Affaire Patrick Henry

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Patrick Henry
Nom de naissance Patrick Henry
Naissance (62 ans)
à Troyes dans l'Aube
Condamnation
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité (1977)
Prison à temps (4 ans) et amende de 20 000 € (2003)
Enlèvement de mineur suivi de meurtre (1977)
Trafic de drogue (2003)
Victimes Philippe Bertrand, 8 ans
Période -
Pays Drapeau de la France France
Drapeau de l'Espagne Espagne (péage de Puçol)
États Aube
Communauté valencienne
Arrestation

L'affaire Patrick Henry est une affaire judiciaire française concernant le meurtre de Philippe Bertrand, alors âgé de huit ans, par Patrick Henry[note 1]. Le procès de ce dernier fut également, par ricochet, celui de la peine de mort en France. Robert Badinter, fervent partisan de son abolition, convaincra par sa plaidoirie les jurés de ne pas condamner Patrick Henry à la peine capitale.

L'affaire[modifier | modifier le code]

Enlèvement de Philippe Bertrand[modifier | modifier le code]

Le , vers 12 h 30, à Troyes, Patrick Henry enlève Philippe Bertrand, âgé de sept ans, à la sortie de son école. Philippe devait aller chercher son frère Christophe en maternelle à La Visitation et, ensemble, se rendre chez le fleuriste où leur père Gérald avait l’habitude de les récupérer. Mais Gérald Bertrand ne trouve que Christophe. Une heure plus tard, Patrick Henry appelle Marie-Françoise Bertrand et lui demande une rançon d'un million de francs. La police alertée met en place un dispositif d'écoute téléphonique à leur domicile. À 18 h 30, Patrick Henry rappelle à partir d’une cabine téléphonique située à Bréviandes, dans la banlieue sud de Troyes. Il est localisé par la police judiciaire qui ne l'arrête pas mais le suit pour retrouver le lieu où est caché l'enfant. Mais l'arrivée inopinée d'une estafette de la gendarmerie (apparemment non prévenue de la souricière mise en place, un commandant de gendarmerie a ordonné son interpellation), gyrophare et sirène allumés, effraie le ravisseur qui interrompt sa conversation téléphonique et s'enfuit en traversant un ruisseau et se cachant dans des fourrés. Le ravisseur se manifeste à nouveau par un message déposé dans la boîte aux lettres d'un curé de Troyes, proche de la famille Bertrand. Il donne les instructions pour l’échange de la rançon. Le 10 février, jour du versement de la rançon, les policiers en planque guettent l’arrivée du ravisseur mais sont repérés. Un suspect prend la fuite au volant d’une Citroën DS blanche mais les enquêteurs relèvent le numéro de sa plaque minéralogique, correspondant à celle d'Henry. La police l'arrête le 11 février à 6 heures du matin, dans un appartement qu'il partage avec son frère, rue de la République à Troyes. Au cours de sa garde à vue, il nie tout en bloc, malgré toutes les tentatives pour le faire avouer. Les hommes de l’OCRB étant convaincus de sa culpabilité, ils le conduisent même dans une forêt isolée pour une tentative de reconstitution des faits. Le commissaire Charles Pellegrini, chef de l'OCRB, le menace de son arme et tire à côté de sa tête pour le faire craquer, en vain[1]. Faute de preuves ou d'aveux, la police le remet en liberté à l'issue des premières quarante-huit heures de garde à vue, le 13 février. Interrogé par les médias, Patrick Henry a le cynisme de déclarer qu'il est innocent et que le véritable criminel mérite la peine de mort pour s'en être pris à un enfant[2].

Il fait l'objet de filatures, sans résultat, alors que la police montre sa photo à tous les patrons de cafés et d'hôtels de Troyes. C'est ainsi que le propriétaire de l’hôtel-restaurant « les Charmilles », rue Fortier, à Troyes, le reconnaît. Le gérant leur apprend que Patrick Henry y loue depuis le 23 janvier une chambre meublée au premier étage, sous un faux nom. Le , la police l'arrête et découvre sous le lit de sa chambre, le corps du petit Philippe, enroulé dans un tapis. Patrick Henry raconte au juge d'instruction qu'il a enlevé le garçon et emmené dans la chambre de la pension où il l'a laissé regarder la télévision pendant qu'il allait demander la rançon. Ayant expliqué à l'enfant que ses parents avaient dû s'absenter en urgence et qu'ils l'avaient chargé de veiller sur lui jusqu'à leur retour, le garçon ne se méfie pas car Henry était un ami des Bertrand. Après l'épisode de la cabine téléphonique à Bréviandes, il serait revenu dans la chambre et aurait étouffé l'enfant avec un mouchoir car il ne supportait plus ses pleurs. Après être parti quatre jours au ski, il serait revenu demander la rançon. La police pense cependant qu'il l'aurait tué dès le début de sa captivité car l'enfant l'aurait dénoncé une fois libéré[3].

