Affaire Le Roux

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L'affaire Le Roux est une affaire criminelle survenue à Nice en France en 1977, qui a pour point de départ la disparition de l'héritière du Palais de la Méditerranée, Agnès Le Roux, née le 14 septembre 1948, qui n'a plus donné signe de vie depuis le 26 octobre 1977. Son corps ne sera jamais retrouvé et aucun élément matériel ne viendra jamais démontrer sa mort. Le principal suspect, condamné pour assassinat par la cour d'assises de Rennes, le 11 avril 2014, après 31 années d'atermoiements et d'hésitations judiciaires, est l'ex-avocat niçois Jean-Maurice Agnelet (dit Maurice), ancien amant de la disparue, né le 10 février 1938. L'affaire a défrayé la chronique pendant une trentaine d'années et conserve encore une part de mystère.

Chronologie de l'affaire[modifier | modifier le code]

  • Toussaint 1977 : disparition d'Agnès Le Roux.
  • Septembre 1978 : Maurice Agnelet, qui a transféré l'argent d'Agnès Le Roux sur un compte ouvert à son nom avec procuration à son autre maîtresse Françoise Lausseure, est placé en garde à vue. Françoise Lausseure affirme qu'il était avec elle en Suisse lors de la disparition d'Agnès Le Roux. Il est alors libéré.
  • 13 août 1983 : convoqué par la justice française, Maurice Agnelet qui vit depuis 1980 au Canada, rentre en France. Il est inculpé d'homicide volontaire et d'abus de confiance, et écroué. Il est libéré le 17 février 1984.
  • 30 septembre 1985, Jean-Maurice Agnelet bénéficie d'un non-lieu.
  • Juin 1999 : Françoise Lausseure déclare qu'elle avait menti et qu'il n'était pas avec elle en Suisse lors de la disparition d'Agnès Le Roux. Elle confirme ce revirement en février 2000.
  • 2000 : Agnelet est de nouveau placé en examen.
  • 23 novembre 2006, Agnelet comparaît devant les assises des Alpes-Maritimes. Il est acquitté ; le ministère public fait appel [1].
  • 11 octobre 2007, Jean-Maurice Agnelet comparaît en appel devant les assises d'Aix-en-Provence. Il est condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour assassinat [2],[3]. Il se pourvoit en cassation.
  • 13 décembre 2007 : Rejet d'une demande de mise en liberté pour Maurice Agnelet.
  • 2008 : le pourvoi en cassation formé par Agnelet est rejeté : la condamnation à vingt années de réclusion criminelle devient définitive [4].
  • 2009 : Agnelet saisit la Cour européenne des droits de l'homme, estimant que les droits de la défense n'ont pas été respectés.
  • 2010 : Jean-Maurice Agnelet demande sa libération conditionnelle [5].
  • 2011 : un ancien truand marseillais affirme connaître le vrai nom de l'assassin et que Jean-Maurice Agnelet « n'a jamais été un assassin ».
  • Septembre 2012 : la Commission des révision pénales rejette la demande de révision du procès de Jean-Maurice Agnelet.
  • Janvier 2013 : la Cour européenne des droits de l'homme condamne la France car le verdict rendu à Aix-en-Provence n'a pas été motivé. La Cour de cassation ordonne un troisième procès et Jean-Maurice Agnelet est libéré.
  • 7 avril 2014 : Guillaume Agnelet, fils de Maurice Agnelet, accuse son père de l'assassinat d'Agnès Le Roux. Il précise qu'il a reçu des confessions de son père et de sa mère, Annie Litas. Agnès Le Roux aurait été tuée par arme à feu et son corps dissimulé en Italie. La cour ordonne le placement sous mandat de dépôt de Maurice Agnelet, alors âgé de 76 ans.
  • 9 avril 2014 : Annie Litas, première femme de Maurice Agnelet, désavoue formellement son fils.
  • 11 avril 2014 : Maurice Agnelet est condamné à 20 ans de réclusion criminelle.
  • 12 avril 2014 : Maurice Agnelet se pourvoit en cassation. Il restera cependant en prison tant que la cour de cassation n'aura pas éventuellement décidé d'un quatrième procès[6].

