Procès de l'affaire Rey-Maupin

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Le procès de Florence Rey a lieu du 17 au 30 septembre 1998 devant la Cour d’assises de Paris. Florence Rey est coresponsable du braquage de la pré-fourrière de Pantin, de prise d'otages et de la double fusillade Nation-Vincennes où cinq personnes sont tuées dont trois policiers, le 4 octobre 1994.

Les faits[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Rey-Maupin.

Le 4 octobre 1994, Audry Maupin, 22 ans, et Florence Rey, 19 ans, attaquent les policiers de garde de la pré-fourrière de Pantin pour leur dérober leurs armes. Ils avaient prévu de les attacher avec leurs propres menottes puis de repartir en métro jusqu'à leur squat. Cependant, les policiers n'avaient pas de menottes. Pris de panique et se croyant poursuivis, Audry Maupin et Florence Rey s'emparent d'un taxi où se trouve déjà un passager, le docteur Georges Monnier. Arrivé sur la place de la Nation, le chauffeur du taxi pris en otage, Amadou Diallo, provoque un accident avec une voiture de police. S'ensuit une fusillade au cours de laquelle deux policiers, Thierry Maymard et Laurent Gérard, ainsi que le chauffeur de taxi sont tués à bout portant par Audry Maupin. Deux passants sont blessés. Les deux jeunes gens prennent ensuite en otage un automobiliste, Jacky Bensimon, et s'enfuient dans le bois de Vincennes. Pris en chasse par un motard de la police, ils ouvrent le feu avant d'être bloqués par un barrage. Une deuxième fusillade éclate. Un troisième policier, Guy Jacob, est tué. Audry Maupin, mortellement blessé, décède le lendemain à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre. Avant de se rendre, Florence Rey embrasse son compagnon, suivant le témoignage de Jacky Bensimon qui est également blessé dans la fusillade.

Le procès[modifier | modifier le code]

Son compagnon, Audry Maupin, décédé, Florence Rey doit répondre seule de « vols à main armée, meurtres et tentatives de meurtres commis sur des personnes dépositaires de l'autorité publique dans l'exercice de leurs fonctions ayant précédé, accompagné ou suivi d'autres crimes, enlèvements et séquestrations de personnes comme otages pour favoriser la fuite des auteurs d'un crime, participation à une association de malfaiteurs ». Le second accusé Abdelhakim Dekhar est poursuivi pour « association de malfaiteurs et complicité de vol à main armée »[1].

Le procès, très médiatique, s'ouvre le jeudi 17 septembre 1998 devant la Cour d'assises de Paris. Au premier jour, après le rappel des faits, Florence Rey doit expliquer sa position à l'égard des accusations que l'on porte contre elle[1]. Florence Rey est également interrogée sur sa relation avec Audry Maupin, la rencontre avec son coaccusé Abdelhakim Dekhar, les activités politiques et l'équipée meurtrière[2]. Avant de répondre aux questions du président de la Cour d'assises de Paris, Jean-Pierre Feydeau, elle déclare : « Je voulais dire aux familles des victimes que j'étais désolée … Que ça a été un enchaînement effroyable. Je comprends leur douleur. Je sais ce que c'est de perdre quelqu'un … de perdre un ami, un père, une mère … enfin … l'arrachement que cela représente. J'aurais aimé que ça n'arrive pas »[2].

Témoignages des otages et des familles des victimes[modifier | modifier le code]

Le vendredi 18 septembre, c'est également la déposition du premier otage, le docteur Georges Monnier, qui décrit un jeune couple exalté dans l'action. Si les témoignages oculaires sont confus et parfois contradictoires, tous s'accordent sur l'extrême violence de la fusillade de la place de la Nation. Le deuxième otage, Jacky Bensimon livre le récit du cauchemar de la course poursuite dans le bois de Vincennes, puis de la dernière fusillade. Pris pour un complice, il a reçu dans le genou, une balle qui provient de l'arme d'un policier. Selon Jacky Bensimon, Audry Maupin était dans un état d'excitation par opposition à Florence Rey, très calme[3]. Manifestement accablée, Florence Rey dit simplement qu'elle était paniquée et « ne savait plus quoi espérer pour que ça s'arrête »[4]. Si elle a tiré, c'est « pour protéger Audry, je n'ai pas vraiment tiré sur des hommes[5]». Les experts en balistique ont confirmé que Florence Rey n'a tiré aucun coup de feu mortel.