L'affaire est marquée par une phrase anxiogène prononcée le lendemain de son arrestation le 18 février : sur TF1, au journal de 20 heures, lors de l'ouverture du journal télévisé, le présentateur Roger Gicquel déclare « la France a peur ». Restée célèbre dans la mémoire collective, cette annonce fut souvent sortie de son contexte et fut l'objet de diverses interprétations. Elle n'avait — au dire de son auteur — pas d'autre but que d'introduire une argumentation contre toute tentative de vengeance et de justice expéditive[4].

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès de Patrick Henry est certainement l'un des plus célèbres de l'histoire judiciaire récente en France[5]. Un soulèvement de haine à son encontre se crée, amplifié par son comportement devant les caméras de télévision après sa première garde à vue. Des éditorialistes, hommes politiques et l'opinion publique dans sa grande majorité réclament la peine de mort pour son crime[6].

Comme peu d'avocats veulent le défendre (après le refus d'un ancien bâtonnier, Me Emile Pollak se déclare prêt à assurer la défense[7], et Me Jean-Denis Bredin argua qu'il est du devoir d'un avocat de défendre[8],[7]), Robert Bocquillon, bâtonnier de l'ordre des avocats de Troyes, se commet lui-même d'office à la défense de Patrick Henry[9]. Il demande l'aide de Robert Badinter, fervent partisan et militant pour l'abolition de la peine de mort en France.

Le procès s'ouvre le 18 janvier 1977. Robert Bocquillon se charge de défendre Patrick Henry, tandis que Robert Badinter dans sa plaidoirie fait le procès de la peine de mort. Il évoque notamment l'exécution par la guillotine de Claude Buffet et Roger Bontems, « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux », puis, s'adressant aux jurés leur dit : « Si vous décidez de tuer Patrick Henry, c'est chacun de vous que je verrai au petit matin, à l'aube. Et je me dirai que c'est vous, et vous seuls, qui avez décidé »[10].

Il fallait huit voix sur douze pour que l'accusé soit condamné à la peine capitale[11]. Sept membres votent pour la condamnation à mort de Patrick Henry. Coupable, Patrick Henry est condamné le 20 janvier à la réclusion criminelle à perpétuité[11]. Le Parisien, journal partisan de la peine de mort laisse éclater sa stupéfaction « Stupeur ! Patrick Henry sauve sa tête » tandis que L'Humanité titre « La peine de mort en échec ».

Après le procès, au moins trois membres ont affirmé avoir voté contre la mort par conviction catholique, comme l'avait suggéré auparavant l'évêque de Troyes[11]. Lors du procès, les parents de Philippe Bertrand ont également fait savoir qu'ils « ne réclamaient pas le prix du sang »[12].

Si le procès a eu un impact sur l'abolition de la peine de mort en France, effective en 1981, il ne coïncide pas avec la fin des exécutions en France. Deux personnes seront condamnées à mort et exécutées : Jérôme Carrein et Hamida Djandoubi, ce dernier étant le dernier exécuté en France. D'autres condamnations à mort seront prononcées, mais commuées par un pourvoi en cassation ou un recours en grâce.

Biographie de Patrick Henry[modifier | modifier le code]

Avant l’affaire[modifier | modifier le code]

Né le à Troyes en France, Patrick Henry fait un CAP de cuisinier, commence par enchaîner plusieurs emplois et commet des petits délits[réf. souhaitée]. En 1975, son magasin se trouve en cessation de paiement, il a alors 22 ans.[réf. nécessaire]

La décennie 1970 voit la montée en puissance d'un crime particulier : l'enlèvement contre rançon d'enfants de riches industriels (affaire Mérieux, affaire Cathalan) ou des industriels eux-mêmes (affaire Empain). Le gang des Lyonnais s'essaye à cette pratique, créneau très risqué, mais très lucratif, avec l'enlèvement de Christophe Mérieux. Ce dernier sera libéré contre une rançon de 20 millions de francs[réf. souhaitée]. Ce sera le tour ensuite de Maxime Cathalan âgée de 20 mois. Elle est la fille de Jean-Claude Cathalan, alors dirigeant d'une filiale des laboratoires Roussel, et de Hiroko Matsumoto, la célèbre top-modèle japonaise de Pierre Cardin. Maxime Cathalan est rendue à ses parents contre une rançon d’1,5 million de francs le [13].

Liberté conditionnelle[modifier | modifier le code]

Après son procès, durant sa détention, dont une grande partie se déroulera en Quartier de haute sécurité[réf. souhaitée], il poursuivra des études qu'il avait arrêtées en cinquième et passe ainsi en prison son BEPC, son baccalauréat, une licence de mathématique et un DUT en informatique. À ce titre, il fait figure de modèle de réinsertion[réf. souhaitée] et demande à sept reprises sa mise en liberté conditionnelle mais, chaque fois, le ministère de la Justice refuse ses demandes. Il faudra attendre la loi sur la présomption d'innocence permettant à une juridiction régionale de statuer sur les mises en libertés conditionnelles pour le voir libéré le , suite à la décision du du tribunal régional de Basse-Normandie. Il est embauché dans l'imprimerie Charles Corlet, dans le Calvados. Il est sorti de prison avec un pécule important, de 110 000 francs[note 2][réf. souhaitée].

