveaux supports.

Affordances séquentielles[modifier | modifier le code]

Exemple d'affordances séquentielles dans un éditeur de texte

La notion d'affordance séquentielle (sequential affordance) réfère aux situations où l'action sur une affordance perceptible donne des informations sur des nouvelles affordances[11].

Parfois un objet ne présente pas assez d'informations pour se rendre compte qu'il afforde une action. C'est souvent le cas car on ne veut pas surcharger l'utilisateur par trop d'instructions. Par exemple un éditeur de texte peut vouloir ne présenter les boutons gras, italiques, etc. que lorsque du texte est sélectionné afin de ne pas surcharger l'interface du logiciel.

Dans cet exemple, le changement du curseur lorsqu'il est au-dessus du texte indique que le texte afforde d'être sélectionné, puis lorsque l'utilisateur sélectionne du texte, des boutons s'affichent et informent que ce texte peut être mis en gras, italique, etc.

Affordances spatiales[modifier | modifier le code]

Tandis que les affordances séquentielles sont relatées au temps, les affordances spatiales (nested affordances) réfèrent à leur groupement dans l'espace[12]. Par exemple une porte suggère qu'elle peut s'ouvrir par sa séparation du mur, mais n'indique pas forcément si elle doit être coulissée, poussée ou tirée. Le type de poignée de la porte pourra ôter ce doute si elle semble par exemple pouvoir être poussée plutôt que tirée. C'est donc par le groupement spatial de la poignée par rapport à la porte que l'on perçoit quelle action effectuer.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.academia.edu/481165/Repenser_la_notion_daffordance_dans_ses_dynamiques_semiotiques
  2. James J. Gibson (1977), The Theory of Affordances. In Perceiving, Acting, and Knowing, Eds. Robert Shaw and John Bransford, ISBN 978-0-470-99014-8
  3. James J. Gibson (1979), The Ecological Approach to Visual Perception, ISBN 978-0-89859-959-6
  4. Donald Norman, The Design of Everyday Things, (ISBN 978-0-465-06710-7)
  5. Donald Norman, The Design of Everyday Things (2013), (ISBN 978-0-465-05065-9)
  6. Donald Norman, The Design of Everyday Things (2013), (ISBN 978-0-465-05065-9), p. 20
  7. Affordances are properties of the world that make possible some action to an organism equipped to act in certain ways Gaver, William W. (1991): Technology Affordances. In: Robertson, Scott P., Olson, Gary M., Olson, Judith S. (ed.): Proceedings of the ACM CHI 91 Human Factors in Computing Systems Conference. April 28 - June 5, 1991
  8. a cat-door affords passage to a cat but not to me, while a doorway may afford passage to me but not somebody taller. Gaver, William W. (1991): Technology Affordances. In: Robertson, Scott P., Olson, Gary M., Olson, Judith S. (ed.): Proceedings of the ACM CHI 91 Human Factors in Computing Systems Conference. April 28 - June 5, 1991
  9. Affordances per se are independent of perception Gaver, William W. (1991): Technology Affordances. In: Robertson, Scott P., Olson, Gary M., Olson, Judith S. (ed.): Proceedings of the ACM CHI 91 Human Factors in Computing Systems Conference. April 28 - June 5, 1991
  10. Gaver, William W. (1991): Technology Affordances. In: Robertson, Scott P., Olson, Gary M., Olson, Judith S. (ed.): Proceedings of the ACM CHI 91 Human Factors in Computing Systems Conference. April 28 - June 5, 1991
  11. These are examples of sequential affordances, a concept I introduce to refer to situations in which acting on a perceptible affordance leads to information indicating new affordances. Gaver, William W. (1991): Technology Affordances. In: Robertson, Scott P., Olson, Gary M., Olson, Judith S. (ed.): Proceedings of the ACM CHI 91 Human Factors in Computing Systems Conference. April 28 - June 5, 1991
  12. "Sequential affordances explain how affordances can be revealed over time; nested affordances describe affordances that are grouped in space" Gaver, William W. (1991): Technology Affordances. In: Robertson, Scott P., Olson, Gary M., Olson, Judith S. (ed.): Proceedings of the ACM CHI 91 Human Factors in Computing Systems Conference. April 28 - June 5, 1991

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


Sur les autres projets Wikimedia :