Tout au long de ce procès, les témoignages se succèdent. Le mardi 22 septembre 1998, ce sont ceux des familles des victimes. Brigitte Jacob, l'épouse du motard Guy Jacob, 37 ans, tué au bois de Vincennes : « Quand Guy est mort, je suis morte avec lui. J’avais trente-six ans ... Si des témoins disent ne plus se souvenir de ce qu’ils ont vécu il y a quatre ans, moi je peux raconter précisément le glas de Notre-Dame, les haies d’honneur, les gens qui se signent au passage des cercueils. Je peux parler de mon fils. Il a vingt ans ... ». Et elle se tourne vers l’accusée : « ... Il a le même âge que vous. Il ne vous pardonne pas »[6].

La veuve de Thierry Maymard, abattu place de la Nation à l'âge de 30 ans, évoque le métier de son mari qui s’occupait des : « … Infractions au code de la route. Jamais il n'a eu à sortir son arme ». Le président Feydeau demande à Madame Maymard, elle-même policier, si elle a repris du service : « Oui. Mais je travaille sans la tenue. Je ne peux plus remettre une tenue »[6].

La mère de Laurent Gérard, tué à 25 ans place de la Nation, s'adresse à Florence Rey : « Pourquoi n'avez-vous pas voulu prendre d'arme, le jour de la reconstitution ? ».
Florence Rey : « Parce que … des armes … je n'ai plus envie d’en toucher … je voulais dire … j'ai conscience que … »
Madame Gérard : « Non, vous n'avez pas conscience ! Vous ne pouvez pas imaginer. Vous saviez ce que vous faisiez. À aucun moment, vous n'avez tenté d'arrêter. Quand on achète une arme, c'est pour s'en servir ! »
Florence Rey, cherche ses mots : « Je voulais pas tout ça … Je comprends … »
Madame Gérard, la mère de ce fils unique, répond aussitôt : « Non, vous ne pouvez pas comprendre ! »[7]

Madame Diallo, la veuve du chauffeur de taxi Amadou Diallo, 49 ans, tué place de la Nation, est arrivée de Guinée depuis trois mois pour être présente au procès. Elle ne parle pas français et c'est son avocat, Maître Jean Chevrier qui exprime en son nom, sa douleur : « Elle a pleuré tous les jours »[8].

Réactions des accusés[modifier | modifier le code]

Au fil du procès, Florence Rey replonge de plus en plus dans le mutisme qui l'avait prise durant des mois après le drame : « face au miroir des témoignages reflétant la terreur et l'indicible, Florence Rey avait tout au long de l’après-midi retrouvé son regard vide. Son visage sans vie, abattu qui fut celui de sa garde à vue silencieuse, où elle n’avait livré que cette seule déclaration : Je n'ai tué personne »[9]. Son avocat, Maître Henri Leclerc la supplie de s'exprimer, en vain. Elle s'avère incapable de répondre, même aux questions les plus simples à tel point que l'avocate générale ou le président de la Cour d'assises, finissent par renoncer à prolonger les interrogatoires[10]. Un profond malaise envahit le tribunal.

Les psychiatres donnent une tentative d'explication à cet étrange comportement[11]. Pour eux, Florence Rey qui a grandi avec le lourd secret de la maladie de son père, dans un univers clos et silencieux, ne parvient pas à mettre en mot ce qu'elle a vécu et ce qu'elle ressent. Son enfance passée dans un milieu paradoxal où ce qui est anormal est présenté comme normal explique sa tendance à la rêverie et sa difficulté à distinguer le réel, de l'irréel[12]. Les experts décrivent son parcours comme une suite de « bascules ». L'adolescente fragile serait passée de l'enfermement familial à une relation fusionnelle avec Audry Maupin, idéalisée à l'extrême, sur lequel elle s'est complètement reposée pour étayer sa personnalité. La libération qu'elle a cru y trouver, s'est révélée un nouvel enfermement. Pour les psychiatres, Florence Rey s'est épuisée à vouloir correspondre à l'image que son amant attendait d'elle. A contrario, elle a été un objet d'affolement pour Audry Maupin durant la fusillade. Face à elle, il voulait ressembler au héros inébranlable, protecteur. Michel Dubec, expert auprès de la Cour d'appel, et son confrère psychiatre, le docteur François Cousin, concluent à la « complémentarité malheureuse » des deux jeunes gens, de leurs caractères et de leurs inconscients. Michel Dubec souligne cependant que l'équipée meurtrière n'est qu'un « accident » dans la vie de Florence Rey et qu'il n'y a aucun risque de récidive.