Aussitôt libre, il contacte l’éditeur Guy Birenbaum travaillant alors pour les Éditions Denoël, afin que celui-ci l’aide à publier le livre qu’il avait rédigé lors de sa détention. Par « déontologie »[14], Birenbaum essayera de faire comprendre à son interlocuteur que son intérêt n’était pas de revenir sur le devant de la scène médiatique, mais plutôt celui de se faire oublier. Il refusera donc l’offre d’Henry[14]. Cet ouvrage intitulé Avez-vous à le regretter ?, édité chez Calmann-Lévy, verra sa parution suspendue par l’éditeur[14].

En juin 2002, il est arrêté pour un vol à l'étalage dans une grande surface de bricolage à Mondeville et est condamné à une amende de 2 000 euros[15].

Retour en prison[modifier | modifier le code]

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Dans la nuit du 5 au , il est arrêté en Espagne en possession d'un peu moins de 10 kilogrammes de résine de cannabis qu'il avait achetés au Maroc en septembre 2002. Après son extradition le , sa liberté conditionnelle est annulée et il est remis en prison, retrouvant sa condition de condamné à perpétuité. Le 22 juillet suivant, il est condamné par le tribunal correctionnel de Caen à quatre ans de prison, 20 000 euros d'amende et la confiscation de son 4x4 qu'il a utilisé pour aller au Maroc, ainsi qu’aux 8 228 euros qu'il avait sur lui lors de son interpellation, enfreignant ainsi les conditions de sa liberté conditionnelle.

Le , en détention à la maison centrale de Saint-Maur, il entame une grève de la faim pour protester contre le rejet de ses demandes de libération conditionnelle[16].

En 2012, il est transféré au centre de détention de Melun.

Le vendredi 11 juillet 2014, le président de la République française François Hollande refuse de gracier Patrick Henry[17],[18],[19],[20],[21],[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

  • En 1976, paraît Je suis pour, chanson de Michel Sardou sur l'album La Vieille. Lors d'une entrevue télévisée, Michel Sardou se prononce pour l'application de la peine de mort pour les tueurs d'enfants[23].
  • En 1979, le groupe de punk rock les Olivensteins fait parler de lui en composant un morceau sur l'affaire, Patrick Henry est innocent. Ce morceau fut publié en album en 2011.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Certaines sources[précision nécessaire] donnent sept ans
  2. Soit environ 16 000 euros

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles, Pascal Michel, p. 21
  2. Paul Cassia, Robert Badinter : un juriste en politique, Fayard,‎ 2009, p. 121
  3. Pascal Michel, op. cit., p. 22
  4. (fr) « Plateau Roger Gicquel : La France a peur », Institut national de l'audiovisuel, France (consulté le 8 mars 2010)
  5. Pascale Robert-Diard, Didier Rioux, Le Monde. Les grands procès, 1944-2010, Les Arènes,‎ 2009, p. 12
  6. Jean Claude Simoën, L'Express: l'hebdomadaire de notre histoire, Plon,‎ 1999, p. 340
  7. a et b Robert Badinter, L'Abolition, p. 55
  8. « Être avocat, messieurs... » Article de Jean-Denis Bredin publié le 1er mars 1976 page 44 dans Le Nouvel Observateur
  9. Robert Badinter, L'Abolition, p. 54
  10. Didier Decoin, Dictionnaire amoureux des faits divers, Plon,‎ 2014
  11. a, b et c Faites entrer l'accusé « Patrick Henry, le procès de la guillotine » sur France 2
  12. Sur le site de l'Institut National de l'Audiovisuel, journal télévisé du 20 janvier 1977
  13. « Maxime Cathalan libérée par ses ravisseurs ». Article publié le 23 juin 1975 dans La Nouvelle République.
  14. a, b et c « Les loups ». Article de Pierre Marcelle publié le 10 octobre 2002 dans Libération.
  15. Dominique Simonnot, « Patrick Henry, une amende et des menaces », Libération,‎ (lire en ligne)
  16. « Patrick Henry entame une grève de la faim ». Article de Géraldine Catalano publié le 14 novembre 2011 dans L'Express.
  17. « François Hollande refuse de gracier Patrick Henry », de Justine Cohendet, le 17 juillet 2014, sur France Info
  18. « Pas de grâce présidentielle pour Patrick Henry ». Article de Géraldine Catalano publié le 17 juillet 2014 dans L'Express
  19. « Nouvelle demande de grâce rejetée pour Patrick Henry ». Article publié le 17 juillet 2014 dans Le Monde
  20. « La demande de grâce de Patrick Henry rejetée par Hollande ». Article publié le 17 juillet 2014 dans Le Parisien
  21. « Patrick Henry ne sortira pas de prison ». Article de Caroline Piquet publié le 17 juillet 2014 dans Le Figaro
  22. « Patrick Henry se voit refuser son recours en grâce ». Article publié le 17 juillet 2014 dans Libération
  23. Documentaire de Mireille Dumas « Qui êtes-vous Michel Sardou ? »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]