Affaire Schnæbelé

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Guillaume Schnaebelé

L'affaire Schnæbelé est un important incident diplomatique entre la France et l'Allemagne, qui éclata le 20 avril 1887 alors que les discours revanchards du général Boulanger avaient fait monter la tension entre les deux pays.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le général Boulanger, alors ministre de la Guerre, avait cru bon, au moment de son arrivée rue Saint-Dominique, de développer les activités d'espionnage dans les départements annexés par le Reich après la défaite de 1870, sans en référer à ses collègues et dans la perspective d'une éventuelle revanche qu'il appelait déjà de ses vœux, en utilisant notamment les services de fonctionnaires civils connaissant bien cette région, dont Guillaume Schnæbelé, commissaire de police français d'origine alsacienne en fonction à Pagny-sur-Moselle en Meurthe-et-Moselle, en Lorraine française sur la frontière de l'époque. La frontière se trouve plus exactement entre Arnaville, en France, et Novéant, en Moselle annexée.

Cependant, l'un de ces agents alsaciens-mosellans se révèle être un agent double à la solde des services de Bismarck.

La journée du 20 avril 1887[modifier | modifier le code]

Sans doute pour faire pression sur le gouvernement français, les Allemands tendent un piège à Schnæbelé en demandant à l'un de ses collègues de la Moselle (département lorrain rattaché au Reich en 1871), Gautsch, commissaire d'Ars-sur-Moselle, de l'inviter à se rendre chez lui pour affaire de service, sous prétexte d'un incident portant sur la vandalisation du poteau frontière allemand.

Le 20 avril, alors que Schnæbelé fait seul les cent pas de part et d'autre de la frontière en attendant son collègue, il est appréhendé sur le territoire annexé par des policiers allemands déguisés en ouvriers agricoles. Au cours de l'empoignade, il réussit, selon deux témoins affairés dans les vignes jouxtant la route, François et Joseph Gautier, à refranchir la frontière et il est finalement maîtrisé « en territoire français ».

La preuve de l'endroit exact de l'arrestation, et donc son bien-fondé du point de vue de l'autorité allemande, qui invoque la violation de son territoire et des activités d'espionnage, reste incertaine. Les autorités françaises défendent que le commissaire Schnæbelé, fonctionnaire français, se trouvait dans l'exercice de ses fonctions officielles et avait donc été arrêté « illégalement » par les deux agents des services de renseignements allemands. Le commissaire est alors retenu prisonnier en Allemagne et menacé d'être déféré devant une cour martiale de ce pays pour des activités non prouvées (et fort difficile à prouver de manière convaincante à l'opinion internationale).

La réaction française et l'affaire proprement dite[modifier | modifier le code]

Mis au courant le jour même, René Goblet, alors président du Conseil des ministres depuis le 11 décembre 1886 propose lors de la session de celui-ci le 23, d'envoyer aux Allemands un ultimatum, soutenu par le ministre Boulanger qui se déclare prêt à décréter la mobilisation générale des troupes et de la réserve. Plus froids et conscients des dangers d'une éventuelle nouvelle guerre pour une France encore sans alliés, le président de la République Jules Grévy et le ministre des Affaires étrangères Émile Flourens, en bons juristes, voient immédiatement que les Allemands ont été très maladroits dans la forme alors qu'ils avaient certainement raison sur le fond en dénonçant les activités d'espionnage de Schnæbelé. En effet, qu'il ait été ou non arrêté sur le sol allemand, c'est sans la moindre dissimulation et en vertu d'une convocation officielle d'un agent du gouvernement de ce pays qu'il avait franchi cette fois la frontière, cette convocation retrouvée sur son bureau ayant valeur de sauf-conduit en droit international. Le gouvernement se contente donc « innocemment » de demander des explications à l'Allemagne par la voie diplomatique ordinaire. C'est le ministre des affaires étrangères Emile Flourens qui adresse une demande d'explication au gouvernement allemand ; Bismarck, ne voulant pas aggraver une situation avec la France déjà très tendue, a fait libérer le commissaire.

La suite de l'affaire et sa conclusion[modifier | modifier le code]

De son côté, Bismarck faisant face à des difficultés politiques avec d'autres membres de son cabinet, ayant conscience comme ancien diplomate de la bévue pour le moins « monumentale » de ses services, et n'étant pas de toute façon désireux d'un nouveau conflit avec la France dont la défaite en 1870 lui suffit largement, et qui, en accord avec l'empereur Guillaume Ier, s'inquiète plutôt des positions bellicistes de Boulanger qu'il semble paradoxalement surestimer à l'époque comme adversaire potentiel, renvoie le 30 avril Schnæbelé en France sans jugement et classe l'affaire sans suite par une note « acrimonieuse » dira-t-on à l'époque aux ministères des Affaires étrangères français et allemands.

Analyse historique[modifier | modifier le code]

Cette affaire démontra cependant aux républicains français et en particulier aux radicaux comme Clemenceau, qui soutenaient Boulanger jusqu'ici quelquefois avec un certain enthousiasme, à quel point ce général et sa politique toute personnelle représentaient désormais une menace pour la sécurité du régime et du pays lui-même. Et ce d'autant plus, que cette affaire aura permis d'en couvrir une autre beaucoup plus grave, véritable casus belli en droit international, celle d'une véritable « espionnite » récemment démantelée par les services allemands, composée en territoire allemand d'Alsaciens-Lorrains restés fidèles à la France. Cet espionnage était organisé par Boulanger, de son propre chef, sans en référer à ses collègues et supérieurs. L'armée française avait même déjà fourni à ces espions armes et munitions, dans l'éventualité d'un nouveau conflit, semble-t-il déjà programmé par l'aventureux général.

En dernière analyse, ce qui a empêché la situation de dégénérer est donc bien la conviction par les deux camps de la non-opportunité d'un conflit à ce moment précis, ainsi que la relative modération des équipes alors au pouvoir dans les deux pays.

C'est lors de cette affaire que, le 20 avril 1887, face à la position de Boulanger qui s'exclamait "je ne vois pas de réponse sous une autre forme que celle de l'ultimatum", Clemenceau fait ce fameux commentaire sous forme de boutade : "la guerre ! C'est une chose trop grave pour la confier à des militaires !"[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]