Le coaccusé Abdelhakim Dekhar alias « Toumi », est défendu par Maître Emmanuelle Hauser-Phelizon et Maître Raphaël Constant. Il reconnaît avoir acheté un des deux fusils à pompe, ayant servi lors des fusillades, mais réfute les accusations de complicité dans le braquage de la pré-fourrière de Pantin. Florence Rey a bien pourtant désigné Dekhar comme étant « le troisième homme » en février 1996, chargé de faire le guet lors de l'attaque à main armée, mais ce dernier persiste : « Je ne connais, ni Mademoiselle Rey, ni Monsieur Maupin ». Il affirme être victime d'un complot de la mouvance autonome[13]. Sa seule ligne de défense reste invariable et déclare « faire partie de la sécurité militaire algérienne ». À l'en croire, il était chargé par le gouvernement algérien d'infiltrer l'extrême gauche française, en relation avec des réseaux islamistes. Enfin, Dekhar parle de fréquents voyages en Algérie, Angleterre et la France. Selon ses déclarations, il se trouvait le soir du drame chez l'une de ses sœurs, à Londres. Cette présence à Londres est mentionnée qu'en septembre 1996, soit deux ans après l'incarcération de Dekhar. Alibi démenti par son propre frère, en rupture avec sa famille… Les experts psychologiques ont clairement établi le portrait de l'accusé comme un « individu aux tendances affabulatoires et mythomaniaques qui font de lui un agent de l'ombre, investi d'une mission politique au service de la cause algérienne »[14].

Témoignages des familles des accusés[modifier | modifier le code]

Le jeudi 24 septembre 1998, les parents, puis les amis de Florence Rey et d'Audry Maupin, viennent témoigner à la barre. Les parents de Florence Rey réaffirment le mythe de la famille « normale », écorné par les experts-psychiatres[15]. La mère de l'accusée refuse de parler de la maladie de son mari qui relève, selon elle, du secret médical. Elle décrit Florence comme une enfant modèle : « C'était la fille que tout parent rêve d'avoir »[16]. Son père confirme les mêmes propos : « jusqu’à ses 18 ans, Florence a été parfaite ». Anne-Marie Rey, qui n’a jamais rencontré Audry Maupin, explique que Florence était subjuguée par son premier amour. Pour son frère, Jean-Noël : « Florence suivait Audry comme un petit chien »[17].

Après quatre ans d'enquête, les parents d'Audry Maupin attendaient le procès dans l'espoir de comprendre comment leur fils et sa compagne en sont arrivés à commettre l'irréparable[18]. Le président Jean-Pierre Feydeau les avait autorisés à assister au procès, ce qui est exceptionnel pour des témoins. La mère d'Audry, Chantal Maupin, témoigne : « je sais qu'Audry est responsable de la tragédie. J'ai la douleur de l'avoir perdu, la douleur de ce qu'il a fait, et de toutes les souffrances qu'il a créées ce soir-là ». Elle ajoute : « Je ressens ce que ressentent toutes les mères qui ont perdu leur fils, et Florence ressent ce que ressentent toutes les veuves qui ont perdu leur compagnon ». Chantal Maupin, atteste qu'« Audry était entier, gentil, intransigeant », mais aussi qu'il « n'abandonnait jamais, il allait jusqu’au bout ». Selon elle, Florence et Audry étaient très amoureux, mais Florence n'osait pas contredire Audry. Stéphane Violet et les amis du club d'escalade confirment le caractère dominant du jeune homme, son impatience à exister face à la société et le désir de Florence à exister aux yeux de son amant. Audry mettait souvent Florence à l'épreuve que ce soit en escalade, au ski ou dans les discussions politiques. Lysiane Maupin confirme ce trait de caractère de son frère : « C'était difficile de dire non à Audry. Il fallait suivre, s'accrocher, être à la hauteur ». Le père d'Audry ne cache pas que son fils était révolté et rêvait de changer la société. Lui qui reprochait à ses parents l'échec de mai 68, s'était totalement engagé dans les manifestations des étudiants de 1994. La fin du mouvement avait été une désillusion pour lui. À partir de ce moment, Audry Maupin se radicalise, abandonne la faculté et coupe progressivement les liens avec sa famille. Bernard Maupin n'a pas d’explication sur l'attaque de la pré-fourrière de Pantin. Il ne croit pas à la thèse des braquages pour avoir de l'argent. Il ne voit pas Audry « s'embarquer dans un tel projet uniquement pour de l'argent, ou alors comme moyen d'alimenter une cause »[19]. Il se demande si son fils n’a pas été manipulé par Abdelhakim Dekhar. Pour les parents d’Audry, le couple n’avait pas l'intention de tuer. Lorsque le taxi est entré en collision avec la voiture des policiers, Audry est « devenu fou » déclare sa mère, Chantal Maupin. Et au bord des larmes, elle poursuit : « Il a tué. Il a tué tout le monde. Je crois que ce soir-là, personne ne pouvait l'arrêter. Il n'y avait qu'une balle qui pouvait l'arrêter ». Aux témoignages des parents, vient celui de leur fille Lysiane, la meilleure amie de Florence Rey, très émue : « Audry a payé pour ce qu'il a fait. Il ne faudrait pas que ce soit Florence qui prenne à sa place, ce que lui, ne peut pas prendre comme punition »[20].

