Affaire Kulik

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L’affaire Kulik ou affaire Élodie Kulik est une affaire criminelle française qui a défrayé la chronique en 2002, à la suite du viol et du meurtre dans la nuit du 10 janvier 2002 au 11 janvier 2002 d'une jeune femme de 24 ans, Élodie Kulik, entre Cartigny et Tertry, dans la Somme. Les détails témoignages sous protection des sources et une rigoureuse enquête scientifique de police et de justice débouchent dix ans plus tard sur l'identification d'un des violeurs.

Description de l'affaire[modifier | modifier le code]

À 24 ans, Élodie Kulik était surnommée « la banquière de Péronne » parce qu'elle dirigeait une agence de la Banque de Picardie à Péronne. Deux ans auparavant, elle était devenue la plus jeune directrice d'agence bancaire du pays[1],[2]. Le jeudi 10 janvier 2002, elle passe la soirée dans un restaurant chinois de Saint-Quentin avec Hervé Croisile, un ami[1],[2], puis boit un thé chez lui. La jeune femme rentre à son domicile en automobile en fin de soirée, alors que la route est gelée avec un important brouillard et peu fréquentée à cette heure tardive[2]. À h 21, elle appelle les pompiers, mais l'appel est brusquement coupé après des hurlements indiquant qu'elle vient d'être enlevée. Ses agresseurs lui arrachent son téléphone, le débarrassent de sa batterie et le jettent dans la nature[3]. Plusieurs (deux, peut-être trois) voix d'hommes sont entendues sur l'enregistrement des pompiers.

Son véhicule, une Peugeot 106 rouge, est signalé une demi-heure plus tard, accidenté dans un champ bordant la route départementale 44, sur la commune de Cartigny. Son corps est retrouvé le 12 janvier 2002 par un agriculteur dans une décharge, sur un terrain militaire désaffecté datant de la première guerre mondiale, sur la petite commune de Tertry dans la Somme. L'autopsie indiquera qu'elle a été violée et étranglée[3]. Son corps a été volontairement incendié mais un ADN nucléaire, c'est-à-dire complet, extrait du sperme retrouvé dans un préservatif, quatre ADN incomplets et une empreinte digitale sont retrouvés[4]. Autant de signatures que les assassins n'avaient pu effacer en brûlant le corps retrouvé sur place[5].

L'enquête[modifier | modifier le code]

Vaste recherche infructueuse[modifier | modifier le code]

La piste d'un tueur en série est rapidement écartée, lorsque Jean-Paul Leconte est accusé des deux autres meurtres arrivés dans les mois suivants, ceux de Patricia Leclercq et Christelle Dubuisson[2]. Une cellule de la gendarmerie est dédiée à la recherche des meurtriers[2],[5] et lance plusieurs appels à témoins.

Le 20 juillet 2002 Rose-Marie Kulik, la mère d'Elodie, désespérée de voir que l'enquête n'aboutit pas, tente de se suicider avec de la mort aux rats. Elle est depuis dans le coma[5].

Les parents d'Elodie avaient déjà été frappés par un drame. En décembre 1976, son père Jacky Kulik avait eu un accident de voiture dans lequel leurs premiers enfants Laurent et Karine étaient morts[6].

En octobre 2011, c'est l'affaire criminelle française dont le nombre de prélèvements d'ADN est le plus important : entre 5 000[7] et 6 000[8].

Identification d'un des agresseurs[modifier | modifier le code]

En janvier 2012, quelques jours après une marche blanche en mémoire d'Élodie pour le 10e anniversaire du drame[9], un des agresseurs est identifié par recoupement avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques, où figure l'ADN de son père[10] alors emprisonné pour une affaire d'agression sexuelle sur mineurs[11] : une première en France pour cette technique venue des États-Unis et qui se base sur l'ADN nucléaire[12]. Ce jeune homme, Grégory Wiart, plombier né en 1979, s'était tué dans un accident de voiture le 1er novembre 2003[13], en fonçant sur une ligne droite, sur une route sèche, pour aller s'encastrer sous un camion arrivant en face.

Le 24 janvier 2012, l'exhumation du corps de Gregory Wiart est organisée dans le cimetière de Montescourt-Lizerolles afin de pouvoir définitivement comparer les ADN et ces dernières confirment l'identité de l'agresseur[11]. Ses relations de l'époque[10] sont placées sur écoute par les gendarmes.

En mars 2012, les parents de Grégory Wiart déclarent que leur fils n'était pas le genre à laisser par négligence un préservatif sur une scène de viol. Ils révèlent qu'il avait subi à plusieurs reprises des mauvais traitements : « resté deux jours attaché à un arbre, humilié » et une autre fois « séquestré, enfermé dans un coffre », en 2001[14], « pour des histoires d'argent », témoignage concordant avec celui recueilli auprès d'un trentenaire de Montescourt-Lizerolles [15], selon qui un ami de Grégory Wiart était connu pour réclamer d'imaginaires dettes à des personnes du secteur, dont l'une au moins raconte qu'il l'avait poursuivi avec sa camionnette[16].

