Affaire de Léningrad

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L'affaire de Léningrad (Ленинградское дело) est une série de procès intervenus à la fin des années 1940 jusqu'au début des années 1950 sous le régime stalinien contre les membres du parti communiste soviétique et hauts fonctionnaires de la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Les victimes de cette répression furent tous les dirigeants du parti communiste des différents districts, villes et cantons de l'oblast de Léningrad et presque tous les hauts fonctionnaires soviétiques qui après la Grande Guerre patriotique furent nommés de Léningrad à Moscou et dans d'autres organisations régionales. Les arrestations se produisirent non seulement à Léningrad, mais aussi à Moscou, et dans des villes telles que Gorki, Mourmansk, Simféropol, Novgorod, Riazan, Pskov, Petrozavodsk ou Tallin.

Contexte[modifier | modifier le code]

Staline devenu de plus en plus méfiant au fil des années, craint la rivalité de Léningrad auréolée de son prestige de ville-martyre à cause du terrible siège de Léningrad (1941-1944) et ville ayant conservé un certain aura intellectuel. Il a donc l'intention de briser toute velléité de concurrence entre les deux « capitales », d'autant que les dirigeants et hauts fonctionnaires de Léningrad sont souvent plus jeunes et plus doués. L'influence de Kirov et de Trotski, pourtant assassinés, se fait, croit-il, encore sentir dans certains groupes[1]. Les survivants du siège font figure de héros et les dirigeants locaux de l'époque, coupés du pouvoir central pendant trois ans, ont pris le goût d'une certaine autonomie. La mort d'Andreï Jdanov en 1948, détesté par Malenkov et Khrouchtchev, transforme l'atmopshère politique.

Déroulement[modifier | modifier le code]

En janvier 1949, des proches de Jdanov, Piotr Popkov, Alexeï Kouznetsov et Nikolaï Voznessenski, président du Gosplan, organisent une foire commerciale à Léningrad pour relancer l'économie d'après-guerre de la région et subvenir aux besoins des survivants du siège. Des biens et services d'autres régions d'URSS y affluent. Dès le début, la propagande du parti attaque la tenue de cette foire en la décrivant comme un moyen de détourner le budget fédéral de Moscou dans le but de développer l'affairisme local. Pourtant le budget alloué à cette foire a bien été voté et approuvé par la commission du Plan et le gouvernement soviétique. Les accusations sont formulées en premier lieu par Malenkov, considéré à l'époque comme le collaborateur le plus proche de Staline, qui le dépêche à Léningrad en février 1949, puis sont relayées de façon virulente par Khrouchtchev et Beria. Les membres du parti communiste de la région de Léningrad sont accusés de vouloir fonder un nouveau parti communiste dans la république de Russie soviétique.

Plus de deux mille personnes de la municipalité de Léningrad et des différentes instances régionales sont arrêtées. On compte parmi eux des directeurs d'usine, des scientifiques, Alexandre Voznessenski, recteur de l'université de Léningrad et son frère Nikolaï Voznessenski, président du Gosplan, des professeurs d'université, des intellectuels et des conservateurs de musées. Des hommes politiques sont arrêtés dans toute l'URSS. Ils sont tous remplacés par des communistes staliniens issus de l'appareil de Moscou. Des centaines de personnes sont chassées de leur emploi dans l'administration et les milieux intellectuels.

Le premier procès du 30 septembre 1950 condamne à mort Nikolaï Voznessenski; Mikhaïl Rodionov, président du conseil des ministres de la RSFSR; Alexeï Kouznetsov, premier secrétaire du comité central du parti communiste soviétique; Piotr Popkov, premier secrétaire du parti communiste de l'oblast et de la ville de Léningrad et son deuxième secrétaire Yakov Kapoustine; Piotr Lazoutine, président du soviet municipal des députés du Peuple de Léningrad; Alexeï Boubnov, secrétaire du comité du soviet des travailleurs, etc. Une vingtaine de personnes sont fusillées à Moscou.

Le dernier procès a lieu en août 1952 et concerne une cinquantaine d'accusés. En tout ce sont vingt-trois personnes fusillées, deux personnes mortes avant leur procès en prison, 69 personnes condamnées au Goulag, ainsi que 145 membres de leur famille (en tant que proches d'accusé).

Deux mille personnes sont chassées de leur poste et plus de deux cents envoyées au Goulag, dont l'historien d'art Nikolaï Pounine qui y meurt en 1953. La condamnation porte sur la trahison envers la Patrie, la formation de groupes contre-révolutionnaires et la poursuite d'activités anti-soviétiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Edvard Radzinsky, Stalin: The First In-depth Biography Based on Explosive New Documents from Russia's Secret Archives, 1997, ISBN 0-385-47954-9

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Simon Sebag Montefiore, Staline. La Cour du Tsar rouge (traduction de l'anglais de Florence La Bruyère et Antonina Roubichou-Stretz), Éditions des Syrtes, octobre 2005, 793 p., ISBN 978-2845451124.

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