Plaidoiries des parties civiles[modifier | modifier le code]

Le lundi 28 septembre 1998, s'ouvrent les plaidoiries des parties civiles[21]. À leurs yeux, Florence Rey n'a « aucune circonstance atténuante ». Les avocats qui les représentent s'attachent à mettre à mal son personnage de jeune fille effacée derrière son compagnon Audry Maupin. « Je représente trois tombes de marbre froid » dit Maître Françoise Berrux, au nom des familles des trois policiers abattus : « Celles-ci ne peuvent admettre que leur mort soit le prix à payer d'une erreur de jeunesse, au nom de la liberté au bout du fusil »[22]. Pour elle, comme pour Maître Marie-Christine Chastant-Morand, Florence Rey avait « la volonté de tuer, et, si elle a raté sa cible, c'est parce qu'elle a été maladroite »[23]. Pour les deux avocates, Florence Rey et Audry Maupin sont les « deux rouages indispensables de la mécanique criminelle ». Ils sont unis dans l'amour comme dans le crime. Les parties civiles disent leur déception de ne pas avoir obtenu les réponses qu'elles attendaient. Elles se demandent quel est le vrai but du vol des armes et si Florence Rey ne protège pas des complices. Surtout, elles opposent la Florence Rey pleine de sang-froid et de détermination le soir des faits, à la Florence Rey presque invisible et inaudible dans le box des accusés. « Elle a aujourd’hui un petit regard terne de chien battu, elle avait hier un regard de fauve »[22].

Maître Jean Chevrier, avocat de la famille d’Amadou Diallo, interpelle Florence Rey : « Ses papiers, que vous lui demandiez de vous donner dans le taxi et qu'il refusait de vous donner, c'était toute sa vie. C'était un problème de survie pour lui. Je vous demande simplement de réaliser les cinq à dix minutes de terreur que vous lui avez fait subir ». Maître Chevrier évoque « la solidarité des chauffeurs de taxi », mais s'interroge sur celle de la République : « Amadou Diallo a bien eu une décoration, mais la préfecture refuse d'accorder une carte de résident de dix ans à sa femme, qui ne pourra voir ses trois enfants, français, ou qui ne pourra se rendre comme elle le souhaite, au cimetière de Thiais, sur la tombe de son mari »[22]. Il considère Florence Rey comme « une tueuse qui n’a pas tué ». Il juge qu'elle a eu une influence « vénéneuse », voire « pousse-au-crime »[24], sur Audry Maupin.

Réquisitoire et dernière plaidoirie[modifier | modifier le code]

L'avocate générale, Évelyne Gosnave-Lesieur prononce son réquisitoire le 29 septembre 1998[25]. Pour elle, Florence Rey est coauteur et non complice du meurtre des trois policiers. Elle s'appuie également sur les contradictions des témoignages, et en raison d'« un flou qu'elle considère comme présomptions »[26], juge responsable Florence Rey dans le décès du chauffeur de taxi, Amadou Diallo, allant à l'encontre des expertises balistiques. Pour l'avocate générale, à aucun moment Florence Rey n'a été que l'ombre effacée de son amant. Elle ne faisait qu’un avec lui et devançait même les attentes de celui qu’elle aimait. Elle critique également l'attitude de l'accusée durant le procès. Elle reproche à Florence Rey d'avoir « adopté le profil d'une victime accablée par le destin »[26], et de jouer les « petites filles »[27]. Pour elle « Rey Florence ne pleure que sur elle-même »[28] et n'a pas de sentiment de « culpabilité réelle et authentique »[29]. Elle demande aux jurés de ne pas se laisser apitoyer par l'histoire d'amour tragique qu'on leur raconte. « Des jours durant, vous avez vu l'accusée Rey Florence, empêtrée dans ses explications, refusant de fournir des réponses plausibles aux questions les plus simples (…) Ne reconnaissant que ce qu'elle ne peut nier »[28]. Madame Évelyne Gosnave-Lesieur insiste sur la « gravité particulière des faits ». En cela, elle devrait normalement réclamer la perpétuité, mais ne requiert que trente années d'emprisonnement, en raison du jeune âge de l’accusée et du climat de « violence psychique de l'environnement familial »[26]. L’avocate générale ne demande pas que cette peine soit assortie d’une période de sûreté, mais dit laisser au juge d’application des peines « le soin de vérifier l’évolution de l'accusée »[26]. Elle affirme vouloir ainsi laisser à Florence Rey, une « dernière chance ».