Par ailleurs, trois jeunes de Montescourt-Lizerolles, ou y ayant des attaches, meurent dans des circonstances suspectes au premier semestre 2008, sans qu'un lien ne puisse être prouvé avec l'affaire Elodie Kulik. Julien Cordier, 20 ans, « connu pour entretenir des relations avec les amis de Grégory Wiart »[16], est mort carbonisé dans une voiture de location en avril 2008, mais l'autopsie ne fait pas état de traces de coups ou de fractures[17]. Éric Mouton, de Jussy, à 4 kilomètres, a été retrouvé en janvier 2008 dans un canal un mois après sa disparition, avec des traces de coups dans le bas du dos et le foie éclaté, sa mère Ginette Mouton estimant que la piste criminelle ne fait aucun doute[18]. Selon la gendarmerie, la famille Mouton a reçu des coups de téléphone d'un homme se moquant du nom de famille à l'heure exacte de la disparition[19] et un témoin affirme qu'il a été séquestré dans des caves à Jussy durant plus de quinze jours[20]. Un troisième jeune, Nelson Paquet, 17 ans, est retrouvé dans un canal, des traces de coups ayant été relevées à l'autopsie, après un décès ayant eu lieu entre le 7 août et le 10 août 2008. Le parquet de Laon ne privilégie aucune thèse[21]. Comme Éric Mouton, il n'avait pas d'eau dans les poumons et n'est pas mort noyé[16].

En avril 2012, un témoin révèle qu'une amie de Grégory Wiart a reçu pendant près d'un an des lettres postées en 2002 - 2003 la menaçant de finir étranglée, violée et brûlée[22]. La gendarmerie révèle un peu plus tard avoir découvert après une planque discrète devant le domicile, que la personne qui glissait les missives dans la boîte aux lettres et celle qui en était destinataire ne faisaient qu'une : il s'agissait de l'ex-compagne de Grégory Wiart, mère de son fils[23], qui a sans doute voulu attirer l'attention de ses parents.

Puis en décembre 2012[24], les gendarmes révèlent qu'un ADN mitochondrial de celle-ci a été identifié sur la scène de crime, et probablement transporté par lui involontairement, après un contact rapproché dans la journée. La mère du fils de Gregory Wiart, qui était encore alors enceinte, se trouvait le soir du meurtre alitée chez ses parents. Selon le frère de cette dernière, Gregory Wiart « a commencé à être violent avec l'enfant » après la naissance, et le dernier Noël avec lui, « est sorti en la laissant enfermée dans la maison, en coupant l'électricité, et en emmenant son portable »[25]. Le frère s'est aussi plaint que Gregory Wiart lui ait volé un chéquier et signé des chèques pour un montant de 7 000 euros[25].

Identification d'un autre des agresseurs[modifier | modifier le code]

Le 16 janvier 2013, alors que le juge d'instruction Jordane Duquenne est parti à Nouméa en Nouvelle-Calédonie [26], sept hommes membres de la même bande de copains et du même club de 4×4 que Grégory Wiart[27] sont placés en garde à vue[28]. Deux d'entre eux sont rapidement libérés car ils « ont été mis hors de cause », fait savoir à la presse Bernard Farret, le procureur de la République d'Amiens[29].

Le 18 janvier 2013, l'un des sept est présenté au juge d'instruction, mis en examen pour enlèvement, séquestration, viol en réunion et meurtre, puis incarcéré [Pourquoi ?]. Il s'agit de Willy Bardon, originaire de Montescourt-Lizerolles, le même village que Grégory Wiart, et ex-patron du « Will Bar » à Fieulaine, un village proche de Saint-Quentin, dont il avait été expulsé par la mairie deux ans plus tôt car il ne payait plus le loyer[30], mais qui a un casier judiciaire vierge. Il a d'abord reconnu, puis nié, que sa voix était l'une des trois figurant sur l'enregistrement de l'appel aux pompiers lancé par Élodie Kulik la nuit du crime. Cinq des six autres hommes interpellés avec lui début janvier 2013, dont son propre frère, ont aussi affirmé que c'était sa voix[31].

Amis proches, Willy Bardon et Grégory Wiart avaient fêté le Nouvel An 2002, selon des photos fournies aux gendarmes, dans le restaurant chinois de Saint-Quentin dans l'Aisne, là même où Élodie Kulik a dîné dix jours plus tard, le soir de son assassinat[32], mais cette dernière n'y était pas le soir du Nouvel An.

