Affaire du Carrefour du développement

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L’affaire du Carrefour du développement est une affaire politico-financière française qui éclate en 1986, et qui implique notamment Christian Nucci, alors ministre socialiste de la coopération, ainsi que son chef de cabinet, Yves Chalier.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Christian Nucci, jeune ministre délégué à la Coopération et au développement, se fixe comme une de ses premières missions de redynamiser le bi-mensuel Actuel Développement, revue des coopérants publiée par son ministère. Le 29 juin 1983, il crée une association loi 1901, l'Acad « Association Carrefour du développement », spécialisée dans les problèmes d'information sur le Tiers Monde et qui se voit chargée d'éditer cette revue. Nucci place des personnes de confiance dans cette association (à sa tête Michèle Bretin-Naquet, professeur de psychologie et une de ses conseillères, et comme trésorier son chef de cabinet, Yves Chalier) qui compte une trentaine de salariés[1].

En 1984, le président de la République François Mitterrand charge Nucci de superviser l’organisation d’un sommet international des chefs d’État africains qui doit se tenir le 11 et 12 décembre à Bujumbura, au Burundi mais la ville ne possède pas la moindre infrastructure dimensionnée pour accueillir un tel événement. Le montage de l’opération est délégué à l'Acad qui reçoit 80 millions de francs de fonds publics. Chalier, après un voyage de repérage, réalise que ce budget est insuffisant pour financer notamment la mise en place de lignes hertziennes ou le pont aérien chargé d'acheminer groupe électrogènes, cabines de conférences. C'est dans ce contexte qu'est mise en place une comptabilité fictive avec des fausses factures qui servent à couvrir d'autres dépenses[2] : 1,4 millions de francs pour Chalier (achat d'un appartement à Quimper, d'un studio à Paris, dons et prêts à sa maîtresse ou à son ex-femme) ; 20,5 millions de francs pour Nucci (financement des affiches de sa campagne électorale de 1986, règlements de ses cotisations au parti socialiste, réceptions faramineuses offertes à des dignitaires africains dans sa villa de Beaurepaire) ; financement de l'opération Manta ; 3,3 millions pour l'achat et la restauration d'un château en Sologne, prétendument destiné à la formation de cadres africains, par Chalier et la sous-préfète du Cher, Marie-Danielle Bahisson, la rumeur voulant que ce centre de formation serve à abriter un bordel pour les personnalités africaines[3]. La Cour des Comptes enquête depuis octobre 1985 sur la comptabilité de l'Acad, si bien que l'association est dissoute le 31 janvier 1986.

À la suite des élections législatives de 1986, le premier Ministre Jacques Chirac nomme Michel Aurillac nouveau ministre de la coopération. Ce dernier reçoit un rapport de la Cour des Comptes qui révèle que l'Acad affiche un trou d'un « peu plus de 20 millions de francs ». Aurillac annonce publiquement ces irrégularités à la presse le 2 juin. L’affaire du Carrefour du développement est lancée[4].

L'affaire porte sur un détournement de 27 millions de francs entre 1984 et 1986. Inculpé de détournement de fonds, de faux en écritures publiques et privées par la commission d'instruction de la Haute Cour de justice, Christian Nucci bénéficie d'une loi d'amnistie sur les délits de financement illégal de campagnes léectorales (loi prise dans le même cadre que celle relative au financement des partis politiques français, votée le 15 janvier 1990 spécialement pour lui et les élus socialistes impliqués dans l'affaire Urba) : la Haute Cour rend un non-lieu le 4 avril 1990 tout en regrattant que « pour la première fois de Notre République, on amnistie des faits criminels »[5]. Mais la Cour des Comtes le déclare le 30 septembre 1992 « débiteur envers l'État » de 20,463 millions de francs (soit 3,119 euros) d'argent public détourné solidairement avec Yves Chalier. Ce dernier est condamné à cinq ans de prison en 1990 et placé en liquidation judiciaire le 6 mai 2010 tandis que Nucci, après une longue procédure judiciaire, rembourse mensuellement 1 524 euros depuis décembre 2000, devant encore 2,9 millions d'euros en 2013[6]. Jeune avocat, Arnaud Montebourg défend la présidente de l'association, Michèle Bretin-Naquet qui est relaxée[7].

Retombée[modifier | modifier le code]

Cette affaire a néanmoins conduit à une réforme du système français de coopération en 1998. C'est l'un des premiers scandales du premier septennat de François Mitterrand qui discrédite durablement la classe politique et en particulier le parti socialiste qui entre dans l'« affairisme rose »[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique, Nouveau Monde éditions,‎ 2014, p. 401
  2. Henry Allainmat, Gilbert Lecavelier, Affaires d'État. Des dossiers très spéciaux, 1981-1987, Albin Michel,‎ 1987, p. 55-61
  3. Mongo Beti, Africains si vous parliez, Homnisphères,‎ 2005, p. 127
  4. L'Année politique, économique et sociale en France, Moniteur,‎ 1986, p. 57
  5. Gilbert Thiel, Solitudes et servitudes judiciaires, Fayard,‎ 2008, p. 107
  6. Yvonnick Denoël et Jean Garrigues, Histoire secrète de la corruption, Nouveau Monde éditions,‎ 2014, p. 74
  7. Guy Benhamou, Arnaud Montebourg, l'ambition à tout prix, Stock,‎ 2004, p. 121
  8. Edwy Plenel, La part d'ombre, Gallimard,‎ 1994, p. 281

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]