Le procès touche à sa fin. La dernière plaidoirie revient à l'avocat de la défense, Maître Henri Leclerc[30]: « Vous ne pouvez pas la faire payer pour Audry ! … Florence est devant vous, désemparée, ne pouvant dire les remords qui la taraudent. Oui, elle s'en veut de la mort de Laurent Gérard, Thierry Maymard, Amadou Diallo et Guy Jacob. Mais elle n’a tué, ni les uns, ni les autres. Elle ne voulait pas leur mort »[31]. L'avocat dénonce le coup bas de l'accusation qui a essayé de faire porter à Florence Rey la responsabilité de la mort du chauffeur de taxi. Maître Henri Leclerc s'inquiète : « j’ai peur que vous n'ayez pas compris ce visage », et revient sur le parcours de la jeune fille de 18 ans qui « a quitté un enfermement pour un autre, pour se donner l'illusion de la liberté. Elle est partie vers le soleil. Le soleil la conduisait à la mort. Et elle ne le savait pas ». Il évoque le chemin parcouru par sa cliente qui « se bat pour ne pas être une héroïne, ne pas être un exemple ». L'avocat évoque également la question des remises de peine : « Il n'y a jamais de libération conditionnelle pour qui a tiré sur des policiers ». Maître Leclerc enchaîne à ce propos et s'adresse aux jurés : « Elle fera la peine que vous lui donnerez. Alors, vous allez compter les années. Si Audry avait été là à ses côtés, combien aurait-elle pris ? N'oubliez pas que vous jugez les actes d'une adolescente, très jeune fille aujourd'hui. Pensez à la femme qu'elle deviendra. Savez-vous l'âge qui avance en prison, à la Centrale de Rennes ? Ne jugez pas pour semer le désespoir, ou au nom d'un ordre nécessaire, jugez-la pour la ramener parmi nous. Je vous demande d'être justes, donc d'être humains »[32].

À la fin des débats, le président de la Cour, Jean-Pierre Feydeau, demande à Florence Rey si elle souhaite ajouter quelque chose à sa défense, avant que les jurés ne se retirent pour délibérer. Sa seule réponse est : « Non … ».

Le jugement[modifier | modifier le code]

Après cinq heures trente de délibéré, la Cour d'assises de Paris condamne Florence Rey à une peine de 20 ans de réclusion criminelle le mercredi 30 septembre 1998, sans période de sûreté comme coauteur du meurtre de l'un des policiers et complice de celui des trois autres victimes. Abdelhakim Dekhar est condamné à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs et acquitté pour le vol de la pré-fourrière de Pantin. Le jeudi 1er octobre 1998, les trois magistrats de la Cour ont également condamné Florence Rey à verser 2,35 millions de francs de dommages et intérêts aux parties civiles. Les familles des victimes se sont déclarées déçues de la clémence du verdict. Pour Maître Henri Leclerc, il s'agit « d'une peine lourde, très lourde, mais qui laisse de l'espoir »[33].

Épilogue[modifier | modifier le code]