L'incarcération de Willy Bardon déclenche un nouveau témoignage d'une ex-restauratrice, déjà cité dans la presse en 2002 mais réitéré et précisé, qui affirme être passée devant deux voitures, dont un break, garées sur les lieux de l'accident, le soir où il s'est produit. L'ex-restauratrice affirme avoir été menacée de meurtre et de viol deux mois plus tard par un homme ressemblant à Willy Bardon[33], assis sur le siège avant à droite d'un véhicule break, dont il est sorti. La femme affirme être parvenue à fuir en lui donnant un coup de poing puis se serait réfugiée à un péage autoroutier surveillé par des caméras. Elle aurait également réussi à appeler le 17 (numéro de la police) de son téléphone portable. Les agresseurs auraient attendu qu'elle quitte le péage, mais, lassés, se seraient finalement éloignés. Cet épisode avait été suivi par l'établissement d'un portrait-robot ressemblant à Willy Bardon.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévision

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Georges Charrières, « L'affaire Kulik ce soir sur France 2 », Le Courrier picard,‎ 9 octobre 2011 (consulté le 10 octobre 2011)
  2. a, b, c, d et e Nathalie Mazier, « La traque des meurtriers d’Elodie Kulik “ne cessera pas” », France-Soir,‎ 8 janvier 2010 (consulté le 10 octobre 2011)
  3. a et b « Affaire Elodie Kulik : retour sur onze ans d'enquête », par Caroline Politi, dans L'Express du 18/01/2013
  4. "Comment l'enquête sur le meurtre d'Elodie Kulik a été relancée par l'ADN d'un parent", par Simon Piel Le Monde du 21 février 2012 [1]
  5. a, b et c Jean-Michel Decugis, Suliane Favennec et Christophe Labbé, « La malédiction de Jacky », Le Point,‎ 29 juillet 2010 (consulté le 10 octobre 2011)
  6. « Jacky Kulik, au nom des siens », Le Parisien,‎ 29 janvier 2013
  7. William Molinié, « Affaire Kulik: Dix ans après, une nouvelle technique ADN permet d'identifier un meurtrier déjà mort », 20 minutes,‎ 16 janvier 2012 (consulté le 16 janvier 2012)
  8. Europe1.fr avec Pierre de Cossette, « Affaire Élodie Kulik : 5 personnes entendues », Europe 1,‎ 16 janvier 2012 (consulté le 16 janvier 2012)
  9. Bernard Virel, « Pour Élodie Kulik, 24 ans, tuée en 2002 : « Un hommage et un appel » aujourd'hui... », La Voix du Nord,‎ 8 janvier 2012 (consulté le 16 janvier 2012)
  10. a et b Angélique Négroni, « Affaire Kulik : l'ADN a parlé dix ans après le meurtre », Le Figaro,‎ 16 janvier 2012 (consulté le 16 janvier 2012)
  11. a et b LeParisien.fr avec AFP, « Meurtre d'Élodie Kulik : les analyses ADN confirment l'identité de l'agresseur », Le Parisien,‎ 26 janvier 2012 (consulté le 27 janvier 2012)
  12. « Le violeur d'Élodie Kulik identifié », Le Courrier picard,‎ 16 janvier 2012 (consulté le 16 janvier 2012)
  13. Timothée Boutry, VIDEO. Affaire Kulik : consternation et stupeur au village du suspect, Le Parisien, 18 janvier 2012
  14. "Affaire Kulik : les parents de Grégory Wiart parlent", dans L'Aisne nouvelle du 27/03/2012 [2]
  15. L'Union du 20 janvier 2013
  16. a, b et c "L'Union" du 21 janvier 2013
  17. "Mort mystérieuse du CD1, la piste criminelle en partie écartée", dans L'Aisne nouvelle du 18/05/2008
  18. Le Courrier picard du 30 janvier 2012 [3]
  19. "Éric Mouton : une mort énigmatique", dans L'Aisne nouvelle du 04/11/2008 [4]
  20. "Et si Elodie n'était pas la seule victime ?", L'Union du 21 janvier 2012 [5]
  21. "Affaire Nelson : le mystère" L'Aisne nouvelle du 24/08/2008 [6]
  22. L'Union du 14 avril 2012
  23. "Affaire Kulik Que sait l'ex-compagne de Grégory Wiart ?" L'Union du 14 décembre 2012 [7]
  24. Libération.fr, « Affaire Kulik: levée de la garde à vue de la compagne d'un agresseur présumé », Libération,‎ 14 décembre 2012 (consulté le 14 décembre 2012)
  25. a et b "Affaire Kulik : l'ex-compagne de Grégory Wiart témoigne", L'Aisne nouvelle du 19/01/2012 [8]
  26. L'Union du 19 janvier 2013 [9]
  27. L'Union du 19 janvier 2013
  28. (fr) William Molinié, « Le père d'Élodie Kulik: «J’ai très bon espoir que la vérité éclate dans les prochains jours» », sur www.20minutes.fr,‎ 16 janvier 2013 (consulté le 16 janvier 2013) : « Sept personnes ont été placées en garde à vue ce mercredi matin dans le cadre de l’affaire Kulik, onze ans après les faits… »
  29. "Meurtre d'Élodie Kulik : la vérité est en marche", par Aurélie Beaussart, dans L'Union du 18 janvier 2013 [10]
  30. France 3, 16 janvier 2013
  31. Le Courrier picard du 26 janvier 2013 [11]
  32. Le Courrier picard du 26 janvier 2013
  33. Le Courrier picard du 22 janvier 2013