Thèses en présence[modifier | modifier le code]

Thèse du ministère public et des parties civiles[modifier | modifier le code]

Le mobile présumé serait le vol de trois millions de francs que détenait Agnès Le Roux dans un contexte de conflit entre associés pour le contrôle et la direction du Palais de la Méditerranée (« guerre des casinos » entre Jean-Dominique Fratoni et le Groupe Lucien Barrière)[7]. Dans le but de permettre à un groupe de casinos concurrent, dirigé par Jean-Dominique Fratoni[8], de prendre le contrôle du Palais de la Méditerranée au détriment de sa mère, Renée Le Roux (née Bousquet le 22 décembre 1922 et veuve depuis 1967 d'Henri Le Roux, un riche homme d'affaires né en 1899), Agnès Le Roux aurait cédé ses parts pour la somme de trois millions de francs versés sur un compte en Suisse ouvert en commun avec son amant Jean-Maurice Agnelet. En effet, Renée Le Roux est en difficulté financière après avoir perdu en une soirée quatre millions de francs à une partie de 30 et 40. Elle est persuadée que la partie a été truquée par son concurrent Jean-Dominique Fratoni et refuse de lui vendre son casino. Jean-Dominique Fratoni engage Jean-Maurice Agnelet, avocat niçois proche de la famille Le Roux, pour séduire Agnès Le Roux et intervenir dans la rédaction de l'acte de cession, l'avocat ayant eu l'ambition de devenir le nouveau directeur du Palais de la Méditerranée[9].

Agnelet connaissait Agnès Le Roux, ayant été engagé par elle lors de son divorce avec Jean-Pierre Hennequet en 1975. Agnelet aurait éliminé Agnès, dont la Range Rover n'a jamais été retrouvée. Les soupçons se précisent lorsque l'enquête montre qu'il a récupéré en septembre 1978 une partie des fonds versés dans une banque Suisse qu'elle avait reçus en échange de ses parts. Inculpé en 1983, il bénéficie d'un non-lieu en 1985 de la part du juge Michel Mallard. Cette ordonnance a été confirmée par la chambre de l’instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence.

Jean-Maurice Agnelet a longtemps bénéficié du doute grâce à un alibi fourni par son ancienne compagne, Françoise Lausseure, qui avait affirmé s'être trouvée en Suisse avec lui lors de la disparition d'Agnès Le Roux. La position de Jean-Maurice Agnelet a basculé lorsque Françoise Lausseure, qui entre-temps est devenue l'épouse de Jean-Maurice Agnelet mais s'en est séparé, a reconnu en 1999 qu'elle avait menti pour rendre service, à sa demande, à son amant.

Thèses de Jean-Maurice Agnelet[modifier | modifier le code]

Disparition volontaire suivie d'un suicide[modifier | modifier le code]

Dans la mesure où le corps n'a jamais été retrouvé, la première explication de Jean-Maurice Agnelet est celle d'une disparition volontaire d'Agnès Le Roux, qui se serait suicidée en un endroit inconnu.

Assassinat par la « mafia des casinos »[modifier | modifier le code]

Agnès Le Roux était au centre d'un conflit intense en un lieu, la Côte d'Azur française, et spécialement la ville de Nice, et en une période, en l'occurrence la seconde moitié des années 1970, où plusieurs acteurs importants de la vie économique, politique et mafieuse locale étaient en train d'élaborer des stratégies. Les noms de divers protagonistes ont été cités (Jean-Dominique Fratoni, Tany Zampa, Jacques Médecin, etc).

La mort suivie de la disparition matérielle d'Agnès Le Roux pouvait servir à la mafia locale d'imposer ses vues sur certaines actions stratégiques.

Les procès en cour d'assises[modifier | modifier le code]

Assises des Alpes-Maritimes (Nice, 2006)[modifier | modifier le code]

Déroulement

Assises des Bouches-du-Rhône (Aix-en-Provence, 2007)[modifier | modifier le code]

  • Partie civile : Me Hervé Temime
  • Avocat général : Pierre Cortes
  • Défense : Me François Saint-Pierre et Me Jean-Pierre Versini
  • Président de la cour d'assises : …
Déroulement

Assises d'Ille-et-Vilaine (Rennes, 2014)[modifier | modifier le code]

  • Partie civile : Me Hervé Temime et Me Julia Minkowski
  • Avocat général : Philippe Petitprez
  • Défense : Me François Saint-Pierre
  • Président de la cour d'assises : …
Déroulement

Début mars 2011, Jean-Pierre Hernandez, ancien truand jadis impliqué dans la « French Connection » affirme qu'Agnelet est innocent[10], car selon lui, ce serait son « frère » de la pègre Jeannot Lucchesi, qui appartenait alors au clan du parrain marseillais Gaëtan Zampa qui aurait commis l'assassinat. Celui-ci lui aurait confié quelques mois avant sa mort, en 1987, qu'il a tué l'héritière du casino de Nice le Palais de la Méditerranée en 1977, dans le cadre d'un contrat. Il aurait jeté son corps dans les calanques et fait écraser sa voiture puis mis à la ferraille[11]. La famille Le Roux considère qu'il s'agit d'un « coup de pub » à l'occasion de la sortie du livre de Jean-Pierre Hernandez tandis que les avocats de Jean-Maurice Agnelet, Maîtres Saint-Pierre et Versini-Campinchi y voient un fait nouveau qui leur permettent de saisir la Cour de cassation d'un recours en révision[12]: leur demande est rejetée en septembre 2012[13].