À l'issue de ce procès, bien des interrogations demeurent. Quelle contradiction entre une Florence Rey décrite par les médias comme froide et déterminée au soir du 4 octobre 1994 et celle qui comparait devant ses juges, prostrée et incapable de s'exprimer au cours des deux semaines d'audience. Pourquoi le coaccusé Abdelhakim Dekhar alias « Toumi », a t-il bénéficié d'une telle clémence, alors que deux témoins le reconnaissent comme le guetteur à la pré-fourrière de Pantin. Florence Rey elle-même, le désigne comme le « troisième homme ». Une des armes dérobées à Pantin n'a jamais été retrouvée. Un des témoins du braquage, Pierre Quesnay indique que : « les deux hommes et la femme ouvrent un sac de sport et en sortent une arme de poing, qui se retrouve entre les mains du plus petit homme »[34]. Le signalement du « plus petit homme » détaillé par Pierre Quesnay, correspond à Abdelhakim Dekhar. Ce dernier est reconnu comme le manipulateur[1]. Dekhar connaissait la pré-fourrière de Pantin. Il achète le premier fusil à pompe avec sa propre carte d'identité, alors que de faux papiers sont retrouvés à son domicile lors d'une perquisition. Quelle est la part de vérité avec la désignation par Dekhar, d'un officier, Gérard Manzanal, ancien sergent recruteur de la légion étrangère ? L'expertise psychiatrique de Dekhar précise qu'« il n'est pas impossible que les services de renseignement algériens ou français utilisent des personnes plus ou moins déséquilibrées, et plus ou moins insérées socialement, pour justement infiltrer les milieux marginaux »[35]. Qui manipule qui ? Tant de questions qui restent sans réponses.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Dumay, « La cour d'assises de Paris condamne Florence Rey à vingt ans de réclusion criminelle », Le Monde,‎ 2 octobre 1998
  • Jean-Michel Dumay, « L'avocate générale a requis trente ans de réclusion contre Florence Rey », Le Monde,‎ 1er octobre 1998
  • Jean-Michel Dumay, « Les parties civiles n'accordent aucune circonstance atténuante à Florence Rey », Le Monde,‎ 30 septembre 1998
  • Jean-Michel Dumay, « Au procès de Florence Rey, les jurés vont devoir juger une parenthèse meurtrière de 25 minutes », Le Monde,‎ 29 septembre 1998
  • Jean-Michel Dumay, « Florence Rey en jeune fille timide placée sous l’emprise de son premier amour », Le Monde,‎ 26 septembre 1998
  • Jean-Michel Dumay, « Audry Maupin et son impatience à exister en opposition à la société », Le Monde,‎ 25 septembre 1998
  • Jean-Michel Dumay, « Plusieurs témoins accusent Florence Rey d'avoir tiré lors de la fusillade du bois de Vincennes », Le Monde,‎ 23 septembre 1998
  • Patricia Tourancheau, « Y avait pas à discuter ils étaient armés : des témoins ont reconstitué le film du braquage », Libération,‎ 19 septembre 1998 (lire en ligne)
  • Patricia Tourancheau, « Florence Rey, quatre ans après ce soir-là », Libération,‎ 17 septembre 1998, p. 16 (lire en ligne)
  • Patricia Tourancheau, « Florence Rey, les regrets d'une dérive meurtrière », Libération,‎ 20 septembre 1996 (lire en ligne)
  • Patricia Tourancheau et Michel Henry, « La nuit sanglante de Florence Rey », Libération,‎ 6 octobre 1994 (lire en ligne)
  • Cathy Capvert, « Affaire Rey-Maupin: le troisième homme implique un responsable de la légion », L'Humanité.fr,‎ 28 mai 1996 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Olivier Bordaçarre, La crim' 1912-2012 : la brigade criminelle à travers dix affaires mythiques, Le Point hors-série et la revue Alibi,‎ 5 juillet 2012, « Tueurs nés », p. 76 à 81.
  • Christophe Hondelatte, Les grandes histoires criminelles : De Pierrot le Fou à l'affaire d'Outreau, Éditions Hors Collection,‎ 16 octobre 2008, 192 p. (ISBN 978-2-25807-627-3), « L'odyssée sanglante de Florence Rey et d'Audry Maupin », p. 160 à 163 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jacky Bensimon et Marie-Christine Daunis, L'Otage : La tuerie de la Nation, Éditions Cheminements, coll. « Ma part de vérité »,‎ 15 octobre 2003, 200 p. (ISBN 978-2-84478-216-8) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Christophe Deleu, « Deux ou trois choses que je ne sais pas de Florence Rey », Esprit, Éditions Esprit, no 246,‎ octobre 1998, p. 133 à 154. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Frédéric Couderc, Bac+2+Crimes : L'affaire Florence Rey, Paris, Éditions Raymond Castells,‎ 15 octobre 1998, 188 p. (ISBN 978-2-91258-722-0)
  2. a et b Jean-Michel Dumay : Florence Rey, en larmes, aurait aimé « que ça n’arrive pas » - journal Le Monde du 19 septembre 1998.
  3. Se reporter aux articles suivants :