Suite à cette révélation, l’avocat de la famille Zampa, Me Gilles-Jean Portejoie, dépose plainte pour complicité de « diffamation publique envers la mémoire d'un mort », accusant Hernandez d'avoir porté atteinte à l'honneur de Gaëtan Zampa[14].

Le 6 avril 2014, Guillaume Agnelet, fils de Maurice Agnelet, déclare au parquet de Chambéry : « J'ai un cas de conscience. J'ai un témoignage à apporter : je suis convaincu que mon père est le meurtrier [d'Agnès Le Roux] ». Une déclaration lue à l'ouverture de l'audience à la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine et que Guillaume Agnelet a répétée à la cour lors d'une visioconférence depuis Chambéry[15]. Selon Guillaume Agnelet, son père aurait reconnu être l'auteur du crime, ce qu'aurait ensuite confirmé, sa mère. Il aurait tué la jeune-femme de 29 ans dans son sommeil d'une balle dans la tête en Italie, près du Monte Cassino. Le 9 avril 2014, l'affaire tourne au psychodrame familial avec la menace de suicide, via un e-mail, d'Annie Litas, la première épouse de l'accusé, adressé à son fils Guillaume Agnelet. Annie Litas réfute toutes les accusations de son fils : « Je trouve ça totalement irréaliste et rocambolesque. Je n'ai jamais prononcé ces propos »[16], déclare-t-elle, en lisant un papier que le Président de la Cour lui ordonne d'écarter.

Adaptation cinématographique[modifier | modifier le code]

L'affaire a été portée au cinéma par André Téchiné dans le film L'homme qu'on aimait trop, présenté hors compétition au Festival de Cannes 2014 et sorti le 16 juillet 2014, avec Guillaume Canet dans le rôle de Maurice Agnelet et Adèle Haenel dans celui d'Agnès Le Roux, Catherine Deneuve jouant la mère de celle-ci.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nouvel Observateur 21 décembre 2006
  2. La Provence 12 octobre 2007
  3. « Vingt ans pour qu'un alibi d'Agnelet vole en éclats »
  4. « L'affaire Agnelet est close », sur L'Humanité,‎ 16 octobre 2008
  5. « Maurice Agnelet a demandé sa libération conditionnelle »
  6. Maurice Agnelet se pourvoit en cassation, sur lci.tf1.fr (consulté le 12 avril 2014).
  7. Le quotidien Libération du jeudi 12 octobre 2006
  8. Surnommé le « Napoléon des tapis verts », ce patron de l'autre casino de la Promenade des Anglais, le Ruhl, il est soupçonné par la police d'avoir des liens avec la pègre de la Côte d'azur et la mafia italienne, et rêve avec Jacques Médecin, député-maire de Nice et alors secrétaire d'État au Tourisme, de faire de sa ville le « Las Vegas européen »
  9. On refait le crime : L’Affaire Agnès LEROUX émission RTL du 4 février 2011
  10. Confessions d'un caïd, Jean-Pierre Hernandez, François Mattei, Du Moment,‎ mars 2011
  11. « Meurtre d'Agnès Le Roux : un ancien truand parle »
  12. Geoffroy Tomasovitch, « Affaire Le Roux : l’avocat d’Agnelet va demander sa remise en liberté », sur Le Parisien,‎ 5 mars 2011
  13. « Affaire Agnès Le Roux : la demande de révision de Jean-Maurice Agnelet rejetée », sur lepoint.fr,‎ 17 septembre 2012
  14. leparisien.fr, « Un ancien gangster accusé d'avoir sali la mémoire du caïd Gaëtan Zampa »,‎ 7 juin 2012
  15. Le fils Agnelet accuse son père du meurtre d'Agnès Le Roux »
  16. Procès Agnelet : la mère désavoue son fils qui accuse son père, Le Parisien, 9 avril 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Henry, Agnelet, l’homme que l’on n’aimait pas, Ed. Odile Jacob, 2008

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]