    Élisabeth Fleury : « Elle savait se servir d'une arme  », dans L’Humanité, du 22 septembre 1998.
    Pierre Bois : « La froide détermination de deux tueurs aux abois. Hier, le docteur Monnier, témoin de la fusillade, a décrit le sang-froid de l'accusée rechargeant son arme », dans Le Figaro du 22 septembre 1998.
    Pierre bois : « L'otage traumatisé du couple Rey-Maupin », dans Le Figaro du 23 septembre 1998.
    Jean-Michel Dumay : « Le cauchemar de la fusillade de la Nation », dans le journal Le Monde du 20 septembre 1998.
    Jean-Michel Dumay : « Plusieurs témoins accusent Florence Rey d'avoir tiré lors de la fusillade du bois de Vincennes », dans le journal Le Monde du 23 septembre 1998.
    Patricia Tourancheau : « Y avait pas à discuter ils étaient armés ». Des témoins ont reconstitué le film du braquage, dans Libération du 19 septembre 1998.
    Patricia Tourancheau : « La fille m'a pointé son arme entre les sièges ». Des témoins ont défilé pour accuser Florence Rey, dans Libération du 22 septembre 1998.
    Joelle Meskens : « Au procès de Florence Rey devant les assises de Paris, l'otage raconte sa nuit d'horreur », dans Le Soir du 22 septembre 1998
  4. Élisabeth Fleury : « Je ne savais plus quoi espérer pour que ça s’arrête », dans L’Humanité du 23 septembre 1998.
  5. Patricia Tourancheau : « J'ai tiré pour protéger Audry », dans Libération du 23 septembre 1998.
  6. a et b Jean-Michel Dumay : « Florence Rey peine à expliquer les raisons de son équipée meurtrière avec Audry Maupin » - journal Le Monde du 24 septembre 1998.
  7. Patricia Tourancheau : « Si elle a raté sa cible, c'est qu’elle a été maladroite » - journal Libération du 29 septembre 1998.
    Lire également l'article de Jean-Michel Dumay : « Florence Rey peine à expliquer les raisons de son équipée meurtrière avec Audry Maupin » - journal Le Monde du 24 septembre 1998.
  8. Jean-Michel Dumay : « Les parties civiles n'accordent aucune circonstance à Florence Rey ». Journal Le Monde, du 30 septembre 1998.
  9. Jean-Michel Dumay : Le « cauchemar » de la fusillade de la Place de la Nation, dans Le Monde du mardi 22 septembre 1998.
  10. Élisabeth Fleury dans L'Humanité et Isabelle Monin dans le Nouvel Observateur, rapportent que le président lassé, finit fréquemment par dire à l'accusée de se rasseoir.
  11. Jean-Michel Dumay : Les experts psychiatres considèrent l'équipée meurtrière comme un « accident » dans la vie de Florence Rey, dans Le Monde, du lundi 28 septembre 1998.
    Pierre Bois : La face cachée de Florence Rey, dans Le Figaro, du 26 septembre 1998.
    Patricia Tourancheau : « Complexe, fragile, atypique » Florence, dans Libération, du 26 septembre 1998.
    Elisabeth Fleury : Florence Rey : la folie des siens, dans L'Humanité, du 26 septembre 1998
  12. Sylvie Caster : « Le silence sidéré de Florence Rey », Magazine Marianne, du lundi 5 octobre 1998.
  13. Jean-Michel Dumay : « Dans le box des accusés, Abdelkakim Dekhar nie être le troisième homme », le Monde, du 19 septembre 1998.
  14. Jean-Michel Dumay : « Audry Maupin et son impatience à exister en opposition à la société », le Monde, du 25 septembre 1998.
  15. Magazine Marianne : « Ou comment se libérer de la famille ! », du lundi 5 octobre 1999.
  16. Joelle Meskens : « Les familles du couple sanglant témoignent aux assises de Paris. Le mystère se lève sur Florence Rey », dans Le Soir p. 17, du vendredi 25 septembre 1998.
  17. Pierre Bois : « Les témoins à la rescousse de Florence Rey », dans Le Figaro, du 25 septembre 1998
  18. Sources :
    Isabelle Monin : Notre fils ce meurtrier, dans Le Nouvel Observateur, du 8 octobre 1998.
    Jean-Michel Dumay : Florence Rey en jeune fille « timide » placée « sous l'emprise de son premier amour » dans Le Monde, du 26 septembre 1998.
    Jean-Michel Dumay : Audry Maupin et son « impatience à exister en opposition à la société », dans Le Monde, du 25 septembre 1998.
    Patricia Tourancheau : Personne n'aurait pu arrêter Audry. Les parents Maupin sont venus hier raconter leur fils mort ce soir-là dans Libération, du 25 septembre 1998.
    Élisabeth Fleury : Audry allait toujours jusqu'au bout dans L’Humanité du 25 septembre 1998.
    Pierre Bois : Les témoins à la rescousse de Florence Rey dans Le Figaro, du 25 septembre 1998.
    Joelle Meskens : Les familles du couple sanglant témoignent aux assises de Paris. Le mystère se lève sur Florence Rey dans Le Soir, du vendredi 25 septembre 1998.
    Christophe Hondelatte : Faites entrer l'accusé, « Florence Rey-Audry Maupin, tueurs nés ? », documentaire télévisé de Marie-Sophie Tellier du 14 décembre 2003.
    Jacques Pradel : « L'affaire Florence Rey et Audry Maupin », Café crime, émission diffusée le 6 juillet 2009 sur Europe 1, avec comme invitées : Patricia Tourancheau et Olivia Cligman.
  19. Patricia Tourancheau : Un père, une mère, une sœur et « l'image d’Audry, les armes à la main ». Après le procès de la fusillade Nation-Vincennes, la famille d'Audry Maupin raconte un garçon dont elle ne comprend pas les actes, dans Libération, du 14 octobre 1998
  20. Jean-Michel Dumay : « Florence Rey en jeune fille timide, placée sous l’emprise de son premier amour » - journal Le Monde du 26 septembre 1998.
  21. Sources :
    Pierre Bois : Florence Rey portrait à charge. Les avocats des parties civiles ont mis à mal son personnage de jeune fille effacée derrière son compagnon Audry Maupin, dans Le Figaro, du 29 septembre 1998.
    Jean-Michel Dumay : Les parties civiles n'accordent aucune circonstance atténuante à Florence Rey, dans Le Monde, du 30 septembre 1998.
    Patricia Tourancheau : « Si elle a raté sa cible, c’est qu’elle a été maladroite ». Les parties civiles ont plaidé la totale responsabilité de Florence Rey, dans Libération, du 29 septembre 1998.
    Élisabeth Fleury : Florence rey dans sa version pousse-au-crime, dans L'Humanité, du 29 septembre 1998.
  22. a, b et c Jean-Michel Dumay : « Les parties civiles n'accordent aucune circonstance atténuante à Florence Rey » - journal Le Monde du 30 septembre 1998.
  23. Pierre Bois : Florence Rey portrait à charge. Les avocats des parties civiles ont mis à mal son personnage de jeune fille effacée derrière son compagnon Audry Maupin, dans Le Figaro, du 29 septembre 1998
  24. Élisabeth Fleury : Florence rey dans sa version pousse-au-crime, dans L'Humanité, du 29 septembre 1998.
  25. Sources :
    Jean-Michel Dumay : L'avocate générale a requis trente ans de réclusion contre Florence Rey dans Le Monde, du jeudi 1er octobre 1998.
    Pierre Bois : Florence Rey ne pleure que sur elle-même, l'avocate générale n'a demandé ni perpétuité ni peine de sûreté contre la compagne d'Audry Maupin dans Le Figaro, du mercredi 30 septembre 1998.
    Élisabeth Fleury : Trente ans de réclusion requis contre Florence Rey dans L'Humanité, du 30 septembre 1998.
    Joelle Meskens : Après les ultimes plaidoiries, verdict ce mercredi soir aux assises de Paris. Trente ans requis contre Florence Rey. Le procureur dénonce des faits gravissimes et des circonstances aggravantes. Mais vu la personnalité de l'accusée, elle ne requiert pas la perpétuité dans Le Soir, du 30 septembre 1998.
    Patricia Tourancheau : Florence Rey n'a pas de circonstances atténuantes dans Libération, du 30 septembre 1998.
  26. a, b, c et d Jean-Michel Dumay : L'avocate générale a requis trente ans de réclusion contre Florence Rey, dans Le Monde, du jeudi 1er octobre 1998.
  27. Max Clos : Florence Rey, une victime ! dans le bloc-notes de la semaine dans Le Figaro, du 2 octobre 1998
  28. a et b Pierre Bois : Rey Florence ne pleure que sur elle-même, l'avocat général n'a demandé ni perpétuité ni peine de sûreté contre la compagne d’Audry Maupin dans Le Figaro, du mercredi 30 septembre 1998
  29. Patricia Tourancheau : Florence Rey n'a pas de circonstances atténuantes dans Libération, du 30 septembre 1998
  30. Sources :
    Patricia Tourancheau : Florence Rey condamnée à 20 ans de réclusion dans Libération du 1er octobre 1998.
    Pierre Bois : Les regrets éloquents de Maître Henri Leclerc dans Le Figaro, du 1er octobre 1998.
    Joelle Meskens : À Paris, les jurés ont rendu leur verdict Florence Rey condamnée à 20 ans de réclusion dans Le Soir du 1er octobre 1998.
    Jean-Michel Dumay : La cour d'assises de Paris condamne Florence Rey à vingt ans de réclusion criminelle dans Le Monde du 2 octobre 1998.
  31. Jean-Michel Dumay : « La Cour d’assises de Paris condamne Florence Rey à vingt ans de réclusion criminelle » - journal Le Monde du 2 octobre 1998.
  32. Patricia Tourancheau : « Le procès de la fusillade Nation-Vincennes. Florence Rey condamnée à vingt ans de réclusion. Elle a été reconnue coupable de complicité de meurtres ». Journal Libération du 1er octobre 1998.
  33. Élisabeth Fleury, « Vingt ans de prison pour Florence Rey la complice », L'Humanité.fr,‎ 2 octobre 1998 (lire en ligne)
  34. Patricia Tourancheau, « Y avait pas à discuter ils étaient armés : des témoins ont reconstitué le film du braquage », Libération,‎ 19 septembre 1998 (lire en ligne)
  35. Cathy Capvert, « Affaire Rey-Maupin: le troisième homme implique un responsable de la légion », L'Humanité.fr,‎ 28 mai 1996 (lire en ligne)